‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 432 sur 482 · TORTICOLIS · texte numérisé non relu

TORTICOLIS

Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à l'article publié par iM. le D' Maurice Jeannel(l).

(I) Duchenne (de Boulogne), De télec Irisation 1 (I) Voyez caiisée, 3« édit. Paris, 1872. ' in Bncyeloi

Blessures et Maladies chirurgicales du cou pédie de chirurgie. Paris, 1886, i. V, p. 745.

BABETTE. — CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE

SCOLIOSE. (Latéral curvature of the spine,)

Nous entendons par scoliose une déformation connplexe de la colonne yerlél)i*ale caractérisée par une flexion latérale, pathologique et permanente, d'un ou de plusieurs segments du rachisy s*accompagnant d*une tors^ion des corps vertébraux vers le côté opposé à la flexion.

Ce terme de scoliose nous parait préférable à celui de courbure latérale du racUis, qui semble ne tenir compte que d'un seul des facteurs de la déformation et négliger la rotation des vertèbres. Sayre (de New- York) considérant, et nous partageons entièrement son avis, que la torsion est la caractéristique anatomique de la scoliose, la désigne par Texpression de rotaUrylaterul vurvature, terme exact et qui se comprend de lui-même.

Historique.

La scoliose entraînant le plus souvent une difformité qui frappe la vue est connue de toute l'antiquité. On peut diviser en trois grandes périodes son liiâtoire scienliflque et l'élude des méthodes de traitement si multiples qu'on lui a appliquées. Une première période, tout entière vouée à l'empirisme, s'élend d'Ilippocrale à Andry. Les médecins de raiitiqniié, sans se préoccuper des causes de lu lésion, s'allaqnaicnt au r-<it briil, à la déviation. Pour eux la colonne incurvée, formant un arc, pouvail élre redressée par des tractions appliquées sur les deux bouts de Tare, ou encore par des pressions appliquées sur la convexité de sa courbure. \U admettaient des courbures de cause externe et de cause iu- Icrne. Dans ces dernières, quand la déviation était surtout marquée an niveau du dos, le patient était lié par les épaules sur une éclidle, et l'opérateur, placé sur un point plus élevé, secouait cette échelle de haut en bas. Si la déviation était lombaire, le mala<le était suspendu la tôle en bas. Dans les scolioses de cause externe, le malhivjreux patient était tiré [tar deux hommes vigoureux taisant l'eNlension et la contrc-e.xiension, tandis qu'un autre exerçait sur la gibbosité des pressions directes.

On peut juger de raménité de CCS liailements. Au di\-se[itième siécb\ un nommé Hauchin empliiya la méihode hipt)Ocraliquc pour une Dame de Montmorency. Il la faisait maintenir par deux hommes vigoureux, cl appliquait contre la l)Osse un cric, qui d'autr»» part s'arc boutait contre un mur. L'histoire aflirme que la du-

chesse guérit, sous l'influence de ce vigouitox traitement En 1660 Glisson, érigeant Testa* sion en méthode régulière, inventa un appaid de suspension spéciale qui a conservé le non d'escarpolette anglaise. Cette période vit encore le corselet de fer d'A. Paré et le corpê à baleim de Fabrice de Hilden. Et il faut croire que dès et temps on fil un abus flagrant de ces corsets orthopédiques imparfaits; car en 1741 rillustn anatomiste Winslow publiait un mémoire corieux sur les inconvénients de leur emploi .Sir les manvais efftts de Vusage des corps à bateau, Vinslow, 1751).

La seconde période s'étend d*An dry à Bouvier. Au milieu du dix-huitième siècle, un homme ja£deux, Nicolas Andry, marqua le début de Tètade scientifique de la scoliose. Dans son livre célèbre, il insiste sur les altitudes qu'il convies! d'imposer aux enfants pour prévenir et mèse corriger les défauts de la taille et des yeux. Eo 1768 Levacber conseilla, pour redresser la taiSe des enfants au-dessous de douze à quatorxeans, un fauteuil spécial, machine à extension dus laquelle les tractions étaient exercées sar le tronc au moyen de treuils et de courroies. Quelques années après (1772), un Fraiiçaiis, André- Joseph Vcnel, inventa les lits à e\ten>ion. Sa découverte, très prisée en Allemagne, nes'iiilroduisil en France que vers 18J3. La mode s'empara des lits orthopédiques, et ce fut l'époque la plus brillante de leur existence. Dan^ un concours institué par la Société rovule de chirurgie de Londres, et où deux chirurgiens célèbres, Uamfield et J. Schaw, se disputèrent le premier rang, Uamfield, le vainqueur, conseilla l'iHagc des lits mécaniques à extension. Ils furt^nl bieniôl habilement exploités en Frauce, par Maisonabe et Jalade-Lafonl (l82o).

L'abus entraîna la réaction, et en 1827, Lachaise commença une vigoureu*-e campagne contre Icsappareils mécaniques. Admeilantque la faiblesse mu-^culaire était la CHU>e première du relAchement des ligaments et de l'exagération des courbures normales du ruchis, il cbe^ cha dans la gymnastique un moyen i>our fortifier les muscles insuffisants.

En somme, durant cette seconde période nous vo\ons avec And: y apparaître les indications d un Irailemenl [ircvciitif on curalif, puis les lits à extension, et enfin la Ihérafteutique basée sur les mnuvements et les attitudes.

Kn 1 827, Bou vier,alors jeune professeuragrégé.

SCOLIOSE. — CUSSIFICATION, ÉTfOLOGIE ET PATHOGÉNIE.

voulant s'adonner à l'étude scientifique de Tor^ thopédie combattit ardemment les idées de Lachaîse sur la scoliose et son traitement. L'illustre médecin de Thôpitai des Enfants- Mulades, dont M. de Saint-Germain a d'une façon si intéressante retracé la vie de travail et d'épreuves, essaya d'étayer surl'anatomie pathologique une thérapeutique raisonnée de la scoliose. Dès 1836, il publiait un remarquable article de doctrine sur les déviations du racliîjv, et pendant nombre d'années, on le vit toujours sur la brèche, défendant avec une parole savamment éloquente les principes qu'il cherchait à déduire de ses obftervations et de ses recherches anatomiques (1). Bientôt Velpeau et J. Giiérin virent dans ia rétraction musculaire primitive, ou consécutive à une lésion du système nerveux central, la principale cause des déformations du système osseux, et J. Guérin proposa la myotomie rachidlenne. Mais, dès 18)5, Bouvier réfutait les idées trop générales de son adversaire (2). Il établit que la plupart des scolioses sont primitivement constituées par une déformation des vertèbres et des ligaments intervertél)raux. 11 n'y a point de contracture des muscles vertébraux, et si parfois on trouve à l'autopsie des altérations graisseuses de ces muscles, elles sont secondaires et dues à rimmobilisalion du squelette. L'impulsion scieutiflqne était donnée à l'étude de la scoliose. Bienlôl les orthopédistes sérieux adoptèrent nn éclectisme thérapeutique qui était indiqué par les données scientifiques. On revint à une gymnastique t»ien entendue (Tavernier, Pravaz), dont nous aurons à parler à propos du traitement.

Aujourd'hui de grands progrès ont été accomplis dans tous les pays; beaucoup de scolioses ont été redressées; cependant la question contient encore nombre d'inconnues, qui ne pourront être trouvées que par de longues et patientes recherches.

Glassiflcation, Étiologle et pathogénie

de la scoliose. *

Bouvier reconnaissait trois variétés de scolioses : congénitale, symptomatique, idiopalhique.

(I) Voyez Bonvier. Leçons c'iniqitef sur Us makuiies ekrfuni'iues de Vappnreil io"omoteur. Pari«, iKoH, et AtUu des leçons sur les m -ladi-s dirontques de /«pporeil l iconiolfur c->m prenant les déviations de la co» lonnexvertébrale. Parts, 18 >8.

(î) Bouvier. Mémoire sur Cétat ann*omigfte det musclés du dos dans les devvdions latérales du rachis.

Rncycl. de chirurgie.

La scoliose congénitale n'a jusqu'ici été observée que chez des monstres atteints d'autres vices de conformation, tels que l'éventration, Tanencéphalie, etc.

La scoliose symptomatique succède aux luxations vertébrales, au mal de Pott ; elle ne peut nous occuper ici qu'au point de vue du diagnostic difTérentiel.

La scoliose idiopathique, celle qui est liée, d'après Bouvier, à l'évolution de la colonne vertébrale est celle que nous allons nous efforcer de décrire en y mettant le plus de simplicité possible.

P. Vogt, dans ces dernières années, a donné une classification qui se rapproche beaucoup de celle de Bouvier. Pour lui il existe deux grandes classes de scoliose : congénitale et aequite. Cette dernière reconnaît plusieurs variétés; elle peut être traumatique, inflammatoire, ou rentrer dans la classe des déformations produites par l'action de la pesanteur. Cet ordre de lésions rachidiennes présente d'après Vogt trois variétés: la rachitique, scoliose de l'enfance; la statiquey qui est la même que la scoliose idiopathique de Bouvier, et qui s'observe surtout dans l'adolescence; enfin certaines scoliof^es professionnelles, qui se rencontrent plutôt chez l'adulte.

Nous aurons surtout en vue dans notre description la scoliose statique des Allemands, idiopathique de Bouvier.

Les causes de la scoliose n'ont jamais encore été complètement élucidées, cependant une étiologie bien déterminée donnerait d'utiles indications pour le traitement. La déformation que nous éludirrons se rencontre surtout sur les filles, principalement à deux périodes de l'existence. On l'observe quelquefois dansTenfance, de un à quatre ans; cest celle que Vogt appelle scoliose rachilique. C'est surtout au début de l'adolescence, dans la période de dix à quinze ans, qu'elle se rencontre le plus souvent. Elle coïncide alors avec la croissance de l'individu, aussi peut-on l'appeler encore scolinse de développement, L'affHiiilIssement qui accompagne souvent cette période de la vie, quand la croissance est rapide, ou quand les règles apparaissent, est encore une cause prédisposante liée intimement à l'étal d'évolution organique du système osseux.

La scoliose est une difformité des peuples civilisés, et on la rencontre presque aussi souvent dans les classes riches que dans les classes pauvres; l'hygiène défectueuse liée presque fatalement à l'habit ai ion dans les grandes villes explique sa fréquence dans les grands centres

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