‹ Encyclopédie moderneChapitre 140 sur 308 · AIT · texte numérisé non relu

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tenta passer aux riches pour les besoins do leur rang et les convenances de leur état. Et pour apprécier ce <jni va au delà, :ui Uni défaire descendre leur morale sublime jusqu'à un compte de celles à naître, ils Tout appel à la conscience des riches , ils en prennent témoignage pour tout ce qu'ils dépensent au delà dece nécessaire proportionné à leur condition ; ils ne veulent connaître leur superflu que par leurs propres aveux. Ces aveux, ils excellent à les tirer du cœur des riches, par la véhémence de leurs interpellations, par de vives peintures des désordres où se consume le superflu et où s'entame le nécessaire; et leur facilité même à faire large part aux besoins et aux simples convenances du rang les rend plus hardis et plus impérieux à demander le reste pour les pauvres.

La délie ainsi réglée, et, si j'osais me servir d'une de ces expressions familières que leur inspirent le génie et la liberté de la foi, la dette ainsi liquidée, ils ne mettent plus de ménagement dans la façon dont ils en réclament le payement. « L'aumône par laquelle le superflu passe des mains des riches dans celle des pauvres, l'aumône n'est pas une largesse, dit saint Augustin, c'est une restitution. » — « C'est commettre une fraude , dit-il ailleurs, que de ne point donner son superflu aux pauvres. »

Et ailleurs : « On possède la chose d'autrui quand on possède du superflu. » Saint Basile voit dans la grandeur des richesses la preuve qu'on ne fait pas l'aumône, par conséquent qu'on ne paye pas ses dettes , par conséquent qu'on vole le bien d'autrui. « Quiconque n'habille pas l'homme nu est un voleur. » — « Celui qui ne fait pas l'aumône, dit saint Chrysostôme, dépouille le pauvre, et sera puni comme spoliateur. » — « Le superflu du riche, dit saint Jérôme, est le nécessaire du pauvre. C'est de la part du premier un détournement coupable que de le consacrer exclusivement à son "sage; il vole aux pauvres ce qu'il ne leur donne pas. » C'est aussi la doctrine de celui qu'on a appelé le dernier Père de l'Église.

« Quelle injustice n'est-ce pas , dit Bossuet , que les pauvres portent tout le fardeau, et que tout le poids des misères aille fondre sur leurs épaules ? S'ils s'en plaignent, et s'ils en murmurent contre la Providence divine, Seigneur , permettez-moi de le dire, c'est avec quelquecouleur de justice; car, étant tous pétris d'une même masse, et ne pouvant pas y avoir grande différence entre de la houe et de la boue, pourquoi voyons -nous d'un côté la joie, la faveur, l'afflnence, et de l'antre la tristesse , le désespoir et l'extrême nécessité, et encore le mépris et la servitude ? Pourquoi cet homme si fortuné vivrait-il dans une telle abondance, et pourrait-il contenter jusqu'aux désirs les plus inutiles d'une curiosité étudiée,

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pendant que ce misérable , homme toutefois aussi bien que lui, ne pourra soutenir sa pauvre tamille ni soulager la faim qui le presse? Dans cette étrange inégalité , pourrait-on justifier la Providence de mal ménager les trésors que Dieu met entre les égaux , si par un autre moyen elle n'avait pourvu aux besoins des pauvres , et remis quelque égalité entre les hommes ? C'est pour cela qu'il a établi son Église , où il reçoit les riches, mais à condition de servir les pauvres; où il ordonne que l'abondance supplée au défaut, et donne des assignations aux nécessiteux sur le superflu des opulents. » (Sermon Sur Véminenle dignité des pauvres dans l'Église. )

Mais ce n'est pas assez de payer sa dette; pour qu'il ait toute son efficacité et tout son prix , il faut que ce devoir ait toute la grûcc d'un mouvement de cœur et tout le mérite d'un acte fait en toute liberté et volonté. Il fautdonner avec empressement et avec joie; ceux qui donnent avec tristesse, et c'est, dit saint Augustin, le plus grand nombre, perdenlce qu'ilsdonnent. « C'est faire deux fois l'aumône, dit saint Chrysostôme , que de la laire avec empressement. » Ils pensaient à la belle parole de saint Paul : « Dieu chérit celui qui est joyeux quand il donne; Hilarem dalorem De us diligit. »

S'il est de devoir de donner avec grâce et joie, à bien plus forte raison est-il prescrit de ne jamais gâter le don , ni par des reproches, ni par l'outrage, ni en paraissant regretter ce qu'on fait. Il faut aussi donner sans ostentation. L'Évangile avait dit : « Que ta main gauche ignore ce que ta main droite a donné. » Puisque nous ne devons pas nous dire à nous-même le bien que nous faisons, combien plus en devons-nous garder le secret aux autres. Empressement, bonne grâce, humilité , discrétion , telles sont les qualités qui doivent aecompaguer l'aumône. Est.ce donc nous demander trop ? Sénèque, au nom de la morale païenne, en demande autant à son bienfaiteur, un peu chimérique : l'Évangile pourrait -il être plus accommodant que la morale païenne? Mais il ne s'agit pas ici d'une sorte d'émulation de sévérité, impossible entre les deux morales. Il s'agit de reconnaître si en prescrivant cet accompagnement de vertus , l'une pour le bienfait , l'autre pour le payement de notre dette envers le pauvre, on a trop exigé de la nature humaine. Pour cela, écoutons notre cœur un moment. Qui est-ce qui se saurait gré d'un bienfait auquel auraient manqué la bonne intention, l'empressement, la grâce, ou qu'auraient corrompu l'orgueil et l'offense? Qui estce qui oserait se croire charitable en faisant l'aumône avec cette tristesse dont parle saint Augustin, ou avec cette ostentation que blâme si vivement saint Chysostôme ? Les

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deux morale», mais combien plus la morale chrétienue, oui cou nu l'homme, quand elles lui ont prescrit, l'une la bienfaisance, l'autre l'aumône avec toutes ces grâces qui seules en font le prix ; elles ont su qu'il ne nous reste au fond du cœur aucun contentement d'un bienfait disgracieux , ni d'uue aumône arrachée ou insolente.

C'est ce devoir de l'aumône, enseigné pour la première fois par le christianisme, élevé par lui au rang de vertu principale, que disje? qualifié de reine des vertus, c'est ce devoir qui depuis dix-huit siècles a constitué dans le monde chrétien ce que l'Église primitive appelait si admirablement le trésor des pauvres. Depuis cette époque jusqu'à nos jours que de sacriiices n'ont pas été faits pour alimenter ce trésor 1 Sous combien de formes diverses l'aumône s'est exercée! Aux premiers siècles de l'Église , ce sont les troncs publics, les ohlations, les collectes, les dîmes; la part du pauvre dans les biens de l'Église ; les aumônes individuelles que chaque fidèle déposait secrètement dans un tronc privé placé auprès de son prie-Dieu ; les legs, dons, présents de toute nature faits à l'Église pour qu'elle en grossisse la part du pauvre; la dis* tribution de pain , d'argent , de vêlements à la porte des églises, ou dans les églises même; les hôpitaux pour les malades, les hospices fondés pour chaque genre de misère, fondations sans exemple dans la société païenne, une des gloires — j'en demande pardon à certains économistes — de l'Église des troisième et quatrième siècles ; au moyen Age, l'obligation que fout à l'Église les capitulaires «le Charlemagne de nourrir les pauvres; les évôques tenus de pourvoir a leurs besoins, les prêtres de les admettre à leurs tables; les hôpitaux créés par chaque évéque à côté de l'église cathédrale pour y recevoir les pauvres et les y nourrir île la dlme des revenus de l'Église et même des oblations; les deux tiers de ces revenus as; signés par la loi à leur entrelien , dans les églises riches, et la moitié seulement dans les autres; sous Charlemagne et ses successeurs, cinq ordres d'établissements de charité, pour les pauvres valides, pour les malades, pour les orphelins, pour les vieillards, pour les enfants; plus tard , l'institution des ordres hospitaliers; et de nos jours, qui pourrait dénombrer les créations du génie de l'aumône ?

Les cièchcs, les salles d'asile, les bureaux de bienfaisance, les asiles d'aliénés, les monts de piété, institutions qui, jointes à celles qu'on a consacrées ou imitées du passé, coûtent à la France , pour ne parler que de notre pays, une somme annuelle de 120 millions, lesquels, ajoutés a pareille somme dépensée par la charité privée , portent le trésor des pauvres à

un chiffre de 2î0 initiions, c'est-à-dire an cinquième environ du budget des recellt* de l'État I

Il y a, quant â l'emploi de cette somme énorme, deux systèmes opposés, fort agiles par les personnes qui s'occupent de cette partie de l'économie, politique. Les uns voudraient supprimer tous les établissements où la bienfaisance s'exerce pour ainsi dire adtninistrativement , les. hospices , les hôpitaux , qu'ils accusent de dater de l'époque où l'esprit de charité évangélique s'était refroidi chez les nations chrétiennes. On remplacerait ces établissements par le secours à domicile, à l'imKation de la primitive Église , et au moyen de règlements très-simples, point coûteux : en sorte que les frais d'administration , cette dtme prélevée sur les pauvres par les utiles agents qui servent d'intermédiaires entre la main qui donne et celle qui reçoit, seraient économisés au profil de la pauvreté, et iraient grossir son trésor. L'autre système, se déliant de la charité faite directement, et du bon emploi des secours à domicile, craignant que l'aumône qui va trouver le pauvre sous son toit n'encourage les désordres qui engendrent si souvent la pauvreté, recommande de multiplier ces établissements et, selon les pays, de substituer soit les institutions particulières, soit l'État à l'individu. Nous ne sommes ni pour l'un ni pour l'antre système, en ce qu'ils ont d'exclusif, mais pour ce qu'il y a de bon, de pratique, d'éprouvé dans chacun d'eux. Nous regarderions comme de la barbarie de fermer ou de faire tomber ces établissements, qui sont l'honneur de la civilisation chrétienne , et où, par des progrès de tous les jours , la charité administrative prend de plus en plus le caractère et la sollicitude du secours à domicile; et d'autre part , cacher au pauvre la main qui le secourt derrière un rempart d'institutions particulières ou publiques nous paraîtrait contraire au principe de la charité chrétienne, et se rapprocher par trop de ce que les philosophes et les politiques de la société païenne ont imaginé pour venir au secours des pauvres. Gardous tout ce qui a été fait et tout ce qui réussit, eucore que bien des imperfections y trahissent la faiblesse humaine ; mêlons ce que chacun des deux systèmes a de hou, et ajoutons-y sans cesse : ajouter, c'est, en fait de bienfaisance, le premier, le vrai progrès.

Mais surtout qu'aucune mesure de charité, aucune création , aucune loi , dût • elle établir quelque jour le niveau entre le secours et la souffrance, ne fasse disparaître l'aumône dans la forme primitive, l'aumône personnelle, directe, qui met le riche en présence du pauvre, le bienfaiteur en présence de l'obligé.

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L'aumône est double , dit saint Augustin , quand elle tombe de la main qui donne dans la main qui reçoit. Et comment l'aumône conserverait-elle ces mérites de grâce, d'empressement, d'humilité, qui, dans le véritable esprit de l'Évangile, en fait tout le prix ? Ce qu'on donne régulièrement , à époques fixes , par des intermédiaires ou par la main de l'État, n'est qu'une taxe, un impôt, le tribut de César ; ce n'est pas l'aumône. Ce qu'on donne ainsi, on le donne froidement, tristement ; et comment le donnerait-on avec joie? Ce qui fait la joie du bienfaiteur, c'est de voir la joie de l'obligé- L'aumône indirecte peut être un devoir public, qu'il est honorable de remplir; l'aumône directe, faite d'un cœur touché des souffrances qu'elle soulage, l'aumône que doublent la grâce , l'empressement , la modestie, la joie qu'où éprouve à la faire, est seule une vertu. Désiré Nisaro.

aumônier. (Histoire ecclésiastique.) Ce mot est pris tantôt comme adjectif, et il signifie: qui pratique l'aumône, qui exerce la charité envers les malheureux. Ainsi l'antiquité chrétienne surnomme saint Jean, patriarche d'Alexandrie, saint Jean l'Aumônier, à cause de son immense générosité pour les pauvres. Ou bien on l'emploie commo substantif : dans ce sens, il s'appliquait autrefois à un prêtre chargé de distribuer des aumônes. Les rois de France eurent depuis Clovis des aumôniers, auxquels ils confiaient la distribution des secours qu'ils distribuaient aux malheureux , afin 1° que la charité fût plus éclairée , leur position ne leur permettant pas d'avoir les renseignements nécessaires; 2° pour qu'au secours matériel se joignit une parole de consolation, de résignation, de bon couseil. Les grandes familles eurent aussi des aumôniers; les seigneurs dans leurs terres s'enquéraient par leurs aumôniers des besoins et des nécessités des malheureux , et y apportaient ce double remède. Plus tard les aumôniers remplirent aussi les fonctions de chapelain : le chapelain était chargé de tout le service de la chapelle , et depuis l'usage a conservé ce titre d'aumônier à des prêtres qui ne remplissent près des familles ou des établissements publics que des fonctions spirituelles; ainsi on appelle aumônier de régiment, de collège, d'hospice, de communauté, le prêtre chargé de la direction spirituelle de ces établissements.

Histoire ecclésiastique de (a Cour, ou les Antiquités et recherches de la chapelle et oratoire des rois de France depuis Clovis jusqu'à notre temps s par Guillaume du Peyra. aumônier servant des roy» Henri le Grand et Louis XIII ; Paris . 1645, 1 vol. »nfoUo.

histoire ecclésiastique de la Cour de France, par l'Jbbe Oroiw, chapelalo du roi ; Imprimerie Royale, P*ris, t786, S vol. ln-*°.

*txe. (Botanique.) Alnus. Genre de

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