‹ Encyclopédie moderneChapitre 164 sur 308 · BAI · texte numérisé non relu

BAI

fréquentaient leurs côtes dans certaines saisons et disparaissaient ensuite pour longtemps. Quelques pécheurs de ce pays, qui faisaient habituellement voile vers le Nord poussèrent, dit-on, jusqu'au banc de Terre-Neuve : on leur a même attribué la découverte de l'Amérique septentrionale antérieurement au voyage de Christophe Colomb. Ce qui est hors de doute , c'est qu'ils fréquentaient les mers où les baleines abondent, et qu'ils en faisaient la pêche en même temps que celle de la morue. Ces expéditions furent pour eux fort lucratives; car ils furent longtemps les seuls fournisseurs de l'huile de baleine pour l'Europe entière. Mais dès que leur découverte lut connue, ils trouvèrent des rivaux dans les marins de Guyenne, de Normandie et de Bretagne ; et au seizième siècle les Hollandais et les Anglais leur firent une concurrence plus redoutable, qui devint bientôt, surtout de la part des Anglais, une suprématie jalouse et exclusive. Plusieurs fois ces derniers tentèrent de rester les seuls maîtres d'une pèche qui était devenue tellement fructueuse , que l'on vit les marins de la Hollande , dans l'espace de cinquante années, prendre jusqu'à trente-trois mille baleines, dont ils retirèrent un bénéfice de 380 millions: D'ailleurs, tous les marins du Nord , ceux de l'Allemagne , de Hambourg, de Brème, du Danemark, vinrent accroître le nombre des pêcheurs de baleines. Un si grand concours fut la source d'interminables démêlés, et souvent de luttes sanglantes, jusqu'à ce que les côtes aient été partagées entre les divers peuples, et qu'on ait fait un code international qui règle leurs différends.

Dans notre siècle, les armateurs anglais en sont venus à expédier trente à quarante navires baleiniers par an , et il a été établi que dans un espace de quinze années ils ont eu un bénéfice de 250 millions.

En France la pêche de la baleine a suivi le sort de nos forces maritimes. Sous l'Empire elle était tombée en complète décadence; depuis 1816 le gouvernement l'a encouragée par de fortes primes, dont il a proportionné l'importance à la grandeur des navires et à la longueur de leur parcours; il régla aussi le nombre de matelots étrangers qui pouvaient être admis sur les navires nationaux. Le chiffre des armements pour Terre-Neuve s'est ainsi graduellement augmenté , de quatre navires seulement, jusqu'à huit et à douze; puis enfin aujourd'hui nous comptons vingt à vingt-cinq navires qui sont spécialement consacrés à la pêche de la baleine, bien que nous restions dans un état d'infériorité sous ce rapport vis-à-vis des Anglais et des Américains. Il se fait aussi un grand nombre d'armcmcDts à cette destination dans le Holstein.

ÎINK 404

Les plus grandes baleines sont celles des mers du Japon , les plus petites celles des tropiques ; on estime particulièrement celles du Groenland et du Spilzberg pour la qualité de leur huile. — Le cachalot fournit seul le blanc de baleine , dont on fait les bougies de qualité supérieure. — 11 n'est aucune portion du corps de la baleine dont les Groënlandais ne sachent tirer quelque parti : ils en mangent la chair; ils se font de sa peau , de ses os, de ses fanons, des vêtements, des chaussures, des manches de couteau, des outres, des quilles de traîneaux , des clôtures pour leurs champs , des arcs de voûte pour leurs tentes. Aussi toute la population du pays, hommes, femmes etenfants, s'occupe de cette pêche, qui se Tait à l'aide de filets, de courroies, ou bien avec le harpon ordinaire.

Il nous reste sur l'histoire et la législation de la pêche de la baleine au moyen âge des renseignements curieux , dont nous allons ici rappeler quelques-uns. Un écrivain du temps, Vincent de Beauvais, dans son Spéculum Universelle, raconte comment cette pêche se faisait au treizième siècle. « Les barques étant rassemblées, dit-il, on fait retentir les airs do son des tymbales et autres instruments; car la baleine a l'oreille sensible aux accents de la musique , et au moment où elle y prête toute son attention on lui lance un harpon, auquel est attachée une longue corde, et on s'éloigne aussitôt. L'animal frappé s'abandonne à des mouvements terribles, mais prévus; il gagne la profondeur de l'eau ; sa blessure s'élargit par les efforts qu'il fait pour se dégager du fer; il revient à la surface, et donne bientôt les signes d'une mort prochaine : alors on s'en approche : l'espoir du succès donne du courage aux moins hardis; on l'entoure; il est achevé à coups de pique ; on le lie avec des cordes, on l'amène à terre au milieu des acclamations. »

Dans ces temps reculés on essaya de lancer le harpon avec une batiste, comme plus tard les Anglais se servirent de la poudre dans le même but; mais on en est revenu, après toutes ces tentatives, au harpon lancé à la main, qui est encore la méthode la plus sûre.

Une coutume de cette époque , qui avait force de loi dans toutes les mers du Nord, attribuait aux pêcheurs les baleines prises en pleine mer; celles qui se trouvaient sur le rivage appartenaient au roi, à moins toutefois que les pêcheurs qui les avaient pourchassées ne les réclamassent dans un bref délai.

La loi assurait une prime considérable a l'homme qui, ayant aperçu une baleine échouée, en donnait avis à l'officier du roi ; et, d'après une singulière coutume du code de Jutland , si c'était un piéton qui eût fait cette découverte , il prenait du lard de l'animal au-

BALEINE

tant qu'il en pouvait porter ; si c'était un cavalier, il en prenait la charge de son cheval; et, enfin, un charretier avait le droit d'en remplir sa voiture.

11 y a un passage dans une Vie de saint Arnould, évêque de Soissons, au onzième siècle, qui nous apprend qu'à cette époque on trouvait encore des baleines sur les côtes de Normandie. « Des matelots flamands, dit-il, avaient blessé avec des traits et des lances une grosse baleine; ils en croyaient la capture certaine, quand tout à coup l'animal, ranimant ses forces, tenta pour s'échapper un effort suprême qui semblait devoir lui réussir. Dans leur inquiétude , les pieux pécheurs invoquèrent le saint évêque, lui promettant une part de la baleine s'ils réussissaient à s'en emparer ; ce qui, dit le légendaire, ne manqua par d'arriver : on vit aussitôt la baleine s'échouer d'elle-même, au grand contentement des pêcheurs. »

Depuis le douzième siècle, les rois d'Angleterre imposèrent un droit régulier sur la pêche de la baleine, comme on le voit par les chartes du roi Jean en 1199, etd'Édouard en 1315. Celui-ci, en 1338, voulant dédommager un de ses amiraux des dépenses personnelles qu'il avait faites pour équiper à Bayonne une flotte au profit de l'État, lui délégua ses droits sur la pêche de la baleine, droits qui s'élevaient à six livres sterling pour chacune de celles qu'on prenait. En 1415, Henri V concéda à l'évêque deRochester la dîme dea baleines prises sur les rivages de son évêché. Édouard 11, par une charte de 1 324, s'était attribué une singulière prérogative : il était ordonné de réserver pour le roi la tête et la queue de la baleine. Blackstone et un autre commentateur donnent pour motif de cette attribution que le roi doit avoir la queue pour en faire de l'huile , et la reine doit avoir la tête aûn d'en employer les fanons à ses vêtements royaux. En France, à la même époque, les hommes de guerre portaient, au lieu de plumes, à leurs casques, une sorte d'ornement en forme de panache fait avec des baleines effilées. — On ne voit point que les anciens rois de France aient soumis la pêche de la baleine à des droits onéreux. Il y a bien une ordonnance de Louis le Hutin qui établit une taxe de sept sous sur chaque baleine amenée & Paris par la Seine ; mais cette loi est une mesure exceptionnelle dans notre législation, qui, au contraire, a toujours encouragé la pêche de la baleine, comme une excellente école pour former d'habiles ma* rins et des vaisseaux bons voiliers.

La baleine, fort commune autrefois dans les eaux de l'Europe centrale, semble s'être définitivement retirée dans l'océan Glacial : c'est là qu'on en fait la pêche la plus sûre et la plus abondante. Les navires qu'on y emploie ont I

environ 120 pieds de long, 30 de large et 12 de profondeur ; l'équipage est en général composé de 40 à 50 hommes. Au bâtiment sont jointes 7 chaloupes, dont chacune doit être armée de 7 lignes de 500 à 600 pieds, de 30 harpons et de 6 lances. Les capitaines Skoresky et Kay ont essayé de substituer aux harpons des fusées à la congrève, sorte d'engin fait d'une pointe d'acier surmontée d'une boule creuse et remplie de poudre, qui éclate en entrant dans le corps de la haleine. Quoiqu'on ait vu des baleines atteintes par ces projectiles expirer presque instantanément, on y a renoncé pour revenir au harpon, dont le maniement est plus facile et d'un effet plus sûr. La chaloupe, année comme nous l'avons dit, est montée par quatre rameurs, un harponneur,et un patron, qui, au besoin, sert aussi de harponneur.

Dès qu'un équipage aperçoit la baleine, plusieurs canots sont mis à flot. L'un d'eux s'approche, et le harponneur lance son arme à toute force. Si l'animal estalteint dansquelque partie vitale, il s'agite en mouvements frénétiques, et frappe la mer de sa queue; puis il s'enfonce sous l'eau, et fuit avec une effrayante vitesse. Cependant on laisse le rouleau 'de corde auquel le harpon est attaché se dévider, en suivant tous les mouvements de ce plongeon qui ne dure (mis moins d'une demi-heure ; après quoi la baleine remonte forcément respirer à l'air libre. On profite de son apparition à la surface de l'eau pour lui lancer de nouveaux harpons, jusqu'à ce que, la voyant rester immobile sur les flots, on juge qu'elle est frappée à mort. Tous les canots l'abordent alors, et on l'achève à coups de lance. Il est dangereux de l'approcher pendant son agonie, qui se déclare par des mouvements convulsifs d'une telle force, qu'ils peuvent submerger les canots ou les mettre en pièces. Au dernier moment, elle se couche sur le dos ou sur le côté, et expire en agitant faiblement ses nageoires; les pêcheurs alors la remorquent, et l'attachent aux flancs du navire.

Le dépècement se fait par des matelots qui chaussent de fortes bottes garnies de crampons de fer, et tiennent en main de longues lances de six pieds et des couteaux dont la lame n'a pas moins de deux pieds de long. Ils coupent d'abord des pièces minces, dites de revirement, qui vont d'une extrémité de l'animal à l'autre ; puis des pièces transversales ayant d'un pied à deux de longueur. Par cette première coupe, on enlève le lard de la baleine , qui est placé dans la cale et sur le pont.

On dépouille ensuite la tête, et particulièrement la langue : cet organe fournit parfois à lui seul plusieurs tonneaux d'huile ; la lèvre inférieure aussi peut en rendre jusqu'à 2,000 kilogrammes. Il ne reste plus ensuite que des

407 BALEINE

débris inutiles et la carrasse, qu'on abandonne en pâture aux oiseaux de mer et aux requins. Le lard, qu'on avait d'abord enlevé, est séparé de la couenne qui le recouvre, et coupé par tranches de rO à 12 pouces carrés, pour être empilé dans des tonneaux : c'est dans cet état qu'on l'amène dans les ports , où on opère la fonte, afin d'extraire toute l'huile qu'il contient. Les vaisseaux baleiniers de 400 tonneaux chargent 240,000 kilogrammes de graisse, qui sont réduits d'un tiers par la fonte et l'épuration; reste donc 180,000 kilogrammes d'huile, produit qui donne aux armateurs un beau bénéfice.

Dans les mers du Sud la pèche est à peu près la même que dans les mers du Nord , moins dangereuse cependant, et n'exigeant point un matériel aussi considérable. Ajoutez que le calme et la douceur des mers à celte latitude, permettant un long séjour, donnent la facilité d'opérer la fonte à bord même des navires. Il y a des équipages qui restent jusqu'à deux ou trois ans dans ces parages.

On se sert de l'huile de baleine pour l'éclairage, la préparation des cuirs, la fabrication du savon et l'apprêt des étoffes. A combien d'usages variés n'emploie-t-on pas les fanons , qui réunissent à un si haut degré les qualités de force et de souplesse? 11 serait trop long d'en dresser la liste. Rappelons seulement qu'ils sont une matière première tout à fait essentielle dans la fabrication des parapluies, des corsets de femme, des fleurs artificielles.

Fkançois.

banquet. ( Sfœurs et usages. ) Repas offert à de nombreux amis par une généreuse hospitalité. — - Repas de grande réunion pour célébrer d'heureux événements publics ou en solenniser les anniversaires. — Réception annuelle imposée au vassal euvers sou seigneur, et qui constituait un droit féodal. — Repas de corps et de fraternisation. — Repas d'initiation et d'affiliation dans les sociétés secrètes. — Repas de manifestation politique donnés dans les gouvernements libres à l'aide de cotisations individuelles.

Ce serait une curieuse et philosophique histoire que celle des banquets depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours. Dans les a^es primitifs, ils eurent sur la marche de la civilisation une influence aussi peu soupçonnée que réelle, et qui contribua puissamment aux premières transformations de l'état social. En resserrant les liens de par nié, en multipliant les rapports d'amitié et de bon voisinage, ils devinrent, concurremment avec les assemblées religieuses , des centres où les peuples se formèrent, de l'association des familles réunies par la communauté des intérêts. Les plus anciens poêles, comme les plus

Page 1