AVARICE
récit, dit à ce propos M. Creuzer; d'abord, Damia , comme l'indique son nom, est la bienfaisante divinité du peuple , et Auxésia celle qui procure les fruits de la terre. A la présence de leurs images s'attache l'idée d'une influence magique : voilà pourquoi elles sont regardées comme la part la plus précieuse du butin dans la guerre entre deux peuples. Ces images sont éminemment saintes , étant tirées des oliviers les plus sacrés de tous, ceux de l'Attique. Elles éloignent la famine et deviennent l'objet de joyeuses solennités. Ne rappellent-elles pas les antiques jeux des Romains et ces lits sacrés dressés pour les dieux à l'occasion des pestes et des autres calamités publiques? D'un autre côté, les chœurs malins des femmes argiennes font songer aux pèlerinages des Égyptiens à Bubaslis, où les femmes étaient également raillées par des femmes (1). »
avarice. (Morale.) De tous les vices inhérents à l'espèce humaine, il n'en est pas qu'on ait peint tant de fois et de manières plus diverses que l'avarice. Il semble donc que ce sujet soit épuisé, et qu'il n'y ait plus lieu d'en parler désormais ; d'autant qu'il est sans exemple que la plus belle morale qui ait été faite là-dessus ait jamais guéri un avare. Mais si la morale ne guérit pas les hommes vieillis dans les mauvaises passions, il n'est pas, grâce à Dieu , sans exemple qu'elle fera hésiter ou qu'elle arrête les natures incertaines que l'exemple pourrait entratner. D'ailleurs les peintures qu'on fait des passions ne sont pas tellement exactes qu'on n'y puisse trouver quelques traits à changer, ni si complètes qu'on n'ait rien à y ajouter. Par combien de traits inattendus, invraisemblables, l'homme, plus ingénieux dans le bien que dans le mal, n'atlestet-il pas leur diversité et leurs nuances infinies? Pour en venir à l'avarice, cette passion, la plus vile et, à des degrés différents, la plus commune des passions , est peut-être aussi la plus ingénieuse, la plus subtile, la plus raffinée et à beaucoup d'égards une des moins connues. Quoi qu'aient dit et écrit de l'avarice les hommes dn plus grand génie, quoique Plaute, Molière , Horace, Plutarque, Lafon* taine semblent lui avoir arraché tous ses secrets , tous les jours il s'en découvre de nouveaux dont ils ne se sont pas doutés.
L'avarice est, à proprement parler, la fureur d'accumuler dont parle Lafontaine, jointe à la crainte d'user des choses accumulées.
Elle embrasse tous les objets : il y avait des avares avant que la monnaie fût inventée.
L'avarice estime de préférence l'or et l'argent, parce que , comme elle ne veut pas consommer, elle aime les signes qui ne se détruisent
(i) Religions de l'antiquité, de creuzer; irad. de M. Gulgnlaut, t. III , s* partie, p. m.