AUGIAS V
que le fumier accumulé dans ses vastes étables ne pouvait être enlevé que par d'immenses travaux. Quelques mythographes pré tendent même que le pays lotit entier se trouvait couvert deces lilièresen fermentation, dont les émanations malfaisantes compromettaient la sanlé publique. Hercule, étant allé trouver Augias, s'engagea à faire disparaître en un jour cet amas de matières insalubres, sous la condition que le roi lui dounerait soit le dixième de son troupeau , soit une partie de sou royaume. Persuadé de l'impossibilité où se trouverait le héros d'accomplir en si peu de temps celte lâche gigantesque, Augias consentit à tout, et Hercule , ayant pris Phylée , un des fils d'Augias, à témoin de la convention , eut recours à un expédient qui lui fut suggéré parMénédème, fils de Bunéas.
Jl détourna l'Alphée et le Pénée au moyen d'un canal, et les fil passer à travers les li. ux qu'il s'agissait de nettoyer. La tâche une fuis accomplie, Augias prétextant, soit que ce travail avait été imposé à Hercule par Euryslhée, soit qu'Hercule, éludant la difficulté, avait réussi non par le travail, mais par l'industrie, refusa de remplir les conventions stipulées. L'affaire fut portée devant les juges. Phylée témoigna en faveur d'Hercule, et Augias, condamné par l'aveu de son (ils, exila du pays et son adversaire et le témoin trop véridique (1). Hercule cependant, auquel Eurysthée n'avait môme pas voulu compter au nombre des travaux dont il l'avait chargé le nettoiement des étables d'Augias, sous le prétexte qu'il avait été entrepris dans un espoir de récompense, résolut de se venger du perfide roi des Epéens. 11 rassembla des guerriers d'Argos et de Tyrinlhe, à (a tête desquels il s'avança dans l'Elide. Surpris au passage d'un défilé par l'armée d'Augias , composée d'Épéens, de Pisiens, de Py liens commandés par le héros Amaryucce cl les Molionides Ctéatus et Eurytus, auxquels Augias, alors malade, avait cédé le commandement de ses troupes, Hercule souffrit de grandes pertes; mais bientôt il surprit à son tour les Molionides dans une embuscade qu'il leur dressa près de Cléone, et les mil à mort. S'avançant alors au sein du pays, resté sans défenseurs, il porta partout la ruine, prit Augias dans sa ville capitale, et le tua avec ses enfants (2). Selon une autre tradition, rapportée par Pausanias (3), le héros fut beaucoup moins cruel : il rendit à Phylée tous les biens de son père, donna la liberté à ses prisonniers , et renonça à se venger autrement d'Augias, qui mourut dans un âge très-avancé. Augias ne commandait qu'au quart environ de la nation des
(1) Apoll., Bibl., Il, S.
(i) Diod., /. c. - Plnd .0/., XI, **.
(3) T. Ul, p. 16.
AUGIAS — AITGUSTALES
Épéens (I). La tradition place sa résidence tantôt à Élis, tantôt à Pise (2). On lui offrait en Élide des sacrifices funèbres, et cet usage se maintint jusqu'au temps des Antonins, puisqu'on les célébrait encore lorsque Pausanias visita la Grèce (3). Le personnage d'Augias semble avoir figuré rarement dans les monuments de l'antiquité ; mais lorsque Ton représente dans les bas-reliefs les douze travaux d'Hercule, la tâcbe qu'il accomplit en nettoyant les étables d'Augias s'y trouve souvent indiquée par l'action du héros qui puise de l'eau à un fleuve, allusion au procédé qu'il employa pour réussir dans cette grande entreprise.
augustales (Corporations). (Anliq.
rom.) On trouve désignés sous letifre d'Augwtalis dans les inscriptions et chez les écrivains latins du temps de l'empire : 1° des sodales, prêtres de la divinité d'Auguste, créés dans Rome, après la mort de ce prince, et que l'on choisissait parmi les plus grands personnages de l'État. C'est à l'imitation de ce sacerdoce que furent plus tard établis les Soda les Hadrianales, Marciani, etc. , en l'hon* neur des princes dont le nom est rappelé par ces divers titres; 2° des flamines ou prêtres d'Auguste , desservant les temples spécialement consacrés à la mémoire de l'empereur, surtout dans les villes de provinces, où ils semblent ne point différer, quant aux attributions, des sacerdotes Augusii ou Romx et Augusii; 3° des soldats ajoutés parles empereurs au nombre que fixaient pour chaque corps les règlements militaires ; 4° les préfets d'Egypte, qui devaient sans doute cette distinction a l'importance toute particulière de leur charge; 5° certains prxfecti de miinicipes , comme les prxfecti Augustales de Gabies, dont les attributions ne semblent pas bien connues; 6° enfin des prêtres ou magistrats qui, tantôt sous le titre de seviri ou sexviri augustales , tantôt sous celui augustales , ont joué pendant près de trois siècles un rôle très-important dans les colonies et les municipes de l'Occident soumis aux armes et aux institutions romaines. Ce sont ces derniers augustales dont nous essayerons de déterminer en peu de mots le caractère et l'origine. La principale difficulté des recherches sur ce sujet, depuis longtemps controversé entre les érudits, vient de ce que les augustales sont à peine mentionnés deux ou trois fois chez les écrivains latins, et de re que leur nom ne paraît pas une seule fois daii3 les recueils de lois romaines ; on n'a donc pour les connaître que des milliers d'inscription , dont quelques-unes assez
(l) Pans., t. III. p. 7.
(«) OUf. Miïllcr, <.eich. UcUetl.St. t 1. 1, p. 36J . et suiv. (3) Paus., U III, p. s .
longues, appartenant aux localités les plus diverses , pleines de curieux renseignements sans doute , mais insuffisantes encore pour répondre à toutes les questions que fait naître un problème d'histoire aussi complexe qu'intéressant.
Dès les dernières années du règne d'Auguste on voit paraître les augustales, comme prêtres et magistrats , dans les colonies et les municipes romains. Depuis cette époque jusqu'à la fin du troisième siècle de l'ère chrétienne, plus de trente inscriptions datées attestent l'existence de cette institution. Dès l'origine, le titre d'angustale est un honneur et une charge; il impose certaines dépenses, telles que construction d'édifices, réparation ou pavage de roules , jeux publics , etc. De très-bonne heure les augustales se montrent constitués en corporation (corpus ou ordo) .
au-dessous des décurions (ordo amplissimus) , qui les nomment d'ordinaire et quelquefois se recrutent parmi eux; au-dessus du peuple, et par conséquent dans un rans tout semblable à celui que les chevaliers occupaient à Rome, entre le peuple et le sénat. Le corps des augustales a sa hiérarchie intérieure, qui varie selon les localités : on y tronre tantôt un Quinquennalis, désigné ainsi sans doute à cause de la durée de ses fonctions, analogues a celles du censeur dans la métropole; tantôt un quxstor, un curafor ou un curator arex : car la corporation a son trésor particulier, qu'elle administre et qu'entretiennent soit des donations généreuses, soit les contributions régulières de ses membres.
Enfin les seviri ou magistri semblent , dans quelques cas, se distinguer des simple* augustales, et former dans la corporation comme une élite de fonctionnaires actifs; leurs collègues alors n'en sont plus que des membres honoraires. Ce qui est certain, c'est que Yaugustalilé n'astreint pas à la résidence celui qui l'obtient : on trouve des personnages augustales dans deux villes à la (ois et dans des villes très-éloignées l'une de l'autre. Ce titre même peut être décerné à des enfants , comme celui de décurion. En le décernant ainsi à des personnes qui n'en devaient pas exercer la charge , on voulait sans doute assurer au corps quelque protection puissante et utile. Mais en général les augustales se recrutent dans la classe moyenne des villes de province; c'est par l'auguslalité que cette classe s'élève aux suprêmes honneurs du décurionat, comme, dans la métropole, l'ordre équestre servait souvent de degré pour s'élever des plus humbles conditions aux plus hautes charges de la république. Au reste, si la vanité bourgeoise recherche beaucoup ces distinctions, le fisc municipal sait les lui faire payer. Au troisième