‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 32 sur 482 · CORPS ÉTRANGERS DANS LES VOIES AÉRIENNES. ~ TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DANS LES VOIES AÉRIENNES. ~ TRAITEMENT

Weist (I), dans une analyse portant sur 1000 cas, signale 460 guérisons sur 599 malades non opérés, ce qui fait 76,79 pour 100, et 245 guérisons sur 338 malades opérés, ce qui donne une proportion de 72,48 pour 100. Tout dépend, il faut le reconnaître, des circonstances particulières. 11 est permis de présumer que les cas les plus graves sont toujours opérés, tandis que les plus bénins sont traités par Texpectoratioo. Les guérisons seraient donc beaucoup plus nombreuses si les opérations étaient plus fréquentes. Le D' W. J. Smith (2) ajoute les statistiques de Gross et de Durham à celle de Weist, et les résultats ne sont plus les mêmes : 283 morts sur 955 malades non opérés, ou 29,78 pour 100, et 178 morts sur 719 opérés, ce qui fait 24,75 pour 100; la proportion totale est donc de 1 décès sur 3,5 cas non opérés et de 1 sur 4 opérés. Les statistiques de Durham (3) seules sont beaucoup plus favorables à l'opération : 260 guérisons sur 338 malades opérés et 176 seulement sur 298 non opérés. Dans une statistique plusrécente, Durham (4)relève,sur2i2 cas de trachéotomie pour corps étrangers, 157 guérisons.

Quand le corps étranger demeure longtemps dans les voies aériennes, il peut s'enkyster (5), même dans la substance pulmonaire, mais plus fréquemment il provoque des accidents inflammatoires et ulcéreux, de la laryngite, de la bronchite ou de la pneumonie, et le malade pourra succomber à une affection lente du larynx, de la trachée ou des poumons.

Quelquefois cependant, il y a une tolérance extrême, comme dans le cas de Franks (6), où on 08 de poulet mesurant un pouce et 3/8 de longueur sur un pouce et 1/18 de largeur et un pouce et i/6 d'épaisseur, resta fixé au-dessus des cordes vocales pendant 33 jours.

Watson (7) cite un cas dans lequel une pièce d'or demeura pendant des années dans un des Tentricules du larynx, sans amener d'accidents graves, et Gross (8) parle d'un morceau d*os qui fut expulsé par la toux après être resté soixante ans dans les voies aériennes (9).

(1) Weist, op. cit.

(2) Smitb, Loru/o/i med. Record, lune 16, 1884, p. 238. (S) Dorham, op. cr7., 3« éd., voL I, p. 765.

(4) Darbam, Ibid., p. 770.

(5) Gross, op. cit., p. 47.

(6) Fraoki, Arch. of laryngology^ october 1882, P.SS3.

(7) WattOD, Practice of Physic, 4'* cd., vol. II, p. 436, cité par Durham.

(8) Grosa, op. cit., p. 172.

(f)Bartlett,A'fio-ybrA; J. of med. and the collatéral

t, vol. VI, p. 23 ; Ibid.f p. 172.

Quand ils séjournent pendant quelque temps, les corps étrangers sont assez souvent spontanément expulsés en fragments. Des noix, des haricots, des pilules, des grains de café, ont été ainsi rejetés ; on raconte même qu'une aiguille à seringue hypodermique, aspirée par un médecin qui l'avait placée entre ses lèvres, fut expulsée, en deux morceaux, treize jours après (1).

La période à laquelle se produit l'expulsion spontanée varie suivant les circonstances particulières. Dans 136 cas de guérison, recueillis par Durham, l'expulsion se fit immédiatement; dans six cas, elle se fit avant vingt* quatre heures ; dans 19, de huit à trente jours ; dans 68, de trente jours à un an, et dans 31^ de un à dix-sept ans.

Le plus souvent l'expulsion spontanée est suivie de la guérison de tous les accidents consécutifs, alors même que cette expulsion n'aurait lieu qu'au bout de quelques mois ou de quelques années (2). Quoi qu'il en soit, lorsque le corps étranger est resté dans les voies aériennes pendant plusieurs mois, il n'est pas rare de voir la mort se produire après l'expulsion spontanée, tantôt au bout de quelques jours, tantôt après plusieurs mois de souffrance (3).

Traitement des corps étrangers dans les

voies aériennes.

Le fait de l'expulsion spontanée des corps étrangers par la toux suggéra de bonne heure aux praticiens l'administration des émétiques et des sternutatoires (4) dans le but de provoquer des efforts expiraloires et expulsifs. Théoriquement, il semble qu'en agissant ainsi Ton risque de produire l'arrêt subit des corps étrangers à l'orifice de la glotte ; ce danger a été signalé par les auteurs; mais, malgré mes recherches, je n'ai trouvé aucun exemple de mort amenée par ce traitement. La même remarque s'applique à cette manœuvre, a priori condamnable, qui consiste à pencher le corps du malade et à lui frapper légèrement sur le dos ou la poitrine. L'opinion chirurgicale généralement admise est que ces moyens, quoique souvent heureux, ne sont pas justifiables, à moins qu'on ait pratiqué une incision préalable de la trachée, ou que le chi-

(1) Sydney Jones, Lancet, august 7, 1880, p. 208.

(Tj Heckatetter et autres auteurs cités par Gross {op. cit., pp. 117, 473); Elsberg, Phii. med. Times, july 29, 1882, p. 729; Paugbt, Med. news, oct. 13, 1883, p. 205.

(3) Gross, op, cit., pp. 173, 182.

(4) Aetius, cité par Gayon, Buli. gén. de Ihérap., 15 Janvier 1869, p. 15.

J, SOLIS-COHEN. — PLAIES ET MALADIES DES VOIES AÉRIENNES

rurgien ait tout préparé pour faire une trachéotomie immédiate si la marche des symptômes en signalait l'urgence. Pour favoriser l'expulsion, dans la méthode qui consiste à faire pencher le corps en avant, il faut faire exécuter par le malade, à l'instant même où il se penche, une profonde inspiration et la faire suivre d'un puissant efiTort d'expiration. Au moment où commence cet effort, on donne un coup léger du côté opposé à celui où l'on suppose que le corps étranger s'est logé.

Les contours mousses et lisses des cailloux et la disposition circulaire des pièces de monnaie, tous objets qui grâce à leur poids et à leur forme obéissent aisément aux lois de la pesanteur, favorisent leur ablation par le procédé ingénieux de Padley (1). « On fixa l'une des extrémités d'un banc épais sur un lit, tandis que l'autre reposait sur le plancher. On fit asseoir le malade à la partie supérieure du banc, ses genoux étant fléchis au niveau de l'extrémité ; puis on lui dit de se laisser aller en arrière sur le plan incliné ainsi formé ; le malade se releva immédiatement tenant en sa bouche une pièce de six pences. La position avait probablement favorisé la sortie de la pièce, et la rapidité avec laquelle, de son propre effort, les genoux agissant à la façon d*un ressort, il revint à la station assise, l'aurait en tout cas garanti de tout accident spasmodique si l'expulsion n'avait

pas eu lieu. »

Krishaber, ayant déterminé au laryngoscope la situation d'un clou, renversa un enfant la tète en bas, introduisit son doigt dans le larynx pour s'en servir comme guide et enleva le corps étranger avec une pince (2).

Si Ton ne croit pas devoir employer l'extraction de corps étrangers par les moyens que nous venons de mentionner, ou même si on y a recours sans succès, il reste encore la méthode d'ablation, soit par l'orifice naturel des voies aériennes, soit par une ouverture artificielle pratiquée à travers la trachée.

On peut pratiquer l'extraction par la bouche en s'aidant ou non du laryngoscope pendant l'opération ; mais en tout cas, il vaut mieux, autant que cela est possible, s'assurer par un examen laryngoscopique préalable delà position du corps à enlever. Les pinces et les crochets mousses sont les appareils les plus habituellement usités. Mais bien souvent le chirurgien est obligé de s'ingénier à trouver un instrument

(1) Padley, Bril. med, Jour.^ nov., 1878, p. 6721.

(2) Krishaber, Annales des maladies de Poreille, etc., . -^l 1878.

approprié à un cas particulier : c'est ainsi que Brandeis (1) enleva du larynx un fil, au moyen d'une brosse trempée dans un mucilage.

L'extraction par la bouche, quoique souvent faite avec succès, dans des conditions très défavorables, ne semble généralement praticable que lorsque le corps étranger est situé au-dessus des cordes vocales. Quand il est au-dessous de la glotte, le procédé n'est possible que 8*U est de nature à ne pas blesser les tissus ou provoquer du spasme. Une lésion des cordes vocales en effet pourrait entraîner une altération définitive de la voix. Lorsque des corps irrégaliers, tels que des morceaux de dentiers, ont été avec force enlevés du larynx, et que les plaies ainsi faites aux cordes vocales et aux autres organes (2) n'ont pas causé chez le patient des troubles irrémédiables, il faut voir là le fait heureux d'une tolérance fortuite des tissus, plutôt qu'une preuve remarquable de Fhabileté du chirurgien. Des objets petits, légers, et de forme régulière, tels que des hameçons, des aiguilles, des épingles, des pièces de monnaie, des sangsues (3), ont été, sans accidents, extraits, avec l'aide du laryngoscope.

[J'ai présenté à la Société de médecine de Paris une aiguiUe de 7 centimètres de long que j'ai retirée du larynx d'un homme, alors que j'étais chef de clinique du D' Fauvel. Cette aiguille avait été avalée il y avait de celacinqjours. Jepus la retirer avec les pinces laryngiennes (4).]

Les substances friables, telles que des os ou des coquilles de noix, qu'il ne semble guère possible d'enlever en totalité sans déchirer les organes, doivent être brisées entre les mors d'une pince, et ensuite, si elles ne sont pas expulsées spontanément par la toux, on les extraira par fragments.

Je reproduis d'après Grazzi (5), et comme un exemple tout récent des résultats que peut donner l'emploi du laryngoscope, l'image laryngoscopique d'une pièce de monnaie enclavée dans les ventricules du larynx (fig. 2099) ; la figure

(1) Brandeis, American PractUioner^ nov. 1878, p. 317.

(2) Oppenheimer, Nfio- KorA med. Jourti»^ sept. 1877, p. 398.

(3) R. de la Sota enleva une sangsue de Tanneau supérieur de la trachée avec les pinces laryngiennes. El anfiteairo anatomicOt n» 73, 1874; Ardi. of lar,^ jan. 1883, p. 17.

(4) Comptes rendus de la Société de médecine de Paris, 1877.

(5) Graxzi, Bolletino délie malattie deW orecchio, délia gola e del naso, 1881, n» 4.

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