ARSACIDES
»ar le successeur de Mithridate I er , Phraate, qui, ayant appelé des populations scythiques, lors de l'invasion d'Antioclius Sidétès en 1 30 , et n'ayant plus besoin de leurs secours après la défaite de son ennemi , voulut les frustrer des récompenses qu'il leur avait promises. Ces farouches auxiliaires attaquèrent aussitôt les frontières de la Perse, et Phraate, ayant eu l'imprudence de conduire contre eux un corps considérable de soldats grecs qu'il avait fais prisonniers, les vit passer sur le champ de bataille du côté des Scythes, de sorte que son armée fut complètement battue et que lui»
môme y perdit la vie. Pendant quelques années encore la lutte continua à l'avantage des Scythes jusqu'au règne de Mithridatc /f,qui triompha de ces barbares. On pourrait supposer que sa victoire fut précédée ou suivie par rétablissement des deux branches arsacides déjà mentionnées, l'une dans la Bactriane et l'autre chez les Massagètes; mesure politique delà plus haute importance, car elle rendit la Perse inattaquable sur les deux frontières où
Pont; mais l'alliance proposée alors par Mithridate ne fut pas conclue. En l'année 63 , un ambassadeur de Lucullus en Perse ne sut pas non plus réussir à entraîner le monarque arsacide à la guerre contre Mithridate. Cependant, trois ans après, Pompée, ayant pris le commandement, réussit à faire attaquer l'Arménie par le nouveau roi des Partîtes Phraate III. Cette bonne intelligence ne dura pas longtemps, et les hostilités fuient reprises à la suite de la paix accordée par le général romain au vieux roi Tigrane et des secours que Phraate continua de donner au lils de celui-ci, à Tigrane le jeune, révolté contre son père. Afranius, lieutenant de Pompée, chassa Phraate de l'Arménie , et Pompée ne fit qu'une réponse évasive aux ambassadeurs du roi parthe, qui, se voyant menacé, avait cherché à renouveler l'alliance avec Rome.
Toutefois , le différend n'eut pas de suites plus graves pour le moment, et il en fut de même des velléités de quelques généraux secondaires de l'armée romaine, qui voulaient se mêler dans les guerres civiles suscitées en
elle avait justement à craindre l'irruption | perse par les princes prétendant à la coude nouveaux torrents de barbares. Nous ne saurions nous étendre davantage et moins encore fixer des dates pour ces événements connus à peine par la mention qu'en fait un abréviateur latin. Entre les deux luttes qu'eurent à soutenir les Parlhes, l'une contre les Grecs et l'autre contre les Romains, luttes racontées par les historiens de ces deux nations, on ne pourrait espérer un récit suivi des vicissitudes d'un peuple n'ayant pas de littérature et resté toujours étrange» au sol qu'il occupait. Tout ce qu'en dit Justin, l'abréviateur auquel nous avons fait allusion, c'est que Mithridate II soutint des guerres heureuses contre ses voisins, sans doute ceux du Nord et de l'Arménie, où la dynastie arsacide en certains cas servait de rempart à celle de la Perse, et lui occasionnait d'autres fois des embarras sérieux. En effet, après la mort de Mithridate II , époque à laquelle la Perse fut en proie à de sanglantes guerres civiles, Tigrane, roi d'Arménie, usurpa quelques provinces, et, prétendant à la suprématie sur les Arsacides de la Perse, s'arrogea le titre de roi des rois. Les démêlés avec l'Arménie durèrent jusqu'à la moitié du premier siècle avant J.-C, lorsque la puissance des Parthes, restaurée par la paix intérieure durant cet intervalle, se trouva en présence des Romains.
Jusqu'à cette époque, les rapports du monarque de la Perse avec Rome n'avaient été ni importants ni suivis. Une première négociation futenlamée en l'année 82 ou 81 entre Mithridate II et Sylla, préteur en Asie, chargé par le sénat de remettre sur le trône Ariobarune, roi d'Arménie, chassé par le roi de
ronne, et précédées ou suivies par le meurtre de leurs plus proches parents.
Des crimes d'un autre ordre, suggérés aussi par le démon de l'ambition , bouleversaient en môme temps la république romaine; les hommes devenaient plus puissants que les lois, et un vieillard d'une capacité fort médiocre , qui avait osé s'asseoir entre César et Pompée parce qu'il était le plus riche usurier de Rome, Crassus, s'éprit de l'idée d'acquérir la gloire militaire, et s'imagina qu'il la trouverait à bon marché en Asie. Se passant des décrets du sénat qui n'étaient, plus à la mode , il attaqua le roi de Perse Orodes, sous le prétexte de vouloir remettre sur le trône sou frère Mithridate. La Mésopotamie fut occupée presque sans résistance, en l'année 54 avant l'ère vulgaire; mais, au lieu de profiter de la révolte des villes grecques en sa faveur et de pousser en avant contre Orodes, il revint en Syrie après sa première promenade militaire, se fit donner par les soldats le titre d'Imper a lor, et laissa tuer dans Babylone son protégé Mithridate. Au printemps suivant, dédaignant les conseils et les secours du roi d'Arménie, qui l'engageait à attaquer la Médie, pays montagneux et par là favorable à l'infanterie romaine, il écoula le traître Abgare, prince d'Édesse, s'enfonça avec cinquante mille hommes dans les steppes arides de la Mésopotamie , et y fut enveloppé par la vaillante cavalerie des Parthes. Un détachement commandé par le fils de Crassus succomba le premier près de la rivière Balissen, tributaire de l'Euphrate; le reste de l'armée hésita, battit en retraite, fut entamé par les esca-
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drons en Demis, et massacre eu grande partie avec Crassus lui-même dans les environs de Carrhes (le Harran des modernes). Les prisonniers romains furent transportés aux frontières orientales de l'empire parthe, et il ne se sauva de toute l'armée qu'un petit corps qui regagna la Syrie sous les ordres dé Cassius. Bientôt ce général fut obligé de défendre cette province, attaquée par les vainqueurs; la guerre traîna pendant trois années , et Unit par la retraite des Parthes, que les historiens attribuent aux intrigues plutôt qu'aux armes des Romains.
A leur tour, lesArsacides entreprirent d'intervenir dans les guerres civiles qui ensanglantèrent la république romaine, dans le but d'obtenir la possession de la Syrie, dont ils avaient appris le chemin pendant les dernières hostilités, et surtout de se rendre maîtres de l'Arménie, qui ne cessait de les menacer. Aussi prirent-ils le parti de Pompée contre César ; et ce dernier, après la victoire qu'il remporta sur son compétiteur et sur les anciennes institutions de sa patrie, se disposait à la guerre des Partîtes lorsqu'il tomba sous le poignard des conjurés. Pendant la guerre de Brutus et Cassius contre les vengeurs de César, les Partîtes vinrent au secours du parti républicain, cl, après sa défaite, une armée du roi des rois , commandée par son propre fils Pacorus et par le général romain Labiénus (40 avant l'ère vulgaire), pilla Jérusalem et s'empara de toute la Syrie et de l'Asie Mineure. Mais ces conquêtes lui furent bientôt enlevées par Ventidius, lieutenant d'Antoine. Pacorus, en essayant de repasser l'Eupbrate l'année suivante, succomba sous la puissance de la stratégie et de la discipline romaine : il perdit la vie, avec vingt mille des siens. Les hodneursdu triomphe accordés à Ventidius et une médaille frappée en cette occasion prouvent l'importance delà victoire. Antoine, au lieu d'en effacer l'éclat comme il espérait dans une nouvelle expédition qu'il fil en l'année 36 avec des forces immenses, s'engagea dans l'Atropatèue , s'arrêta au siège d'une ville qu'il ne put prendre, et, menacé sérieusement par Phraate, roi des Parthes, fut obligé de lui demander la paix , d'abandonner son matériel de siège et de faire une retraite désastreuse en perdant vingt-quatre mille hommes et en échappant avec peine au sort de Crassus. Les nouveaux troubles qui agitèrent ensuite les deux empires mirent un terme aux hostilités pendant quelque temps, jusqu'à ce que la fortune d'Auguste força le roi des Parthes à conclure une paix définitive et à renvoyer les aigles prises lors de la défaite des légions de Crassus ( année 20 avant l'ère vulgaire).
Nous n'entrerons pas dans le délail des
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guerres qui surgirent pendant le premier siècle de l'ère chrétienne entre la puissance romaine concentrée dans les mains des empereurs > et celle des Arsacides ébranlée de plus en plus par les crimes atroces des prétendants à la couronne, par la cruauté des rois , par la turbulence des grands vassaux , et par la politique de Rome , qui donnait un asile aux princes fugitifs , ou exiles par le monarque régnant dans le but d'assurer la succession aux enfants qu'il préférait. En général, les différends entre les deux empires eurent toujours pour objet la suprématie sur l'Arménie ; en général, les rois parthes, eu envoyant à Rome dans une houorable captivité les princes qu'ils voulaient écarter du trône, n'atteignaient jamais ce but; mais, en revanche, les prétendants élevés dans la ville éternelle déplaisaient à la noblesse parthe par leurs mœurs plus raffinées , peut-être aussi par les idées d'ordre et de gouvernement qu'ils devaient à l'éducation romaine. Telles furent pendant longtemps les relations équivoques des deux empires limités au sud par l'Euphrate et au nord par l'Arménie, devenue déjà tributaire de Rome. Une tentative des Arsacides pour reprendre leur influence dans l'Arménie amena, en l'année 114 après J.-C., la brillante expédition de Trajan en Orient.
Ce prince, après avoir renversé les petits souverains tributaires ou alliés des Parthes, et avoir occupé toute la Mésopotamie, passa le Tigre en 115, s'empara de Ctésiphon, la capitale, ou une des capitales des Arsacides; y fit couronner un roi de son choix, du nom de Parthamaspate; descendit jusqu'aux provinces baignées par la mer Persique; s'embarqua pour faire un voyage , en regrettant que sa vieillesse ne lui permit pas de conquérir l'Inde sur les traces d'Alexandre , et enfin au milieu de ses rêves fut forcé de revenir à la bâte sur le cours du Tigre, où les peuples s'étaient soulevés contre lui. L'armée romaine eut encore l'avantage cette fois-ci ; mais elle dut s'arrêter sous Atra (Hadhr), ville très-forte par ses remparts , qui subsistent encore, et surtout par sa position au milieu du désert de Sindjar en Mésoftotamie. Trajan , qui commandait en personne et s'exposa aux dangers comme un simple soldat, dut, après plusieurs jours de siège, ordonner la retraite ; puis il tomba malade, et mourut en 1 1 7. La Mésopotamie échappa à la domination romaine, et Chosroès, le monarque arsacide, qui s'était sauvé dans les provinces supérieures de son royaume, reprit le reste sans coup férir. Après la mort de Trajan, Adrien rendit la Mésopotamie aux Parthes. Dans la dernière moitié du second siècle , la guerre ayant recommencé entre les Romains et les Parthes, toujours à cause de l'Arménie , Marc
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ARTEMISIUM
Aurèie en confia le commandement à son Irère L. Verus , et les lieutenants de ce prince plongé dans la débauche forcèrent l'ennemi à la paix, après avoir pénétré dans ses États et dévasté Séleucie et Ctésiphon (165). La dernière de ces villes, défendue par le roi en personne, fut prise d'assaut par l'empereur Seplime Sévère en 138. Quelques années plus tard, le perfide Caracalla occupa l'Osrhoène, royaume tributaire de la Perse, et humilia la dynastie arsacide par un sanglant affront qvf Artaban dut dévorer en silence. Enfin en 117, sous Macrin, on signa une paix achetée, dit-on, par les Romains, mais certainemeut avantageuse à leur domination et nécessaire pour les Arsacides , ébranlés comme ils Tétaient déjà par la révolution qui mit un terme à leur dynastie.
Cette révolution , qui donna le trône aux Sissanides, n'entre pas dans le cadre de notre article. Commencée parmi les populations de la Perse propre, favorisée puissamment par l'esprit religieux et par la hiérarchie des mages, elle affranchit complètement la Perse du joug des pasteurs de la Scythie, par lesquels elle avait été opprimée pendant quatre siècles, à partir de l'occupation de Mithridate 1 er . Ardeschir, fils de Babek , qui avait appris l'art de la guerre en combattant sous les Parthes , se servit des talents qu'il devait à ces étrangers pour les chasser du sol de sa patrie.
Le sentiment national qui animait ce vaillant chef et ses compagnons est parfaitement résumé dans un discours qu'attribue à Ardeschir l'écrivain grec Agathangelus, établi en Arménie au commencement du quatrième siècle, et par là très- peu éloigné de l'époque et des lieux où se passa ce grand événement.
« Nobles Persans et Assyriens, fait-il dire à « Ardeschir, nous connaissons depuis long- « temps le faste des Parthes; ces étrangers « nous ravissent le fruit de nos travaux. Ils « sont dans la joie quand ils nous accablent « d'injures; ils ne cessent de donner la mort • sans motifs. Ils détestent les Perses et les « Assyriens, ces Parthes, qui sont venus de « la terre des barbares s'établir sur notre sol. « Que direi-vous donc ? Si mes paroles sont « fausses, que le tyran continue de régner cl de « nous traiter au gré de ses caprices! Mais si « j'ai dit la vérité, courons aux armes ! Il vaut « mieux mourir que de servir un despote qui « nous outrage. » En effet, après trente ans de guerre , en l'an 226 , le dernier de ces des* potes, Arlaban IV ou V, était vaincu encore une fois par les insurgés; Ardeschir, dit l'auteur persan du Modjmel-el-Tewarik, le tuait de sa propre main,' buvait son sang, foulait aux pieds son cadavre. L'armée proclamait Ardeschir Schahin-schah ou roi des rois, et alors t'ouvrait pour la Perse une ère uouvelle do
Suppl. Ekcycl. MOD. — T. I.
gloire nationale, de liberté modérée et de civilisation.
Yoici maintenant la liste des rois Arsacides de Perse d'après M. J. Saint-Martin, qui s'éloigne un peu des dates et de quelques noms adoptés plus récemment par MM Ch. Lenormant, A. de Longpérier et H. P. Princeps , lesquels ne s'accordent pas non plus complètement entre eux sur cette chronologie, si difficile à déterminer. Nous omettons comme inutile le titre de Arsaccs II, III, etc., qu'on ajoute ordinairement aux noms de ces princes.
Avant J.-C
Apres J.-C
Arsace 250-*2i9.
Phraatacès
Tiridate I"
Orode II
Artaban I ,r
Vononès I« r
PriapatiuK
Artaban III
Phraate 1 er
Phraate V
Mithridate I"
Tiridate 11
Phraate II
Cinnamus
Artaban II
Bardane
Mithridate II
Cotantes
Interrègne ou un roi
Méherdate V
inconnu de 90 à 87.
Vononès II
Mnaçcyrès
Vologèse I"
Interrègne ou un roi
Artaban IV (l)
inconnu de 77 à 74.
Tacorus
mm
Sanatracès
Chosroés
Phraate III
Méherdate 11(2)
Mithridate III
Sanatricës
Ilb.
Orode 1 er
Parthamaspate