‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 94 sur 343 · W. MANSELL-MOULIN. — SHOCK ET EMBOLIE GRAISSEUSE · texte numérisé non relu

W. MANSELL-MOULIN. — SHOCK ET EMBOLIE GRAISSEUSE

tre qu'il y a un obstacle à Timpulsion du cœur ou une résistance de la part des capillaires périphériques ou bien que les petits vaisseaux, artères et veines, sont atteints dans leur tonicité, car ce sont ces forces qui sont le plus importantes puisqu'elles nvaintiennent la pression artérielle d*où dépend l'équilibre circulatoire. Que la première de ces trois forces, le cœur, soit en jeu, cela ne peut faire de doute pour quiconque a éprouvé une émotion ; quant à l'influence des deux autres, on pourrait conserver quelque doute à son égard, si les recherches expérimentales n'étaient venues en démontrer la réalité ; cependant en s'appuyant sur la coïncidence si connue de la syncope avec la perte de la puissance cardiaque par suite de maladie organique ou autre, on pourrait avec quelque raison admettre cette hypothèse que lorsque le shock se produit, sans ôlre accompagné de la perte de connaissance, c'est qu'il y a dans ces cas un élément surajouté. Quant à ce qui regarde les causes du shock, il est absolument certain qu'une émotion moraley surtout la joie ou la peur, peut d'elle-même, sans qu'il y ait une lésion physique quelconque, être suivie des formes les plus graves du shock produisant la mort subite, même sans qu'il y ait probabilité de maladie organique du cœur.

Il y a quelques années, un surveillant s'était rendu teUement odieux aux étudiants qu'ils résolurent de lui donner une leçon. Pour cela ils préparèrent un billot et une bâche, qu'ils placèrent dans un endroit écarté et s'étant habUlés de noir, plusieurs d'entre eux se disposèrent à remplir le réle de juges, les autres allèrent chdl^her le surveiUant et l'amenèrent devant ce tribunal. Quand il vit tout cet appareil, il affecta de traiter la chose en plaisanterie, mais les étudiants lui donnèrent l'assurance que tout cela était très sérieux. Ils lui dirent de se préparer à mourir car il allait être décapité à l'instant et dans ce heu même. Tout tremblant, le maître d'études jetait les yeux tout autour de lui dans le vague espoir d'apercevoir un indice que cette sentence ne serait pas exécutée, mais il ne trouva que des regards sévères, puis un étudiant s'avança pour lui bander les yeux. Ou fit agenouiller ce malheureux devant le billot, en môme temps qu'on levait la liache de l'exécuteur, mais au lieu du bord tranctiant de l'instrument, on laissa tomber sur la nuque du coupable une serviette mouillée. C'était tout ce que les étudiants voulaient faire et jugeant qu'ils avaient assez effrayé le malu^ d'études, ils enlevèrent le bandeau qui recouvrait ses yeux. QueUe ne fut pas leui' surprise et leur effroi en apercevant un cadavre (1).

Bien qu'on n'observe pas souvent cet effet (1) Lander Brunton, Shock and Syncope,

terrible, on ne compte plus les cas de catalepsie, d'hystérie, d'idiotie et d'autres états morbides affectant l'intelligence, et il n'y a là rien d'étonnant quand on songe aux effets des impressions morales sur les fonctions de l'organisme. On a un exemple remarquable de cette în fluence chez les femmes pendant la lactation : cette influence se traduit par une modiûcation immédiate dans les qualités du lait à ce point que l'enfant peut en éprouver les plus fâcheux effets. Il est un fait remarquable qui s*obser?e spécialement après les shocks consécutifs à une émotion morale, c'est que, quand les effets immédiats sont passés, il y a souvent un organe dont la fonction reste pour toujours altérée. Telle est, par exemple, la surdité qui survient à la suite d'une peur soudaine (i).

Cependant, il y a à cet égard de grandes différences individuelles. Deux personnes ne seront pas toujours affectées par une émotion morale de la même façon ni au même degré; il y en a qtii seront à peine touchées par ce qui atteint les autres de la façon la plus grave; d*autres éprouvent les plus grands troubles à la suite de légers accidents d'une nature spéciale tandis que des événements beaucoup plus graves les laisseront tout à fait insensibles ; les mêmes personnes peuvent rester complètement indifférentes ou, au contraire, être dominées par une émotion selon qu'elle surviendra dans différentes circonstances, à différentes périodes de la vie ou même à différentes heures de la journée. Cependant, quelquefois quand on connaît bien le tempérament et la susceptibilité nerveuse d'un malade, on peut hasarder une prédiction sur le ralentissement probable d'un traumatisme ou d'une opération et trouver dans cette donnée un grand secours pour la question du pronostic. Le sexe n'est pas sans influence quoiqu'il soit bien difficile d'apprécier jusqu'à quel point la susceptibilité au shock est^due, d'une part, à la différence dans les habitudes et dans le développement physique, d'autre part, à une sympathie plus prompte et une émotion plus rapide. L'influence de Vâge, sur la production et la marche du shock, est mieux démontrée surtout si l'on considère l'absence complète de soucis de la jeunesse et l'apathie si fréquente de la vieillesse. On prétend généralement que les effets immédiats d'un traumatisme sont plus à craindre à ces deux périodes de la vie qu'à toute autre ; mais quant à ce qui regarde la jeunesse, on doit faire une restriction en raison

(I) Savory, Coliapse, Holme's System ofSurgery,

Page 1