‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 17 sur 482 · BOUILLANTS · texte numérisé non relu

BOUILLANTS

Les brûlures du larynx et de la trachée sont dliabitude accompagnées de lésions analogues de la bouche, de la langue, du palais, des voies nasales, du pharynx ou de l'œsophage (1).

Les brûlures ordinaires sont produites le plus souvent par l'inhalation de flamme, de vapeur chaude, ou d'air brûlant et de fumée, dans l'incendie d'une maison ou d'un navire. Elles sont souvent concomitantes avec des brûlures de la tète, du cou, des bras, de la poitrine, et quelquefois de brûlures largement étendues en d'autres points du corps.

Les brûlures par liquides bouillants sont consécutives à la déglutition volontaire ou involontaire de liquides chauds et caustiques. Chez les adultes, celles qui sont dues à l'ingestion d'un caustique succèdent parfois à des tentatives de suicide. Il y a quelques années, les brûlures par liquides bouillants étaient fréquentes en Angleterre surtout chez les enfants de pauvres, qui, accoutumés à boire de l'eau froide par le tuyau de la théière, buvaient de la même façon, quand elle contenait de l'eau bouillante (2).

Après l'inhalation de flamme ou d'air chaud, ou bien après la déglutition involontaire de liquide chaud ou caustique, le larynx a beaucoup plus de chances d'être intéressé que lorsque le liquide a été avalé à dessein. Dans ce dernier cas, en effet, l'épiglotte protège comme toujours le larynx de l'accès des boissons, et la lésion porte principalement sur la bouche, le pharynx,

(1) Consultez : Bevan, De la brûlure du larynx {Dublin Quarterly Joum. of med, sciences^ fév. 1860. Tndait p«r A. Gauchet, Union médicale. 1860, t. VIII, p. 40 et 86. — tintchinson, Brûlure du larynx. Traehéotomie {Med. Times and Gazelle, août 1861 et Union médicale, noav. sér., 1862, XIV, 272). — Croly, Brûlure du larynx; communicat. à la Soc, de chirurgie dClrlande {Brit. med. Joum.^ Juin 1866 et Bulletin de thérapeul., 1867, t. LXXII, p. 187). — O. Glas, Trakeotomie (Uptala lararepren fOrhankJahresberichi fur gesammtemed., 1870, Ed. II, p. 370). — Holme*8, System of Surgery, vol. Il, p. 466, 2« édit. — Poyet, Manuel de laryngvscopie, 1883. — Bouchât, Traité des maladies des nouveau-nés, %• édition, Paris, 1885, p. 394.

(2) Marshall Hall, Med, chir. Transactions, vol. XII. London, 1822 et d*autres auteurs.

l'œsophage, quelquefois même sur l'estomac, l'acte de la déglutition étant alors forcé et s'accomplissant malgré la douleur ou le spasme. Cependant, lorsque le sujet avale involontairement de tels liquides, l'épiglotte est, pour ainsi dire, prise & l'improviste, et ne ferme pas suffisamment le larynx, de telle sorte que cet organe est atteint du premier coup. On a dit, mais le fait est discuté, qu'une inspiration involontaire attirait le liquide dans l'intérieur du larynx. Il se produit généralement des spasmes de la glotte, et ce phénomène sauvegarde la portion sous-glottique du larynx ; en effet, la région située au-dessous des cordes vocales apparaît souvent saine dans l'examen nécropsique des sujets qui ont succombé à des accidents de cette nature (1), la portion supérieure du larynx ayant seule été intéressée. Du reste, dans ces circonstances, il est rare que le liquide soit complètement avalé ; la régurgitation se fait par les fosses nasales, lésant ainsi la muqueuse nasale et la portion rétro-nasale du pharynx.

Pour bien se persuader de cette vérité que les liquides chauds et caustiques pris accidentellement sont rarement avalés, il faut parcourir les observations des cas dans lesquels de l'eau bouillante a été introduite dans la bouche, et l'on verra que dans ceux où la mort est survenue par le fait de la laryngite consécutive, il n'a jamais été possible de constater la pénétration du liquide dans l'estomac; — très rarement même, la portion supérieure de l'œsophage a été atteinte. Je n'ai pas entendu dire que l'eau bouillante ait été avalée dans un but de suicide, mais il est permis de penser qu'un fait de ce genre démontrerait la pénétration du liquide dans Testomac, ainsi qu'Ualieu pour les solutions acides et caustiques dans les cas de suicide.

La laryngite aiguë, laryngitis comdus^toms, survient rapidement après les brûlures du larynx, quelquefois même elle est immédiate. Elle est souvent intense et généralement bornée à la muqueuse, mais intéresse aussi les tissus sousjacents. Elle est généralement bornée à la por-

(1) Pour de récents exemples de ce genre, voir DavIesCoiley, Med, Times and Gom., 18 février 1882.

J. SOLIS-COHEIY. — PIAIES ET MALADIES DES VOIES AÉRIENNES

tion 8US-glottique du larynx, mais dans certains cas elle s'étend à la trachée, aux bronches, et même aux poumons. La pneumonie et la broncho-pneumonie peuvent exister sans qu'il y ait une lésion directe de la trachée et des grosses bronches. L'inflammation peut ne pas dépasser la face pharyngienne du larynx. D'autres Tois, il se produit tout le long de la lésion, et même plus bas, un exsudât plastique] épais analogue aux pseudo-membranes du croup et dû àTarrét de la circulation, sous l'influence de l'inflammation violente, et à la nécrose consécutive de la muqueuse, nécrose de coagulation de Weigert. On a trouvé ce genre de nécrose dans le larynx, la trachée et les bronches.

Symptômes.

Les symptômes immédiats sont la douleur, la dyspnée, la dysphagie, la dysphonie ou l'aphonie, le M shock », l'accélération du pouls et de la respiration ; plus tard se montrent le stridor inspiratoire, le spasme, l'apnée et la suffocation, le collapsus. Dans les cas de brûlures par inhalation d'air chaud et de fumée, les matières expectorées peuvent contenir des parcelles noires carbonisées (1). L'œdème de l'épiglotte ou des replis aryténo-épiglottiques peut survenir presque immédiatement, ou se développer au bout de quelques heures. Lorsqu'on a affaire en môme temps à des brûlures du tronc et des membres, il peut ne pas se montrer avant une semaine. •

Les symptômes n'apparaissent pas toujours d*emblée. Ainsi, Porter (2j parle d'une jeune fille qui, après avoir avalé une certaine quantité d'acide sulfurique, vint tranquillement s'asseoir à prendre le thé avec ses compagnes, qui furent plus tard accusées de l'avoir empoisonnée. La dose avait été cependant très forte, puisque la jeune fille mourut au bout de quelques heures, il vit également un homme qui avait bu une seconde fois de l'acide sulfurique, trouvant que la première dose n'agissait pas assez vite à son gré.

Diagnostic.

Hormis les cas où le malade cache à dessein et dans un but de suicide la nature de l'accident, le diagnostic est aisé, surtout chez les adultes. Lu douleur intense de la région, la dys pnée, la dysphagie ou l'aphagie, l'accélération du pouls et de la respiration, les commémora-

(1) Cohen, Inhalation^ its Therapeutics and Prac* tice. p. 39L PhiUdelphia, 1869.

(2) Porter, On the Larynx and Trachéal p. 178. London, 1837.

tifs sont des données qui suffisent généralement au diagnostie. L'intérieur de la bouche, la partie postérieure de la langue, le palais et le pharynx, si on pratique de bonne heure l'examen, paraissent enflammés, gonflés, couverts de phlyctènes et comme vésiqués, ou bien parsemés de taches blanch&lres analogues à celles que produirait une cautérisation et dues à la chute d'une couche d'épithélium; en d'autres points la muqueuse commence à se détruire. Dans certains cas, l'examen direct permet de constater la rigidité de l'épiglotte œdématiée (1).

On possède très peu de documents sur l'exploration laryngoscopique des régions lésées.

Turck (2) décrit l'aspect que présentait au laryngoscope une brûlure circonscrite et symétrique de la face externe et inférieure des cartilages aryténoïdes, par suite del'ingestiond'adde nitrique dilué. Chez un sujet examiné par moi et porteur d*une brûlure du larynx, consécutive à l'inhalation de flamme dans un incendie, il y avait de l'œdème des replis aryténo-épiglottiques.

Pronostic.

Le pronostic est toujours sévère quand la plaie est étendue, et la guérison est rare dans les cas graves. Dans les cas légers, les malades peuvent être entièrement guéris au bout de quelques jours : dans les cas graves, uu contraire, on les voit mourir sur-le-champ ou dans l'espace de vingt-quatre à quarante-huit heures. La suppuration est profuse et les épuise. Oi\ a observé une sorte d'encroûtement inflammatoire des cartilages aryténoïdes (Ryland). Quand il y a guérison, il persiste souvent un rétrécissement du larynx, par le fait de la cicatrisation et de l'infiltration; il faut alors recourir & la trachéotomie et à l'application d'une canule.

[J'ai soigné l'enfant d'un horloger qui avait avalé de l'eau régale. 11 se fit une eschare de la paroi postérieure de la région aryténoïdienne. L'œdème consécutif ne nécessita pas la trachéotomie. Malgré mes efforts, il se fit un rétrécissement du larynx qui détermina une dyspnée habituelle et une perte presque complète de la voix. Il se fit en même temps un rétrécissement de l'œsophage qui céda à la dilatation. (D*' P. Poyet.]]

La mort est ici consécutive au choc traumatique où à la gêne respiratoire, ou bien dans une période plus avancée, à la laryngite, la bronchite, la pneumonie. Quoique le danger d'asphyxie et

(1) Mackeiuie, op. cit., p. 281.

(2) Turck, Klinik der krankheiten der kehlkopfes und der Luftrôhre, S. 182. Wlen, 18C6.

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