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légitime ». Et cependant, si la France d'alors n'offrait rien de comparable aux temps de la grandeur de la puissance paternelle à Rome, peut-on douter que dans un pays où l'autorité était demeurée si forte la puissance paternelle lût aussi faible que le dit Montesquieu sous le personnage d'Usbeck? N'est-ce pas là un de ces traits de satire dont les Lettres Persanes sont semées , et qui va au delà du vrai? À la vérité, l'autorité était si près de l'épreuve suprême où elle allait périr, qu'il n'y aurait rien d'étonnant que la puissance paternelle fût elle-même déjà en décadence.
Nous sommes néanmoins en admiration devant ce que nous disent les vieillards de ce qui restait de cette puissance dans les dernières années du dix-huitième siècle. Pour nous, enfants du dix-neuvième, que pouvons-nous dire à notre tour de ce qui nous en reste, sinon que la puissance paternelle n'est plus un principe universel , mais un mérite et un avantage de la personne ? Autrefois le titre de père y suffisait : il était sacré , il suppléait à l'insuffisance de la personne. Le fils respectait son père; la force invincible qu'on appelle les mœurs l'empêchait de le juger et de porter un regard profane sur le mystère de l'autorité paternelle. Aujourd'hui, tant vaut l'homme, tant vaut le père, et, par la même raison que la robe ne recommande plus le mattre aux yeux de l'écolier, le titre de père n'impose plus par lui seul, si l'individu qui en est investi n'est pas soutenu par quelque autre chose.
Voilà la famille sans chef, et cette première image du pouvoir et du gouvernement dont parle Bossuetélrangement altérée et défigurée. N'en sommes-nous pas arrivés là ? Et comment s'étonner alors que, dans uu pays où la famille est affectée de ce grand désordre , l'autorité ait perdu toute force et tout prestige, qu'on rougisse presque de la défendre, qu'on ne veuille la servir que pour la dominer ou l'exploiter, qu'on la sacrifie à un dépit, et que l'esprit de révolution en soit venu à nous proposer froidement de nous en passer?
Ah ! loin de s'en passer, une société qui s'est vu donner un tel conseil créerait plutôt une autorité nouvelle, inouïe, et abdiquerait entre ses mains, tant est nécessaire l'autorité ! On peut très-bien concevoir une société sans liberté : l'exemple n'en est pas rare, et la première faute en est à cette société, qui n'aura pas su ou conquérir la liberté on la garder; mais une société sans autorité, c'est cet état de choses monstrueux que nous peint Bossuet en termes pleins d'épouvante, « Où , ditil , dans une liberté farouche et sauvage , chacun peut tout prétendre, et en même temps tout contester ; où tous sont en garde, et par conséquent en guerre continuelle contre tous; où la raison ne peut riep , parce que chacun