ARVERNES
langue gallique, habitans du haut pays; formé de arr, ail, haut, ttfearaun, veraun , terre. Les tribus de l'Alvernie ou Arveruie appartenaient à là race des Galls , généralement désignés sous le nom de Celtes par les historiens anciens, et qui couvraient le centre et l'est de la Gaule. Les Arvernes , peuple riche et puissant, étaient à la tête d'une confédération de tribus , clients soumis par les armes, ou qui s'étaient réfugiés sous leur patronage; c'étaient les Uelves (Helvii), les Vesaunes, les Cabales, les Kuthéens, habitants du Vivarais , duVélay.du Gévaudan. Aux Arvernes se rattachaient encore, plutôt à titre d'alliés que de sujets , les Cadurkes et les Nitiobriges; ces derniers bordaient les rives du Lot. La Gaule offrait une assez grande diversité de gouvernements ; celui de l'Arvernie était monarchique. Posidonius fait mention d'un roi des Arvernes , du nom de Guern ou Guer, qui jetait du haut de son char, quand iK traversait la foule , une pluie d'or et d'argent. Ces montagnes étaient alors renommées par la richesse de leurs mines.
Quand les Romains pénétrèrent dans les Gaules , grâce à l'alliance des Ma&iliens et des Édues (voy.), ils y trouvèrent pour adversaires d'abord les peuples des montagnes, les Ligures , les Allobroges et les Arvernes. Ceux-ci étaient alors gouvernés par le roi Bituit; ils firent appel à leurs clients et à leurs alliés, et la confédération des Arvernes mit sur pied deux cent mille hommes (l'an 121 avant J.-C). Ils furent vaincus au bord du Rhône par le consul Fabius Maximus. Bituit, monté sur un char d'argent , entouré de sa meute royale, dit en voyant les légions romaines : « C'est à peine pour un repas de mes chiens. » Fabius dut sa victoire à ses éléphants, dont l'aspect épouvanta les Gaulois. Cent vingt mille hommes furent égorgés ou noyés dans le Rhône. Rome crut devoir cependant ménager encore, après sa victoire, ce peuple de soldats, et ne leur imposa point de tribut.
Il parait qu'une révolution s'opéra vers ce temps-là dans le gouvernement de l'Arvernie, et que l'État républicain y succéda à la royauté. Un de leurs chefs, Cellib, teuta de la rétablir; il échoua, et fut mis à mort (63 avant J.-C.)- Humiliés, affaiblis par l'anarchie, les Arvernes, unis aux Séquanes, appelèrent les Germains contre les Édues, leurs voisios, qui avaient fait alliance avec Rome. Quand César parut dans les Gaules, il n'eut point affaire aux Arvernes dans sa première campagne. La plupart des tribus du Nord, l'Armorique, la Belgique, la Grande-Bretagne même et les Germains avaient été frappés, quand les Arvernes, réveillés à la voix de Vercingétorix , le héros .de leur nation, for-
ARYERNKS — ASILK
nièrent une vaste ligue ( 52 avant J.-C. ). César accourut de l'Italie au plus Tort de l'hiver, et, pour frapper l'ennemi au cœur, il pénétra au milieu des montagne* et des neiges de l'Arvernie. Il «'empara d'abord des places importantes aux alentours ( Avaricum, Bourges, etc.), puis il échoua devant Gergovie, la capitale des Arvernes; il y fut vaincu. Mais César n'était point à bout de constance ; il appela de nouvelles légions, et mit le siège devant Alésia, où Vercingétorix porta toutes ses forces et où succomba la ligue des Arvernes et son chef. César, ayant réduit les Gaules, leva de l'Arvernie et des contrées les plus guerrières du pays des corps de cavalerie et d'infanterie, qu'il mêla à ses légions. Auguste, après lui , dans la classification qu'il fit des peuples gaulois , déclara les Arvernes libres et autonomes. Tous les arts de la Grèce et de Rome pénétrèrent bientôt dans leurs vallées et leurs vieilles forêts. Ils bâtirent un temple de marbre et de porphyre à leur déesse nationale Vosso , divinité de la mort et de la destruction. Le grec Zénodore éleva chez les Arvernes une statue colossale de Mercure, qui coûta quarante millions de sesterces.
L'Arvernie subit la destinée de toute la Gaule sous le joug romain : elle y perdit son caractère distinct et toute nationalité.
Amédée Renée.
ascension. ( Histoire relig. ) Ce mot ex.
prime l'action de monter, de s'élever. Dans le langage évangélique, il exprime l'Ascension de J.-C. au ciel.
Ayant passé quarante jours avec ses apôtres, après sa résurrection, les instruisant, les confirmant dans la foi, il les conduisit sur la montagne des Oliviers, et, après les avoir bénis, il s'éleva vers le ciel, d'où il leur promettait qu'il leur enverrait bientôt le Saint-Esprit, promesse qui se réalisa dix jours après, à la féte de la Pentecôte. Ils le virent s'élever, et une nuée le déroba à leurs yeux. Comme ils le regardaient monter au ciel, voilà que deux hommes habillés de blanc parurent auprès d'eux, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi demeurez-vous là les yeux attachés au ciel ?
Ce Jésus qui a été enlevé d'avec vous au ciel en reviendra de la même manière que vous l'y avez vu monter, w c'est ainsi que l'ascension de J.-C. nous est rapportée au chap. I des Actes des Apôtres. Monter au ciel par sa propre puissance, c'était donner à ses apôtres une preuve de sa divinité. Saint Augustin, épil. 118,n° 1, dit que cette féte a été établie par les apôtres euxmêmes. La célébration en est commandée par les constitutions apostoliques, lib. 8. ch. 3
Voyez Thomusln, Traité des Fêles, p. S70.
Benoit XIV, de Festis D. N. J. C.
asile. ( Histoire). Le mot osite, ou, pour se conformer à l'étymologie, asyle , dïuXov,
de a négatif et de <rjXà<o, prendre, arracher, signifiait dans l'antiquité un lieu sacré, un bois lucus ( 1 )ou un temple, dans lequel les esclaves et les criminels trouvaient un abri sûr, inviolable, contre les persécutions de leurs maîtres et la vindicte des magistrats. On supposait que les dieux se chargeaient euxmêmes de protéger les malheureux ou de punir les criminels qui venaient se mettre sous leur dépendance immédiate, et l'on regardait comme une impiété de vouloir leur ôter le soin de la protection ou de la vengeance.
Pour trouver l'origine de cette touchante et poétique institution , excellente tant que la justice n'est pas fortement organisée, il faut remonter aux temps les plus anciens, aux lois de Moïse. « Vous ne livrerez pas, dit ce législateur (2), l'esclave qui s'est réfugié vers vous , entre les mains de son maître. 11 habitera avec vous où il lui plaira, et il se reposera dans l'une de vos villes; ne le contristez pas. » Moïse ouvrit également des asiles aux homicides involontaires, paru qu'ils étaient innocents , et qu'à ce titre ils devaient être protégés contre les représailles et les inimitiés de la famille et des amis de la victime. Mais les grands criminels ne méritent point d'asile; aussi n'en eurent-ils pas. «Si quelqu'un, dit encore Moïse (3), tue son prochain de dessein prémédité et par embûches, tu l'arracheras de mon autel, alin qu'il meure. > Chez les Grecs, chez les Romains, on tomba dans une contradiction grossière à cet égard. Si, par des crimes sans excuse , des misérables avaient offensé les hommes , à plus forte raison ils avaient offeosé les dieux ; et néanmoins les dieux les ont accueillis et abrités bien souvent au pied de leurs statues et de leurs autels. Chez les Juifs, ce n'est pas le tabernacle que Moïse gratifia de ce droit tutélaire. Pendant près de quatre siècles le tabernacle, | qui était portatif, devait changer continuellement de lieu : cela excluait l'idée d'asile; et quand il y eut un temple, comme il était unique , les criminels qui y seraient venus de tous les points de la Judée auraient pu troubler le service divin. En outre , si les homicides avaient été chassés hors du pays, il eût été à craindre qu'ils n'adorassent des dieux étrangers. Toutes ces considérations firent attribuer le droit d'asile à des villes spéciales et privilégiées. Il y en avait six : trois audelà du Jourdain, Bozor, Gaulon, Ramolh, et trois en deçà , Cedès , Hébron et Sichem. La se relirait celui qui par accident avait répandu le sang d'un homme , afin d'avoir le temps et les moyens de se justifier devant les juges,
(lj Quelques ttymoloRistes font dériver a*ilc aschel, ^tf» {,ICU!t - (8) Deuteronowc , XXIII, W.
(3) Exode, XXI U.
sans que le» parents du mort pussent l'y poursuivre et le tuer. Uo savant rabbin , Maimonide , sur la tradition des anciens , assure que les six villes investies de ce droit de refuge étaient obligées de recevoir et de loger gratuitement celui qui s'y retirait. L'hospitalité n'exemptait pas des poursuites de la justice. On informait contre le réfugié, on le citait devant fe juge et devant le peuple , pour qu'il eût à prouver que le meurtre avait été fortuit et involontaire. Sou innocence était-elle reconnue, il demeurait en sûreté dans la ville dont il était l'hOte et l'ami ; mais s'il était reconnu coupable, on le mettait à mort, suivant le texte même de la loi citée, qu'il meure. L'innocence même établie et constatée, le meurtrier ne recouvrait pas encore sa liberté; il était obligé de demeurer dans cette même ville sans en sortir, jusqu'à la mort du gnod'prétre ( 1 ), comme si, pour inspirer une plus grande horreur du meurtre, on ait voulu punir même l'homicide involontaire par celte espèce d'exil. A la mort du grand prêtre seulement , il était libre de se retirer où il voulait, sans avoir à craindre aucune insulte, aucune vengeance.
Des savants ont cru que c'était à l'imitation du peuple de Dieu que les gentils fondèrent des lieux de refuge pour les malheureux el les coupables ; mais rien n'est moins prouvé. L'idée de celle pieuse institution semble devoir nattre presque naturellement de toute religion; car, ainsi que l'observe Montesquieu (2) , « comme la divinité est le refuge des malheureux , et qu'il n'y a pas de gens plus malheureux que les criminels , on a été naturellement porté à penser que les temples étaient un asile pour eux ; et cette idée parut encore plus naturelle chez les Grecs , où les meurtriers , chassés de leur ville et de la présence des hommes , semblaient n'avoir plus de maisons que les temples ni d'autres protecteurs que les dieux ».
Ces asiles se multiplièrent dans la Grèce , dans l'Attique surtout. C'était le droit tout particulier de l'Attique, la terre d'asile par excellence. Le malheur n'y trouvait pas seulement un refuge aux autels des dieux , il y avait son sanctuaire, l'autel delà Pitié, 'EXéou P(i>u.ô; (3) , dont l'antique renommée a trouvé dans le chantre de la Thébaïde des vers dignes de la célébrer :
Urbe fait média (4)...
« Au milieu d'Athènes s'élevait un autel qui n'était consacré à aucune des divinités supérieures. La douce Clémence y a fixé son séjour. C'est là que se rassemblent tous
(«ï Ut Ifombret, XXXV. M et sulv.
'Il Esprit des Lois , XXV, 3.
l3)rauuni.is,'ATTtxâ, «.
suce ,Thebalde y XII, 481.
ceux qui ont été vaincus dans la guerre, ou chassés de leur patrie, ou dépouillés du trône, ou coupables d'un crime involontaire ; c'est là qu'ils implorent le repos. Ce fut plus tard ce seuil hospitalier qui vainquit les furies d'Œdipe, protégea les débris d'Olynthe, et écarta du malheureux Oreste le spectre de sa mère. »-«La renommée rapporte, ajoute le poète, qu'après la mort d'Hercule, ses enfants, protégés par les armes d'Athènes, fondèrent ce temple. La renommée est ici audessous de la vérité; car il est plus juste de croire que les dieux, pour qui Athènes fut toujours une terre hospitalière , la récompensèrent en lui donnant des mœurs plus douces, des cérémonie» religieuses, et qu'ils consacrèrent dans ce lieu on asile commun à toutes les infortunes. » D'autres prétendent que le (dus ancien asile fut ouvert en Béotie par Cadmus, dans la citadelle qui de son nom fut appelée la Cadmée. Thésée fonda aussi un asile dans Athènes, et ce fut pour perpétuer cette fondation , pour honorer dans Thésée le protecteur des malheureux, que Conon bâtit le temple de Thésée, le 6rj«îov, qui est encore debout. Les temples d'Apollon à Delphes, de Junon à Samos, d'Esculape à Délos, de Bacchus à Éphèse , d Hébé chez les Phliasiens (l), de Minerve Aléa chez les Tégéates (2), de Neptune à Calaurie, étaient les plus en honneur pour l'inviolabilité de leur sauetuaire. Ce droit, ce privilège était local et circonscrit ; il tenait si intimement au lieu, qu'il ne se communiquait au réfugié qu'autant qu'il y louchait lui-même : et l'on sait par combien de ruses on cherchait à l'en séparer. Vainement les malheureux compromis dans la tentative d'usurpation de Cylon (3) , quand ils sortirent du temple de Minerve pour se présenter au jugement de l'aréopage , avaient-ils pris le soin de se munir d'un fil qui , attaché à l'autel , les laissait en contact avec le lieu sacré ; sur la route , le fil se rompit, et on les immola sans plus de scrupule.
Il n'y eut d'épargnés que ceux qui implorèrent la protection des femmes des archontes (4). Cette sauvegarde des autels ne fut pas toujours et partout gratuite. Une inscription, récemment découverte dans l'acropole d'A-
(1) Pausanlas. Kopiv6iaxa t XIII.
(«) Le même, Aoxwvixâ, V.
(8) Vers 598 av. J. C. sons l'archonUt de Mégaclcs. Voir Thucydide, », 186 ; Plutarquc, Fie de Solon.
(4) PluUirq., Fie de Solon, ii. Cette protection des femmes est d'une efficacité souveraine chez les Bédouins. « Un coupable est sauvé sll rencontre une femme, s'il a le temps de courir à elle et de se cacher la tête sous sa manche en s'écrlant : Sous ta protection! La femme appelle aussitôt par ses cris tous lej. hommes de la station, et dit : Arabes , par Dieu el pour Dieu et par la téle de mon pére { ajoutant de son mari si elle est mariée ) , qu'aucun de tous ne puisse l'assaillir, même arec des roses. » Les Bédouins . par Maycui, II, 10| .
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thènes (1) , présente une liste d'esclaves qui ont fui tel maître, de tel bourg ou de tel pays, et ont donné, tous uniformément, un vase sacré du poids de cent drachmes. Cet exemple, du reste, est unique, exceptionnel , et la Grèce n'eût pas osé se glorifier autant de son respect pour les suppliants, si au droit d'asile se fût attaché un droit de courtage et de fisc. On peut même dire que la gratuité de la protection fut une des causes qui influèrent sur la propagation et les abus des sanctuaires ainsi privilégiés. Tacite (2) nous apprend que « sous Tibère la licence et l'impunité du droit d'asile s'étaient tellement multipliées dans les Tilles grecques , que la police était impuissante à maintenir l'ordre. Les temples étaient remplis de débiteurs insolvables et d'esclaves méchants; et aucune autorité n'avait assez de force pour réprimer la sédition du peuple, qui protégeait les forfaits des hommes comme s'il s'agissait du culte de ses dieux. » Le sénat fut obligé de supprimer un grand nombre de ces asiles.
Rome, au reste, ne favorisa jamais beaucoup cette institution , et pourtant elle lui devait son origine. Ce ne fut pas par un sentiment d'humanité, mais dans une vue politique, que Romulus ouvrit un asile au pied du Capitale. Tout le monde y était reçu sans distinction (S); on ne rendait ni l'esclave à son maître , ni le débiteur à son créancier, ni le meurtrier à son juge. Ce fut là le berceau de Rome. Par la suite , cet asile n'exista que de nom ; car on l'obstrua de telle sorte qu'il devint impossible d'y pénétrer (4). Les temples ne paraissent pas avoir joui du droit des suppliants : aussi , lorsque l'historien Dion rapporte que les triumvirs , sur le lieu même où l'on avait brûlé le corps de Jules César, élevèrent une chapelle avec défense d'infliger une peine au criminel qui en aurait choisi le sanctuaire pour refuge , il observe que ce fut un privilège qui n'avait Jamais été établi auparavant, pas même en l'honneur des dieux (5).
An reste, le monument de César n'offrit pas toujours une retraite inviolable. Auguste fit périr le fils d'Antoine, qui s'y était réfugié (6). Même en Grèce, la sainteté des temples comme asile, reconnue généralement en droit, était dans le fait assez souvent violée , du moins indirectement. On entourait de feu et de matières combustibles le lieu du refuge, afin que la personne qui s'y trouvait n'en fût pas chassée par les hommes, mais par un dieu ( Vulcain ) ; ou bien on murait les portes
(l) Curtlas, Inscriptions Àtticee nuper reperta duodecim ; Berollni, 18>3.
(») Annales , III, 60.
(S) Plutarque, fie de Romulus, 10.
(*) DIonCaulus.XLVII.l».
(5) Ibid.
(B) Suétone, Auguste, 171.
du temple, on enlevait la toiture, et le fugi tif succombait aux intempéries de l'air ou mourait de faim. Ainsi périt le rot de Sparte Pausanias (1).
Dans les églises chrétiennes, le droit d'asile fut plus sérieux et plus respecté. Par des édita que* les codes ont recueillis , les empereurs Gratien , Valentinien et Théodose le Grand , condamnent au feu et à l'exil ceux qui enlèveront de l'église le chrétien qui s'y sera réfugié. Eutropeje ministre tout puissant d'Arcadius, voulut dépouiller de ce privilège l'église de Constantinople. L'évèque, saint Jean Chrysoslome, résista, et parvint à conserver cette sauvegarde aux accusés , et aux évèques une occasion d'intercéder pour les coupables. Bientôt après, Kutrope, disgracié, chassé du palais et poursuivi par le peuple , fut réduit à se réfugier dans celte église , sous la chaire même de l'évèque ; et c'est alors que, du haut de cette chaire, Chrysostome prononça son éloquente homélie sur la vanité des grandeurs de la terre et sur la justice des décrets de Dieu.
Quand la justice humaine eut acquis plus d'autorité, on tempéra ces privilèges , on excepta certains crimes du droit d'asile. L'empereur Justinien veut, à l'exemple de Moïse, qu'on arrache de l'asile les assassins, les adultères. Charlemagne défend qu'on porte à manger aux meurtriers réfugiés dans les églises; et toutefois, même après la promulgation des Capitulaires, nous voyons les asiles ecclésiastiques se multiplier à l'infini en France. C'est une preuve de nouveau que la force prévalait sur la justice. Les églises qui jouissaient du droit d'asile avec le plus de privilèges étaient Saint-Martin de Tours, et dans Paris IVolre-Dame, l'abbaye Saint- Antoine , Saint - Jacques la Boucherie (2) , Saint-Merry, l'Hûtel-Dieu , les Carmes de la place Maubert et les Grands-Auguslins. Même quelques cimetières offraient un inviolable refuge. Dans le diocèse de Sens , le simple anneau d'une porte d'église était une sauvegarde pour l'homme poursuivi qui parvenait à le saisir. Évidemment ces asiles ont dû , sous le régime de la féodalité, sauver la vie à une foule d'innocents; sans ces lieux de refuge, comment aurait-on pu se soustraire à la violence des seigneurs, toujours armés, & la fois guerriers et juges ? Les inconvénients n'ont commence à s'en faire sentir que lorsque l'autorité de nos lois , la police des villes , la juridiction
(1) Corn, nepos, Pausanias, 5.
(S) En 1358. sous le roi Charles V, un changeur, ayant assassiné Jean Baillet, contrôleur général des finances, s'y réfugia; mais le dauphin, depuis Charles VI, l'en fit arracher de vive force , et le fit étrangler. i;é»éque de Paris crut devoir, en cette circonstance , Interdire l'église. Il fit décrocher le cadavre du meurtrier, et lui (il faire de magnifiques obseqnc*-
ASILE
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«Ira tribunaux ont été bien établies. C'est ainsi qne Louis XII a pu , arec avantage et pour l'honneur de son règne, supprimer le droit d'asile dans son royaume de France, qualifiant ce droit d'un reste de barbarie éminemment contraire a la justice.
Dans quelques villes d'Italie et d'Espagne, il y a encore quelques chapelles qui jouissent de certaines franchises ressemblant assez au droit d'asile. Partout, cependant, où la civilisation a donné aux lois une force de protection suffisante et une action souveraine , le droit d'asile n'existe plus que dans les lois et les tribunaux. Mais, par une mémorable exception , il y a encore en Europe un pays où les victimes des révolutions, les dynasties dé* chues, les vaincus de la politique trouvent un refuge assuré , une protection légale , une assistance généreuse; et ce pays, c'est la vieille et loyale Angleterre. Grâce à sa constitution, à ses mœurs, à sa position géographique, elle a pu maintenir les plus nobles privilèges du droit d'asile, et relever sur ses rivages, pour l'honneur de l'humanité, l'antique autel de la clémence et de la pitié, ÏMw 6wu,6ç. F. Dm.
asile (Salles d'). a C'est pour suppléer « aux soins, aux impressions, aux enseigne- » rneols que chaque enfant devrait recevoir de » U présence, de l'exemple et des paroles
de m mère, qu'il a paru nécessaire d'ouvrir
des salles d'hospitalité et d'éducation en fa* " veqr du premier âge. » (Manuel des Salles d'Asile, par J. D. M. Cocbin, n° 7.)
Ces paroles contiennent la définition juste , claireetcomplète des salles d'asile. Qui les comprend bien connaît l'idée première , le but et le caractère de cette institution vraiment chré-
L'idée fausse d'une éducation publique et uniforme pour tous les enfants n'est pas moderne. Ses partisans ( car elle en a encore ) n'imaginent rien de mieux pour trouver du nouveau, que de s'adresser aux anciens; ils admettent volontiers que les lois humaines peuvent démentir les lois divines , et voudraient que l'homme, assujetti de bonne heure à un niveau commun sous lequel seraient confondues toutes les aptitudes et toutes les destinées, fût formé d'avance pour remplir un rôle déterminé dans une société de convention, à peu près comme la pierre se façonne sous la main qui la taille pour occuper dans un plan symétrique une place qu'elle ne quittera jamais.
D'autres penseurs, confiant dans l'infaillibilité de tel ou tel procédé sorti de leur cerveau, voudraient que la jeunesse fût confiée à leurs expériences, et font dépendre le salut du monde d'une manière plus lente ou plus ex- Péditive d'écrire ou d'épeler.
| La salle d'asile n'est due ni à la fausse théorie des uns ni à l'orgueilleuse confiance des autres. Elle est née d'une juste appréciation de notre état social et d'une pensée de charité religieuse.
En effet , depuis que, grâce au christianisme, on s'occupe de former moins le citoyen que l'homme t l'importance de l'éducation des premières années est mieux sentie, et l'on reconnaît que celle éducation est avant tout l'œuvre de la famille, et dans la famille l'œuvre de la mère. Dieu, pour conserver la vertu et la vérité dans le mondo, leur a fait un asile bien sûr : il les a mises à l'abri de l'amour que les mères ont pour leurs enfants. En même temps, on éprouve pour l'enfant, pour sa pureté , pour sou âme naissante, un plus tendre, un plus scrupuleux respect. Nos inclinations et nos croyances s'unissent pour élever sur nos autels un enfant et sa mère , et ne présentent à nos cœurs rien de plus sacré qu'une mère et de plus charmant qu'un enfant.
Sous l'empire de ce respect de la maternité et de l'enfance , tous les hommes de bien et de cœur souhaitent que la première éducation soit toujours l'ouvrage des mères.
Mais ce souhait n'est qu'un idéal impossible à atteindre. Sans parler des malheureux orphelins, combien d'enfants, dans les cités manufacturières et aussi dans les campagnes , sont séparés de leurs mères par les nécessités du travail l Combien de mères auxquelles le plus médiocre savoir et la vertu manquent pour bien accomplir leurs devoirs envers leurs enfants ! Que de malheurs et quelquefois que de crimes résultent de ces abandons involontaires!
L'auteur du Manuel des Salles d'Asile a donc eu bien raison de penser, de dire, et de mettre en pratique, les simples mots par lesquels nous avons commencé :
« C'est pour suppléer aux soins, aux impressions et aux enseignements que chaque enfant devrait recevoir de la présence, de l'exemple et des paroles de sa mère, qu'il a paru nécessaire d'ouvrir des salles d'hospitalité et d'éducation en faveur du premier Age. »
Ainsi donc, la charité se mettant à la place et lâchant de se former à l'image de la maternité : telle est l'idée première des salles
d'asile.
Voici leur simple histoire, après laquelle nous indiquerons successivement la législation qui les régit, les progrès auxquelles elles sont parvenues, enfin la méthode qui y est suivie :
/. Histoire des salles d'asile.
Il est rare qu'une bonne œuvre ne soit pas inspirée vers le même temps à plusieurs
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âmes généreuses; il semble que Dieu le veuille ainsi, de peur que réduite a un seul instrument l'œuvre ne périsse s'il Tait défaut. Il est également rare qu'elle ne débute pas par plusieurs essais infructueux avant de réussir; cette épreuve, ces tâtonnements semblent nécessaires à la perfection , et ce mérite indispensable au succès de l'œuvre. Les salles d'asile ont traversé ces pénibles commencements.
En 1770, Oberlin, charitable pasteur d'une petite commune des Vosges, le Ban de la Roche, fonda dans cinq villages des écoles de petits enfants ; on les appela des écoles à tricoter, parce que non-seulement ta prière , le chant, mais aussi le travail manuel occupait le temps des enfants, surveillés et instruits par de pieuses femmes, qu'on nommait conductrices ; la première fut Sara Bauzet, et la plus connue Louise Echeppler, qui continua l'œuvre du pieux pasteur pendant cinquante-cinq ans.
En 1801, une femme d'un haut mérite et d'un admirable cœur, madame la marquise de Pastoret, allait visiter une pauvre blanchisseuse ; elle la trouva revenant de son travail, après une journée passée loin de ses enfants : le dernier né était tombé de son berceau, et baignait dans son sang. Un autre jour, madame de Pastoret vit un enfant de quelques mois confié à la garde d'une petite sœur de sept ans ; on avait attaché la plus petite sur le dos de l'ainée, et les pauvres enfants restaient ainsi liés l'un à l'antre tout le jour. Madame de Pastoret fit défaire les liens, et s'aperçut que le nouveauté avait déjà la colonne dorsale complètement contrefaite. Elle ressentit dans son cœur une telle émotion de ces pitoyables spectacles, qu'elle se promit de trouver un moyen de garder et de protéger les pauvres enfants que leurs mères ne pouvaient surveil. 1er elles-mêmes ; et bientôt elle satisfit sa pitié, en confiant à une sœur de la charité douze berceaux établis dans une chambre de la rue Miromesnil. Les mères des enfants qui y furent admis les apportaient le matin , les venaient allaiter deux fois dans le jour et les emportaient le soir. C'était, on le voit, plutôt une crèche qu'une salle d'asile. L'œuvre ne put se développer. Madame de Pastoret éleva toutes les petites filles de ces berceaux avec une charité toute maternelle; mais la salle d'hospitalité dut être transformée en une école ordinaire.
Plus heureux furent les essais tentés en 1817, dans le nord de l'Ecosse, par un manufacturier connu, M. Oweo , de Newlanark.
Comprenant la responsabilité morale que s'impose celui qui associe à ses entreprises et à sa fortune un grand nombre d'ouvriers, il ne voulut pasque leurs enfants fussent livrés à l'abandon; par ses soins, cent cinquante enfants
axés de deux à sept ans furent réunis sous la direction de James ffuchanan; c'était un simple tisserand , mais à qui Dieu avait donné l'amour de l'enfance et le génie de l'éducation. Encouragé par lord Brougham et quelques illustres amis de l'humanité, il donna aux infant&'s schools une méthode régulière.
Paris comme Londres fut attentif aux essais de Buchanan, et en 1826 un comité de dames, présidé par le vénérable abbé Des Genettes, curé des Missions, et à la tête duquel était très-naturellement et très justement placée madame de Pastoret (1), se forma dans le but de fonder à Paris des écoles pour les petits enfants. Environ quatre-vingts enfants de deux à six ans furent réunis dans un local dépendant de l'hospice des Ménages , et accordé, avec une subvention de 3,000 fr., par le conseil général des hospices; des dons et souscriptions firent le reste des dépenses; l'établissement fut confié à des sœurs de la Providence de Portieux (Vosges).
Cette tentative devait encore échouer, sans lasser l'admirable dévouement de celles qui l'avaient entreprise. La traduction de deux manuels anglais n'avait pas suffi pour faire comprendre suffisamment la méthode ; il fallut se livrer à de nouvelles recherches ; une heureuse circonstance en assura le résultat
M. Cochin , maire du douzième arrondissement de Paris, fils, petit-fils et arrière-petit» fils de bienfaiteurs des pauvres, n'avait pu être longtemps témoin de l'abandon où les ouvriers et ouvrières du populeux quartier qui lui était confié laissaient leurs plus jeunes enfants , sans chercher les moyens de remédier à un aussi grand mal. Juger par soimême est le premier devoir d'un bon administrateur, agir par soi-même est le premier devoir d'un bon chrétien ; il était l'un et l'autre: aussi ne trouva-t-il rien de mieux que de réunir des petits enfants dans deux chambre»
qu'il loua rue des Gobelins (1820), et il se mit à les diriger lui-même, à imaginer avec une grande sagacité une méthode, et à l'enseigner à ceux dont ii voulait faire des maîtres. C'était à la fois une école et une école normale entre quatre murs.
M. Cochin n'avait pas connu l'essai tenté par le comité des dames. Mais, mis en rapport avec les personnes si charitables qui le composaient (1827), il associa volontiers ses
(l) Ce comité se composait, outre madame la raarqulsede Pastoret, de ma dame Jules Mallct.dont l'admirable zèle a tant contribue et contribue tous les jours aux progrès des salles d'asile, et de mesdames de Miuission, de Prasltn, de Raufremonl, Gautier, de Cliamplouis, Anisson, de Y'arcigncs.dc Ludres, de Lillers, Mallfalr. Depuis 18*7 entrèrent dans le comité mesdames de Dondy, de Laborde, Routard. Caussln de l'crceval, Danloux du Mcsnil. Dclondre, Cuerbols, Mnrmet, Morcau, Portails, de Rarabuleau, de Tholose, de Vaufrelaod , du Vaucel
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efforts intelligents aux leurs , et «le cette alliance devait sortir enfin, pour ne plus périr, l'œuvre tant de fois ébauchée des salles d'à* sile. M. Cocliin présenta au comité une personne pleine d'activité , de zèle , de persévérance, dont le nom est et restera lié à la fondation des salles d'asile, madame Millet, qui fui envoyée en Angleterre pour étudier en détail l'œuvre qu'on voulait imiter en la perfectionnant. M. Cochin s'y rendit bientôt lui»
même. Le plus affreux malheur venait de briser son âme, ses forces , sa carrière : veuf après sept années de la plus douce union , seul pour assister deux petits enfants, il se sentit une plus tendre pitié pour les pauvres enfants dont il faut suppléer les mères;: le malheur tailaimer les malheureux.
Il revint d'Angleterre ayant étudié compléteront l'organisation des Jn/ants's schoois; madame Millet s'était initiée également à lotis les détails pratiques, et à son retour elle entreprit , avec les conseils de M. Cochin el l'assistance du comité des dames , la direction d'une salle d'asile ( rue des Martyrs), qui réussit parfaitement. Ën même temps, M. Cochin fondait à ses frais le grand établissement d'instruction gratuite pour mille élèves , auquel une ordonnance du 22 mars 1831 donna son nom, et qui, projeté, bâli, terminé en trois mois , plaça auprès d'écoles spacieuses et excellentes la première salle d'asile modèle , depuis si souvent imitée sans être dépassée.
Trois autres salles d'asile furent fondées par les soins du comité des dames, avec le secours du conseil des hospices du gouvernement et de la charité publique. Sur les instances de M. Cochin, auxquels se joignirent se* honorables collègues MM. de Pastoret, de Gérando, Delessert, De la Bonardière, Yaldruclie et Desporles, le conseil des Hospices adopta l'œuvre des salles d'asile, qui devinrent ainsi établissement d'utilité publique. Cette haule protection accéléra les progrès de l'institution; vingt-quatre asiles furent fondés en onze ans. Madame Adélaïde en devint protectrice. Ils furent ainsi plutôt considérés comme des établissements de charrié que d'éducation, jusqu'au moment où le ministre de l'instruction publique, qui venait de soumettre à une loi générale { la loi du 28 juin 1833) toute l'instruction populaire, les considéra comme un premier degré de celte instruction, et les rangea, par une circulaire et des arrêtés successifs , an nombre des écoles de l'enfance.
Au même moment , M. Cochin publiait le Manuel des Fondateurs et Directeurs des Halles d'Asile, qui est devenu le code indispensable de l'institution . le guide de la méthode, et mériterait d'être nommé, si l'on pou-
vait personnifier nn livre, le fondateur et le directeur de la plupart des salles d'asile.
II ne s'en tint pas là , et publia avec l'excellent concours de M. Bat telle, de 1835 à 1840, L'Ami de V Enfance t journal des salles d'asile, bulletin exact, varié, plein d'idées, et surtout plein de faits, qui fut pendant six ans comme une correspondance périodique entre tous les bienfaiteurs des salles d'asile dans le monde entier.
Que de rapides progrès, que de touchants détails, que d'encouragements au bien dans cette simple histoire des salles d'asile ! Quelques dames pleines d'une ardente charité , trois ou quatre humbles religieuses, un saint prêtre, des administrateurs éclairés, un homme intelligent et dévoué, persévérant et confiant, se multipliant en quelque sorte par un excellent livre, voilà les auteurs, après Dieu, d'une des œuvres qui honorent le plus l'humanité! Et (s'il est permis à un fils de revendiquer, même avec un orgueil un peu partial , les mérites de son père), quelle belle part M. Cochin eut dans celte fondation! Pendant qu'on discute, il agit; on hésite, il invente; on quête, il donne; la salle d'asile était une bonne œuvre, il en fait une institution.
La première éducation de l'enfance est si mélangée de leçons et de soins qu'il est assez difficile de classer les établissements où elle est reçue; ils tiennent une place intermédiaire entre l'asile de charité et l'école, comme ceux qui les dirigent entre la mère et l'institutrice. Celte situation , difficile à définir , a créé quelques obstacles à l'unité de direction des salles d'asile, à partir du moment où leur utilité évidente et leurs rapides développements méritèrent d'attirer l'attention de l'autorité publique. L'administration des hospices et les bureaux de bienfaisance, mais aussi l'administration municipale et le gouvernement avaient subventionné l'institution naissante; l'autorité municipale se prévalut de ses subventions croissantes pour réclamer l'administration et la comptabilité des salles d'asile; les comités locaux , les commissions d'examen, et à Paris le comité central se saisirent de la nomination des maîtres et de la surveillance, en vertu de la circulaire du 16 juillet 1833; le comité des dames, qui avait jusque là exercé tous les pouvoirs, les céda peu à peu aux diverses autorités, en gardant cependant sa constitution et ses droits tout le temps que dura le ministère de M. Guizot.
M. Pelet de la Lozère (1836) chercha à organiser un pouvoir mixte, en remettant l'administration , la surveillance et la discipline des salles d'asile à des commissions composées de membres du comité central et du comité des dames ; mais cet essai ne fut pas suivj
ASILE
de succès. La démission des dames (décembre 1836) laissa les salles d'asile privées de l'assistance de leurs premières bienfaitrices , jusqu'au moment où M. de Salvandy fit promulguer l'ordonnance du 22 décembre 1837,
main (art. 1 er ). I* règlement du 24 avril 1848, qui ajoute à l'ordonnance tous les détails d'application pratique , nécessaires à la tenue des salles d'asile, énumère plus clairement encore les différentes parties de i'édu-
qui ( sauf quelques modifications) régit encore cation reçue dans la salle d'asile ; elle se corn-
aujourd'hui l'institution. pose de trois sortes d'exercices , exercices
Malgré tous ces couflits', les salles d'asile cor/wefc, exercices moraux, exercices in-
n'avaient pas cessé de s'étendre, puisqu'en (ellectueU (art. 48 , 49 , 50, 51).
1837 elles étaient au nombre de 330, con- Les salles d'asile sont publiques ou pri-
tenant 28,500 enfants jellesdevaieiit d'ailleurs vées, et elles ne sont considérées comme
au patronage de l'uuiversité de nouveaux et publiques qu'autant qu'uu logemeut et oq excellents protecteurs, au premier rang des- | traitement convenables sont assurés à laper-
quels doit être placé M. le conseiller Rendu Le jour où l'ordonnance de 1837 fut publiée, il Tut nommé président de la commission supérieure, en même temps que M. Cochin était nommé président de la commission d'exa
sonne qui les dirige ( art. 2,3,4).
Cette personne peut être un homme ou une femme ; cependant une femme doit toujours y être préposée (art. 5).
Pour être directeur ou directrice, ou, pour
mon du département de la Seine et acceptait de , u, "™ îur i ou ™ecu ce, ou, poa
^^^r^ sas: ( ~r^r^ts
et de la tenue des salles d'asile pour toute la | lions suivauleg . «mpiir u» «mai
1° Être âgé de vingt-qoatre ans accomplis, à moins d'exception autorisée par le recteur. La femme ou la fille, les fils, frères on neveux du surveillant peuvent cependant élre employés, sous son autorité, après dix-hoit s (art. 7).
2° Présenter un certificat d'aptitude délivré par une commission d'examen , réunie dans chaque département aux époques déter-
France.
IL Législation des Salles d'Asile.
L'ordonnance du 22 décembre 1837 est dans l'histoire des salles d'asile la fin d'une première période et le début d'une nouvelle; à parlir de sa promulgation, la salle d'asile prend place au nombre des institutions pu bliques. Il est nécessaire, avant de faire con naître les progrès et les développements qui
"«mc «e» (jiugica ci il!> uevcioppemenis qui I . ^ — v r -..v..n, ul u U »ç ( ,u M ucDuw»-
se sont opérés à la faveur de ce nouveau ré- m ' Dées P* 1 " le recteur , et composée d'an gime(l852), d'en présenter une analyse som- ; moiM cinq dames » choisies par le préfet parmi maire. I e8 dames inspectrices , et présidées par un
L'ordonnance de 1837 se compose de cinq nombre du conseil académique ou delà titres, divisés en trente articles. commission d'examen d'instruction primaire
Qu'est-ce qu'une salle d'asile? qui la di- dé8 'B né P ar ,e recteur, qui nomme aussi le rige? qui constate l'aptitude des directeurs? secréLjire ( art - 9» ™> 15). qui les surveille, les nomme, les destitue? En i-i.* miin i /1-i.n ™,.«n,.
autres termes : 1° définition , programme et division des salles d'asile; 2° conditions d'âge, d'aptitude, de moralité de ceux qui les diri gent; 3° composition et pouvoir des com missions d'examen ; 4° attributions des diverses autorités ; tel est l'objet des quatre premiers titres. L6 cinquième (art. 30) maintient en fonctions les directeurs ou directrices précédemment autorisés, en laissant aux autorités un délai de trois mois pour faire cesser ces autorisations, s'il y a lieu.
Le programme des salles d'asile est extrêmement élémentaire, comme il convient pour des enfants au-dessous de six ans; il comprend les premiers principes de l'instruction religieuse et les notions élémentaires de la lecture, de l'écriture, du calcul verbal. On peut y joindre des chants instructifs et moraux (I) des travaux à l'aiguille, et tous les ouvrages de
(•) Il existe une méthode spéciale de chant pour les «ailes d'asile; elle est l'œuvre de M. Duchernin
3° Être muni d'un certificat de moralité, délivré, conformément à l'ordonnance du 23 juin 1836, par les municipalités des arrondissements où l'impétrant a résidé plus de trois ans, et sur l'attestation de trois conseillers municipaux ou, à Paris de trois notables (art. 10).^
4° Recevoir du recteur une autorisation pour un lieu déterminé (art. 11). Les religieuses peuvent suppléer à ces conditions par leurs lettres d'obédience ; c'est une juste prérogative déjà accordée par l'ordonnance de 1836 pour la direction des écoles des filles (art. 12).
L'ordonnance de 1839 soumet les salles d'asile à des autorités très -multipliées, savoir :
1° Les autorités préposées à la surveillance des écoles primaires, c'est-à-dire les comités locaux, les comités d'arrondissement (a Paris le comité central), les recteurs, les inspecteurs primaires , les inspecteurs d'académie (art. 18, 22, 23, 29).
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2° Des autorités spéciales , savoir :
Les dames inspectrices nommées par les préfets, sur la présentation des maires , pour visiter chaque établissement, surveiller la santé, la direction morale et religieuse des enfants, provoquer le retrait des brevets d'aptitude auprès des commissions d'examen, suspendre provisoirement les surveillants qui le méritent, signaler aux comités les motifs de réprimande, de suspension, ou de révocation, employer les offrandes destinées aux salles d'asile , tenir le comité local au courant de l'état des établissements par des rapports trimestriels ( art. 19 , 20, 21 , 22 , 23 , 24,25);
Les dames déléguées, que l'inspectrice de chaque établissement a le droit de choisir pour l'assister (art. 19);
Les déléguées spéciales, permanentes, rétribuées sur les fonds communaux ou départementaux, nommées par les recteurs sur la présentation des comités, ou à Paris par le ministre, sur la présentation du comité central; elles ont le droit de siéger dans les comité» et commissions d'examen.
Enfin auprès du ministre de l'instruction publique existe une commission supérieure du salles d'asile, chargée de proposer au ministre les programmes des examens , l'au torisation des livres, et tous les règlements qui concernent les méthodes et les exercices des salles d'asile. Cette commission se compose de dames ayant fait partie des commissions d'examen, et nommées par le ministre, qui nomme également le président, choisi par les membres du conseil supérieur, et le secrétaire. Une déléguée générale, permanente , rétribuée sur les fonds du ministère, et nommée par le ministre, est instituée près de la commission supérieure (art. 16 , 17, 27 ).
A l'ordonnance du 22 décembre 1837, que nous venons d'analyser (!), s'ajoutent comme annexes indispensables : l'arrêté du conseil royal, en date du 6 février 1838, fixant le programme général des examens d'aptitude, et le règlement général du 24 avril 1838, composé de trois titres et de cinquante-deux articles , et contenant les règles les plus détaillées sur la tenue des salles- d'asile , les soins que doivent recevoir et les exercices auxquels sont habitués les enfants. Mais ces règles seront naturellement mêlées aux renseignements qui' seront donnés plus loin sur la méthode des salles d'asile, et il est utile de compléter ce qui a rapport à la législation par les changements, d'ailleurs peu nombreux, contenus dans la loi du 15 mars 1850.
(i) Noai nous bornons simplement au rôle d'uistorien , gant remplir celui de critique , qui trouverait justement place à propos de quelques-unes des dispositions de l'ordonnance.
Cette loi (art. 57) renvoie à un décret qui n'est pas encore intervenu tout ce qui concerne la surveillance , l'inspection , le programme des salles d'asile, les conditions d'Age, d'aptitude, de moralité, le traitement de ceux qui les dirigent. Elle laisse donc subsister provisoirement toutes les dispositions que nous veuons d'analyser. Seulement elle substitue le nom d'asiles libres à celui d'asiles privés, précise mieux les règles qui président à la nomination des directrices, nomination par elle directement confiée aux conseils municipaux, sauf ratification du conseil académique (art. 58). Enfin, pour encourager la propagation des salles d'asile, elle déclare que ceux de ces établissements qui sont fondés par les libres efforts de la charité peuvent recevoir des secours sur les fonds des communes, des départements ou de l'État (art. 59).
On sait, en outre, qu'elle a substitué aux conseils d'académie , aux comités d'a/rondissèment et aux comités locaux, des conseils académiques de département , des délégués cantonaux, et l'action locale du maire et du curé.
Ainsi régularisée, ainsi soutenue, l'institution des salles d'asile a atteint de rapides développements. Les comptes rendus officiels portent le nombre des «ailes d'asile à 635 contenant 49,021 enfants en 1840, et à 1861 contenant 124,287 enfants en 1848; or on peut affirmer qu'au moins cent cinquante établissements nouveaux ont été fondés depuis cette époque.
Nous pourrions citer d'éminents prélats, comme Mgr. le cardinal Giraud (1); des personnes charitables, comme mesdames Mallet, Guerbois, etc..; des administrateurs zélés, comme MM. Poulain de fiossay, Pillet, Jubé de la Perrelle (2), Battelle (3) , Dépasse; des inspectrices intelligentes, oomme mesdames Millet Doubet (4), Chevreau-Lemercier; des écrivains excellents, comme madame Marie Charpentier (5), M. Villerrooz, qui ont soutenu, propagé, perfectionné l'œuvre. Mais il vauf mieux, pour épargner au lecteur les longueurs et surtout aux vivants les éloges, rendre seulement un court hommage à tant de noms et à tan t de mérites, que lesamis des salles d'asile savent retenir et bénir. Nulle institution n'a eu, après Dieu, plus de bienfaiteurs , mais nulle aussi n'a eu plus de succès ; car il est vrai de dire que de toutes les salles d'asile bien dirigées
(1) Tout (e monde connaît l'admirable mandement de monseigneur Giraud sur les salles d'asile .(novembre 18W ).
(S) Auteur du Guide des Sallts d'Asile.
(3) Fondateur, avec M., Cnchin , de L'Ami de l'Enfance, Journal des salles d'asile.
(*| Auteur d'un livre utile et charmant, Histoire d'wus Salle d Mile.
(5) Auteur des Conseils pour la Direction des Salles d'Asile, ouvrage couronné par l'Institut.
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il n'en est pas une dont les résultais n'aient dépassé toutes les espérances de ses fondateurs.
L'exemple de la France a été imité à l'étranger, en Italie (l), en Autriche et dans toute l'Allemagne , en Russie , en Espagne , en Hollande , en Amérique ; tout ce que la religion inspire devient prompteinent, comme elle, universel.