BAAL
au sommet d'une montagne sacrée ; chez les Syriens des villes, lo dieu prenait des formes tout humaines; on lui créait une légende, une histoire ; on lui attribuait des amours et des aventures, qui, bien qu'ayant un sens symbolique, étaient entendues par le vulgaire dans lo sens matériel. Le dieu était identifié presque toujours k la lune ou à la planète Vénus ( Voy. AstartA). D'autres fois, cette divinité était invoquée comme dieu unique ou du moins comme placée bien au-dessus des autres dieux , les Elohim(i). C'est ce qui s'observait aussi parmi les tribus arabes avant l'établissement de l'islamisme (2). Une seule tribu, celle des Israélites, s'éleva, grâce à son législateur Moïse, à un monothéisme infiniment plus pur, plus absolu que celui de ces dernières tribus. Le Baal-I'éritk, appelé aussi Jéhovah (3), fut conçu par les Juifs avec des caractères analogues à ceux qui appartiennent au Dieu unique des peuples chrétiens. Son culte surtout et la loi qui reposait sur ce culte s'élevèrent de toute la hauteur du génie divin au-dessus du culte et de la loi de ces Baalim ( pluriel de Baat ) dont les Juifs méprisaient les idoles et maudissaient les rites impurs ou cruels. En effet, le culte des divinités syriennes était fait pour provoquer l'indignation des hommes vertueux et policés. On brûlait des enfants en l'honneur du dieu de Tyr et de Carthage ( l'Hercule tyrien des Grecs et le Saturne carthaginois des Latins ) ; on faisait de pareils sacrifices à Camos, le dieu des Moabites (<t) ; les femmes se prostituaient en l'honneur de Baal-Pcor ou Phegor, représenté par une image ithyphallique (5).
Toutefois, à côté de ces différences il existait aussi des analogies , qui dénotaient une source commune de croyances et une identité, une même tournure d'idées. C'était sur les hauts lieux que les Syriens et les Phéniciens sacrifiaient à leur Baal, comme primitivementles Israélites à leur Jéhovah et ainsi que le font encore les Bédouins (6). Divers
(1) Ce dieu est X'El-Êlion rte la tribu de Schalem, dont Melkitsédek était prêtre ( Cencs., XIV, 18), le HAoç ou lXo; de 'a version grecque de Sanchonla- Uion, Identifie 1 par lui a Cronos, V Allah ou Allah-taal (OypoxaX d'Hérodote) des tribus arabes. De même que celui-ci devint après l'Islamisme le dieu de tous les musulmans, Élohlin , Jéhovab-Élonlm devint le dieu de tous les chrétiens. De même encore le Jupiter Capitulin , dieu spécial de Home, fut élevé au temps des empereurs romains au rang de dieu universel et suprême, optimus maximus.
(2) y oy. à ce sujet No*l Desvergers, fie de Mahomet, trad. de l'arabe d'Ahnulfeda , p. ai; Cnussin de IVreeval, Essai sur l'Histoire des Arabes avant l'Islamisme, t. I, p. 346, 847.
(tyjudic, VIII, 33; IX, 4. Ce dieu répondait au ZéÙ; "Opxioç , au J vpiter fidius.
(4| IV Reg.. XX 111, 13.
(5) rot. y * ur ,e c,,Uc '"'Pur et cruel de Moloch, Le vitiq., XVIII, ï2j XX, a. 3.
(6) f- oy. Uuboys-Almc, Sur les Tribus Arabes du
peuples de la Phénicie invoquaient leur dieu sous le nom à' Adonis ou iTAdvn, seigneur, nom que les Israélites donnaient aussi au leur. C'est ce dieu Adon (l) qui, avec Astarté, qu'on lui donnait pour épouse, formait la dyade divine adorée à Cypre ( Voy. Astartk ). Cet Adon, dont les poètes grecs s'emparèrent pour en faire un liéros de leurs fables, Adonis, avait de même sa caste sacerdotale, ses sacrifices réglés par une législation circonstanciée. Baal avait ses prophètes comme le dieu d'Israël (2), et les descriptions que l'Ancien Testament nous donne de celui-ci nous montrent que si les Hébreux ne l'identifiaient pas tout à fait au soleil et au principe lumineux, ils se le représentaient cependant comme une flamme, un être environné des clartés célestes, comme le roi du soleil et des étoiles.
Dans le mythe d'Adonis tel qu'il nous a été donné par les anciens , on retrouve une foule de traite analogues à ceux qu'offre la légende du dieu phrygien Altis ou Atys (3), ce qui tend à faire croire que le culte de Cyhèle et d'Attis était dérivé de celui du Baal-Adonis et d'Astarté. Mais dans le mythe de ces deux dieux le récit de leur blessure et de leur mort est uu fait principal, qui (ait allusion au coucher et à la disparition de l'astre que ces dieux personnifiaient, ou du moins au phénomène de sa déclinaison australe. Ce trait se rattache à tout ce cortège de légendes, à cette mythologie qui demeura inconnue aux Sémites. D'une imagination plus bornée, ceux-ci s'en tinrent à la notion divine dans sa simplicité, et les haines héréditaires qui divisaient les tribus les empêchaient de s'emprunter mutuellement leurs divinités (4). Le culte d'Adonis hellénisé sé répandit, comme celui de l'Aphrodite-Uranie, dans la Grèce propre (5).
Les destinées des Baalim des peuples sémites et cananéens dépendirent beaucoup de celles des villes et des tribus qui les iuvo-
désert de l'Égypte, dans la Descrlpt. de l'Égypte, étal moderne, 1. 1, p. 68».
(l) Ce (ut en mémoire de son origine phénicienne que les mylhographes grecs donnèrent Phœnlx pour père a Adonis.
(S) Jérémie, XX111, 13; III Reg., XVIII, tt.
(8) Voy. Uuigniaut, llelig. dcfAntiq. t. Il, part. III.
(4) l'ausanias parle d'un édifice existant à Argos ou les femmes allaient pleurer Adonis. (Corinth., c. xx). Ce culte pénétra aussi en Sardalgne et a Rome. Foy. Raoul Rocbette, Sur les Jardins d'Adonis , Rev. Archéologique, mal 1851.
(3) Ce temple élevé par Hirain , roi de Tyr, renfermait de nombreuses offrandes. On y voyait une colonne d'or, élevée, disaient les uns, par ce prince, et suivant, les autres envoyée par Salomon. (Luseb., /'nfp.Évarjp., IX,p,«l.~ Menandcr etJosèphe, Adr. Apion, I, 18 ). Le nombre des offrandes renfermées dans ce temple était considérable. Celait, d'après Menamlre,le premier temple qui eût été construit parles Phéniciens ( Josèphc, Antiq. Jud , VU, c. C3, S, p. V» éd. Dindorf).