SYMPTOMES DU SCORBUT
âons se localisent dans les plèvres ou dans le péricarde, ou même dans ces deux organes à la fois. Le D' Karawajew (i) qui a fait 60 autopsies, constata 30 épanchemenls dans le péricarde, 30 dans la plèvre, 6 dans la plèvre et dans le péricarde, 7 dans le péritoine, i dansVarachnoIde. Ces épanchements sont séro-sanguinolents ou fibrineux, quelquefois ils ont 2 à 3 litres, et plongent le malade dans la plus grande anxiété en embarrassant la respiration et la circulation. Bien qu'ils aggravent sérieusement le pronostic, ils peuvent se résorber avec une rapidité vraiment étonnante sous Tinfluence d'un traitement approprié.
Les épanchements sanguins dans les centres nerveux sont très rares, on n*en a pas encore observé dans le cerveau, quelquefois on a vu des hémorrbagies méningées occasionner de la céphalalgie, des étourdissements, des vertiges, pais de la somnolence, du délire et le coma. Opitz (2) rapporte un cas intéressant dans lequel il y ent des convulsions, suivies d'hémiplégie gauche. Au bout de vingt-quatre heures le malade reprit connaissance, et la paralysie disparut. La céphalalgie et Thyperesthésie du membre supérieur persistèrent pour disparaître 12 jours plus tard, et le malade guérit. Le même auteur cite une observation de paralysie consécutive à une hémorrhagie des méninges spinales. Le D* Samson observa un cas d'épanchement le long du nerf sciatique, avec douleur consécutive. Qudquefois il survient du côté de la circulation des symptômes très graves et môme mortels. 11 peut se faire des embolies, surtout dans les poumons et dans la rate, ce qui explique parfaitement certains cas de mort subite survenus chez des scorbutiques qui ne paraissaient pas très malades.
Les organes urinaires sont habituellement peu malades. Les constatations relatives à Télat des reins et à la composition de Turine ne concordent pas les unes avec les autres. Bien que souvent l'urine contienne de l'albumiue, et surtout dans les cas graves, cette albumine ne traduit nullement des modifications du côté des reins, souvent même cet organe a été trouvé normal à Tautopsie. Simon (3) a examiné les urines chez trois scorbutiques avérés, deux d'entre eux étaient des hommes de 30 à 40 ans, le troisième une femme qui était accouchée quelques jours auparavant. Dans les trois cas, Turin c avait les
(1) Himmelstiern, Beobachtungen ûber den Scorbut^ S. 50.* Berlin, 1843.
(2) Opitz, Prag. VierUlj,, S. 153, 1861. (S) Simon, Chemisiry of man, p. 330.
mêmes caractères physiques; elle était rare (240 à 360 gr.), foncée en couleur, comme si elle avait contenu du pigment biliaire ou du sang altéré, et cependant il n'en était rien. Elle n'avait pas l'odeur fade spéciale aux urines des typhiques, mais, au bout de quelques heures, elle répandait une odeur fortement ammoniacale. Les phosphates alcalins y étaient peu abondants ainsi que l'urée, et ne dépassaient pas 20 à 30 pour 100 des résidus solides.
La quantité de sels insolubles avait diminué chez les hommes (14 et 18 pour 100), tandis que chez les femmes elle s'élevait à 27 pour 100, c'est-à-dire un peu au-dessus de la moyenne normale qui est de 25 pour 100; dans les trois cas il y avait un léger excès d'acide urique (i à 3 pour 100 des résidus solides).
Krebel (1) dit que l'urine est d'abord trouble et brunâtre, puis qu'elle se décompose, répand une odeur forte, et qu'il se fait un dépôt huileux à sa surface. Duchek (2) dément cette assertion, et affirme que dans les cas légers l'urine n'est pas modifiée physiquement, tandis que dans les cas graves sa coloration est plus noire, qu'elle est plus rare, comme dans les fièvres, et qu'elle a toujours une réaction acide. Au lieu de 1 litre 500, les malades ne rendent que 1 litre 200 d'urine et même, dans les cas graves, il n'en rendent que 0 litre 830; sa densité descend de 1015 à 1009 ; la quantité des matières soli des est moindre à l'exception de l'acide phosphorique et de la potasse. La potasse est à la soude dans la proportion de i à 49, tandis qu'à l'état de santé la proportion est de i à 12. Quand le scorbut guérit, l'urine et les matières solides augmentent de quantité à l'exception de la potasse qui, au contraire, diminue. Voici le résultat des analyses de Chalvet :
Eau 950,60
Matières solides ' 49,50
Matières solubles dans ^ urûo 9,60
Talcool absolu ( matières cxtractives. 12,60
Matières albuminoides 7,50
Matières minérales 19,50
On peut donc conclure, d'après les différents observateurs que nous venons de citer, que la quantité de l'urine et celle de l'urée est diminuée, tandis que celle des matières albuminoides et minérales est augmentée.
Souvent la percussion révèle une augmen-
(I) Krcbel, Der scorbut, S, 156.
(t) Duchek; Zeitschrift der K. K. Gesellschaft der Aertze zu Wien, Bd. I. S. 56.
PHILIP S. WALES. — SCORBUT
PO i
tation du volume de la rate, indépendante de Fimpaludisme, et Krebel a observé un cas dans lequel le foie était enflammé. Dans beaucoup de cas, il y a de légers troubles visuels. Le docteur Foltz a observé pendant Tépidémie qui sévit sur le Rarîtan quatre cas de nyctalopie, deux d'héméralopie et d'autres affections de rœil, tels que la conjonctivite, la blépharite ciliaire avec sécrétion abondante qui sont évidemment sous la dépendance du scorbut. Il peut se faire des hémorrhagies de la conjonctivite, delà chambre antérieure, qui déterminent des synéchies antérieures, et môme dans la choroïde et rhumeur vitrée, d'où une inflammation générale de Torgane. On a aussi signalé un cas de surdité passagère avec bourdonnements d'oreille.
Quand le scorbut est simple, sans* complications, il n'y a pas de fièvre, La température buccale est toujours de un degré ou un degré et demi inférieure à la température normale et descend quelquefois jusqu'à 3I<* centigrades. C'est seulement à la fin, quand les organes s'enflamment que Von observe de la fièvre.
Le défaut de résistance des scorbutiques les expose à contracter d'autres fièvres, et surtout les fièvres à type continu ou intermittent; il en résulte que dans les contrées marécageuses du nord de l'Europe, et dans les pays ravagés par la famine, ces complications sont très communes ainsi que lorsqu'il y a de grandes agglomérations d'individus.
Biagnostic da scorbat.
Le diagnostic du scorbut n'est pas difficile, grâce à la spécialité de ses causes, aux circonstances particulières dans lesquelles il se développe, à ses localisations très nettes dans certains organes, à la cachexie qui précède toujours son début et à la coloration spéciale sombre et terreuse qui se prononce davantage au fur et à mesure que la maladie fait des progrès. Le scorbut est rarement limité à quelques cas isolés, mais il attaque des groupes d'individus soumis à une alimentation et à une hygiène identiques, comme cela a lieu k bord des navires, dans les prisons, dans les armées, chez les individus enfermés dans une ville assiégée, ou dans les pays ravagés par la famine. Quelquefois cependant on observe des cas isolés. J'ai moi-môme observé un homme que la misère avait contraint à se nourrir uniquement d'aliments grossiers qu'il achetait à vil prix et qui consistaient souvent en bas morceaux qui lui
servaient à faire la soupe. On supposa au premier abord qu'il était atteint de purpura hémorrhagique, mais lorsqu'on sut commeat cet homme se nourrissait, et qu'à un examen attentif on vit des points de coloration variable, coïncidant avec des douleurs intenses des jambes et du dos, du gonflement des jointures et des gencives qui donnaient à la bouche une odeur infecte, il fut facile d'établir un diagnostic exact, et de guérir le malade par un trcdtement approprié. Tous ces symptômes réunis serviront à distinguer le scorbut des autres affections qui s'accompagnent quelquefois d'hémorrhagies interstitielles telles que l'anémie, la chlorose, la leucocylhémie, la leucémie, l'anénaie pernicieuse progressive et l'hémophylie. Toutes ces maladies sont toujours isolées, tandis que le scorbut est, comme nous l'avons prouvé, raremeot observé en dehors des épidémies. Du reste, dans les affections que nous venons de mentionner, les gencives ne sont jamais tuméfiées, boursouflées, livides comme dans le scorbut, bien que dans certains cas elles saignent ftcile* ment. Cependant l'erreur est possible quand on se trouve en présence d'un cas isolé de scorbut dans lequel cet état de la muqueuse buccale fait défaut, comme cela peut se présenter chei les individus qui n'ont plus de dents. Dans U leucocythémie, l'état des gencives est quelquefois assez analogue à celui qu'on observe dans le scorbut, mais les autres symptômes concomitants suffiront pour faire éviter Terreur.
Du reste la rapidité avec laquelle les gencives se guérissent sous l'influence d'une alimentation végétale fraîche, est une particularité spéciale au scorbut qu'on n'observe ni dans l'anémie ni dans le purpura. Au début d'une attaque de scorbut s'accompagnant de courbature et de douleur dans les membres, on peut songer à une attaque de rhumatisme articulaire, il suffit alors d'examiner les gencives et les hémorrhagies cutanées pour éviter toute méprise.
Enfin aucune des maladies qui pourraient simuler le scorbut ne s'accompagnent des manifestations viscérales propres à cette affection, tels que les épanchements fibrineux ou sanguinolents dans les muscles, la plèvre, le péricarde, le péritoine, les synoviales articulaires, ou les contractures consécutives à la rétraction des tendons, ou encore les décollements articulaires. Toutes ces complications sont spéciales au scorbut, et servent à en compléter le tableau clinique en môme temps qu'à lui donner des caractères distinctifs.
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