III. Direction et méthode aes Salies d'Asile
On consulte l'histoire , la carte et les lois d'un pays avant de le parcourir ; c'est ce que nous avons fait, et il nous reste à uous approcher de la salle d'asile, à en franchir le seuil, à y suivie Ions les exercices, afin de connaître enfin jusqu'au dernier détail une si belle institution; au spectacle de tout le bien qu'elle produit, nous ne serons plus surpris de toute la peine et de tous les efforts qu'elle a coûtés à ses fondateurs et aux pouvoirs publics.
Veiller à la santé, à la première éducation religieuse, morale, intellectuelle de deux cent mille petits enfants du peuple , n'est pas une œuvre à laquelle l'autorité et la charité puissent rester indifférentes; car il s'agit de donner au pays des générations robustes, intelligentes et chrétiennes : aussi dès le début l'autorité a prescrit et la bienfaisance a indiqué des mesures , 1° pour la construction des salles d'asile : des règlements ont été faits dans ce but ;2° pour le choix des maîtres :1a loi y pourvoit. Mais ces mattres ont besoin eux-mêmes d'être guidés dans la tâche sainte et difficile de suppléer les mères ; il leur faut une méthode, comme à celui qui conduit un étranger dans les ténèbres une lumière pour s'éclairer lui - même. Cette méthode est tout entière et pour la première fois dans le Manuel des Salles (f Asile, de M. Cochin; les livres que nous avons cités la reproduisent et la développent utilement.
1° Construction.
Il serait trop long de donner tous les détails nécessaires à la bonne construction d'une salle d'asile ; mais comme les fondateurs ne sauraient attacher trop d'importance à ces détails , nous recommandons la stricte observation des mesures relatives aux dimensions, au chauffage, à la ventilation , etc., prescrites ou indiquées dans le règlement général du 24 avril 1838, art. 1,6, soit dans l'instruction de M. l'inspecteur général Peclet, soit dans le Manuel des Salles d'Asile, première partie, chapitre VI, soit, enfin, dans le Guide des Salles d'Asile , de M. Jubé de la Perrelle, deuxième partie.
(0 Les noms de MM. l'abbé Aporti de Pl&e, l'abbé Charnou.iset de Chambéry, Varrentrapp à Francfort, Snrlngar à Amsterdam , Monod a Genève, sont liés a la fondation des «ailes d'asile a l'étranger,
2° Choix du maître. Aux termes de l'ordonnance du 22 décembre 1837, cinq garanties sont prises pour assurer le bon choix des surveillants de salles d'asile : 1° l'âge : il faut avoir au moins vingt-quatre ans; 2° le» antécédents : il faut n'avoir encouru aucune coudamnation ; 3° l'aptitude : elle est constatée par un examen subi devant une commission dont la composition est elle-même soumise à des garanties ; 4° la moralité : un certificat l'atteste, et ce certificat ne doit pas avoir plus d'un mois de date; 5° l'autorisation du recteur.
Ces formalités précèdent la nomination, qui appartient (et la loi du 15 mars 1850, art. 56, l'exprime plus nettement que l'ordonnance) au conseil municipal; il est bien juste que les communes, qui payent et qui sont la réunion des familles , interviennent pour quelque chose dans le choix du maître de leurs enfants.
Mais ces formalités sont trop et trop peu:
trop, car une mère chrétienne et patiente peut être fort capable de diriger une salle d'asile de quarante enfants dans un village, et u pas l'être de subir des examens ; trop peu, car tous les certificats ne dispensent pas le fonctionnaire, le bienfaiteur ou la bienfaitrice qui fondent une salle d'asile de s'enquérir avec la plus minutieuse sollicitude de toutes les qualités de celui ou de celle qui va avoir entre ses mains le cœur, la conscience, la vie de pauvres petits enfants.
Voici à cet égard quelques conseils d'expérience :
1° Avant tout, il faut une personne religieuse , d'une religion sincère, éclairée, pratique ; sans cela , nul dévouement réel , nulle persévérance.
2° Un directeur vaut moins qu'une directrice. Sans doute il y a d'honorables exceptions , et peut-être au début de l'institution les directeurs ont été utiles, parce qu'ils ont mieux compris, mieux appliqué la méthode; mais on l'a justement dit : le génie des salles d'asile est dans le cœur des mères; notre société offre d'ailleurs si peu de situations aux femmes , qu'il ne faut pas leur disputer celles qui leur conviennent si bien.
3° Une femme mariée et mère vaut mieux qu'une personne non mariée ou mariée sans enfants. Toutefois, la direction est fatigante, et n'est bien remplie que par une personne encore jeune et active.
4° On a longtemps repoussé les religieuses, et elles-mêmes répugnaient à se charger des salles d'asile. C'était, de part et d'autre, une déplorable erreur.
Les salles d'asile dirigées par des sœurs sont en général excellentes. Cette direction est maintenant appréciée comme elle le mérite au point de vue religieux, moral, intellectuel,
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et aussi au point du vue administratif; 1rs sœurs savent aussi tout le bien qu'elles peuvent faire, en laissant venir à elles ces petits enfants ; des congrégations comme la Sainte-Enfance de Sens, Saint-Joseph de Belle?, se sont vouées spécialement aux salles (i'asile,dont l'admirable congrégation de Saint- Vincent de Paul accepte aussi la direction. Il n'y avait plus à hésiter après les belles paroles du mandement de Mgr. le cardinal Giraud.
3" Méthode. « La méthode des salles d'asile, comme celles des autre* écoles, doit se composer d'une collection de procédés combinés pour procurer à la fois le silence , l'ordre et le mouvement; elle doit comprendre , en outre , une série de leçons et d'enseignements étudiés •iaas l'intérêt du progrès des élèves. Sous l'un comme sous l'autre rapport, celte méthode doit avoir de l'analogie avec les méthodes simultanée et mutuelle, afin de préparer les enâols à pratiquer l'une ou l'autre dans les école* où ils seront ultérieurement introduits. »
(Manuel des Salles d'Asile, n° 188, dernier alinéa.)
«Les directeurs des salles d'asile ne sont pas institués pour faire devancer aux enfants confiés à leurs soins l'âge de l'instruction intelleduelle, en leur faisant apprendre la lecture, l'écriture ou le calcul, dès qu'ils peuvent marcher et se tenir 6iir leurs jambes. Ils sont surtout et avant tout les gardiens des enfants sous le rapport physique ou matériel, et leurs premiers directeurs sous le rapport de l'éducation du cœur et de la volouté, c'est-à-dire sous les rapports les plus essentiels pour le bonheur des individus et pour la sécurité des sociétés. »
(Manuel, n° 204, premier alinéa.)
Tout l'esprit de la méthode des salles d'asile est dans ces excellentes paroles du Mawul. Qu'on entre dans la première venue, on les verra fidèlement pratiquées. Toujours des mouvements et des changements, debout, assis, sur les bancs, au gradin, des (liants, des gestes , pour développer la santé , mais mouvements réglés, changements commandes, chants cadencés, gestes déterminés, afin qu'il y ait à la fois activité et ordre; l'esprit toujours occupé, l'attention jamais fatiguée; l'intelligence toujours sollicitée, jamais chargée ; le commandement et l'obéissance se succédant, de manière à produire la discipline, mais toute l'instruction transmise par demandes et réponses , de manière à exercer la raison ; les mots choisis pour laisser des idées, les idées choisies pour élever le cœur, la pensée de Dieu partout présente, son nom toujours invoqué; voilà les procédés, les en*