LUXATION DES CARTILAGES DU LARYNX
La luxation des cartilages du larynx est rare. I La cause peut en être traumatique et d'ordre externe, ou pathologique et d'ordre interne.
Lorsqu'elle est d'ordre externe, cette luxation est le résultat d'une violence directe ; le plus sonvent elle s'accompagne de fracture du larynx. Le mode le plus ordinaire de la lésion est la luxation d'un cartilage aryténoïde sur le cricolde. La luxation de la corne inférieure du cartilage thyroïde, compliquée d'autres lésions, a été rapportée par Holden (3) et par Mackenzie ; le cas de Holden était dû à un coup violent ap-
(1) Cas d'Eldrige, hc. cii,
(2) Faucon, Eldrige, ioc, cit.
(3) Holdea, Amer, Journ, med, se, janv. 1873 p. 119.
pliqué pendant une querelle entre ivrognes, et celui de Mackenzie à une contusion accidentelle faite avec le revers de la main.
Les luxations d'ordre interne reconnaissent généralement pour cause une contraction accidentelle des parties molles sus-jacentes ou avoisinantes. Dans deux cas de luxation transversale, et en dedans, du cartilage aryténoïde gauche, observés par Stœrk (1) chez des adultes, la lésion s'accompagnait de voix de fausset ; le cartilage aryténoïde luxé examiné au laryngoscope, était extrêmement tuméfié, le cartilage du côté opposé était repoussé en dehors. Les cordes vocales se maintenaient dans la position qu'elles
(1) Stœrk, Wien. med. Woch., n«> 50. 1873. — London med. Record, may 15^ 1879.
jr. SOLIS-COHEN. — PLAIES ET MALADIES DES VOIES AÉRIENNES.
occupent dans la paralysie des muscles cricoarylénoîdiens postériears. L'un de ces cas fut rattaché à une rétraction cicatricielle consécutive à la diphthérie; mais aucune cause ne put être invoquée pour la production de Tautre cas.
Chez un malade que Ton avait cru, durant sa vie, atteint d'une paralysie des muscles cricoaryténoïdiens postérieurs, on découvrit à l'autopsie, une luxation des deux cartilages aryténoîdes sur ft face interne de la portion plane du cartilage cricoïde; ces cartilages étaient couchés dans le sens horizontal, et étroitement unis par du tissu cicatriciel (i). Là encore, la lésion fut rattachée à une rétraction cicatricielle de la paroi postérieure du larynx, de nature syphilitique. Il semble donc, s'il est permis de tirer une conclusion de ces peu nombreuses et succinctes observations, que la rétraction cicatricielle des ulcérations peut être considérée comme une cause de luxation.
Si j'en crois le seul examen laryngoscopique, sans qu'il m'ait été donné de le vérifier par des nécropsies, et sans que je me rapporte à des observations non personnelles, il me semble que la luxation et la subluxation du cartilage superaryténoïde peuvent parfois se rencontrer. (>hez plusieurs sujets, et particulièrement chez des chanteurs dont la voix était devenue rauque après une fatigue vocale exagérée, j'ai vu le cartilage superaryténoïde d'un côté pencher manifestement en avant et en dedans, contrastant ainsi avec la position rectiligne du cartilage opposé.
Cette lésion ne semble avoir aucune gravité spéciale .
. Symptômes.
Les symptômes de la luxation d'un cartilage aryténoïde ne sont point pathognomoniques. Ils consistent dans la gêne de la respiration et de la phonation, accompagnée des autres manifestations, propres à la lésion concomitante, cause de la luxation. Les symptômes décrits dans le cas de luxation de la corne inférieure du cartilage thyroïde, observé par Holden, à savoir : douleur intense, sensation de suffocation, hé' morrhagie, dyspnée, dysphagie et aphonie, indiquent la concomitance d'une contusion du larynx.
(I) Sidlo, cité par Ziemssen (Cyclupxdia of ihê Practice of mefUcine, vol. UI, p. 968, New-Yorli, 1876).
Diagnostic.
Si l'on s'en rapporte aux trois exemples précédents , l'image laryngoscopique présente dans les luxations des cartilages aryténoîdes une grande ressemblance avec celle que l'on obtient dans la paralysie des muscles dilatateurs du larynx. Cette circonstance pourrait être une cause d'erreur, si l'on n'observait le déplacement des cartilages du larynx. Le diagnostic repose donc principalement sur l'examen laryngoscopique, dans les cas de luxation d'origine interne. Dans le cas de Holden, où il s'agissait d*ane luxation de la corne inférieure du cartilage thyroïde, le point luxé présentait une saillie assez proéminente pour être immédiatement reconnue.
Consécutivement au processus ulcéreux de la tuberculose, des fièvres typhoïdes et de la syphilis, un cartilage aryténoïde peut se détacher de son siège et rester suspendu dans l'intérieur du canal aérien ; mais ce n'est pas là une luxation dans le sens strictement chirurgical du mot.
Px*onostic.
En ce qui concerne la réduction d'une luxation d'un cartilage aryténoïde ou superaryténoïde, il est défavorable. En ce qui concerne la vie du malade, il est subordonné à la position occupée par le cartilage déplacé. Si ce cartilage obstrue le larynx, la trachéotomie et la canule à poste fixe deviennent promptement nécessaires pour assurer la liberté respiratoire. Le pronostic de luxation de la corne inférieure du cartilage thyroïde semble défavorable, si l'on juge d'après le cas de Holden, où il n'a pas été possible de tenter la réduction.
Traitement.
Un cartiloge luxé, si la lésion complique une plaie par arme à feu ou une fracture du larynx, doit être enlevé, car il n'existe aucun moyen de le maintenir en sa position. Dans des cas semblablcB à ceux que nous citons ici, la trachéotomie serait indiquée, ainsi que nous le disons à propos du pronostic. Dans la luxation de la corne du cartilage thyroïde, il faudrait essayer de maintenir la juxtaposition des organes par une compresse ou un bandage, ou bien par une traction exercée au moyen de bandelettes adhésives.