HERNIES RÉDUCTIBLES. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
▼oulut faire de celte théorie devait rencontrer surtout une sérieuse opposition. Alors que Gloquet et plus tard Velpeau n'appliquaient ce mode de formation du sac qu*à un nombre très limité de cas, l'auteur allemand au contraire pense que pour la hernie inguinale la préformation du sac était constante, et ne pouvant admettre l'influence du lipome qu'on ne voit presque jamais dans cette région, il fil intervenir le canal vaginopéiitonéi^ et affirma que dans tous les cas la hernie inguinale élait due à la persistance de ce canal. Disons de suite que la hernie dite congénitale reconnaît bien cette origine, mais qu'il est excessif de vouloir y faire rentrer tous les cas.
Que penser de ces diverses théories? Pour ce qui est de la théorie de Cloquet, nous ferons remarquer que l'existence d'un lipome n'est pas constante et qu'on ne saurait appliquer à des cas dissemblables une explication unique ; que de plus, quand il existe, on n'est pas autorisé à croire qu'il a préexisté à la formation du sac. Bemutx a en effet montré qu'il pouvait être consécutif à la rentrée de l'intestin. Nous conclurons donc que le mécanisme invoqué par doquet, tout rationnel qu'il paraisse, ne peut convenir, ainsi que son auteur l'avait déjà fait remarquer, qu'à un nombre très limité de cas.
La tihéorie de l'allongement du mésentère s'appuie en réalité sur un fait anatomique exact mais mal interprété. Cet allongement n'est d'ailleurs pas constant : il manque dans un certain nombre de cas; bien plus, loin de préexister à la hernie, il semble lui être consécutif et dû à la traction permanente exercée sur lui.
En conséquence, on peut conclure avec Follin et Duplay que la théorie mécanique est la seule applicable à la majorité des cas.
La hernie est donc, en résumé, la conséquence de la pression des viscères sur les points anatomlqueroent faibles de la paroi (anneaux) ou sur cette paroi affaiblie congénitalement ou par une cause accidentelle (traumatismes divers).
Causes.
Le mécanisme une fois connu, il devient facile de comprendre l'influence des causes qui président à leur formation. Les causes sont de deux ordres, prédisposantes et efficientes : les premières agissent en diminuant la résistance de la paroi, les deuxièmes en augmentant la pression exercée par elle : nous les étudierons simultanément.
Les hernies se voient de préférence chez
l'homme, plus exposé que la femme aux efforts violents.
La proportion serait de cinq hommes pour une femme d'après la statistique de la Société des bandages de Londres publiée en i865. Pour des raisons faciles à comprendre, les enfants y sont particulièrement disposés : ici la pression abdominale n'est pas à redouter, mais la résistance de la paroi entre en jeu. On conçoit que le moindre effort puisse aboutir à la production d'une hernie, et qu'à égalité de pression dans les deux âges, l'enfant soit plus disposé encore que l'adulte à la hernie. Ces considérations permettent de comprendre pourquoi, ainsi que Gosselin (1) Ta fait remarquer, les hernies sont si rares de dix à treize ans. A cet âge, les sujets ne sont pas soumis à des travaux violents, et la paroi est plus en mesure de lutter contre les faibles pressions. Des raisons analogues expliquent encore leur fréquence chez les vieillards. La paroi est relâchée, et là tous les efforts, en particulier ceux qui sont dus à l'hypertrophie prostatique, augmentent les chances de hernie.
En dehors de l'âge, les professions, l'hérédité, la débilitation de l'organisme, sont des causes dont le mode d'action est aisé à expliquer; elles agissent, on le conçoit, soit en favorisant les efforts dépression, soit en diminuant la résistance des parois. Pour ce qui est de l'augmentation de pression nous avons vu, dans les cas qui précèdent, que l'exagération est active, d'ordre physiologique, c'est-à-dire qu'elle est le résultat de l'effort. Mais quelquefois cet effort est dû luimême à des causes pathologiques ; c'est ainsi que l'hypertrophie de la prostate ou la bronchite provoquent des efforts susceptibles de déterminer chez les vieillards à paroi abdominale affaiblie la production d'une hernie. Enfin, dans certains cas, l'augmentation de pression est passive et relève encore des causes pathologiques. Toutes les affections (épanchement de liquide, tumeurs diverses)augmentant la pression pariétale pourront en effet produire ce résultat. Je me souviens avoir vu à la Charité, pendant la durée de mon clinicat, un cas bien intéressant sous ce rapporL 11 s'agissait d'un homme atteint d'un cancer de l'S iliaque, qui, au cours d'accidents chroniques d'occlusion in testinale, avait vu tout d'un coup apparaître une hernie. Le ballonnement du ventre qui l'accompagnait ainsi que la quasi-irréductibililé de la hernie avaient pu un instant donner le change et faire croire à une hernie sinon étranglée, du moins engouée.
(l) Gosselin, Clinique chirurgicale de la Charité^ 3* édition. Piris, 1879.