PAR LE D' BABETTE
Prosecteur à la Facalté de médecine de Paris, ancien interne en chirurgie à l'hôpital des Enfants-Maladeid).
Définition.
— Historique. — da sujet.
Exposition
Oât vers le milieu du dlx-huilième siècle (1741) qu'Andry rassembla (2) dans deux volumes, rares aujourd'hui, toutes les notions éparses à Tépoque où il vivait, sur les difformités et leur traitement. Par le lerme d'orthopédie qu'il créa le premier, il comprenait tout ce qui avait Irait à l'art de guérir et de corriger chez les enfants les difformités da corps.
Malgaigne (3) sembla restreindre la largeur des termes définis par Andry en disant de Torthopédie qu'elle avait pour but de rendre aux articulations déviées leur forme et leurs fonctions, et aux leviers osseux des membres leur direction naturelle.
M. de Saint-Germain (4), dans ces dernières
>J) Nous avons suivi, en grande partie, dans ce travail, l'ordre adopté dans Tartide similaire de Tédiiioi) américaine de V Encyclopédie de chirurgie. Cette partie, rédigi^e par le 0' Frédéric FislierCd*^ l.oi>dr«'8), nous a donné d^utiles renseignements sur la pratique suivie en Angleterre, dans le traitement des maladies justiciables de l'orthopédie. iMais, do notre côié, nous aTon-) tnnu à montrer Tétat actuel de la science et de la pratique, dans notre pays , pour lequel on peut à juste titre r^^vendiquer l'honneur d^avoir toujours donné à l'étude scientifique de Torthopédie la plus féconde impulsion.
(!) Andry, L'O thopédie, ou l'art de prévenir et de corriger dans Les enfants les difformités du corps, Paris, 1741.
(3) Ma'gaigno, Mémoire sur la valeur réelle de Vorthopédif. Part», IK45, et Lt:çons d'orf'Op, Paris, 1862.
(4) Saint-Germain, Chirurgie orthopédique, ihéra-
années, comprend la chirurgie orthopédique dans son sens le plus large; pour lui elle comporte l'étude et lu thérapeutique de toutes les difformités et déformations incompatibles avec la vie.
Partageant complètement les idées de notre ancien maître, nous adoptons la définition suivante, qui montre en môme temps l'étendue que nous attribuons à ses termes. L'orthopédie est l'art de prêt enir et de corriger les difformités du corps quelles que soient leurs origines [congénitales ou accidentelles) f leur nature et Ivur siège,
11 serait trop long d'obéir au plnn indiqua par cette définition, et les limites qui nous sont imposées par cet ouvrage nous obligent à renvoyer le lecteur à plusieurs articles épars ç& et là, et à n'étudier que les uiïections qui forment le bilan le plus ordinaire de la chirurgie orthopédique. Aussi nou<4 exposerons successivement i* deux difluriniiés du cou et du tronc, qui ont toujours excité Tintérôt des praticiens au plus haut point, le /oWico/i.s et lu 5co/<os^; 2® au membre supérieur, nous jetterons un rapide c<Mip d'oeil sur la main b"te et la maladie de Dupuytren (rétraction de l'aponévrose palmaire); 3® 1 histoire des difl'ormilés du n)enibre intérieur : pied bot, genu valgum, courbures racliiliquis sans oublier l'orteil à marteau, la dévintion en d»1iois du gros orteil et la luxation dUe ongénitula de la luuiche.
Avant d'entrer en matière il est utile, de jeter un rapide coup d'œil sur l'histoire de lu chirurgie orthopédique.
peutique des difformités congénitales ou acquises. Paris, 188 1.
BABETTE. — CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE
Le traitemenl des difformités Tut pratiqué dès les temps les plus reculés de la médecine; on trouve déjà dans les livres d'Hippocrate et de ses successeurs la soigneuse description des manipulations employées dans des cas déterminés et des appareils appliqués pour redresser le pied bot et la scoliose.
Rien de plus ne fut Tait jusqu*à Ambroise Paré, qui dota Tarsenal orthopédique de quelques nouveaux instruments ( I ). A u dix-septième siècle, on commença à s'occuper des difformités du cou, et la rétraction du muscle stemo-mastoîdien inspire une nouvelle méihode thérapeutique, la myotomieei la ténvtomie, qui furent pratiquées à l'air libre en 1642 purBlinius, et que Ruonhuysen, en 1670, érigea en méthode régulière^
Depuis Aiidry (1740) jusque vers 1830, de nombreux auteurs cherchèrent à lutter, à Taide de notions scientiQques certaines, contre l'empirisme. C'est une période où furent faites d'utiles découvertes, où naquirent des méthodes qui, tombant bientôt dans des excès, les firent condamner d'une façon par trop sommaire.
Les revers des myotomies à ciel ouvert, inaugurées au dix-septième siècle, avaient refroidi le zèle des opérateurs, et à Tépoque où vint Andry elles étaient abandonnées. Le premier, il attira l'atlenlion sur Timporlance des attitudes dans la production et le Irailerneul des difformités; de nos jours, les truvaux de Daily et de plusieurs autres, sur les déforniiitions scolaires, ont déveloi)[)é ses idées. 11 conseillii aussi d'ajouter à remploi des (iiachiiies les exercices d'attitude et de gymnastique. Ce fut hieniôl le beau temfis des mécaniciens et des gymnastes. Les insliluls orthopédiques se fondèrent, et Venel, qui créa le premier élal)lissement de ce genre à Orbe (canton de Vaud) en 178(J, créa aussi les lits à exienuon dont on devait faire quelques années après de si notables abus.
Néanmoins plusieurs opérations orthopédiques voyaient le jour, durant cette période où tant de difformes furent soumis, souvent sans succès, à l'action d'appareils qui rappelaient les procédés de l'Inquisilinn. Ttiilénius (de Francfort), en t78i-, et Sartorius, eu 1804, divisaient à ciel ouvert le tendon d'Achille pour remédier à l'élévation du talon dans la cure du pied bot. Bientôt la iénotomie se }ierfecii>nne; Delpech (de Montpellier), en 1 816, pratiqua la première fois la division sous-cuianée du tendon d'Achille dans un cas de pied bol équin,c( guérit son malade. Dupuytren,ent8^2,suitlam6memélhodepour
(I) A. Paré, Œuvres. Édition Malgaigne. Paris, 1810.
diviser le tendon stcrnal du muscle stemomastoïdien sur une jeune fille de dix-huit ans et obtient un brillant succès.
Stromeyer répéta en i824 ropération dr Dupuytren, et ce n'est que vers 183(» qu'il sed^ cida à faire la section sous-cutanée du leodoo d'Achille. L'invention de la ténotomie sous-catinée, que l'on voit dans beaucoupd'auteurs étrangers attribuée àl'habile chirurgien allemand,ét«il donc bien née sur notre territoire. Mais il faatreconnaltre que les nombreux faits qui furent bientôt publiés par Stromeyer et DiefTenbach contribuèrent puissamment à vulgariser les opérations de nos compatriotes. Cependant, au commencement du dix- neuvième siècle, le corps médical savant et régulier dédaignait en général le traitement des difformités et le laissait entre les mains de charlatans, d'empiriques et de mécaniciens auxquels manquaient les vraies notions scientifiques.
Plus près de nous Malgaigne déplorait encore cet éloignement des chirurgiens pour l'orthopédie, cette tendance à en faire un art spécial, un art dans l'art, et, il faut l'avouer, à l'époque actuelle, beaucoup de chirurgiens ressentent encore une certaine indifférence pour ces affections dont l'étude est pourtant si attrayante.
il faut cependant avoir la certitude que Ton peut rendre à Ihumanité les plus signalés services, en s'attachant à prévenir et à corriger les difformités; mais il faut pour cela réagir contre Tempirisme. U ne faut plus que le redressement de la taille devienne l'idée ft&e de certains industriels. L'élude patiente des causes des déformations, des lésions qui les accompagnent ou les produisent, de leur physiologie pathologique ( n un mot, doit être là comme ailleurs la base de tout traitement rationnel. U> gymnastes, les masseurs, les constructeurs d'appareils doivent obéiraux prescriptions et aux inspirations de ceux qui sont dépositaires de la science. Kt ces derniers ne doivent point *« croire abaissés, parce qu'ils enseigneront ou pratiqueront eux-mêmes certaines manipulations, qui sont complémentaires si souvent de tout traitement opératoire. Depuis le livre de Scarpa et le brillant concours de 183^, uù J. Cuérin et Bouvier se partagèrent le prix que l'Académie des Sciences avait voulu décerner aux meilleurs travaux sur le traitement des difformités, l'étude de la chirurgie orthopédique a pris une tournure réellement scientifique. Le rôle des lésions osseuses primitives a été élucide par Scarpa et Bouvier.
La rétraction musculaire a été érigée par Jules