BACCHUS
taureau, peut tenir aussi à l'idée de force et » vinité. Nous possédons plusieurs inscriptions
d'énergie que les cornes représentaient chez les anciens : le vin communique au corps une force nouvelle , dont les cornes de Baccbus ont pu avec une certaine vraisemblance être le symbole ; c'est ce que confirme! aient les vers bien counus d'Horace :
In ipem rcdncU mentions onxlia , VlrUque.eUddls cornu» pauperl. (Ut. II, ode ai..)
Baccbus présidait à la délivrance , à la liberté ; c'est le dieu Lylius ou Lyœus , Eleutherius (Xfaio;, Xvaîoç, iXcuOépioc). C'est la même idée qui a donné naissance au proverbe in vino veritas, in vino liber tas.
Thèbes devint un des grands centres du culte bachique. Le nom de libérateur, sous lequel ce dieu était surtout invoqué en ikotie et avait un temple daus Thèbes , le fit prendre comme héros national de cette ville. Toute une légende (ut rattachée au Dionysos thébain , et c'est ce qui a fait croire que le dieu avait pris naissance en Béolie. Il est à noter que ce fut aussi à Thèbes que se développa le mythe d'un autre grand héros hellénique, Hercule. La* Béotie, qui a vu naître Hésiode , paratt avoir été un des premiers théâtres du mouvement des idées religieuses chezlesGrecs. C'est là quedesnotionscommunés aux différentes tribus pélasgiques prirent une physionomie particulière, un type à part, et servirent de point de départ à ces religions locales qui étaient si multipliées dans la Grèce antique.
Il est bien certain que le culte de Dacchus s'est répandu et propagé avec la culture de la vigne ; car nous le voyons surtout fleurir dans les lieux où cet arbuste était planté avec succès et donnait des produits abondants, à Naxos, àTéos, en Thrace, en Lydie. L'analogie de Bacchus avec Apollon le fit rapprocher de ce dieu, dont il partagea peu à peu quelques-uns des attributs. A Delphes il étaitplacésur le même pied que la divinité inspiratrice de la Pythie; il avait aussi ses oracles à lui : dans le temple d'Amphiclée il révélait en songe aux malades les moyens de se guérir. Dieu du plaisir» il préside , comme le fils de Latone , aux arts ; on le voit parfois entouré des Muses et des Grâces, et c'est en son honneur que la tragédie, la comédie sont établies. La tragédie n'était dans le principe qu'un chant en l'honneur du dieu, dont un bouc était le prix; la comédie, que l'hymne qu'on faisait entendre à la louange de Bacchus dans la fête broyante qu'on célébrait pour lui (Kôjtoç). C'est ainsi que Dionysos devint le dieu des représentations scéniques, le patron des comédiens. Il S'établit des confréries dont l'occupation consistait à se transporter de ville en ville aux dionysiaques ou fêtes de Bacchus, et à y représenter des drames oour honorer cette di-
grecques (Bœckh, Corpus Inscr. Grec, t. II, n° 3,073, 3,200 ) où mention est faite de ces acteurs, qui rappellent ceux qui au moyen âge allaient célébrer les mystères, et qui sont comme l'origine de nos comédiens ambulants.
Ces acteurs prenaient le titre de ol itspl t&v Aiovvoov ?«xvïtai. Il y avait aussi des confréries (ovvoSoi). sortes d'ordres religieux qui se vouaient d'une manière spéciale au culte de ce dieu et célébraient des fêles et des festins en son honneur. On les appelait Dionysiasles , Mystes; ils tenaient des assemblées (olxoi), et avaient à leur tête un président ou prostate et un prêtre ( Bœckh , t. H , n° 3067 , 3068 , 2836,6, 3073). C'est un phénomène digne de remarque* et qui se présente dans la religion hindoue comme dans la religion hellénique, que la dépossession successive du culte d'un dieu par celui d'un autre dieu. De même que certaines divinités du Véda , telles que Vichnou, par exemple, qui n'occupaient qu'un rang secondaire, ont, dans les âges postérieurs , conquis le premier rang et fait oublier les dieux suprêmes , certains héros, certaines divinités de la Grèce otit usurpé la souveraineté originelle des grandes divinités. C'est ce qui arriva pour Bacchus : le caractère qu'il prit à Thèbes le transforma en un type d'héroïsme et de valeur, si bien qu'Alexandre le Grand finit par le prendre pour idéal, Démétrius Poliorcète se le proposa formellement comme modèle , Mitbridale se fit appeler Dionysos et Kvios, du surnom que ce dieu recevait des acclamations en sou honneur^ Evoé. Ce qui contribua à cette vogue du culte dionysiaque , ce fut l'identification de Baccbus, d'une part avec le dieu phrygien Sabazius, Zàgreus, de l'autre avec le dieu égyptien Osiris»
Les dionysiaques ou fêtes de Bacchus n'étaient dans le principe, en Grèce, que des fêtes fort simples, réflétant la naïveté, la rusticité des occupations champêtres auxquelles ce dieu présidait. « Autrefois , dit Plutarque, on célébrait la fête de Bacchus avec des formes simples, qui n'excluaient pas la gaieté; on portait en tête une cruche pleine de vin et couronnée de pampres ; puis venait un bouc soutenant un panier de figues, et enûn le phallus , symbole de la fertilité; mais aujourd'hui tout cela est tombé en désuétude et oublié, » (Plut., De Cup. Divit.) Mais chez les Thraces, chez ce peuple farouche, le culte de Bacchus participait de la barbarie des mœurs. Les fumées du vin ne tardaient pas , après des libations copieuses en l'honneur du dieu, à ébranler les cerveau* <Jfê adorateurs ; chez les hommes grossiers, le vin exerce un effet funeste : ils entrent datf une véritable fureur; mais c'est bien pi»