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ne saurions mieux faire, pour ce qui regarde les peintures de vases, que de renvoyer le lecteur à la lettre adressée par M. Raoul Rocbette à M. Gerhard, et insérée dans les Annales de correspondances archéolog iques ( 1 ), ainsi qu'au mémoire publié en 1848 dans la Revue archéologique par M. Vinet (2).
Noël des Vergehs.
actes. {Histoire ecclésiastique.) On renferme sous ce litre général le récit des aetions des apôtres , tel qu'il est contenu dans le livre des actes ou actions des apôtres , et celui de la vie et de la mort des martyrs et des saints de l'Église catholique.
Les Actes des apôtres nous racontent les traitements qu'endura la religion chrétienne et les travaux de ses premiers prédicateurs à Jérusalem , dans la Judée et dans les autres parties de l'univers après l'ascension de Jésus-Christ. Ils servent a la fois de complément à l'Évangile, en montrant la réalisation des promesses et des prédictions qu'il contient ; et d'introduction aux Épltres des apôtres , dont ils ouvrent l'intelligence historique par les détails et les récits qu'ils renferment. Pour ces raisons, ce livre, que l'Église a toujours rangé parmi les livres canoniques , a été placé par un décret du concile de Trente entre le dernier Évangile, qui est celui de saint Jean , et la première Épltre apostolique, qui est celle que saint Paul adressa aux Romains; car il n'a pas toujours tenu dans la Bible le rang qu'il occupe aujourd'hui; quelquefois on le plaçait avant l'Apocalypse ; d'autres fois entre les Épltres de saint Paul et les épttres des autres apôtres, comme on le peut voir dans quelques anciennes Bibles latines.
Le livre des Actes ne contient pas l'histoire de tous les apôtres; l'auteur parle presque uniquement de saint Pierre , de saint Paul , de saint Jean et de saint Jacques ; il ne nous donne pas même une histoire complète de ces quatre apôtres; bien plus, celle de saint Paul n'est rapportée qu'en partie dans ce livre, puisque cet apôtre rappelle dans ses épltres des événements qui n'y sont pas mentionnés.
Tout ce qu'on peut dire , après une lecture attentive de ces Actes, c'est qu'ils renferment le récit abrégé de l'histoire de l'église de Jérusalem dans les premières années de sa fondation. Or ce récit comprend trois sortes de
nous dit qu'Actéon, qot avait été passionné ponr ln chasse, en craignit les périls lorsqu'il fat moins Jeune, d'où on put dire qull avait nn coeur de cerf. Toutefois, alors même qu'il ne voulait plus s'exposer aux dau^ers de la chasse , il conserva son goût ponr ses chiens, dont l'entreUen, qui n'était plus compensé par les bénéfices d'une prise sûre, (e ruina entièrement. De ià on dit qu'il avait été dévoré par ses chiens. » Kabli PlanciadU Fulgenttl Mythologiarum liber ter- Uut, f 111.
(1) Année 18»*, p. t64 et sulv.
(t) P. MO et sulv., Vase d'Actéon.
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i faits : ceux qui sont relatifs à tous les apôtres, ■ comme l'élection de saint Matthieu , la descente du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, le commencement de la prédication évangélique et le concile de Jérusalem ; les autres se rapportent à saint Pierre; les derniers enfin, et en plus grand nombre, regardent saint Paul , l'apôtre des gentils; on peut donc diviser le livre des Actes en trois parties : la première embrasse les sept premiers chapitres ; la seconde s'étend depuis le chapitre huitième jusqu'au chapitre douzième inclusivement, et la troisième commence au chapitre treizième, et finit au chapitre vingt-huitième, par lequel ce livre se termine.
Deux sortes d'adversaires ont attaqué le livre des Actes ; les incrédules en niant leur authenticité, et les partisans de l'interprétation mythique, en niant à. la fois leur authenticité et leur véracité ; or, prouver simplement que saint Luc a écrit le livre des Actes avant la ruine de Jérusalem et qu'il est digne de foi dans tout ce qu'il rapporte, suffit à protéger le livre dont nous parlons contre les attaques de ces deux genres d'adversaires. — Et d'abord saint Luc a certainement écrit l'Évangile qui porte son nom ; or l'écrivain qui a composé l'Évangile a aussi composé les Actes des apôtres ; en effet l'auteur de ce dernier livre dit à Théophile, à qui il l'adressa : qu'il a déjà écrit un premier ouvrage dans lequel il rapporte tout ce que le Sauveur a fait et enseigné jusqu'au jour où il monta au ciel, après avoir instruit par le Saint- Esprit les apôtres qu'il avait choisis; primum quidem sermonemfeci de omnibus, o Théophile, qux cœpit Jésus facere et docereusque in diem, etc. Si maintenant nous cherchons parmi les écrits évangéliques celui dont l'auteur des Actes veut parler, nous le trouverons facilement dans l'Évangile de saint Luc, où toutes les actions du Sauveur sont rapportées dans leur ordre jusqu'au jour de l'Ascension, et où se trouve encore le nom de Théophile, à qui le livre des Actes est aussi adressé. De plus, comme la manière et le style de saint Luc diffèrent entièrement du style et de la manière d'écrire des trois autres évangélistes , on se convaincra facilement par une simple lecture du livre des actes qu'il n'a |>as été écrit par saint Matthieu , par saint Marc ou saint Jean , mais par saint Luc, dont on retrouve le style et la manière d'une façon si frappante qu'il est impossible, en comparant l'Évangile qui porte son nom avec l'ouvrage dont il s'agit , de ne pas reconnaître qu'ils forment comme les deux parties d'une même histoire, et que l'un n'est, à proprement parler» que la continuation de l'autre. Qu'on examine encore la précision avec laquelle l'historien des travaux de saint Paul dans les
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premières églises chrétiennes nous décrit dans les moindres détails les voyages de cet apôtre, sa doctrine, ses sentiments secrets, les églises qu'il a fondées, les diverses persécutions qu'il a souffertes ; tous ces récits sont faits avec une si scrupuleuse exactitude, qu'il est impossible, sans les lumières qu'ils nous fournissent , de comprendre les Epltres du grand apôtre. II faut donc que ce livre, qui sert de commentaire aux lettres de saint Paul, ait été composé par un de ses disciples qui Tait approché et suivi dans ses voyages, et qui ait eu avec lui les rapports les plus intimes; or, quel est le disciple qui réunit ces qualités , si ce n'est saint Luc, le compagnon fidèle de l'apôtre, comme la tradition nous l'apprend. Enfin, si la composition de ce livre est postérieure à saint Luc, et si l'auteur n'a pas été contemporain et compagnon des apôtres, comment expliquer la réunion en un même corps d'événements si divers et qui se sont passés sur des théâtres séparés, à Jérusalem, à Samarie, à Césarée, Anlioche, Athènes, Éphèse.
Si l'on prétend que l'auteur a rédigé son histoire sur des mémoires fournis par les églises apostoliques, c'est avouer l'authenticité de l'ouvrage, sinon quant à la source, du moins quant à la substance de l'histoire ; et ce point suffit contre les incrédules. Si l'on veut que l'auteur des Actes ait écrit longtemps après la mort des apôtres, sans remonter à la source des faits dans le dessein de composer un roman plutôt qu'une histoire véritable, nous demanderons comment les chrétiens, répandus dans la Judée, dans la Grèce et dans l'Italie, ont pu recevoir un ouvrage rempli d'événements si contraires à ceux que la tradition de leurs églises avaient dû leur transmettre.
Saint Luc est donc l'auteur des Actes des apôtres ; mais il est aussi constant qu'il les a écrits avant la ruine de Jérusalem; en effet il parle de cette ville, de ses magistrats, de son temple, des fêtes et des cérémonies de la religion juive comme de choses encore subsistantes de son temps ; les chrétiens eux-mêmes s'étant divisés sur l'observance des cérémonies de la loi mosaïque, il fallut que les apôtres s'assemblassent pour décider en concile cette question , qui commençait à troubler la paix de l'Église ; or, il est évident que cette contestalion n'a pu s'élever qu'avant le siège et la mine de Jérusalem ; car l'entière destruction de cette ville et de son temple eût été poulies fidèles une preuve sensible de l'abrogation de la loi de Moïse. Enfin la manière dont l'auteur rapporte dans son Évangile la prédiction de la ruine de Jérusalem, et le silence qu'il garde sur cet événement dans le livre des Actes, achèvent de prouver que ces deux ou-
vrages sont antérieurs à l'expédition de Vespasien; en effet, la destruction de Jérusalem, arrivée dans Ib temps prédit par Jésus-Christ et marqué par saint Luc dans son Évangile, était une preuve trop sensible de la missiou du fils de Dieu pour que saint Luc eôt négligé de la faire valoir contre les Juifs. Outre que la conformité de l'événement avec sa prédiction eût moutré que Jésus-Christ était un véritable prophète, il n'eût pas été difficile de faire envisager aux Juifs l'état déplorable de leur nation comme la peine du déicide commis en la personne du Messie.
Désormais le reproche d'avoir fait une narration infidèle semble une injure gratuite et tombe de lui-même après les preuves que nous avons données sur l'auteur du livre des Actes, et par contre sur leur authenticité; car l'auteur du livre des Actes, se donne pour contemporain et pour témoin d'une grande partie des faits qu'il raconte. Lorsqu'il décrit les voyages de saint Paul, il parle en son propre nom comme l'ayant suivi dans toutes ses courses. Nous cherchâmes, dit-il, à passer en Macédoine ; nous arrivâmes dans la Samothrace; nous demeurâmes quelques jours à Philippes ( Act. XVI). Jusque-là il avait écrit l'histoire de tous les apôtres; mais, au moment où il s'embarque pour la Macédoine , il les perd de vue; et dans tout le reste de son ouvrage il n'est plus occuj>é que de saint Paul, qu'il accompagne jusqu'à Rome.
Là se termine sa narration, qu'il n'eût pas manqué de conduire jusqu'à la mort de l'apôtre , s'il n'eût pas écrit avant son martyre. Un faussaire qui se serait caclté sous le masque d'un disciple de saint Paul aurait-il abandonné son héros au milieu de sa carrière , au moment qui devait être le plus glorieux pour son mattre, et le plus intéressant pour ses lecteurs? D'ailleurs un faussaire tombe nécessairement dans des erreurs, quand il s'agit surtout de soutenir jusqu'à la fin le caractère des personnages qu'il met en scène; or on ne trouve dans l'auteur du livre des Actes qu'une connaissance parfaite de tous les faits qu'il rapporte avec une sincérité et une candeur qu'un imposteur ne saurait imiter. Enfin les récits contenus dans les Actes des apôtres s'accordent non-seulement d'une manière générale avec les Épltres de saint Paul , mais ils se trouvent encore confirmés dans plusieurs occasions par la correspondance spéciale des temps, des lieux et de l'ordre des événements. Si l'historien rapporte qu'à Philippes l'apôtre fut battu de verges, mis en prison et traité d'une manière rigoureuse, (Act. XVI, 24) nous voyons celui-ci dire, dans une de ses lettres (H,Thess. II, 2) adressée aux nouveaux convertis d'une église voisine que, quoiqu'il eût souffert aupara-
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vont et qu'on Veut indignement maltraité à Philippes, il avait eu le courage de leur annoncer l'évangile de Dieu'au milieu de grands combats. Si l'histoire rapporte que la première fois que l'apôtre vint à Thessalonique(Act. XVII, 57), la maison dans laquelle il logeait fut assaillie par la populace , et le propriétaire traîné devant le magistrat pour lui avoir donné asile, l'apôtre, dans sa lettre aux chrétiens de Thessalonique, leur rappelle qu'ils avaient reçu la parole accompagnée de grande affliction (Thess. 1, 6). Si l'histoire parle de l'insurrection d'Éphèse où l'apôtre courut risque de la vie, nous le voyous décrire lui-même sa douleur et rendre grâces à Dieu de sa délivrance (H,Cor. 1, 8 et 10).
L'histoire nous apprend-elle que l'apôtre fut chassé d'Anlioche en Pisidie, qu'on voulut le lapider à Iconium, qu'il fut en effet lapidé à Lystre? 11 existe une lettre adressée à un de % ses plus chers disciples, qu'il avait rencontré dans ces provinces , comme l'histoire le rap-
porte; là, il le prend à témoin des persécu- . dait fortement aux piètres de l'église de Car
lions qu'il a éprouvées à Antioche, à Iconium et à Lystre (UiTim., III, 10-11.)
Ces coïncidences, da même que plusieurs autres que nous pourrions tirer des diverses parties de l'histoire de saint Paul , ajoutent beaucoup au degré de croyance qu'on peut accorder au récit des autres faits et appuient la prétention de l'auteur qui se dit le contemporain de celui dont il raconte l'histoire.
Les chrétiens ne se bornèrent pas à recueillir les actes de leurs premiers apôtres; ils ré digèrent encore , afin de servir à l'édification des membres de l'Église militanteceux de leurs martyrs, c'est-à-dire des fidèles qui avaient confessé leur foi dans les supplices. Après les Saintes-Écritures, il semble que rien n'est plus saint et plus digne de respect que ces actes originaux que la fidèle antiquité nous a conservés jusqu'à ce jour. En effet, pour estimer ce que vaut l'histoire de la vie de tant de saints, il faut savoir que Dieu a établi dans la véritable religion une telle correspondance entre les actions et les sentiments, qu'il a déclaré qu'il ne recevrait point la foi sans les œuvres ; ainsi, il ne s'est pas contenté d'ordonner que les bonnes œuvres accompagnassent la foi; il a voulu qu'elles servissent encore à la faire reconnaître, et c'est ainsi que les actious des saints et les bonnes œuvres qui ont contribué à les sanctifier sont devenues la preuve et même l'expression la plus naturelle des sentiments et de la doctrine de l'Église. Personne ne parait en avoir été plus convaincu que les ennemis même de la vérité.
Ils l'ont assez fait connaître lorsqu'ils ont cru devoir corrompre et falsifier les actions de Jésus-Christ et des saints; aussi la vérité ne leur a pas paru moins redoutable dans les
faits que dans les sentiments ; les uns viennent de Dieu comme les autres; c'est Dieu qui pense et qui agit dans ses saints. Lesévêqnes, considérant que les hérétiques, non contenu de déshonorer les vrais martyrs par de fausses histoires , s'efforçaient encore de faire recevoir dans l'Église les martyrs de leur secte, firent des règlements pour discerner les vrais d'avec les faux, tinrent des registres exacts des premiers, et établirent des écrivains pour recueillir ou composer leurs actes et purger ceux qui étaient déjà corrompus. On fait honneur de cette institution aux anciens évoques de Rome, même au pape saint Clément dès la fin du premier siècle; et nous voyons que c'était encore la coutume à la fin du quatrième siècle d'envoyer des provinces les actes des martyrs à Rome, pour y être enregistrés et insérés dans le recueil des autres, après l'examen que les papes en devaient faire. Tertullien a parié de ces registres ou fastes de l'église; et saint Cyprien recomman-
thage d'avoir soin de remarquer le jour de la mort des martyrs et des confesseurs qui avaient souffert pour la religion , afin d'en pouvoir célébrer la mémoire. 11 est vrai que saint Cyprien ne marque point en cet endroit s'il s'agissait de recueillir Jes actes des martyrs et d'écrire l'histoire de leurs souffrances ; mais on voit dans sa lettre écrite par saint Ponce, son diacre, que c'était la coutumo d'en user ainsi dans l'église de Cartilage. On ne se bornait point aux martyrs de distinction ; on faisait le même honneur à ceux qui étaient morts dans les derniers rangs de la société, àceux mêmesqui n'étaient encoreque catéchumènes ; et l'on s'attachait à recueillir tout ce qu'ils avaient dit, fait et souffert jusqu'aux moindres circonstances. On ne croyait pas alors qu'il y eut rien à perdre, parce que tout y retournait à la gloire de Jcsus-Clirist ou à l'édification des fidèles. Parmi ces actes des martyrs, il y en avait qu'il ne fallait que recueillir, et d'autres qui se composaient après coup. Les premiers, qu'on appelait proconsulaires ou présidiaux, étaient des actes judiciaires dressés devant les proconsuls et les gouverneurs des villes, qui faisaient le procès aux martyrs sous les empereurs païens. Ces actes, qui n'étaient autre chose que des interrogatoires dressés dans les formes ordinaires, se conservaient dans les greffes publics. Les chrétiens les en retiraient pour les transcrire, souvent dans toute l'étendue des questions des juges et des réponses des accusés, souvent aussi par extrait ou par abrégé. Diverses personnes allaient quelquefois prendre copie des mêmes actes ; chacun faisait ensuite de sa copie l'usage qu'il jugeait à propos, soit pour y donner une forme plus historique, soit |>our
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en Taire une traduction d'une langue dans une autre.
Ou met aussi parmi les actes originaux ceux que les martyrs composaient eux-mêmes daus leurs prisons et dans les loisirs de leur captivité, comme ont Tait sainte Perpétue, saint Flavien, saiut Ignace; ceux que les chrétiens présents aux audiences écrivaient en même temps que les greffiers, et ceux que les témoins de leurs combats dressaient aussitôt après la consommation de leur martyre, comme ont Tait les fidèles de Smyine, deCarlhage, les Églises de Lyon et de Vienne, saint Denys d'Alexandrie, Eusèbe de Césarée, saint Victor de Vite, saint Eulogede Cordoue. Les actes de la seconde espèce , qu'on reçoit encore comme titres authentiques, sont ceux qui ont été tirés immédiatement des actes originaux ; ils n'en sont pour l'ordinaire que ries abrégés. Ces actes ainsi composés étaient réunis entre les mains des évêques on de quelques autres inspecteurs, pour les revoir avant de les publier ou de les laisser lire au peuple. Les plus courts et les plus simples ont toujours été jugés les meilleurs, et c'est principalement dans ces deux qualités qu'on a cru trouver le vrai caractère des actes authentiques. La malice des persécuteurs fit disparaître la plupart de ces actes, surtout dans la cruelle persécution de Dioctétien ; par une suite de l'édit que ce prince donna, l'an 303, contre les Écritures Saintes et les autres titres de notre religion , la plupart de ces actes furent enveloppés dans le même incendie que les livres sacrés. Ceux qui se gardaient dans les églises périrent sous leurs ruines; ceux qui étaient dans les maisons des chrétiens furent livrés aux commissaires païens qui faisaient la recherche des écritures, et qui brûlaient tout sans discernement. Avant celte grande persécution, Arnobe, à la fin de son quatrième livre contre les gentils, leur avait déjà reproché la guerre qu'ils faisaient aux livres des chrétiens, parce qu'ils remarquaient que cette lecture les fortifiait dans leur foi, et les animait à la défense de la cause pour la- • quelle les martyrs avaient souffert. Ce fut aussi dans des vues semblables que les persécuteurs et les juges faisaient quelquefois brnler les procès des martyrs, sans souffrir qu'on les mit au greffe, moins encore qu'on en délivrât des copies. On en a la preuve dans ce qu'en affirme l'auteur qui nous a transmis les actes de saint Vincent au sujet de Dacien, proconsul en Espagne. Prudence en fait aussi des plaintes dans une hymne qu'il a composée en l'honneur des martyrs Éméthérius et Calidonius, dont les gentils avaient supprimé les actes, dans la crainte que leurs victimes ne fussent honorées par les chrétiens. L'auteur du martyre de saint Anastase affirme
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encore qu'il en fut de même pour l'Italie, où la fureur des tyrans allait si loin qu'elle leur faisait massacrer eu masse les chrétiens, et sans aucune forme de procès. L'Église fut redevable d'une grande partie des actes qui furent sauvés de la persécution au zèle et à la diligence de l'illustre martyr saint Pamphile , prêtre de Césarée , en Palestine , qui avait eu soin d'en ramasser un grand nombre; c'est de ce trésor et de la bibliothèque de saint Alexandre de Jérusalem que les tira, depuis la paix de l'Église, Eusèbe, ami de saint Pamphileet le compagnon de ses études, qui fut évéque de la même ville sous le règne du grand Constantin. Il en fit un corps contenant les vrais actes des anciens martyrs. Cet ouvrage, que le pape saint Grégoire le Grand fit chercher eu vain dans Rome, dans Alexandrie et ailleurs, est ou perdu pour nous, ou enseveli dans les ténèbres de quelque bibliothèque inconnue. On peut juger de son importance par tous les faits que le même auteur a consignés au sujet de3 martyrs dans son Histoire Ecclésiastique, Nous avons encore d'Eusèbe un autre livre des martyrs de la Palestine de son temps , dont il avait fait lui-même les actes sur ce qu'il en avait vu ou entendu. Il l'avait peut-être composé sur le modèle de celui que Jules Africain, auteur célèbre, avait fait cent ans auparavant des martyrs de Rome et d'Italie, dont il semble qu'il ne nous est resté que les actes du martyre de sainte Symphorose de Tivoli.
Les travaux d'Eusèbe ne furent pas les uniques fruits de la paix que les empereurs chrétiens firent succéder aux persécutions des païens : les églises particulières en profitèrent pour recouvrer les actes de leurs martyrs. Mais bientôt survinrent les invasions des barbares : la plupart de ces actes ayant péri, on en substitua d'autres, qui n'eurent pas l'autorité des premiers; quand ils ne dénaturaient pas totalement la vérité, ils y ajoutaient ou y retranchaient souvent, suivant le caprice ou l'ignorance de leurs auteurs. Jaloux de rétablir l'intégrité de ces actes, des hommes d'une critique éclairée ont en tout temps consacré une partie de leurs travaux au choix et au disceruement qu'ils en devaieut faire. Parmi eux on remarque Saint-Céran , évéque de Paris , qui vécut au commencement du septième siècle; Grégoire de Tours ot Fortunat de Poitiers ; au neuvième siècle, Anastase bibliothécaire; Frodoard, chanoine de Reims, au siècle suivant, et dans le même temps Siméon , surnommé Métaphraste; au milieu du seizième siècle, Lipman , évéque de Vérone ; Laurent Surius, chartreux, qui vécut à Cologne peu de temps après; Héribert Rosweide, d'Utrechl, dont les travaux furent complétés et même fondus en
entier dans ceux du célèbre Jean Bollandus , qui, aidé du P. Henscher et de Daniel Papehroch, ont entrepris et presque mené à ternie PHistoirc de la Vie des Saints.
Comme les actes des martyrs Taisaient partie du culte que l'Église leur avait décerné , on les lisait dans les assemblées publiques des lidèles , et on en composait le service divin pour le jour de la fôlc. Cet usage s'était introduit en divers endroits longtemps avant la fin des persécutions. Il se continua avec plus d'éclat et plus d'étendue depuis la paix de l'Église. Nous avons dans saint Augustin divers témoignages de la manière dout on en usait de son temps en Afrique. Un concile de Carthage fit alors un canon pour ordonner que les passions des martyrs seraient lues dans les Églises après l'Écriture Sainte, aux jours anniversaires de leur mémoire. Le pape saint Bonilace ne désapprouva point le canon, quoique l'usage de Taire ces lectures ne Tût pas encore introduit dans l'Église romaine.
Celte Église recevait d'ailleurs avec plaisir les actes des martyrs , et nous avons vu qu'elle les recueillait et les inscrivait avec soin dans ses registres; mais elle fut longtemps sans les Taire lire publiquement dans ses offices. Cette réserve de l'Église romaine, qui ne croyait pas pouvoir user de trop de précautions contre la malice des hérétiques et des imposteurs, cessa au plus tard vers le huitième siècle. On y admit comme ailleurs la lecture publique des actes des martyrs, mais avec choix ; et l'on se contentait d'exclure ceux qui étaient suspects, comme nous le fait connaître le pape Adrien 1 er . On y introduisit même la lecture des vies des saints qui n'avaient été que simples confesseurs, et, lorsqu'on solennisait la fête de quelques martyrs célèbres dont on n'avait que de faux actes, on lisait en leur place quelque homélie , ou traité des pères; ce qui se pratique encore aujourd'hui dans le bréviaire romain au sujet de saint Georges , de sainte Marguerite et de quelques autres martyrs. Ces lectures des actes et des vies des saints se faisaient d'abord à la messe, principalement dans les Églises d'Occident. On les prononçait du môme ton que l'Épttre et l'Évangile ; on les lisait ordinairement d'un bout a l'autre et sans reprise, lorsqu'ils étaient assez courts. Les plus longs se coupaient en deux ou trois leçons, qui précédaient toujours l'Épttre et fÉvangile, c'est-à-dire les lectures qu'on faisait de l'Écriture Sainte. A la préface de la messe, qui s'appelait alors contestation, ou faisait une récapitulation et un abrégé de la vie du saint qu'on avait lue entière au commencement.
Ces usages subsistèrent en France jusqu'au neuvième siècle, et continuèrent en Espagne
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beaucoup au delà du dixième. Quand il se trouvait dans ces actes quelque difficulté capable d'arrêter le peuple, ou d'autres choses qui méritaient une réflexion particulière, les évêques montaient en chaire avant l'oblation, pour les expliquer d'une manière proportionnée à l'intelligence de leurs auditeurs, et joignaient une instruction morale à l'éloge du saint. C'est de là que nous sont venues la plupart des homélies et des sermous des Pères à la louange des martyrs. Cet usage de lire les actes des martyrs et des autres saints à la messe cessa peu à peu , et on en remit la lecture aux oflices de la nuit, c'est-à-dire à matines. Il semble que l'Église romaine en donna l'exemple aux autres Églises, après avoir fait difficulté si longtemps de les lire à la messe ; c'est de là que date l'insertion dans les bréviaires des actes des martyrs en leçons. Comme il en reste un nombre' assez restreint, l'Église reçut avec avidité un accroissement considérable qui survint à la vie des martyrs par celle d'une nouvelle espèce de martyrs, c'est-à-dire des solitaires et de tous ceux qui, ne pouvant plus aspirer à la gloire de répandre leur sang pour la cause de leur religion, cherchèrent dans les déserts ou dans le monde de quoi y suppléer par les austérités de la pénitence. Saint Athanase , Ammonius, Timothée d'Alexandrie, saint Éphrem, saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme en donnèrent les premiers essais dans ce qu'ils publièrent de la vie des plus célèbres solitaires de l'Égypte, de la Thébaïde, de la Palestine et de l'Arabie. Du temps de saint Jérôme même parurent Évagre du Pont, Rufin d'Aquilée, Palladed'Hellenople, Héraclide d'Éphèse, Su Ipice Sévère et quelques autres qui travaillèrent diversement à faire connaître au public la vie des saints et des Pères ; ils furent imités dans l'Occident par le pape saint Grégoire le Grand et par saint Grégoire de Tours, qui ont donné la vie et les miracles des saints de l'Italie et de la France, auxquels oupeutjoindre Forlunat de Poitiers, leur contemporain, qui a écrit la vie de plusieurs saints évêques des Gaules. Celles des Pères de l'Orient ont été recueillies par Héribert Rosweide, qui y a joint ses remarques. Celles des saints d'Occident occupent plusieurs recueils, dout un des principaux est celui des actes des saints de l'Ordre de saint Benoit, commencée par D. Luc d'Achery et conduite à la fin par D. Mabillon.
H. Thcod. Ruinart, Acta prlmorum Blurtyrum tincera et telecta.
P. Bollandus, Acta Sanctorum quotquot toto orbe COluntur.
P. Aftsemsnl, Acta sanctorum Martyrum orienta- Hum et occidentalium.
Sur l'ouvrage des BoUaDdlstcs, voir D. Pitra.