‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 26 sur 482 · FRACTURES DE LA TRACHÉE · texte numérisé non relu

FRACTURES DE LA TRACHÉE

Les fractures des cartilages de la trachée se produisent dans les mêmes circonstances que les fractures du larynx. Dans certains cas, la fracture est limitée à la trachée, le plus souvent elle s'accompagne de fractures du larynx, ou de Voê hyoïde, ou des deux. Gurlt (2) relate neuf cas de fracture de la trachée, sur lesquels la trachée senle était fracturée quatre fois. Le D' Corley (3) rapporte que chez un sujet dont la gorge avait été comprimée pendant une querelle domestique, trois des anneaux supérieurs de la trachée ètîdent fracturés. Drummond (4) mentionne une fracture comminutive avec broiement des anneaux cartilagineux, consécutive à une chute sur un barreau de chaise pointu.

S3rmpt6me8.

Ub sont identiques à ceux des fractures du larynx : dyspnée intense et emphysème qui se propage avec rapidité. 11 n'y a ni élévation des fragments disjoints, ni mobilité anormale, ni crépitation. On peut percevoir une fausse crépilation due à l'emphysème ou à l'infiltration sangnine.

(1) Toy. spécialement Fredet, op, cU.f p. S.

(3) Gvrlt. op. ciL, S. 316.

^) Corley, Dub. Journal medic, ic, october 1871,

(4) Drommond, Brit, med. Joum,^ déc. 21, 1873. — BêÊtûHtned, and surg. Jour,^ Jan. 16, 1873,* p. 72.

Diagnostic et pronostic.

Le caractère de l'accident auquel succèdent la dyspnée et l'emphysème et la présence de la plaie extérieure, indiquent la nature de la lésion ; mais l'absence des signes physiques tels que la crépitation et la déformation peuvent rendre le diagnostic difficile.

Le pronostic est défavorable, surtout si la trachée n'est pas librement ouverte pour le rétablissement de la respiration. La fracture de la trachée semble fatale à plus bref délai que la fracture du larynx. Sur sept cas recueillis par Gurlt, la mort est survenue cinq fois de une heure et demie à un jour après l'accident. Dans un cas, on sauva la vie au malade : la trachéotomie fut pratiquée malgré la mort apparente, le sang et le mucus accumulés furent enlevés et la respiration artificielle instituée. La guérison se produisit dans le cas de fracture comminutive rapporté par Drummond.

Traitement.

Le traitement est semblable à celui des fracfures du larynx. La trachée sera ouverte, soit au point de la lésion, soit plus bas, et l'on introduira un tube qui assurera la liberté de la respiration. Le traitement consécutif sera celui des plaies analogues de la trachée.

(1) Wagner, loc, cit.

J. SOLIS-GOHEN. — PLAIES ET MALADIES DES VOIES AÉRIENNES

TRACHÉOCELE

On entend par trachéocële un direrticulum sacciforme de la muqueuse trachéale (1), qui fait hernie au dehors en passant entre deux anneaux cartilagineux ou à travers une fistule congénitale. Il se forme ainsi sur la paroi externe du tube aérien une tumeur qui contient de Tair et dont la poche kystique est constituée par la muqueuse. Elle peut être antérieure ou latérale.

Cette lésion est très rare. La dimension de ces tumeurs varie du volume d*un pois (Gross) à celui d'un œuf de pOule. Elles sont habituellement uniques, quelquefois bilobées. Faucon (2) décrit une de ces tumeurs qui dura dix ans, et qui se composait d'un lobe supérieur et d'un lobe inférieur. Devalz (3) parle d'un trachéocële constitué par deux lobes principaux, l'un qui passait sous les muscles du cou, à droite, et l'autre qui s'engageait sons la clavicule gauche. Eldrige (4) lui aussi décrit un trachéocële bilatéral. Dans un article très étudié, il présente une liste de neuf cas, dont deux, il est vrai, n'étaient pas des trachéocèles et n'avaient pas été ainsi dénommés par celui qui les avait observés (5). Détis (G) rapporte un cas de trachéocële médian observé dans la pratique de Godefroy et reproduit huit cas publiés par d'autres auteurs.

Le trachéocële est beaucoup plus fréquent chez l'homme et à Tàge adulte. Leriche (7) a relaté un exemple de trachéocële double chez

un enfant de huit mois. Faucon a cité le cas d'un enfant de dix-huit mois, chez lequel, au cours d'une opération plastique, un trachéocële parut être dû à un défaut de la membrane de revêtement interne de la trachée. C'est là, du moins à ma connaissance, le seul trachéocële qui ait été étudié anatomiquement. Des descriptions imparfaites de trachéocèles congénitaux ont été données par Gohl (8) et par Fischer (9).

(1) RokiUnsky, Handtuch der path, Anat,^ vol. III. {%) Faucon, Gaz, des hôp., 1874, p. 77.

(3) Devalz, Gaz. heùd., 24 juin 1873, et Gaz, med,, 15 nov. 1873, p. 612.

(4) Eldrige, Amer, Journ, med. se, july 1879, p. 70.

(5) Cohen, Diseases of the thioat, etc., p. 395,

(6) Detis, Contribution à Véiude du trachéocële, Tb. de Paris, 1882.

(7) Leriche, Comptes rendus de la Société des se, méd. de Lyon, 1868. Reproduits par Détis, loc. cit,

(8) Ammon, Die angebomenen chirurgisefien Kran" kheiten der Meruchen. Berlin, 1842.

(9) Pitha und Billroth, Handbitch der Chirurgie, Ed. IlIiUef. I, S. 3.

Le cas de Gohl était compliqué de bronchocèle. Sous le titre de goitre (lérien ou vésiculaire, Larrey (1) a mentionné quelques cas d'une affection qui semble être un emphysème circonscrit du cou, survenant chez ces musulmans aveugles, qui chantent toutes les heures des versets du Coran, au sommet |des minarets. U existe là une poche qu'il compare aux poches sous-maxillaires des singes. 11 dit aussi en avoir observé deux cas chez des sergents instroeteurs. De nombreux observateurs ont rapporté divers cas analogues, avec tumeurs aériques, plus ou moins susceptibles de disparaître, et consécutives à l'exercice outré de la fonction vocale, à la toux, au vomissement et aux efforts violents que l'on fait pour arrêter sa respiration. J'ai cité deux cas de ce genre. Mais ce ne sont pas là des trachéocèles, puisque rien ne prouve dans ces tumeurs l'existence d'un sac formé aux dépens de la muqueuse trachéale, ce qui est le caractère distinctif de rafîectioti.

Au point de vue pathogénique, le trachéocële semble dû le plus souvent à la persistance congénitale d'une fissure bronchiale. A travers cet orifice, la muqueuse trachéale vient s'engager, poussée par un puissant effort d'expiration, dans une toux violente, ou dans un effort exagéré que l'on fait en maintenant la glotte fermée. Le sac ainsi produit s'agrandit peu à peu, et commence ainsi à s'épaissir par un processus inflammatoire. Le déchirement du tube aérien' dans de violents efforts faits avec la glotte fermée, comme durant la déglutition ou la parturition, a été considéré comme une cause de l'affection; mais il probable que même dans les cas où s'est produit ce déchirement, la lésion congénitale doit encore être invoquée.

Symptômes.

Les symptômes subjectifs sont la dyspnée, parfois intense et affectant un caractère menaçant, la voix rauque, faible et voilée, et l'aphonie avec dysphagie dans certaines circonstances. Dans le cas de Devalz, l'articulation de chaque syllabe était accompagnée d'une sorte de roucoulement, qu'on pouvait assez fidèlement imiter en prononçant ourourou sur un ton très bas.

Les symptômes objectifs se rapportent à la présence d'une tumeur compressible, gazeuse, ressemblant souvent à un goitre kystique, juste

(1) Larrey, Clinique chirurgicale, t. II, p. 81. Paris, 1829.

TRACHÉOCÈLE. — SYMPTOMES.

au-dessus du sternum, et ne remontant pas plus haut que le cartilage cricoîde, tumeur antérieure, latérale ou bilatérale. Cette tumeur devient un peu plus volumineuse pendant Texpiration, et par contre diminue pendant l'inspiration. Elle peut subir une augmentation de volume notable sous l'influence d'une expiration forcée, la bouche et le nez étant fermés ; mais celle augmentation est beaucoup moindre que celle qui se produit durant un accès de dyspnée intense. Quelquefois la tuméfaction est pendant plusieurs mois intermittente avant de devenir coDstante (I). Au laryngoscope, on a vu que l'action des muscles laryngés était peu énergique (Eldrige), et ce fait peut partiellement expliquer l'affaiblissement de la voix. Dans d'autres cas, la laryngoscopie n'a jeté aucune lumière sur le sujet. (Devalz.)

Diagnostic et pronostic.

L'histoire de l'apparition soudaine de la tumeur, son accroissement graduel, l'augmentation de son volume sous l'influence de l'cxpiraratiou, la possibilité de vérifier cette augmentation par une pression en un point quelconque de la tumeur, la sensation de crépitation emphysémateuse qu'on perçoit en saisissant la masse de la tumeur, sa diminution ou sa disparition sous une compression méthodique : voilà les caractères qui désigneront la nature de la lésion. La palpation donne la sensation d'un sac plein d'air (2). L'auscultation peut révéler le murmure trachéal normal (Devalz). La percussion donnera lieu quelquefois à une résonnance tympanique (Faucon, Lize, Détis). Le trachéocèle peut être confondu avec le goitre. Une

ponction exploratrice pourrait trancher la question, car dans le cas d'Eldrige, l'aiguille donna issue à un courant d'air assez fort pour éteindre la flamme d'une allumette. Le diagnostic du trachéocèle avec un emphysème circonscrit dépendra surtout de l'exploration du sac par la palpation, mais on éprouvera quelquefois de la difficulté à le distinguer d'un emphysème consécutif à une rupture du sommet du poumon, comme dans le cas de Lize. ^

Le pronostic est considéré comme favorable par Détis, qui rapporte un cas de guérison après trois semaines de compression. D'après d'autres auteurs, il semblerait que la tumeur est incurable et qu'on ne peut espérer autre chose que l'empêcher de s'accroître. Cependant il n'y a pas à craindre pour la vie du sujet. Les cures prétendues se rapportent plutôt à des emphysèmes qu'à des trachéocèles.

Traitement.

Le traitement consiste en une manipulation méthodique de la tumeur, qui aura pour but de refouler le plus d'air possible dans la trachée ; on recourra ensuite à la compression continue au siège d'expansion de la tumeur, de façon à exciter l'inflammation oblitérative du collet du sac à l'orifice trachéal. La dyspnée peut demander un traitement spécial basé sur les calmants. Godefroy guérit un malade en six semaines par une compression permanente exercée au moyen d'une sorte de bandage herniaire, et Leriche lui aussi eut un prompt succès par la compression. D'autres chirurgiens ont simplement conseillé l'emploi d'un appareil pour cacher la difformité, et prévenir une distension plus grande du sac.

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