L. PICQUÉ. — DES HERNIES
pression des viscères et la résistance des parois.
Hernies eongénitales. — Sous ce nom, assez impropre du reste, on doit comprendre des hernies spéciales à la région inguinale, et qui se font dans une cavité préformée. En effet, chez un certain nombre de sujets, le conduit vagino-péritonéal qui au moment de la descente du testicule fait communiquer la cavité péritonéale avec la cavité vaginale, reste perméable après la naissance. La hernie se fera par le mécanisme précédemment indiqué et sa production se fera d'autant plus facilement que le conduit vagino-péritonéal sera plus large et plus accessible à Tintestin.
Hernies spontanées, — Ce sont celles qui ont le plus exercé la sagacité des observateurs. EUes se produisent dans des circonstances bien différentes; tantôt elles se développeront lentement, progressivement, sans que le malade puisse en rapporter le début à un moment précis. On les voit de préférence chez des individus affaiblis par l'âge ou la cachexie : ce sont les hernies de faiblesse (Malgaigne), et l'on peut admettre que la paroi abdominale s'est trouvée affaiblie sous l'influence de ces causes. Tantôt, au contraire, un effort violent en a été le point de départ, et le développement a pu être considérable d'emblée. Malgaigne, par opposition aux précédentes, les appelait hernies de force ; elles se développent chez des individus robustes à paroi ubdoniinale résistante, uu inoins en apparence.
Le mode de production des hernies de faiblesse est facile à comprendre. L'on conçoit que dans le cas où la paroi al)dominale a été affaiblie par l'état sénile, les cachexies diverses, ou simplement par cet état particulier qu'on désigne communément sous le nom de misère physiologique, une pression môme légère exercée par la masse intestinale suffise pour surmonter la résistance affaiblie de cette paroi et amène la production d'une hernie. Cette hernie n'aura du reste aucun siège particulier : ce sera encore le plus souvent une éventration dans le sens propre du mot, comme on en observe chez certaines femmes à la suite de grossesses répétées.
Chez ces dernières, comnie aussi dans les cas dont nous avons précédemment parlé, le ventre présente une disposition particulière désignée par Malgaigne sous le nom de ventre à triple saillie^ dans laquelle, à coté d'une saillie médiane formée par le relAchemenl des muscles droits, on trouve deux reliefs allongés parallèlement il l'arcade fémorale et dus à la laxité delà paroi à ce niveau. Mais il est bon d'ajouter que cette disposition ne survient pas toujours sous l'influence des causes précitées ; elle peut exister
chez des sujets robustes ainsi que nous le faisait souvent remarquer M. Berger à la Charité qui l'attribuait ainsi que Ledentu (1) à une disposition native dont il faut tenir compte dans la production des hernies dites de force, et qui explique aussi la multiplicité des hernies chexces mêmes sujets.
Quant aux hernies de force, plusieurs théories ont été invoquées à diverses époques pour expliquer leur mode de formation.
La plus ancienne en date est la théorie mécanique. Déjà, en 1721, Renaulme de Lagaranne ( 1 ) émettait l'opinion que les contractions musculaires favorisaient la sortie des viscères de l'abdomen par les points faibles naturels, c'est-àdire par les anneaux. Cette théorie fut soutenue vers la même époque par Garengeot, plus tard par Scarpa, sous le nom duquel on la désigne ordinairement, et plus récemment par Malgaigne. Cette interprétation rencontra de sérieux adversaires, dans Rust, Richter, Benevoli etMorgagoi lui-même, qui ne veulent admettre que la pression soit suffisante pour aboutir à la formation des hernies : ils faisaient intervenir le relâchement des moyens de fixité du viscère et admettaient l'allongement pathologique du mésentère.
La troisième théorie, née en France, mais sa^ tout adoptée à l'étranger, est celle de lapréformation du sac. Elle eut pour point de départ les travaux de Cloquct sur la formation du sac dans la hernie crurale. Cet auteur admet qu'outre l'influence de la pression mécanique des viscères abdominaux on peut admettre dans certains cas le mécanisme suivanL II s'exercerait selon lui une traction de dehors en dedans sur le péritoine, d'où la formation d'un sac herniaire susceptible de recevoir ultérieurement une anse intestinale : cette traction serait produite par un lipome herniaire : dans une de ses planches il figure une lipome de la grosseur d'un œuf qui avait attiré le péritoine dans le canal crural et donné lieu à la formation d'un véritable sac.
Cette théorie fut combattue par Bernutz qui explique le fait de la façon suivante. Pour lui, il s'agirait uniquement d'un sac déshabité, et la production du lipome serait consécutive et caractériserait un processus de guérison spontanée. iNous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cette opinion. Mais la généralisation que Boser
(l)Le(lcnlu, article IIernik, du Dictionnaire t/e médecine de Jaccoud. Paris, 1873, tome XVIL
(2) Renaulme de Lagarinne, Traité des hernies, 172L