PROPHYLAXIE
Depuis le dernier siècle, et surtout pendant ces dernières années on a beaucoup amélioré les conditions matérielles des marins et des populations qui habitent sous des latitudes élevées. On a mieux compris l'hygiène des habitations et des navires, et partout les populations ont des fruits frais, des logements sains à leur disposition, leur nourriture est plus variée, elles respirent un air meilleur, elles sont mieux vêtues, et, conséquemment, elles ont le moral meilleur et sont plus heureuses. Il en est résulté que le scorbut ne se voit plus guère que sur les navires de la marine marchande mal équipés, sur ceux qui font de longues traversées ou qui font des voyages d'exploration sous des latitudes élevées, ou bien dans les corps d'armée mal approvisionnés ou encore dans les villes assiégées. Les lois ont essayé, avec plus ou moins de succès, de forcer les navires marchands à prendre des mesures hygiéniques nécessaires, elles sont en vigueur aux États-Unis, en Grande- Bretagne et dans d'autres pays, et exigent que tout navire soit muni de certains aliments dont on connaît les propriétés antiscorbutiques, et que les logements des hommes soient sains. Les vaisseaux qui voyagent dans les mers arctiques doivent toujours posséder des approvisionnements suffisants pour empêcher Téclpsion du scorbut.
PHILIP S. WALES. — SCORBUT
Pl
n est important d*être abondamment pourvu de viande et de végétaux frais ; il est toujours facile de s'en procurer au commencement d'un long voyage, et d'en avoir pendant plusieurs mois. Il est souvent possible d'embarquer des animaux vivants, et de renouveler les provisions dans les ports où on relâche. Il y a différents moyens de préparer^ de sécher, etc., les viandes qui permettent de les avoir toujours fraîches et de suppléer ainsi au manque d'animaux vivants. Les œufs constituent un excellent aliment qu'on peut conserver frais pendant des mois en les emballant convenablement; leur pouvoir nutritif est tel qu'un seul œuf contient autant de substance assimilable que 60 grammes de bœuf frais. Le lait est un autre aliment < azoté qui, outre ses propriétés nutritives, est un excellent antiscorbutique; convenablement préparé, il peut conserver ses qualités premières pendant un temps indéfini sans perdre aucune de ses propriétés nutritives. De plus on peut se procurer aujourd'hui presque partout les végétaux alimentaires les plus variés, et un navire ne doit jamais se mettre en mer sans emporter avec lui une cargaison de pommes de terre, de betteraves, de choux et de fruits qui doivent faire partie de la ration du matelot. En outre il est très facile de cultiver à bord des végétaux qui poussent rapidement. Les plantes qui conviennent le mieux pour cela, sont la moutarde, le cresson, les radis, le navet, etc., le cresson et la moutarde poussent avec une rapidité remarquable. 11 y a différents moyens de préparer les légumes des jardins qui ne leur font perdre aucune de leurs propriétés nutritives, et qu'on peut conserver dans des vases d'étain ou de verre pour les utiliser quand on manque de végétaux frais. La choucroute se conserve sous toutes les latitudes et est un excellent antiscorbutique que les marins mangent avec plaisir. Les pommes de terre desséchées n'ont pas plus de valeur alimentaire lorsqu'elles ont séjourné pendant longtemps dans les navires, et généralement les marins ne les aiment pas, de sorte qu'il faut leur préférer d'autres légumes, tandis que les tomates conservées sont très appréciées des marins. Le fromage et la farine d'avoine forment un excellent complément à la ration ordinaire.
Il y a bien longtemps qu'on connaît les propriétés antiscorbutiques du jus de citron, et cependant ce n'est qu'en 1795, qu'il fut donné eh ration régulière aux matelots anglais. D'après les statuts de la marine marchande anglaise, chaque navire marchand doit en emporter avec
lui une provision, et chaque matelot doit ea recevoir une ration par jour, quand il a véca pendant dix jours de salaisons. Le jus de citron s'altère très rapidement quand il n'est pas préparé avec précaution, et surtout quand il est exposé à l'air ; il faut le conserver dans des récipients en verre de 5 à 10 litres de contenance chacun, et non dans des vases pins grands, afin qu'on puisse les vider en un on • deux jours. Habituellement on môle au jus de citron à iO p. iOO d'essence ; on a ainsi on ]as concentré et plus stable. Lînd(l) a recommandé une préparation de cette espèce connue soos le nom de « Rob ». On peut également consenrerle jus de citron concentré à l'aide de la glycérine on sous une forme solide en losange ou en biscniL Le malt, que le Di* Mac Bride avait proposé d'après des idées théoriques, était très estimé da capitaine Cook comme préventif; il vante Clément un produit suédois nommé « Sowens » qui résulte de la concentration du liquide fourni par la fermentation de la farine d'avoine. Le cidre possède aussi des propriétés antiscorbntiques bien connues.
n ne faut jamais oublier de munir les navires de bonne eau potable, et fort heureusement la chose est très facile à obtenir sur les navires de guerre qui sont munis de bons appareils de distillation. Pour la marine marchande, l'approvisionnement se fait surtout à terre, et il fant toujours s'assurer des qualités de Tean avant de l'embarquer, et en faire faire une analyse chimique très sévère.
En outre, il faut être muni de vêtements et de couvertures capables de préserver des changements subits de température, et toujours avoir une provision de vêtements chauds en laine pour combattre le froid, et les orages des latitudes élevées. Il ne faut jamais permettre tax hommes de s'endormir sans être enveloppés de couvertures sèches, et les fdre sécher sans délai dès qu'on les quitte. 11 faut que les dortoirs de l'équipage soient toujours très propres et très secs et suffisamment aérées et, quand c'est possible, il faut qu'ils reçoivent les rayons du soleil. Il est inutile d'insister davantage sur la nécessité d'entretenir le mieux possible le moral de l'équipage, en l'encourageant à faire de la musique et à se livrer à toute espèce de divertissements intellectuels.
L'attention qu'on prêle aux accessoires, nourriture variée, eau de bonne qualité, vêtements
(1) Lind, Treniise on the Scw^y. Edînburgh, l'52« Traduit de l'anglais par J. Savary, sous le titre : Traité