‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 412 sur 482 · ULCÉRATION ET RÉTRÉCISSEMENT DU RECTUM · texte numérisé non relu

ULCÉRATION ET RÉTRÉCISSEMENT DU RECTUM

que pour la taille, le chirurgien passe dans le rétrécissement son doigt comme conducteur; puis il introduit un long bistouri droit, et, quand la pointe a dépassé complètement le rétrécissement, il sectionne ce dernier de haut en bas dans toute son épaisseur, en allant jusqu'au sacrum, s'il est nécessaire, et vient faire sortir son bistouri à la pointe du coccyx. En se tenant sur la ligne médiane, Thémorrhagie n'est qu'insignifiante et les tissus morbides sont divisés dans leur entier. Les bénéfices de cette opération sont si rapides qu'en quarante-huit heures j'ai vu les sueurs nocturnes s'arrêter, et un malade qui paraissait mourant se ranimer, manger et boire, et aller bien à partir de ce moment; les liquides morbides, au lieu d'être résorbés, s'écoulent au dehors, et le malade ne s'empoisonne plus. Il faut nettoyer la plaie avec la seringue et maintenir les parties dans une propreté parfaite en injectant une solution phéniquée très faible (i sur 60). J'emploie toujours comme pansement du coton absorbant sec, quelquefois phéniqué, et je ne veux pas qu'on lave les malades plus de deux fois par jour; l'emploi trop fréquent d'un liquide, phéniqué ou non, rend les bourgeons blafards et languissants; aussi conseillé-je les pansements secs. Beaucoup de mes opérés se sont rétablis et j'ai les observations d'au moins quinze guérisons persistantes; mais chez d'autres l'opération a échoué, et j'ai vu la maladie récidiver môme après trois et quatre ans. Comme traitement consécutif, je place souvent une canule dans la plaie, en l'y fixtfnt pour la nuit ; cette précaution tend à prévenir le retrait des parties.

• Un grand nombre de mes malades ont été traités'par la dilatation, aidée dans quelques cas de petites incisions; toutefois le rétrécissement du rectum est une maladie infiniment plus incertaine, plus sujette aux récidives et plus difficile à traiter que le rétrécissement de Turèthre. J'ai vu quelquefois l'administration prolongée de l'iodure de potassium et du bichlorure de

mercure déterminer une amélioration considérable ; mais d'autre part il est souvent arrivé que ce traitement, dont j'attendais de sérieux avantages, n'a produit aucun effet curatif. En somme, je n'ai pas grande confiance dans les remèdes spécifiques , bien que je les emploie toujours concurremment avec les toniques, quand je suppose que les ulcérations sont d'origine syphilitique. En résumant l'ensemble de ma pratique, tant

hospitalière que civile, je puis déclarer que, parmi les femmes, plus de 50 p. 100 étaient at- Encycl. de chirurgie.

teintes de syphilis constitutionnelle incontestable, et que, parmi les hommes, 40 p. 100 se trouvaient dans les mêmes conditions. Au nombre des causes de l'ulcération, etc., chez les sujets qui n'offrent pas traces de syphilis, je puis mentionner la tuberculose (qui n'est pas aussi rare qu'on le croit généralement); la dysenterie et la diarrhée, résultant ordinairement d'un séjour prolongé dans les pays chauds ; la constipation obstinée, ancienne; les lésions de l'utérus et du vagin pendant l'accouchement, et les opérations sur le rectum chez des sujets d'une mauvaise constitution ; mais ces causes peuvent-elles rendre compje de tous les cas observés? Je suis obligé de dire que je ne le crois pas, et d'assurer que dans bon nombre de ces faits je ne connais pas la cause. Si nous pouvions résoudre la question de savoir pourquoi l'ulcération et le rétrécissement du rectum sont beaucoup plus fréquents chez l'homme que chez la femme, nous aurions peut-être la clef du mystère; mais, pour ma part, je ne crois pas qu'on ait proposé pour cette question de solution satisfaisante, pas plus que pour cette autre : Pourquoi l'épithélioma du rectum est-il relativement rare chez la femme?

A ce propos, je puis dire que je suis en désaccord absolu avec certains chirurgiens français autorisés, comme M. Gosselin (1), et aussi quelques chirurgiens américains distingués, comme M. Erskine Mason, qui soutiennent que la grande majorité des cas d'ulcération et de rétrécissement non cancéreux résultent d'une contamination par le pus d'un chancre mou ou d'un chancroïde. J'ai étudié avec beaucoup de soin et très à fond ce point délicat, et je ne saurais exprimer avec trop de force ma conviction que l'ulcération qui aboutit au rétrécissement est la conséquence d'une syphilis tertiaire et non d'un chancroïde.

D'après ce que j'ai observé, les chancres mous du voisinage de l'anus guérissent rapidement avec un traitement approprié, et j'en ai vu beaucoup se cicatriser en peu de jours grâce à des soins de propreté et à l'usage d'une solution de tartrate de fer ; bien que j'aie revu les malades de loin en loin pour d'autres affections, je n'ai point constaté chez eux d'ulcération ou de rétrécissement.

Il n'existe pas de maladies plus déconcertantes pour le chirurgien que les ulcérations et les rétrécissements du rectum ; comme je l'ai dit plus

(1) Gosselin, Clinique chirurgicale de C hôpital de la Charité. 3« édition. Paris, 1878.

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