‹ Encyclopédie moderneChapitre 153 sur 308 · AVA · texte numérisé non relu

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point; elle arme mieux l'or que l'argent , parce qu'elle craint toujours de perdre, et qu'elle peut mieux cacher re ipii est d'un petit volume. Elle a cela de particulier qu'elle s'oppose à sa propre satisfaction ; ce qui est te but de toutes les autres passions. On ne s'est jamais privé de manger et de boiic, parce qu'on aime l'un et l'autre et qu'on eu a besoin. L'avare aime l'argent, et il en a besoin pour vivre, et il craint de s'en servir. Enfin on ne quitte pas l'avarice comme on quitte la plupart des autres passions , c'est-à-dire par l'impossibilité radicale de les contenter : elle survit à toutes, elle tient lieu de toutes. « Et n'est pas Vénus seule courroucée aux vieillards, ainsi que dit Euripide ; mais encore ontils les cupiditez du boire et du manger fort mousses , et, par manière de dire, édentées ; de sorte qu'ils ne font que toucher un petit par le dessus , sans pénétrer ni enfondrer au dedans. Et pourtant faut-il qu'ils se préparent des plaisirs et voluplez non basses ne lasclics en l'âme, comme disoit Simonides à ceux qui lui reproclioyent l'avarice, qu'estant privé de toutes autres voluplez corporelles à cause de sa vieillesse, il y en avoit encore une qui Pentrelenoit, c'esloit la volupté qu'il prenoit à gagner. » C'est ainsi que Simonide, au rapport de Plutarquc , justifiait l'avarice. On lui attribue une réponse moins déraisonnable et plus spécieuse à ceux qui lui demandaient pourquoi il était si avare sur ses vieux jours : « C'est, dit-il , parce que j'aime mieux laisser du bien à mes ennemis après ma mort , que d'emprunter à mes amis pendant ma vie. »

Simonide ne montra pas toujours une délicatesse si scrupuleuse. Pendant qu'il était à Syracuse, tout ce qui lui était nécesaire pour sa subsistance lui était fourni largement chaque jour par Hiéron. 11 en vendait la plus grande partie, et alléguait, entre autres raisons , à ceux qui s'étonnaient de ce commerce, qu'il voulait faire paraître sa frugalité et la magnificence d'Hiéron. Ce même poète a été accusé d'être le premier qui n'ait pas voulu chanter à crédit , qui ait stipulé d'avance Jin prix pour ses vers , et ait mis sa muse à louage.

Il n'y a pas de position sociale ni de forlune qui soient un préservatif contre l'avarice. A l'extérieur, Harpagon et Turcaret sont l'antipode l'un de l'autre; ils se rapprochent néanmoins, ils se touchent, ils pourraient s'entendre aussi bien qtie s'ils étaient d'égale condition. C'est que l'un est l'avare sordide, l'autre est l'avare magnifique; l'un a toute honte bue, et, pourvu que son or échappe à tous les yeux , il nargue le respect humain et s'étale dans sa crasse ; l'autre n'a pas ce cynisme, prèle l'oreille à de certaines considérations, et toutefois garde dans son faste

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assez de mesure pour qn'il lui demeure tonjours plus qu'il ne dépense, et que sa fortune mal acquise soit à l'abri des recherches. Harpagon n'aime pas les compliments : il y voit un piège ; Turcaret est sensible aux éloges : quand ou l'appelle libéral, sa main se dessi rreà demi, et il en tombe quelques louis dans celle des gens qui vivent de sa vanité. Donnet-il à souper, c'est-à-dire se donnc-t-il luimême en spectacle, il faut bien que sa richesse y joue son rôle : on lire des buffets la plus belle vaisselle, on dispose les flambeaux, on dégarnit les caves , on prend des laquais à louage, on pare les appartements; tout est étalé, l'or, l'argent, les pierreries; il annonce hautement qu'il est riche. Les choses les plus inutiles trouvent alors leur emploi, et si dans ce moment un ami lui demandait quelques-unes de ces superfluités qui lui seraient à lui-même si nécessaires, Turcaret lui répondrait : Ce n'est pas sur le nécessaire, mais sur l'inutile et le superflu que le public juge de notre fortune et de notre bonheur. S'il soupe seul avec sa femme, c'est une autre affaire. il ne se sert point de ce qu'il a de plus beau, il épargne sur les lumières, sur les mets qui sont des plus simples et qui même ont figuré sur sa table la veille; ses laquais d'emprunt ont disparu : celui de l'antichambre, sans galons, sans livrée , suffit au service ; sa femme ellemême est vêtue simplement, elle est passée à l'office avant de se mettre à table, elle y passera en la quittant, et elle y jettera un de ces coups d'œil compris des domestiques et qui veulent dire qu'elle a la mesure de tout, le compte de tout, et qu'elle saura la quantité, le prix de ce que chacun aura consommé. Harpagon ne donne jamais de dessert, il se passerait plutôt de dîner; il marchande de même le foin à ses bêtes ; il n'a point de femme, de peur d'avoir une bouche de plus à nourrir, point de gens, sauf un seul, qui travaille comme plusieurs et ne mange pas autant qu'un seul; ses meubles sont rares , et il y a longtemps qu'ils ne sont plus à la mode; la poussière les couvre, et il défend qu'on les essuie, parce qu'on les userait. Turcaret passe pour un homme généreux, qui a seulement trop de faste ; Harpagon est traité par ses voisins de pince-maille, ladre vert, vilain, fesse-Mathieu , gagne-denier , grippe-sou , caucre.

Nous avons parlé de ce que les plus habiles observateurs du cœur humain ont laissé encore à dire sur celte . passion , qui affecte autant de formes qu'il y a de caractères, et qui défie l'observation la plus pénétrante; mais ce n'est pas à dire que ce qui reste à trouver puisse être jamais ni aussi important ni aussi utile à savoir que ce qui a été trouvé. Aussi, au lieu de raffiner pour être nouveau, vaut-il

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