BAI
encore chez les femmes, dont l'organisation nerveuse , délicate , ne saurait supporter la trop grande excitation des alcooliques.
C'est ainsi que prirent naissance les orgies, les scènes de désordre bruyant, salies bientôt par les propos et les actes les plus lubriques, ensanglantées par des traits de cruauté et de brutalité sanguinaire. Certaines légendes nous ont conservé le souvenir du triste effet des orgies et des scènes d'ivresse, propagées bientôt, sous le patronage du dieu, de la Thrace à Thèbes, en Attique et dans toute la Grèce. Lycurgue , roi de Thrace, dans un accès de délire , punition du dieu , tua son fils Dryas. Sur le Cilhéron , Pentliée, qui avait voulu s'opposer à l'introduction du culte dionysiaque , est mis en pièces par sa mère A gavé et les Ménades ou prêtresses de Bacchus. Icarius, ayant reçu du dieu l'art de planter la vigne et de faire le vin , en fit boire aux pâtres de l'Attique, et, pour prix de son bienfait, ceux-ci, dans leur ivresse, se croyant empoisonnés , l'immolèrent sans pitié. Une autre tradition nous disait aussi qu'Érigone, la fille d'Icarius , que Bacclius avait séduite sons la forme d'une grappe de raisin , avait mis elle-même fin à ses jours.
Le culte de Sabazius en Phrygie offrait avec les bacchanales une ressemblance frappante. C'étaient les mêmes scènes orgiastiques, les mêmes désordres bruyants. Le dieu lui-même semble aussi avoir été une personnification du soleil , de la force de maturation, de germination, et il n'est pas impossible que le Bacchus de la Thrace eût depuis longtemps avec lui uue communauté d'origine, puisque la Thrace et la Phrygie avaient été peuplées par une même race, celle des Bryges. Quoi qu'il en soit, lorsque les saisies furent apportées en Grèce, elles ne tardèrent pas à se fondre avec les dionysiaques. Le caractère licencieux et furibond des fêtes phrygiennes fut d'abord un obstacle à leur naturalisation chez les Grecs du Péloponnèse et de l'Attique , ce qui fait croire que dans ces contrées les fêtes de Bacchus gardaient encore la simplicité des premiers âges (Voyez Lobeck, Aglaophamus Orphie.) ; mais le goût des Grecs pour les cultes nouveaux et exotiques finit par l'emporter : les sabazies firent chez eux de nombreux dévots, et opérèrent une véritable révolution dans le cuite de Bacchus. Les bacchanales , transformées dé* sonnais en scènes de débauche , en orgies bruyantes, parfois même en cérémonies secrètes de dépravation et de sang , précisément à raison de leur caractère étrange, acquirent une popularité que les lois eurent beaucoup de peine à combattre. En Italie, le culte de Bacchus, identifié au dieu italique Liber pater, avait été apporté dès une haute anti-