CORPS ÉTRANGERS DE L'ESTOMAC
Nous désignons par corps étrangers ceux qui ne peuvent être influencés par les sucs digestifs. Poland (i) les divise de la façon suivante: |o corps pointus, tels qu'aiguilles et épingles; 2* corps coupants, allongés et irréguliers, tels que fausses dents, coquetiers, talons de bottes,
(I) Poland, Prize Essay.
clous, couteaux, ciseaux, fourchettes, cuillères, lames, poinçons, poignards, ongles, crayons d'ardoise, etc.. ; 3<* corps ronds, tels que monnaies, billes, dés, boules, noyaux de fruits; 40 cheveux, laine, fibres de noix de coco, etc., qui peuvent s'accumuler et former de grosses boules.
HENRY MORRIS. — MALADIES ET LÉSIONS DE L'ABDOMEN
Symptômes.
Ils varient selon la nature et le nombre des corps étrangers. Quelquefois ils ne causeront qu'une gène faible ou nulle, mais ils traverseront tout le canal intestinal et seront évacués par l'anus. D'autres fois ilsrestentpendant longtemps ou même toute la vie sans donner lieu à aucune gêne. Dans d'autres cas, surtout si le corps étranger est pointu, il détermine une inflammation de l'estomac ou de l'intestin, ulcère leurs tuniques, les perfore même et donne lieu à une péritonite locale ou générale; ou bien, après avoir fait naître des adhérences entre les viscères et les parois, il peut aboutir à la formation d'un abcès pariétal ; quelquefois il sort par la paroi abdominale.
En général, les premiers symptômes sont des vomissements et des douleurs à l'épigastre, auxquels succèdent une sensation de pesanteur et de plénitude, des indigestions. Quand les parois sont minces, on peut arriver, par des manipulations externes, à sentir le corps étranger. Il survient quelquefois des hématémèses et une gastrite aiguë. Dans d'autres cas, après une longue période de douleurs, d'indigestions, de perle de l'appétit, le malade meurt d'épuisement.
Dans certaines observations, on est étonné de voir le nombre et le volume des corps qu'on a trouvés dans l'estomac, à l'autopsie, et surtout de constater que, malgré leur présence, le malade a pu vivre des mois et des années et qu'il a succombé par suite d'autres causes. On a prétendu que des femmes hystériques avaient avalé un grand nombre d'aiguilles et d'épingles, qui s'étaient ensuite éliminées spontanément et séparément par difTérentes parties du corps, mais l'on ne doit accepter ces faits qu'avec réserve (1), surtout le fait de cet homme qui, ayant avalé un demi-souverain en or, affirma l'avoir expulsé par l'anus en pièces d'un sou ou de deux sous. Les fausses dents sont les corps étrangers que l'on avale le plus souvent par accident, et leur usage est tellement répandu aujourd'hui que jamais je n'administre unanesthésiquesans enlever les pièces dentaires du malade.
Quant à ceux qui avalent des corps étrangers non par accident, ce sont des fous ou des voleurs intentionnellement. Dans ce dernier cas, ce sont surtout des monnaies, et celles-ci traversent en général tout le tube intestinal sans
(I) Voy. Alban Doran, Saint-Martin Hosp. Reports, t. XII, p. 118.
causer aucun trouble. Parfois des voleun essaient de se débarrasser ainsi d'an butin pin volumineux. II existe au musée de l'hôpital de Middlesex une pièce où l'on voit une côtelette de mouton entière implantée dans le pharynx: la mort avait été instantanée. Les couteaux at
Fig. 2216. — Porte-crayon en forme de e&non expolié par le rectum; <?, plaques d'érosions (demi-gnndeur).
autres substances dei er ou d'acier, qui séjoOTnent quelque temps dans l'estomac, subbseat une certaine action dissolvante, ainsi qu'on l'a démontré par la perte de poids que ces corps avaient subie et par les taches de fer que présoitaient les selles.
Je connais l'observation d*un écolier, qui avala u porte-crayon en aluminium, modèle bijou, eoaiplètement formé, d'une longueur de 10 eentimètres ; il mangea copieusement des soupes épaisses, du pudding, du pain, et au bout de cinq Jours le porte-crayon était expulsé par l'anus, très changé d'aspect par suite de Taction des sécrétions gastro-intestinales qui avaient agi sur lui et môme sur le plomb qu'il contenait.
Hévin a rapporté des cas très intéressants d'individus qui avaient avalé des couteaux, etc., et dont on avait ouvert l'estomac pour enlever ces corps étrangers.
Poland a réuni six observations intéressantes de corps étrangers de l'estomac :
Marcel (I) rapporte le cas d'un matelot qui, de juin 1799 à mars 1809, époque où il moonitde perforatioo de Testomac, avala un grand nombre de eoataanx firmes dont quelques-uns furent expulsés par Tiaos et par les vomissements. L'estomac contenait trente À quarante fragments de couteaux; il se trouve au misée de Guy's Hospital.
Barnes 'de Carliste) rapporte une autre observation,
(1) Marcel, il/ec/. chir, Transact., vol. XII, p.'SS.
CORPS ÉTBANGBRS DE. L'BSTOlUa — THAIIEHENT.
Mlle d'un jQDgleor qol, le tl novembre 1883, anla ■cddentaUement un coûtera de Mbia fc manEhe d'oi, ioat U loDgaear toUIe dUit de !0 esiilimètrei. Cet homme ne s'en Inquiéu pu Jaeqn'au 16 Jnln 1819, ]ew où il monnit d'une gangrène do duodénum dénrialnée par U cempreuioii eiercâe par le mancbe dn conteaD. Celni-ci le troute an muiée du Collège dc« chirargieni k Londres.
La trolalème obiemiion est celle d'un indiiidu do vtagt-lroil ans, penaioimaire de l'aiile d'alidnéa do Peekham Home, qui avala plualsurs cuillères et mancbM de cuillères et mourut au bout de cinq mois de péritonite et do perforation duodénale. On trouva dtna (on eatomac et dans te duodénum trente et un ■anclie* de cuillères entiers de 15 centimètres de kng, quatre demi-mandies, neuf clous, la maliié d'un ttr de talon de loalicr, une lia, quatre cailloui et n bouton représentant une masse pesant deui livret M demi.
Dana trol* autrea obserrailona ciièei par Poland, on a prBtlqat la gutroatomie aioc succès et, dans clia- ^8 eat, le corps étranger était un couteau.
Le S Avril 1876, le D'' Léon Labbé (t) enleva par la gaatrolomie une rourchette qui sëjounioil depnii deax ans dans l'estomac d'un homme de vittp ans.
Il Ht DiM Incision de 4 contlmâlres le long du bord dtt eOtes et, avant d'ouvrir l'estomac. Il attacha cet erpue i 1* paroi «bdominale k l'aide de huit points de entnn placés h I centimèlre du bord de li plaie
Ude eommanc* fc prendre des aliments solides et rMvertnre stomacale fut rapidement réduite h une daaple fistule. Cet auteur insiato beaucoup sur l'impocunce qu'il y a à Hier l'esiooiae k la paroi abdo- ■inala avant de l'ouvrir.
Quelquefois des morceaux de laine, de drap, det anneam sont avalés par des femmes hjsterîqaei, puis vomis à volonté, au grand émoi do leurs amis (î).
Cobbald a cité l'observation d'une dama qui le conmha sur une alTection qu'elle désignait ainsi : ■ un ver qui ne voulait pas mourir ■>. Elle prétendait qu'on en vojrait souvent des Tragments dans ses vomisae- ■•Dta. En examinant, on reconnut que ce ver n'était tMir» ebose que des fragments de laine de couleur «liraDte qu'elle avait avalés (3).
Traitement.
On éviterB les purgatifs, qu'où a trop de tendance à donner en pareil cas. Si le. corps étran-
(1) Labbé, Gaitlte hebdomadaire, i mal 1876.
p) Voir Bryant.ifanuaJ for tke Praetite ofSurgtry. — Pallack, Injuriet of the Abdomen in the Sytiem of Strftrf, publié par Holmes et Ualke. — Mignon, (Um mM., nov. 1814.
ger peut Iraverseï le canal digestif, on prescrira le repos dans la position horizontale et l'on choisira des aliments qui peuvent former une masse molle, pultacée. On donnera des -joupes épaisses, des farineux, des puddings, des œufs, elc, et alors si, au bout de quatre ou cinq jours, le corps étranger n'a pas élé expulsé par l'anus, on favorisera sa sortie à l'aide d'un cathartique. S'il restait en travers du rectum, on exercerait de douces tractions pour l'atlirer au deliors. Quand, d'après la nature du corps étranger, il est peu probable qu'il franchisse le pylore ou
s'il ne peut rester dans le tube digestif sans ; déterminer des lésions, il faudra pratiquer la gastrolomie sans retard. Cependant il ne faut pas perdre de vue qu'on a observé les guéri-
Fig. !!18. — Gaalrolomio [' Il ipléniqu<
sons les plus extraordinaires après l'expulsion par l'anus de corps aussi nombreux qu'invraisemblables de forme, mais tout cela ne devra pas faire hésiter le chirurgien à pratiquer l'opération quand 11 aura acquis la conviction que l'expulsiou spontanée est peu probable e[ que la rétention du corps étranger est dangereuse.
11 ne faut pas confondre la gaslrotomie avec la gastrostomie. La première opération est celle qui consiste k ouvrir l'estoniac poiur en retirer un
HENBY HOHBIS. — MALADIES ET LÉSIONS DE L'ABDOMEN
corp« étranger, à Termer la plaie stomacale, à replacer le viscère et à suturer la plaie externe dnn» l'espoir que le patient recouvrera la sauté. La seconde, uu contraire, est une opération pratiquée dans le but de combattre l'inanition en Taisant à l'estomac une ouverture permanente,
une bouche artificielle, après avoir fixéles parois stomacales à la paroi abdominale, quand le canal (dlmentaire est obstrué. Ces deus opérattoos doivent encore être distinguées d'une troisième, que l'on appelle parrois à tort gaitrotomie, qui consiste dans la division des parois abdomi-
Fig. îîlll. — Cnniilo 11 bord» coudés.
Flit. 5îî0. — <:amilo fermée par un IioucIjod
Fjg. 3J!1. — (laiiuli! t tanKUL'ttOii arliciiléc^s.
Fig. ^ï?3. — Miiiiili'Ln imruduil iliiit la on
Fig, ■
B isaujcttissant Im piècei de
rnc pour li cinulc rcjiréscniée Fig. 3319 i iKn. — Appircil de SftIUlot [Aalula (tomacale).
nalCB, pour Tuirc une eiplorntioti ou une opération, et à laquelle on donne aujourd'hui le nom de luparotomie [l\
La gnstrolotnie est une opération qui donne de très bciiiix succès, on la pratique de la manière Kui\iinlci
II, I^ ga'truri-hapltie el Veniérorrknphie sont des opérations lui onl pour but la Termelure dca -plaici Je l'estonnc cl de l'intestin k l'aide de aulures, après avoir iTJvé les borda de U plaie riscérale. procédé qui eat inutile dant la pratique moderne des applicaiioni dca auture* au canal dlgeiltr.
On fait une incision au niveau de l'estomac en sectionnant avec soin les diverses coucbes de la paroi abdominale dans une direction longitudinale ou oblique jusqu'à ce qu'on arrive au péritoine; alors on ponctionne celle séreuse et on la divise avec soin sur une soude cannelée qu'on aura introduite par l'oriflcfl de ponction. On explore l'estomac avec le bout da doigt pour sentir la corps étranger, on soulèru cet organe avec des pinces ou avec une ligature passée dans ses tuniques séreuse et musculaire et l'on Tait une ouverture jusla asseï large