‹ Encyclopédie moderneChapitre 154 sur 308 · AVARICE · texte numérisé non relu

AVARICE

mieux répéter certaines «hnses qui ont «i la fois le méiiie d'être incontestables et celui de paraître toujours neuves, même à qui les connaît. Voilà pourquoi nous ne savons rien de mieux pour terminer que de rappeler deux pensées qui résument tout ce qu'on peut dire de l'avarice considérée sous ses deux aspects principaux , comme un travers et comme un vice. L'une est de Plutarque, et s'applique au travers : « L'avare, dit-il, est semblable à l'âne des bains , lequel porte le bois à chauffer l'eau, et, toujours couvert de cendre et de fumée , ne se ressent ni de la propreté ni des autres avantages du bain. » L'autre pensée est de Bion ; elle s'applique au vice : « L'avarice, dit-il , est la métropole «* e toutes les méchancetés. » A la vérité il comprend dans l'avarice la cupidité, qui fait commettre tant de crimes. Mais ce qui est vrai de cet amour de l'argent, dont les funestes effets remplissent les histoires, ne l'est pas moins de l'avarice proprement dite, et l'on peut affirmer avec prutarque et Bion que l'avare est toujours un insensé ou un méchant.

Ch. Nisard.

avrrne. {Mythologie et Géographie.) On appelait ainsi chez les anciens ( de à privatif et ôpvtç, oiseau) certains lieux, lacs, cavernes ou marécages dont les exhalaisons méphitiques éloignent ou tuent les êtres vivants , de telle sorte qu'il semble qu'un oiseau môme ne saurait les traverser en volant. Telles étaient, selon les récits des historiens d'Alexandre, les cavités averniennes d'Adiabène en Mésopotamie (1). L'imagination des anciens, frappée de l'horreur et de la solitude de ces lieux placés d'ordinaire au centre de bouleversements volcaniques, les associait volontiers à l'idée qu'elle se faisait du royaume de Plulon, et croyait y voir les portes de l'enfer. Aussi les placa-t-on d'abord loin des contrées où florissait la civilisation grecque : dans la fabuleuse Hespérie, sur l'Éridan, en Ibérie et enfin dans l'Italie inférieure (2). Si, en plaçant l'entrée des enfers chez les Cimmériens, Homère n'a pas fait allusion aux environs de Naplcs, où Pline nomme en effet une ancienne ville cimmerienne, Lacus Avernus juxta quem Cimtnerium oppidum quondam (liv.

III , ch. 9 ) , Lycophron (3) serait le premier qui supposa qu'on pouvait descendre dans l'empire de Pluton par le lac Averne, entre Ponzzoles, Cumes et Baïa, lac près duquel il plaça le Cocyle, le Pyriphlégélon, les Champs Cimmériens , enfin tonte la topographie infernale. Scymnns de Chio, du reste, dit aussi que près de Cumes se trouvait l'Averne, où

(l> Trctz.. Lyeophr., 698.

(ï) Vos»., ad Vlrg., Ceorg., IV, 493. - llom., Odyss. , X, 511 ; XI, 1* «-H- - Strob.. P- «*. .

O) V., C89 et sulv.

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Cerbère enchaîné défondait l'entrée des enfers ; et Lucrèce (I), en parlant des lacs méphi tiques dont les exhalaisons rendent mortel aux oiseaux l'air qu'ils fendent de leur vol, dit également qu'il y a près de Cumes « un lieu de ce genre, où les montagnes, riches eu soufre et en sources thermales , exhalent une acre fumée. » Mais, quoique venu après eux, c'est Virgile qui, en plaçant sur les bords de ce lac l'admirable scène où il a raconté la descente d'Énée aux enfers (2), a rendu célèbre à tout jamais l'Averne de Campanie , resté le seul qui ait conservé son nom. Le lieu, du reste, était parfaitement choisi ; car les grands poètes sont toujours d'excellents peintres. Les vapeurs qui s'élevaient des sources bouillantes, les grottes profondes, les rochers se dressant comme de noires murailles , la disposition topographique de la contrée, qui permettait d'y trouver l'Achéron , les Champs- Élysées, etc., l'ombre projetée par les grands bois (luci Averni) consacrés à Hécate, qui répandaient sur ces eaux stagnantes une obscurité perpétuelle , tout cet ensemble de sauvage aspect et de lugubre silence , contrastant d'une manière si marquée avec les riants paysages qui entourent la ville de Naples, explique encore aujourd'hui le choix de Virgile; on y retrouve toute la décoration dans laquelle le poète a encadré son récit, et on y suit pas à pas les détails de sa mise en scène (3). Les poètes latins postérieurs à Virgile, tels que Stace (4), Silius Italiens (5), se réglèrent sur la donnée inventée ou acceptée par le maître, et le lac Averne se trouva si bien en possession de sa sombre renommée, que son nom servit à désigner l'enfer lui-même (6) : il parait même qu'on le personnifiait comme dieu du lac, et Servius parle d'une statue de l'Averne, qui à l'époque où Auguste réunit ce lac au Lucrin par un canal, se couvrit de sueur, comme en haine de celte profanation, en sorte qu'il fallut l'apaiser par des sacrifices expiatoires (7). En sa qualité de lac infernal, l'Averne jouait uu rôle important dans la magie et la nécromancie : « Là, dit Cicéron (8), on évoque par le sang et le sel les ombres des morts, et on les force à franchir l'entrée béante du profond Achéron. » Les eaux du lac servaient aux opérations magiques (9).

Le lac Averne a perdu aujourd'hui une partie de son prestige. Occupant le cratère d'un ancien volcan, dont la profondeur a plus

(1) L. VI, 741 gqq.

(î) Éncide, VI, *36 scq.

(3) Hcyne. second coroll. à rirQilc.Kn., VI.

(4) Theb., XI , 688.

(5) XII, ISO seq.

(G) Mari., VII, 47, 7. — Claud., Rapt. Prof ,\, 11C — Lucan., VI, es«.

(7) Serv., ad Virg.. Ceorg., Il , 162.

;8I Quxst. fuse, I, le 0») llor., Fpod., V,M,

371 AVERNK de cinquante mètres, ses eaux conservent une teinte sombre, ses bords sont toujours solitaires ; mais si une partie de ses rives est encore couverte de forets de châtaigniers , l'autre offre l'aspect d'uue culture méridionale, où les vignes sont suspendues en festons aux peupliers qui les supportent. Dès le temps de Slrabon, du reste, c'est-à-dire à l'époque môme où Virgile écrivait son poème, ce lac n'avait déjà plus l'aspect lugubre qui en avait fait dans l'antiquité l'entrée du séjour des ombres. « L'Averne, dit le géographe d'A- « masie, est environné de collines escarpées, « et ces collines cultivées aujourd'hui, jadis « hérissées de hautes forêts, de bois sauvages « et impénétrables, projetaient sur les eaux « une ombre utile à la superstition. On avait « admis que ce lac était un Plutonium, au- « tour duquel habitaient jadis les Cimmériens : « c'est ainsi qu'£phore, adaptant sa descrip- « tion de l'Averne à ce que l'on sait de cet « ancien peuple, rapporte qu'ils demeuraient « là, dans des habitations souterraines, que le « temple de l'oracle où les étrangers allaient « consulter l'avenir était également bâti sous « terre à une grande profondeur, qu'ils vi- « vaient de l'exploitation des mines, ne sor- « tant de leurs souterrains que la nuit, en « sorte qu'Homère avait pu dire :

L'astre brillant du Jour Jamais ne les éclaire... (i) « Mais aujourd'hui que la forêt qui couvrait « le lac de son ombre a été abattue par les « ordres de Marcus Agrippa, que les arbres « ont été remplaces par des édifices, que Coc- « ceins a percé une roule souterraine qui «< mène de l'Averne à dîmes, le mythe est « dévoilé (2). » Aujourd'hui les ruines les plus importantes qui bordent le rivage sont celles de deux thermes, dont l'un est appelé par les ciccroni temple d'Apollon ou de Pluton, et l'autre temple de Mercure. Sur les hautes collines qui enserrent le lac, on trouve de nombreux vestiges d'anciennes constructions ayant servi probablement aux besoins de la marine, lorsque l'Averne et le Lucrin élaient joints à la mer par un canal sous le règne d'Auguste : le tremblement de terre de 1538, qui lit surgir le Monte Nuovo, a effacé toute trace de ce travail. Au nord du lac , la galerie percée par Cocceius dans la monlagne passe pour la grotte de la Sibylle. Quelques peintures, tellement noircies par la résine des torches qu'elles sont devenues presque invisibles, compensent peu la peine d'une excursion dans ces cavilés fangeuses.

avril. {Histoire.) Le mois d'avril est le quatrième de l'année Julienne. C'était lui qui

<?) SU .,1». I . V p. 244-215

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