‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 88 sur 343 · SYMPTOMES DU SCORBUT · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DU SCORBUT

oa sous rinfluence des traumatismes les plus légers des extravasations sanguines dans les tissus ; de plus, il se dépose des exsudais fibrineux sur les gencives, qui deviennent violacées, s*eDflaminent , se gonflent, se boursouflent, saignent a\i moindre contact et finalement se séparent des dents. Ces résultats sont en grande partie la conséquence des efforts qu'entraîne la mastication, car les gens qui n'ont plus de dents n'ont pas d'altérations analogues des gencives. Dans quelques cas l'altération des gencives est peu prononcée, elles sont seulement œdématiées, douloureuses à la pression, el faiblement saignantes. Quand le scorbut est plus grave, à ses dernières périodes, les différentes altérations prennent de grandes proportions, l'eitravasation est si abondante que les gendves sont couvertes d'excroissances volaminenses, fongueuses, faciles à déchirer, et que finalement elles suppurent, et s'éliminent sons forme de masses brunâtres et fétides qui donnent à l'haleine une odeur repoussante. Le reste de la moqueuse buccale ne subit pas de modifications, ou bien elle est le siège de très légères ecchymoses. Samson et Charpentier (i) qui ont observé un grand nombre de scorbutiques, et Leven (2), ont vu chacun une fois seulement des excroissances fongueuses sur la muqueuse du voile du palais et des piliers antérieurs. Les giandet salivaires sont tuméfiées ; la langue conserve l'empreinte des dents qui s'encroûtent de tartre et sont plus ou moins cachées par le gonOement des gencives, ou bien elles se détachent petit à petit de leurs alvéoles et finissent par tomber. Le processus morbide attdnt quelquefois mémo le maxillaire qui se nécrose et finit par s'éliminer. La mastication tA plus on moins douloureuse, quelquefois die est impossible, et le malade est obligé de se nourrir d'aliments semi-liquides pour ne pas mourir de faim.

La rapidité avec laquelle tous les désordres disparaissent sous Tinfluence d'un traitement approprié est vraiment remarquable, il suffit souvent de deux à quatre semaines pour que les paitws reprennent leurs caractères normaux. Quelquefois les gencives restent épaissies et mgneuses.

Les épanchements de sang dans la peau sont des premiers à se manifester. Au début, ils se localisent dans la couche papillaire, immédiatement au-dessous de Tépiderme, et surtout

{l)Sun9onetChup9nÛer,Éttuie$surlescorbutf 1871. p) Leven, Ui%e épidémie de scorbut, p. 28, 1872.

autour de la racine des poils, ils sont arrondis, bleuâtres, sont gros comme une tète d'épingle ou comme un pois, ils ne disparaissent pas sous la pression du doigt, ils sont quelquefois un peu saillants au-dessus de la peau environnante. La nutrition des follicules pileux se fait mal, souvent les poils tombent, se brisent ou se contournent. A mesure que l'amélioration se fait sentir, les pétéchies se forment et finissent par disparaître, en laissant après elles une pigmentation brun-jaunâtre. C'est d'abord aux membres, surtout aux membres inférieurs, qu'on les observe, puis elles se développent à la face et au tronc.

A une période plus avancée, il se fait des extravasations, plus ou moins étendues, plus ou moins irrégulières, dans les couches profondes du derme ; elles ont de 1 à 8 centimètres de diamètre, elles sont d'abord rouges, puis bleues. Quand les épanchements disparaissent, ils passent par la gamme des nuances, violât, bleu, vert et jaune comme les ecchymoses ordinaires. 11 se fait aussi des épanchements de sang dans le tissu conjonctif sous-cutané, et surtout aux jambes et dans les points où le tissu conjonctif est lâche et abondant comme à la cuisse et à l'aisselle. Les épanchements peuvent être assez étendus pour donner à toute la jambe une coloration unirorme bleu-noirâtre comme si elle avait été recouverte d'un bas : quelquefois il se fait des extravasations dans les membres supérieurs qui s'étendent du creux de l'aisselle au poignet, mais qui rarement atteignent la main. Ces épanchements surviennent sous l'influence des causes les plus légères, par la pression d'un corps dur, ou môme à la suite de la station prolongée les jambes pendantes, comme à la suite d'une course à cheval. Quelquefois le sang s'extravase dans le tissu cellulaire des muscles, ou dans leurs interstices et occasionne des gonflements plus ou moins étendus. Presque toujours les exsudations sanguines s'accompagnent d'œdéme qui commence généralement par les chevilles et qui remonte graduellement; quelquefois il y a de la bouffissure de la face, et même de l'anasarque généralisée.

Quand ce trouble profond de la nutrition persiste, et dans les cas graves, il se fait au-dessous de Vépidcrme des épanchements sanguins qui donnent lieu à la formation de bulles de grandeur variable, qui finissent par se rompre et laissent après elles de petites ulcérations superficielles, qui se recouvrent de granulations molles et exubérantes donnant lieu à un écoule-

PHILIP S. WALES. — SCORBUT

ment purulent, quelquefois môme sanguinolent et qui saignent au moindre contact. Quelquesunes de ces ulcérations débutent au niveau des pétéchies qui se forment autour des follicules pileux, et lorsque ces petites érosions isolées se réunissent, elles forment une large ulcération. Ces ulcères revêtent ensuite une marche envahissante, ils s'étendent en largeur et en profondeur, et sont quelquefois très rebelles. C'est généralement sur les anciennes cicatrices qu'ils se développent d'abord. Certains muscles, surtout ceux des jambes, et particulièrement les muscles jumeaux, les muscles abdominaux, les pectoraux, le muscle psoas-iliaque, les ptérygoïdiens deviennent le siège d'exsudations fibrineuses qui se transforment, avec le temps, en tumeurs dures et fibreuses qui s'opposent au fonctionnement de ces muscles et entraînent de la contraction des membres.

Dans certaines épidémies très graves, il y a des symptômes qui annoncent des altérations d'organes plus profondes. Il se fait des épanchements entre le périoste et les 05, qui donnent lieu à la formation de nodosités douloureuses, dures, de dimensions variables ; ces nodosités s'observent surtout le long des tibias, au scapulum et au maxillaire. Chez les individus jeunes, les épiphyses se séparent des diaphyses, ou les côtes se nécrosent et se séparent du sternum, d'où la production de crépitation pendant les mouvements respiratoires, comme Poupart (i) en a rapporté des exemples. Cette altération des côtes est généralement unilatérale, et siège habituellement de la quatrième à la huitième; cependant on l'a observée des deux côtés du sternum, de sorte que cet os et les cartilages malades sont dépourvus de point d'appui et se laissent déprimer. Récemment on a observé des cas dans lesquels des fractures consolidées se sont reproduites par suite de la destruction du cal (2).

Les articulations sont, comme les os, sérieusement endommagées dans les formes graves du scorbut. 11 y a des épanchements dans les parties molles périarliculaires, production de mouvements anormaux, épaississcments, fausses ankyloses, et même destruction des rapports normaux des surfaces osseuses qui donne lieu à des difformités. Ces modifications pathologiques occasionnent habituellement des douleurs vives, qui siègent généralement aux chevilles, aux genouxy aux épaules et à la hanche, et qui disparaissent très lentement, souvent au bout de

(1) Poapart, Mémoires fie VAcad, des Se, p. 237, 1699.

(2) Ansoo, Voyage autour du monde.

plusieurs mois, quand elles ne persistent pas indéfiniment.

Dès le début du scorbut, les organes circulatoires sont le siège de signes importants. Les battements du cœur sont lents, faibles, irrégaliers et souvent intermittents ; son impulsion est diminuée, quelquefois inappréciable, et à no degré plus avancé il est même impossible d'entendre le bruit systolique. Les artères et ki veines sont afi'aissées, le pouls est mou, vide, lent, quelquefois on entend un souffle veineux continu dans les jugulaires. Les capillaires sont altérés comme le prouvent les nombreuses A^morrhagies consécutives à leur rupture on qni surviennent par diapédèse. De toutes les héa\o^ rhagies les plus fréquentes ce sont les éjùstaxis, le moindre coup, un étcrnument, ou l'action de se moucher peuvent les déterminer, quelquefois môme elles sont spontanées, et dans les cas graves elles sont si abondantes qu'elles mettent la vie en danger et ne s'arrêtent qu'à la suite d'un tamponnement. Les hémoptysies sont rares; quand elles existent, c*est qu'antérieurement les poumons étaient malades (tubercalose), ou qu'elles annoncent une complicatbn (infarctus, gangrène). Mais elles ne sont pu nn signe constant du scorbut. Les hématémèseï sont moins rares sans être cependant fréquentes; généralement elles sont peu abondantes; il est rare qu'elles soient très intenses, alors elles sont une cause de dépression et d'épuiiement qui précède la mort de peu de tonps. Quelquefois il y a du mélœna dû à la compUcttion d'une dysenterie, il en résulte une dianhée abondante, infecte, qui peut durer pendant des semaines et qui aboutit à l'épuisement. Qndquefois il y a des hématuries, surtout ches les individus déprimés et cachectiques, et dans les périodes avancées du scorbut. Toutes ces hémorrhagies muqueuses sont très graves et rendent le pronostic plus sérieux, quelquefois elles entraînent la mort.

Du côté des séreuses, il se fait des complications de nature exsudative ou inflammatoire, c'est surtout dans les cas graves qu'on les observe alors que les phénomènes les plus habituels du scorbut ne sont pas très accusés. Ces complications peuvent avoir une évolution graduelle, ou survenir rapidement, et mettre le mtlade en danger même avant que le scorbut ne soit évident. Ces manifestations donnent généralement lieu k un mouvement fébrile et s'accompagnent du même cortège symptomatologique que les états pathologiques analogues qui surviennent en dehors du scorbut. Ces con^Uci-

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