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BAC

les noms de second Dionysos et «le nouvelle Déo.

Le Dionysos infernal ou Osiris, né du mélange du Dionysos grec et t h race , de Sahazius, de Zagreus, d'Osiris, et son épouse, en laquelle venaient se confondre les types de Déméter, de Proserpine , de Cérès et d'isis, furent les grands dieux d'une nouvelle religion : celle qui avait son culte dan3 les mystères, et qui se substitua, dans les derniers temps du polythéisme crée, à l'antique adoration des divinités pélasgiques , des héros de la Grèce et de l'Asie. Orphée, sous le patronage duquel ou plaça ces mystères, Orphée, qu'une tradition antique donnait pour avoir, dans la Thrace primitive, c'est-à-dire la Macédoine et la Thessalie, institué les premiers mystères, fut représenté comme le fondateur des nouvelles Dionysies : on fabriqua des écrits sous son nom, et, à l'aide de ces suppositions, on parvint à substituer aux vieilles croyances de la Grèce les doctrines syncrétiques et quelque peu panthéistes de l'école alexandrine. Il en fut de même pour les autres poètes que la tradition associait à Orphée, pour Linus et pour Thymète. Toutefois il faut reconnaître que dans les doctrines qui se rattachaient à la légende de Zagreus et de Sabazius, il y a des traces de vieilles idées asiatiques que les orphiques se sont appropriées en les développant; tout, dans les œuvres supposées des poêles théologiens, n'est pas de fabrique moderne ; leur cosmogonie porte des traces incontestables des idées cosmogoniques de l'Asie ( Voyez, dans la Revue archéologique, la dissertation de l'auteur de cet article sur la cosmogonie orphique, t. VII, p. 340), et on ne saurait entièrement rejeter les analogies assez curieuses que M. Langlois, dans son mémoire sur la divinité védique appelée Soma, a retrouvées entre celle-ci et Zagreus.

Ce qui fait le caractère particulier et vraiment original du culte de Bacchus, ce sont les fêtes célébrées en son honneur, les bacchanales. C'est avec un cortège de femmes ivres, de danseurs joyeux, de mimes grotesques, d'animaux rustiques, que cette divinité apparaît, soit dans l'histoire mythologique, soit sur les monuments. Cette procession ou thiase (6(acoc ), dont il est le héros et le chorège, forme en quelque sorte son armée. C'est à sa tête qu'il arrive en Grèce et qu'il combat Apollon, dont le culte lui était opposé. Dans ses nombreux voyages, en Épire, en Égypte, en Syrie, en Arabie, en Mésopotamie, dans l'Inde, il est toujours accompagné de cette cour bruyante et bouffonne. On y voit figurer les satyres, les tityres, les silènes, sorte de satyres personniGés en Silène, donné par les poètes au dieu pour nourricier, les bacchantes ou œénadesjlenes, tbyadesou mimallones, types

HUS 392 des femmes vouées à son culte, puis plus tard des génies tout allégoriques: Ampélos, qui représente la vigne; Acratus, le vin pur ; Méthé, l'ivresse ; Maron, que la tradition homérique fait naître de Dionysos et d'Ariadne, et qui avait, dit-on, enseigné le premier aux liabitants de Chios l'usage du vin. Bientôt à cette bande bachique furent adjoints Pan, les Pans et Panisques,qul n'en étaient que des reproductions, les Naïades, les N yrophes, les Centaures, et bien d'autres personnages divins. Des animaux jouent aussi un grand rôle dans cette procession : c'est d'abord l'âne, sur lequel est souvent assis Silène, et qui servit de monture à Bacchus lui-même à sou passage du marais de Dodone et quand il combattit les Titans : cet animal, suivant une tradition, du reste assez moderne, avait été placé par Bacchus au rang des astres ; enfin ce sont les panthères, qui se jouent, comme des chiens domestiques, avec les personnages de la bande.

L'âne et la panthère, animaux originaires de l'Orient, tendent à faire croire que c'était de cette partie du monde que la procession dionysiaque était primitivement partie. Toutefois, il est à noter que le premier de ces animaux était, à une époque déjà fort reculée, en usage, comme bête de somme, chez les Hellènes, et que la panthère, qu'on rencontrait en Asie Mineure, en Lydie, en Carie, était le plus terrible ennemi des troupeaux, et à ce (ilre trouvait une place naturelle dans les mythes représentatifs des mœurs pastorales. D'ailleurs, le personnage de Bacchus se modifia un peu suivant les pays. En Lydie il revêtit davantage le caractère asiatique, ainsi que le montrent sa grande barbe, sa chevelure aux longues tresses, sa tunique ou bassaride traînante , et jusqu'à sa démarche. En Grèce, au contraire, c'est un beau et voluptueux jeune homme, aux formes efféminées, à la physionomie pleine d'une molle langueur ; c'est toujours le type d'un même caractère, mais sous des couleurs qui n'ont rien d'asiatique. Le Bacchus infernal, l'époux de Proserpine, qni avait pris la place d'Ariadne, avec laquelle le syncrétisme l'identifia, n'est pas moins différent : c'est un dieu-roi, un vrai Plutoo, mais dont la figure est moins rébarbative et l'aspect moins effrayant. On reconnaît en lui un Osiris grec, qui siège sur un trône au fond de YAmenti. Les monuments de l'art nous fournissent les preuves les plus frappantes et les témoignages les plus décisifs de cette diversité dans la conception de Bacchus.

Rien n'est plus commun que les représentations figurées de Bacchus et de son cortège. Les bas- reliefs, les vases peints nous les montrent sans cesse. Les vases nous offrent aussi toute une galerie des mystères dionysiaques.

BAC.niUS - BACULÏTE

Aussi peut-on dire que c'est à l'archéologie que l'on doit sur cette branche de la religion grecque les dernières lumières. Les artistes multiplièrent encore plus que les poètes ces personnifications , déjà nombreuses , dans le thiase : le vin, la danse, la musique, le rire, la folle ivresse, l'amour quelque peu sensuel, les grâces, tous les plaisirs, enfin, qui accompagnaient les fêtes du dieu , devinrent sous le ciseau ou la pointe des artistes autant de djvioités allégoriques, que l'antiquaire nous a révélées.

On peut suivre aussi sur les vases peints tous les détails de l'histoire du dieu» depuis sa naissance, lorsqu'il sort de la cuisse de Jupiter, où il demeurait caché afin d'échapper à la fureur de Junon contre le fils adultérin de Sémélé, jusqu'à son triomphe, où en compagnie d'Ariadne ou de Proserpine, tratné par les Centaures, et suivi de tout son cortège habituel , il rayonne de tout l'éclat de son apothéose.

Tout le développement de la doctrine des mystères du Dionysos infernal se retrouve dans les monuments céramographiques, dont plusieurs étaient incontestablement destinés à rappeler les cérémonies des mystères auxquels présidait ce dieu. On y voit aussi parfois Ichosac, comme sur un lecythus du musée de Berlin ( Gerhard, Berlins antihe Bildwerke, n° 67G ), où le dieu , désigné par son nom, est représenté barbu, couronné de lierre, vêtu de la longue tunique et armé du canlhare. L'Italie avait reçu de bonne heure, arec les vases peints de la Grèce, la connaissance de la religion de Dionysos et de Proserpiue, ou, pour appeler cette dyade par son nom sacramentel, de Coros et de Cora. Ces deux divinités furent reproduites sous la forme latine de Liber et de Libéra. Baccbus-Liber fut représenté avec des cornes au front, et Libéra , identifiée à Cérès, avec le boisseau ou modius sur la tète. Il semble même que plus anciennement le culte du Bacchus grec ait été approprié aux idées italiques : les médailles (Eckhel, I, p. 12G, 139 ) nous offrent le Bacchus Hébon comme un taureau à face humaine, et ce dieu, ainsi que nous l'apprend Macrobe, était adoré par les habitants de Partliénopé. Hébon semble être né de la transplantation du Bacchus-Pogon ou barbu de l'Asie Mineure en Étruric et dans la Grande Grèce. Ce Bacchus tout asiatique, qui sur les bas-reliefs dits choragiques précède d'un pas grave le chœur des muses , à la manière de l'Apollon Citharède , est sans doute celui qui figurait dans les traditions tyrrhéniennes : une légende rapportait en effet qu'en se rendant d'Icarie à Naxos sur un vaisseau tyrrhénien, Dionysos avait changé en dauphins les matelots qui voulaient le vendre. Toutefois , le

Liber latin, vraisemblablement identique au Lœbasius des Sabins, et dont le nom était dérivé du verbe libare, féconder, peut bien avoir eu son origine nationale. Son association à la déesse parèdre Libéra fut sans doute l'effet de l'introduction des idées grecques. Dans ces fêtes, où l'on promenait le phallus, comme dans celles du Bacchus hellénique, il y avait d'ailleurs une aualogie avec les dionysiaques qui facilita singulièrement la fusion. Mais le culte du dieu italique, purifié bientôt par son association à celui des mystères, ne parait pas avoir eu jamais cette grossièreté d'attributs et ce caractère sauvage qu'on retrouve à Dionysos dans quelques parties de la Grèce, tels que nous les offrent par exemple les omophagies.

Alfred Macry.

Creuzer, tteiig. de F Antiquité, refondu par Gnlgnlaut, t. 111, i« et » e partie. — Preller, art. Liber pater, dans l'Encyclopédie classique allemande de Pauly. — J. H. Woss, Mythologitche Fortchunçen , Lelpxlg (183*). — Lcnormant et de Wllte, ÊlUe de$ Monuments céramographiques.

bagulite. ( Histoire naturelle.) Mollusque fossile, qui forme un genre de céphalopodes de la famille des ammonées. Il a été institué par Lamark pour des moules intérieurs de coquilles multiloculaires, à cloisons feuilletées, observés depuis très-longtemps par les naturalistes , et qui ont les plus grands rapports avec les ammonites. Jusque là ce mollusque, singulier par sa forme et sa longueur, était resté un sujet d'énigme et avait reçu différents noms , d'après les analogies qu'il faisait naître dans l'esprit des observateurs. Ainsi on l'avait appelé Cratoides articulatus, ammonite droit, spondylite ou vertèbres fossiles.

On ne connaît des baculites que leurs moules, et jusqu'à présent on n'en a pas rencontré qui aient conservé leur test , pas même en partie, comme cela arrive chez les ammonites. Les articulations de ces moules, plus ou moins sinueuses sur leurs bords, sont le plus souvent profondément lobées, et leurs lobes découpés en forme de feuilles de persil; l'engrenage qui en résulte maintient ordinairement seul la réunion de ces articulations, qui, n'étant point soudées les unes aux autres, sont mobiles et se séparent avec facilité. De là l'erreur qui les a fait prendre pour des vertèbres fossiles. D'après les proportions des parties observées, certaines espèces de baculites devaient avoir un test d'un mètre de long.

Voici les caractères du genre baculite, que G. Cuvier range entre les scaphites et les hamites : test droit, cylindrico-coniqiie, toujours comprimé; articulations lobées ou simplement sinueuses; siphon latéral situé à l'une des extrémités du grand diamètre de la coupe

395 BACULITE

transversale. Desmarest en décrit plusieurs espèces : B. giganiea, remarquable par ses grandes dimensions; B, verlebralis, Ja plus commune de toutes; B. dissimilis, qui doit peut-être se confondre avec la précédente; B. Knorriana, qui forme, le genre Piranite de Montfort : elle est remarquable par sa taille et par sa compression excessive.

Les baculiks appartiennent à des couches assez anciennes des terrains intermédiaires situés au-dessus de la craie» avec des turmonites, des térébratules, des trigonies, des dents de squales, etc. Un banc puissant, où les baculites dominent, a été observé et étudié par M. de Gerville aux environs de Valognes.

Foy. le Dictionnaire classique d'Histoire Naturelle dirigé par M. Borry de Saint-Vincent.

bahia. (Géographie.) Bahia ou San-Salvador de Bahia est uue ville maritime du Brésil, et le chef-lieu de la province qui porte le môme nom. Elle lire ce nom de la baie sur laquelle elle est siluée, Bahia de Todos os Sanios. Cette situation en fait l'un des plus beaux ports de l'Amérique. Elle fut fondée en 1549, par Thomas deSouza, sous Jean III, et fut la capitale du Brésil jusqu'en 1773, époque où ce titre passa à Rio-Janeiro. Bahia fut capturée par les Hollandais au commencement du dix-septième siècle, époque de leurs conquêtes dans cette partie nord du Brésil ; ils exploitèrent avec succès les riches produits de celte contrée. Leurs exportations s'élevèrent dans une année à deux cent dix* huit mille caisses de sucre et deux millions cinq cent quatre-vingt-treize mille six cent trente livres de bois de Brésil ; mais ces marchands réussirent mieux à trafiquer qu'à protéger et conserver leur conquête. Bahia fut reprise par les Portugais, dans une espèce de croisade chevaleresque.

Sa population est évaluée aujourd'hui à cent mille habitants; quelques voyageurs la portent même à cent vingt mille, dont quarante mille blancs, trente mille mulâtres et le reste nègres. Elle se divise en ville haute et basse. Celle-ci, qui longe le rivage, se compose de rues sales et tortueuses; elle est peuplée de matelots, de colporteurs, etc. L'autre, située sur une colline à six cents pieds au-dessus du niveau de la mer, est le quartier opulent ; la société y surpasse , dit-on , celle de Rio-Ja- . neiro par l'élégance et le luxe. Bahia est la résidence du gouverneur de la province et le siège de tous les tribunaux. Elle fait un commerce considérable. Il entre annuellement dans son port pour vingt-quatre millions de marchandises importées de tous les pays ; ses exportations s'élèvent à 30,000,000 de francs. Son port reçoit chaque année deux mille bâtiments. Le sucre, les tabacs, les bois du Bré-

- BAHRÉIN m

sil, les cuirs et diverses drogues forment ses principaux articles d'ex porUtion. Sa position est protégée par plusieurs forts, ceux de San- Pedro, do Mar, San- Antonio, Sainte-Marie et San-Diego; mais ces défeuscs sont peu redoutables, par le manque d'artillerie et la faiblesse des garnisons.

Bahia possède de nombreux édifices, parmi lesquels on compte cinquante-deux églises ou couvents. Elle est située à deux cent quatrevingts lieues nord- nord-est de Rio- Janeiro; lat. sud, 12° 59' 25"; long, ouest, 4° 51' 54".

An. R.

Bahreïn. ( Géographie. ) Contrée de l'Arabie, nommée aussi El-Haga ou El-Hedjr.

Elle s'étend le long du golfe Perslque, depuis le cap Musendom , ou mieux depuis le pays de Djolfar, au nord de ce dernier, jusqu'à l'embouchure de l'Euphrate. Le nom de Bahréin, qui est le duel du mot arabe Bahr ( la mer ), vient, d'après AbouKéda, de ce que le pays est situé entre un lac nommé le lac d'El- Ahsa et la mer salée ( Bahr-el-Melih). « Bahréin, dit l'auteur du Meracid-el-Ihila, d'accord en cela avec Bakou! , est l'appellation générale de tout le pays entre Basra et Oman. La capitale de cette province est la ville de Hedjr, qui est éloignée de quinze journées de Basra, tandis qu'elle est séparée de l'Omar»

par un mois de route (1). »

Formée d'une bande de terrain dont la largeur dépasse rarement cinquante à soixante milles, cette contrée est l'une des moins connues de notre globe.Toujours recouverte par leo sables mouvants qu'apportent les vents du désérielle présente un aspect désolé, interrompu ça et là par quelques bouquets de palmiers, à l'ombre desquels se cachent quelques bourgs ou villages dont le nombre ne s'élève pas à plus de vingt. La ville maintenant la plus importante de la province de Bahréin porte le nom d'El-Haça et est située sous le 2 5 e degré de latitude septentrionale : c'est une place assez forte ; elle est riche en palmiers, en eaux courantes et en sources extrêmementehaudes.

El-Katif, que Ton croit être l'ancienne Gherra, a été, grâce au voisinage des lies Bahréin, dont nous allons parler tout à l'heure, un des plus riches entrepôts de l'Arabie; mais maintenant la ville n'a plus qu'une cliétive apparence, bien qu'elle soit pourvue de tout ce qui est nécessaire à la vie et entourée de nombreux bosquets de dattiers (2). Elle a une population de 6,000 âmes. Le district qui porte son nom renferme neuf bourgs ou gros villages entourés de murailles et sept qui n'ont pas d'enceinte, comptant ensemble 10,000 lia

(1) Meraeid-el'lhUa , manuscrit de ta Bibliothèque Impériale, p. 81

(2) liistory of seyd Sali sultan of Matcat, i»i l.ondon.

397 BAH bitants. Depuis El-Katif jusqu'à Bassora, le pays n'est plus qu'un désert. Les antres villes du Bahréin sont Hems, Biclia , El-Hasa , El- Khatlia, oh l'on fabrique les lances connues sous le nom de khathié.

Le groupe des lies Bahreïn est situé par 48° 20' de longitude est et 26° 10' de latitude nord. 11 se compose de l'Ile de Bahréin ou d'Àwal, bien arrosée, fertile en dattes et en grenades, peuplée de 10,000 habitants, et des lies Maharag, Arag, et Tamahoy. Tout autour s'étendent les récifs où se trouvent les fameux bancs d'huîtres qui produisent les perles les plus estimées de l'Orient.

Édrisi a donné sur la pèche des perles des détails que nous allons lui emprunter : l'immobilité des usages de l'Orient doit nous faire supposer que l'état des choses a peu changé depuis Tépoque à laquelle il écrivait.

« C'est dans l'Ile d'Awal que résident les navigateurs qui se livrentà la pêche des perles. Ils habitent la ville, et des marchands, porteurs de sommes considérables, s'y rendent de toutes les parties du monde pour y séjourner durant des mois entiers, en y attendant la saison de la pèche. Les marchands louent des plongeurs moyennant un salaire dont le taux est fixé. La pèche a lieu en aoAl et en septembre , ou même avant cette époque, si les eaux sont assez limpides.Chaque marchand est accompagné du plongeur qu'il a loué, et toute la flottille sort de la ville au nombre de deux cents donndj , grandes barques construites arec un entrepont que les marchands divisent en cinq ou six cabinets.... Chaque plongeur a un compagnon qui doit l'aider dans son travail : cet aide se nomme le moussfl. Les pécheurs sortent donc tous ensemble de la

ville, précédés d'un guide habile Parvenu

au lieu où l'on suppose que se trouve un banc de perles, le guide plonge dans la mer et regarde. S'il trouve la place favorable à la pêche , il fait abattre la voile de sa doundj et jeter l'ancre. Les autres barques s'arrêtent également, et tous les plongeurs se mettent à l'œuvre. La profondeur des bancs varie de deux à trois brasses. Lorsque le plongeur s'est dépouillé de ses vêtements , il 6e bouche les narines d'une sorte d'onguent composé de cire fondue avec de l'huile de sésame; il prend son couteau et un petit sac destiné à contenir les huttres qu'il pourra trouver. Chaque pêcheur est muni d'une pierre pesant quatre quintaux ou environ, laquelle est attachée à une corde mince, mais solide. Le moussfi tient cette corde, tandis que le plongeur place ses pieds sur la pierre et se laisse tomber dans l'eau avec elle. Parvenu au foud, il s'assied, et ramasse avec promptitude toutes les huîtres qu'il peut atteindre. Quand il est fatigué, il remonte à la surface, et reprend haleine ; puis

il plonge de nouveau. Chaque fois que le sac est plein, le nioussfi le tire du haut de la barque, le vide dans sa cabine et le renvoie au plongeur... Lorsqu'ils se sont livrés au travail pendant deux heures, les plongeurs remontent et se reposent. Le moussu se met alors à ouvrir les huîtres ; le marchand assiste à l'opération depuis lo commencement jusqu'à la fin, en recueille le produit et en prend note par écrit. Quand un banc est épuisé, on se trans» porte sur un autre ; car la pêche dure jusqu'à la (in du mois d'août, époque à laquelle les pêcheurs retournent ensemble à 111e d'Awal , rapportant toutes leurs perles renfermées dans des bourses. Chacune de ces bourses porte une étiquette indiquant le nom du propriétaire et est scellée d'un cachet. Au moment du dé« barquement, toutes les bourses sont retirées des mains des marchands et mises sous la responsabilité du gouverneur. Le jour de la vente arrivé , on appelle par son nom chacun des propriétaires, on brise les cachets l'un après l'antre, et on verse chaque lot de perles sur un crible au-dessous duquel s'étagent deux autres cribles, tous trois étant percés de trous d'une dimension telle, que le premier ne garde que les grosses perles, le second que les moyennes, le troisième que les petites. On sépare ainsi les espèces, on les estime, et on en annonce le prix à haute voix. Si le marchand désire garder sa marchandise, on l'inscrit sous son nom ; s'il préfère la vendre, celui qui l'achète est tenu de la payer comptant, de telle sorte que le marchand acquitte sa dette envers le plongeur, et que tout le monde s'en va content. Quand il se trouve dans la récolte quelque perle d'une beauté rare , le gouverneur de 111e d'Awal la réserve, et l'inscrit luimême au nom du prince des croyants ; mais l'équité préside toujours à ces sortes de marchés, et il n'y a pour personne aucun sujet légitime de plainte (1). »

Le produit des pêcheries du golfe Persique au seizième siècle était estimé a 500,000 ducats; maintenant il est d'environ 20 lacks de roupies, c'est-à-dire à peu près 5,000,000 de francs. La plus grande partie des perles ainsi recueillies est portée dans llnde; le reste se vend à Buschiu , Bassora ou Bagdad , pour la Turquie et la Perse. Le principal marché d'où elles partent pour ces divers lieux d'exportation est aujourd'hui Mascate.

Selon toutes les probabilités, les lies appelées dans l'antiquité Tylos et Aradus n'étaient autres que les lies Bahréin , dont le commerce remonterait ainsi jusqu'aux Phô* niciens. Néarque en fait mention dans son journal (2). 11 ne parle, à la vérité, que de la petite Ile de Catœa, sur le rivage oriental,

(•} Édrisi, U, p.S7î,377.

(») Arrien, but. Op., f. is*.

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