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ACTIUM

Enivré d'amour, perdant de vue ses intérêts, oubliant même qu'il était Romain, Antoine répudia la sœur d'Octave et lui commanda de quitter sa maison de Rome. Il épousa Cléopàtre avec solennité. Ce fut par un décret qui déclara la guerre à la reine d'Égypte qu'Octave et le sénat répondirent à cet affront. Alors les deux adversaires mirent sur pied toutes les forces de l'Orient et de l'Occident.

Antoine rassembla cent mille hommes d'infanterie et douze mille chevaux. Les princes et tétrarques d'Asie lui amenèrent en outre ou lui envoyèrent leurs contingents. Ses forces s'élevèrent à plus de deux cent mille combattants. Sa flotte comptait cinq cents vaisseaux de guerre et trois cents bâtiments de charge. S'il eût fait voile avec célérité vers l'Italie, son rival était perdu, car il n'était point prêt. Mais Antoine s'arrêta à Samos , à Athènes ; il y passa l'hiver en fêles, entouré de musiciens et de bateleurs. Entre les conquérants, c'était Bacchus qu'il avait adopté pour modèle ; il s'était surnommé « le nouveau Bacchus. »

Octave mit le temps à profil ; il avait réuni, au printemps, quatre- vingt mille légionnaires, douze mille chevaux et une flotte de deux cent cinquante voiles. Dès qu'il fut prêt, il appareilla des ports de Blindes et de Tarente, et se dirigea vers Actium, promontoire de la Grèce, au pied duquel Antoine était campé. Celui-ci écliappa par un stratagème à la surprise de son ennemi , et acheva ses apprêts de combat. La supériorité d'Antoine était surtout dans son armée de terre; mais Cléopàtre, qui l'avait suivi et dont il subissait en tout les lois, lui persuada d'engager une bataille sur mer, pour être plus à portée de fuir, selon l'événement.

La flotte d'Antoine était à l'ancre près d' Actium; une longue chaussée menait du rivage à son camp. Cette flotte semblait formidable par le nombre et la grosseur de ses vaisseaux , mais elle était pauvre en matelots et en rameurs. Antoine s'était vu réduit à recruter sur les chemins de la Grèce et de l'Égypte des paysans , des muletiers , des voyageurs, toutes sortes de gens qu'il avait jetés de force sur ses vaisseaux ; encore n'avait-il pu les garnir d'équipages suffisants. 11 prit le parti d'en brûler un grand nombre, et il embarqua sur le reste , sur des galères de trois jusqu'à dix rangs de rames, vingt mille légionnaires et deux mille hommes de trait.

La flotte d'Octave, moins fastueuse, était montée par de bons matelots; les navires, agiles et bien pourvus, étaient exercés à toutes les manœuvres. Octave en donna le commandement à Agrippa, homme de mer consommé, et s'avança eu face de l'ennemi. Antoine l'attendait dans la rade; il voulait combattre sans '

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