AUT
ces jeux de la souveraineté du peuple qu'on appelle les révolutions, il ne parait pas que le bien qu'elles en ont lire ait donné irrévocablement tort aux nations demeurées fidèles à la doctrine de saint Paul , et qui continuent de croire que « ceux qui s'opposent aux puissances établies de Dieu attirent la condamnation sur eux-mêmes ». Quand cette condamnation ne serait que terrestre , et qu'elle consisterait à voir cinq ou six révolutions dans une vie d'homme , cela vaudrait bien la peine qu'on cbercliat à s'y soustraire , et en tout cas qu'on parlât avec moins de dédain d'un principe qui aide ailleurs à les conjurer ou à les rendre moins fréquentes.
Non-seulement la nécessité des deux principes, autorité, puissance paternelle, est la môme ; mais leurs destinées sont les mêmes. Où l'autorité est forte, soyez sûr que la puissance paternelle l'est également ; où la première fléchit, la seconde a du recevoir de graves atteintes. Double phénomène que présente invariablement l'histoire de toutes les sociétés humaines.
S'il est dans l'antiquité un peuple chez qui l'autorité a été forte, c'est sans doute le peuple romain. Il ne faut pas que les luttes du peuple et du sénat nous fassent illusion. Je vois là deux athlètes de la même force qui sont aux prises, s'agitant sans se renverser, se faisant tour à tour échec sur le même espace de terrain , et se fortifiant par cela même qu'ils ne peuvent se vaincre. L'autorité passe d'un camp à l'autre; mais en se déplaçant elle ne perd ni sa force ni son droit à être obéie. Cela dure plusieurs siècles, pendant lesquels le père conserve la plus grande puissance dont un chef de famille ait été investi. Appuyé, dirigé, tenu en haleine par ces deux forces égales et pour ainsi dire parallèles, le peuple romain conquiert le monde connu.
Mais la corruption , née de cette conquête, altère bientôt les vieilles mœurs et porte les premiers coups à la puissance paternelle, qui les maintient. La base une fois ébranlée , le faite lui-même chancelle; la puissance paternelle et l'autorité sont emportées vers la même décadence ; et quand le père, qui avait eu autrefois le droit de vie et de mort sur ses enfants, ne fut plus que le père joué et moqué des comédies de Plaute, on vit l'autorité finir et le règne de l'anarchie commencer. « La puissance paternelle, dit Montesquieu, se perdit avec la république. »
Le même Montesquieu, parlant de la monarchie et de la société française, au commencement du dix-huitième siècle, reproche à notre nation « d'avoir retenu des lois romaines un nombre infini de choses inutiles , et de n'avoir pas pris d'elles la puissance paternelle, qu'elles ont établie comme la première autorité