AUTEUR
Guiglielmi, précepteur du cardinal Barbet in, madame Barclay fut si indignée, qu'elle fil démolir le tombeau et transporta le buste chez elle, disant que les restes d'un homme comme Barclay ne reposeraient jamais près de ceux d'un vilain pédant. Madame de Saumaise, outre qu'elle s'imaginait être princesse, parce que son mari, disait-elle, descendait des ducs de Bourgogne, croyait être la reine des savants, parce que Saumaise en était regardé comme le roi; elle reprochait à son mari de se méconnaître et de s'oublier, quand il ne maltraitait pas les gens et ne leur disait pas des injures. Enfin, la première femme de Robault, disciple de Descaries, dont il expliquait la philosophie dans des conférences pu* bliques, se tenait ces jours-là sur la porte de sa maison, et en refusait l'entrée à tous ceux qui n'avaient pas l'air d'être de qualité; elle était persuadée qu'il fallait avoir cet air pour mériter d'entendre son mari. Tout le moude sans doute n'élevait pas si haut la condition d'auteur, mais tout le monde s'accordait à la regarder comme une des plus dignes et des plus enviables, et l'honneur avec lequel pour la plupart du temps elle était remplie justifiait, il faut en convenir, cette flatteuse opinion.
Quelques-uns publient de bonne heure un piemier ouvrage qui est Irai 16 de chef-d'œuvre, d'autres en publient un qui passe inaperçu ; mais rarement l'auteur du chef-d'œuvre soutient la haute idée qu'on avait eue de lui. Ce premier succès n'est qu'un encouragement à recommencer qui le perd et ne lui laisse même pas l'espoir de se réhabiliter. Au con • traire, l'auteur d'un livre inaperçu ne doit désespérer de rien. Outre que ce livre n'est peut-être déclaré mauvais que parce qu'on ne l'a pas lu , avec de la patience et du travail on en fait un second , lequel , si le progrès n'est pas un vain mol, vaudra probablement mieux, sera plus lu, plus vendu que le premier. C'est le temps alors de rééditer celui-ci ; c'est le temps d'en produire même de médiocres et qui seraient siffles venant d'une main inconnue; c'est le temps de rassembler tous ses papiers, de rechercher jusqu'aux petits manuscrits qu'on a composés au sortir du collège, ou même pendant qu'on y était, et de les envoyer à l'imprimeur.
Ou a remarqué dans les écrits du philosophe Plotin , rassemblés par Porphyre, son principal disciple, trois sortes d'âges dans son esprit. « Les premiers et les derniers livres qu'il composa, dit Bayle (Met. Hist., au mot Plotin), sout ton au-dessous des autres. On voit dans les premiers une force qui u'a pas encore toute sa crue , et dans les derniers une force qui n'a plus toute sa crue. C'est dans les écrits du milieu qu'on voit une
force montée au plus naut degré. Voila donc trois ordres de livres : il y en a vingt et un dans le premier, vingt-quatre dans le second, neuf dans le dernier. De ces neuf,' les cinq premiers étaient moins faibles que les quatre autres. » Mais ce qui est pardonnable dans un philosophe, auteur de cinquante-quatre traités, ne Test plus dans les poètes et dans les orateurs , lesquels devraient être plus diligenls que les autres à se retirer, parce que personne n'a plus besoin qu'eux de tout le feu de l'imagination. « Cependant, dit encore Bayle (ibid., au mot Afeb), il ne leur arrive que trop de se tenir dans la carrière jusqu'au déclin de l'âge; il leur semble qu'on a condamné le public à boire jusqu'à la lie leur prétendu nectar. » La conclusion est qu'un auteur arrivé à un certain âge doit briser sa plume, sous peine d'être dédaigné et bafoué. Et voilà comme on réduit ces pauvres gens à ne plus recevoir d'applaudissements que d'eux-mêmes. Mais cela même, si on en croit le père Garasse, n'est pas sans douceur, et peut dédommager tort bien de l'indifférence d'autrui. « C'est, dit-il (Somme des Vérités capitales de la Religion, pag. 419) , un effet de la justice commulative que tout travail honnête soit récompensé de louange ou de satisfaction... Quand les bons esprits font un excellent ouvrage , ils sont justement récompensés par les louanges publiques; mais quand un pauvre esprit travaille pour ne rien faire qui vaille, et qu'il ne peut ainsi obtenir des louanges publiques, afin que son travail no demeure pas sans récompense, Dieu lui donno une satisfaction personnelle qu'on ne peut lui envier sans une injustice presque barbare. »
Que vous semble de cet expédient? Si le père Garasse a voulu rire, il était difficile qu'il le fit plus sérieusement.
Comme on est auteur de dessein prémédité, comme on l'est par occasion, on l'est aussi par nécessité. Bien des gens n'ont pris la plume que pour repousser les attaques auxquelles ils étaient en butte; ils se sont trouvés auteurs, quelquefois même auteurs de talent, sans s'être encore doutés qu'ils fussent capables d'être l'un et l'autre. L'obligation de se défeudre contre des adversaires opiniâtres et turbulents a fait naître plus d'un livre qui a immortalisé des hommes étrangers jusque là au métier d'auteur , ou qui l'avaient pratiqué sans jeter d'éclat au delà de certaines limites. Si les jésuites n'eussent point persécuté le Port-Royal , Pascal n'ent point écrit les Provinciales, l'un des chefs-d'œuvre de notre littérature, ni les Pensées sur la Religion, autre chef-d'œuvre et conséquence sinon immédiate, du moins très-naturelle, du livre où il avait vengé la religion des profanations des casuisles. Son
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Traité des Sections coniques, ses Solutions des Problèmes de la Houlette, et son Traité de l'Équilibre des Liqueurs, en font un savant mathématicien, un physicien sagace; les Provinciales et les Pensées en ont lait un grand écrivain.
Moins exposés qu'autrefois aux attaques des corps savauts et religieux, les auteurs ont rencontré depuis une autre espèce d'adversaires, qui n'est ni moins dangereuse ni moins obstinée, mais où le talent est infiniment plus rare : ce sont les journalistes. Le plus infime des journaux à cet égard vaut cent jésuites. Là l'agression est de tous les jours, est incessante, acharnée, systématique , et d'autant plus impitoyable , qu'elle a pour objet non pas le livre, que la plupart du temps le journaliste n'a pas lu , mais la personne de l'auteur, sa qualité, sa position sociale, et souvent même son nom seul. 11 en arrive ainsi presque toujours, si un auteur n'est ni le parent, ni l'ami, ni le protecteur du journaliste, et la seule chance qu'il puisse avoir de n'en être pas maltraité, c'est qu'il lui soit tout à fait inconnu. Ne serait-ce pas alors le cas de dire au journaliste ce qu'écrivait Letèvre de Saumur à un auteur de son temps qui l'avait impudemment attaqué : « Encore, si vous aviez fait quelque livre de votre chef, cela irait bien; mais dans les termes où vous êtes, je trouve que vous jouez avec uu peu trop d'avantages. C'est se moquer de ne mettre qu'un liard contre une double pistole. Je ne sais pas qui voudrait iouer contre vous. »
Tous ces désagréments n'empêchent pas que les auteurs n'aient une tendresse excessive pour leurs ouvrages, et quelquefois pour ceux qui la méritent le moins. Héliodore aime mieux renoncer à sou évêché que de condamner son roman de Théagène et Chariclée. Abélard déclara qu'il comptait pour peu la perte de sa \irilité , en comparaison de la perte d'un écrit qu'on l'obligea de jeter au feu. 11 est inutile de nommer ceux qui ont gardé jusqu'à la fin de leur vie un faible pour leurs plus médiocres productions. Le catalogue en serait trop long ; mais l'exemple de Virgile est à noter, qui, au rebours de ceuxlà , voulut avant sa mort qu'on brûlât son Énéide , comme n'étant pas digne de ses autres ouvrages.
Remarquons enfin, comme une autre singularité des auteurs, l'impatience avec laquelle ils soufflent qu'on aille sur leurs brisées, c'est-à-dire qu'on traite les mêmes matières qu'ils ont eux-mêmes traitées. Il y en a peu à qui ce procédé ne déplaise au moins infiniment, et qui ne le regardent comme une intention marquée, ou de les surpasser, ou de diminuer leur gloire en la partageant. Dolet
OJTONOMIE 332 s'élant avisé d'écrire contre Érasme en faveur des Cicéionicns , Jules César Scaliger, qui avait écrit un pamphlet violent pour la même cause et contre le même champion, malmena Dolet de la façon la plus brutale. Il prétendit, entre autres choses, que les plus beaux endroits de sa harangue avaieul été pillés par Dolet et arrangés de manière à leur faire perdre tout leur mérite. Quant aux louanges que Dolet lui avait données , Scaliger ne lui en savait point de gré, étant venues après coup et de trop mauvaise grâce pour réparer l'offense du plagiat.
On observera que nos exemples du caractère des auteurs ont été empruntés au passé.
Ce n'est pas qu'ils manquent au temps présent; mais la difficulté de les reproduire sans y mêler les noms des personnes qu'ils concernent nous a fait une loi de nous en tenir aux anciens. La génération qui nous suivra n'aura pas sans doute les mômes scrupules; mais il est douteux que, sauf les noms , elle trouve à dire quelque chose de nouveau. K.
autonomie. (Histoire ancienne.) Du grec 'Autovo{u<x, gouvernement par soi-même, par ses propres lois. L'autonomie exprimait donc l'état d'un peuple, d'une cité, 6egouvernanl par ses propres lois, et de plus le droit qu'avaient ce peuple, cette cité à être ainsi gouvernés. Rome ne profila d'abord du succès de ses armes dans le Latium et dans l'Italie que pour obliger les vaincus à devenir citoyens romains, à vivre sous les mêmes lois que les Romains et à jouir des mômes privilèges. Dans la suite, et au lur et à mesure que Rome étendit ses conquêtes, elle devint plus économe de ce droit de bourgeoisie, et ne l'accorda qu'avec certaines restrictions, comme, par exemple, celle qui regardait le droit de suffrage. Enfin, sans leur accorder le droit de bourgeoisie, elle leur permit de continuer à se gouverner par leurs lois, et les laissa jouir de diverses immunités. Cette tolérance dura tant que les conquêtes des Romains furent limitées à l'intérieur de l'Italie. En revanche, les peuples subjugués fournissaient au vainqueur uu contingent de troupes, et peut-être y en ajoutaient-ils un autre en argent. Ils n'étaient point appelés sujets, ces termes paraissant trop durs aux Romains eux-mêmes; ils étaient traités d'amis et d'alliés. Ce n'était point à titre de sujets qu'on exigeait qu'ils fournissent leur contingent; c'était, suivant une des conditions de l'alliance , ex formula fœderis. Mais quand les conquêtes des Romains eurent franchi les limites de l'Italie, la condition des vaincus empira. On ne leur permit plus de se gouverner eux-mêmes, on leur envoya de Rome des magistrats, qui étaient à la fois leurs législateurs, leurs ad-
minislraleuis, cl leurs jn^es peuples qui s'étaient signalés par leur attachement pour les Romains, ou par des services éclatants, ou par le refus de prendre part aux démêlés que le reste de la province ou du royaume avait eus avec les vainqueurs, recevaient différents privilèges. Ils restaient en possession de leurs lois, et sous le nom d'alliés, ils étaient indépendants de la juridiction des préteurs et des proconsuls. Ces peuples, ces villes étaient dits autonomes. Des royaumes môme étaient dans cette condition et appelés de même.
S'il arrivait qu'une ville autonome adoptât, par choix et de son plein gré, tout ou partie des lois romaines, il lui était libre de s'en affranchir quand bon lui semblait. Alors, la ville dont le peuple s'était ainsi approprié une loi romaine était qualiûée de populus fundus (Cic, Pro Balbo, c. 8), sans cesser pour cela d'être autonome. Elle devenait fundus par cette loi, conservant d'ailleurs sou indépendance entière, et ne se soumettant elle-même à cette loi qu'autant qu'elle le jugeait à propos.
La condition de ces nouveaux alliés on autonomes, formés à la suite des conquêtes des Romains hors de l'Italie, était bien différente de celle des alliés ou autonomes italiens. Ceuxci avaieut presque tous été domptés par les armes, et avaient obtenu des conditions plus ou moins favorables; et, conservant leurs lois et leur gouvernement, n'étaient astreints qu'à fournir un certain contingent en troupes, qui était réglé par des traités. Les peuples de la Grèce et de l'Asie que les Romains avaient trouvés libres, ou qu'ils remirent en liberté, furent laissés dans une indépendance complète, et il n'y eut rien dans les traités contractés avec eux qui sentit la sujétion. Leurs ambassadeurs étaient reçus et traités comme les ambassadeurs des souverains. Ils ne pouvaient se lasser de louer la modération et la générosité des Romains , qui n'avaient porté leurs ai mes au delà des mers, en Grèce et en Asie, que pour assurer la liberté de leurs alliés, sans aucune vue d'intérêt particulier.
Leur enthousiasme à cet égard avait pour cause la manière libérale dont les Romains avaient récompensé leurs alliés, à la suite de la double défaite de Philippe, roi de Macédoine, et d'Antiochus, roi de Syrie. Le sénat avait accordé la liberté à l'Oreslide, province de la Macédoine, qui s'était révoltée contre Philippe. Pleurate, roi d'un canton de l'Illyrie, en eut deux autres, qui avaient appartenu à Philippe , et Amynandre, roi des Alhamanes, eut tout ce qu'il avait conquis sur ce même Philippe, pendant la guerre. Atlale, roi de Pergame, et les Rhodieus eurent toutes les places que Philippe possédait sur les côtes de
SurPL. Encycl. mou. - t. i.