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BELLONE — BENJOIN

tances où l'on ne voulait pas que ses séances eussent lieu dans l'intérieur de la ville, par exemple quand il s'agissait de donner audience à un ambassadeur, ou d'accorder à un général vainqueur les honneurs du triomphe (l). En face du temple s'élevait une colonne appelée la colonne de la guerre, columna bellica, contre laquelle le fécial dardait sa lance lors d'une déclaration de guerre, l'extension de l'empire ne permettant plus d'accomplir cette cérémonie sur la frontière du pays ennemi, comme cela avait eu lieu dans l'origine (2).

«f.lt. ( Géographie.) On appelle Grand- Belt et Petit-Belt deux des trois détroits qui font communiquer le Cattegat avec la mer Baltique.

Le Grand-Bell ( Slorc-Belt ) passe entre les Iles Fionie et Seeland , et se termine vers les Iles de Langeland et de Lalaod. Sa longueur est d'environ vingt lieues, sa plus grande largeur de sept à huit ; sa profondeur est inégale : on trouve tantôt cinq à six brasses, tantôt vingt à vingt-deux. Il renferme plusieurs Ilots et un grand nombre de bancs dangereux. Aussi la navigation y est-elle pénible, surtout en hiver : pendant cette saison, les tempêtes et les glaçons que charrie le courant qui coule entre les rives du détroit rendent souvent le passage impossible , ou du moins tellement périlleux que la navigation est interdite par des ordonnances.

Le Petit-Belt ( Lille-Belt) passe entre l'Ile de Fionie et la côte orientale du Jutland. 11 ressemble d'abord à une grande rivière : près de Frédéricia il n'a pas un quart de lieue de largeur; mais ses rives s'écartent ensuite, et il arrive jusqu'à trois lieues de large entre Assens et Arrœsund. Le courant qui traverse ce détroit est très-rapide, et coule sur des écueils et des bas-fonds. Aussi la navigation est-elle loin d'y être facile. Les profondeurs varient de quatre à six brasses jusqu'à vingt et vingtsept. Les lies sont peu élevées et les abordages faciles.

benjoin. ( Chimie.) On appelle ainsi une substance balsamique solide, d'un brun rougeâlre et d'une odeur très-agréable. Elle est produite par un stirax, arbre de la décaodrie monogynie de Linné et de la famille des ébénacées, qui crott à Sumatra et dans d'autres îles de la Sonde. Quand cet arbre a atteint cinq ou six ans, on pratique dans son tronc de profondes incisions, et le baume en découle sous la forme d'un liquide lactescent, qui se solidifie au contact de l'air. Les habitants de l'Ile-de-France et de Mascareigne appellent Bien-joint, à cause de la densité et de la solidité de son bois , une espèce de badamier, le terminalia angusti/olia. Ce nom ayant

(i) LU., XXVI!!,»; XXX. 11.

f»> Fe»t, *. v. - 0»., Fait., VI, soi.

I été altéré par les Européens, l'arbre fut nommé i à tort benjoin et regardé comme la source du baume qui porte ce nom. Une espèce du genre laurier, de l'Amérique septentrionale, porte aussi mal à propos le nom de benjoin.

Il y a dans le commerce deux espèces de benjoins : le benjoin amygdaloïde, le meilleur et le plus pur, qui est en masses agglomérées, présentant sur une matière homogène, rougeâtre, des larmes blanches, qui ont la forme d'amandes cassées ; le benjoin en sorte , qui offre une teinte brune uniforme et est d'une qualité très-inférieure.

Ce baume est très-usité dans la parfumerie :

il dégage en brûlant une fumée blanche, d'une odeur suave et pénétrante, qui lui assigne un rang distingué parmi les parfums destinés à être brûlés; il entre dans la composition du clou fumant et des trochisques, et est la base des fameuses pastilles du sérail. On s'en sert dans les églises en guise d'encens. Les parfumeurs l'emploient encore en le triturant dans l'eau : il en résulte un précipité blanc, qui sert aux usages de la toilette, sous le nom de lait virginal.

Le benjoin se compose d'acide benzoïque , d'une huile essentielle, et de trois espèces du résines : 1° résine alpha (C' 0 H 4I 0' 4 ); 2° résine bêla (C'HnO*); 3° résine gamma (C ,o IP0i).

Vacïde benzoïque a été découvert par Biaise de Yigenère , vers la fin du seizième siècle (1). Il s'extrait du benjoin par le procédé suivant, indiqué par Mohr. On étend uniformément du benjoin concassé dans une terrine en fonte surmontée d'un côlie de papier, fixé à la terrine au moyen d'une ficelle. Cette terrine est ensuite chauffée, pendant trois à quatre heures, dans un bain de sable. Le cône de papier se remplit de flocons éclatants d'acide benzoïque. Pour obtenir cet acide exempt de l'huile empyreumalique qui l'accompagne souvent, on colle sur la terrine une espèce de diaphragme de papier joseph, qui retient les impuretés, en même temps qu'il empêche les flocons cristallins de retomber et de subir une nouvelle sublimation. On obtient du reste l'acide benzoïque par un tout autre procédé et d'une matière première toute différente. L'urine de quelques herbivores, tels que le cheval et la vache, contient en grande quantité un acide qui fut découvert par Fourcroy et Yauquelin , et qu'ils prirent d'abord pour de l'acide benzoïque, mais qui fût connu plus tard comme un acide particulier, et nommé par Liebig acide hippurique. L'erreur était venue de ce qu'il se forme en effet beaucoup d'acide benzoïque par les moyens que Fourcroy et Yauquelin avaient mis en usage

(1) royo* M. Hoefer, HUUrire de laCMmie, t. Il,

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pour débarrasser l'acide hippurique de toute matière colorante. Cet acide se décompose par la chaleur en acide benzoïque et en benzoate d'ammoniaque, qui distillent sous forme de gouttelettes rouges en répandant une odeur agréable. Il est changé immédiatement en acide benzoïque par l'action de l'acide nitrique ; et c'est là le moyen dont nous parlions plus haut : on fait bouillir l'acide hippurique dans de l'acide nitrique de 1,42. Le peroxyde de manganèse et l'acide sulfurique produisent le même résultat à l'aide de la chaleur.

L'acide benzoïque se présente sous forme de lamelles nacrées, blanches et flexibles. Il est inodore; sa saveur est douce et piquante. Il fond à 120° et se volatilise à 145°. 11 brûle avec une flamme fuligineuse et sans résidu.

Peu soluble dans l'eau, il se dissout dans deux parties d'alcool et dans l'élher. Il existe tout formé dans la résine de benjoin et dans celle de sang-dragon. Il renferme un équivalent | d'eau de cristallisation. Sa composition est représentée par la formule : C'H'CT'+HO.

11 forme avec les oxydes métalliques les benzoales, dans lesquels un équivalent d'eau est remplacé par un équivalent d'oxyde métallique. Ces sels sont très-peu solubles, à l'exception des benzoates d'ammoniaque, de potasse, de soude, de lithine et de magnésie. Le benzoate de chaux seul mérite une mention particulière. Ce sel, cristal lisable en aiguilles flexibles ou en prismes brillants, donne par la distillation sèche deux produits liquides; la benzole, liquide huileux, incolore, d'une odeur éthérée, dont la densité est 0,85, et dont on a la composition en enlevant à un équivalent d'acide benzoïque cristallisé les éléments de deux équivalents d'acide car* bonique : C'^O* — C>0« = C' 1 H« ( benzole); et la benzone, liquide huileux, jaunâtre, dont la composition est représentée par la formule C u H 4 0.

béotib. ( Géographie ancienne. ) Bœotia. Contrée de l'ancienne Grèce, bornée par l'Atlique au sud-est, la Phocide à l'ouest et l'ile d'Eubée au nord-est. Le peuple de ce pays ( partie de la Livadie des Turcs ) passait pour inepte et lourd d'entendement, et pourtant le Parnasse et l'Hélicon étaient en Béotîe , et pourtant ce pays produisit, en fait d'historiens, Hésiode et Plutarque; en fait de poètes lyriques, Corinne et Pindare; en fait de guerriers illustres, Épaminondas et Pélopidas!...

Les habitants étaient des pasteurs ; ils occupaient un pays qui dans le principe ne faisait qu'un avec l'Atlique, et avait pour villes principales Thèbes, Platée, Orchomène, Ilaliarte, Coronée, Chéronée, etc. Ce pays eut pour rois Ogygès, Cadinus, Labdacus, Ainphion, Laïus, Œdipe, Créon, Ktéocle, etc.; puis il forma une fédération républicaine. Les

victoires de Lcuctres et de Manlinée, dues à Épaminondas, assurèrent un moment la prépondérance de Thèbes sur toule la Grèce. On sait que celte ville fut prise et rasée par Alexandre. Alfred de Boucy.

bergen. ( Géographie. ) Ville siltiéc sur la côte occidentale de la Norvège, au 60* degré de latitude nord , chef-lieu de la province de ce nom ; siège d'un évêché luthérien, etc., etc. Sa (ondation par Olof Kyrre remonte à la seconde moitié du onzième siècle.

Cette ville, la plus commerçante de la Norvège , en est aussi la plus peuplée : elle compte de 25,000 a 26,000 habitants. Elle est située au pied de hautes et sauvages montagnes, qui la dominent de trois côtés , au fond d'uac baie fermée par des lies -et qui communique avec la mer du Nord. Cette baie, ainsi abritée, et ouverte seulement' aux vents d'ouest et de . sud-ouest, qui viennent de la grande mer, | jouit d'une température relativement assez douce, mais excessivement pluvieuse. Une colline, sur laquelle une partie de la ville est bâtie, avance dans la baie sa pointe, où s'élève une vieille forteresse , et y forme deux ports, dont le principal ressemble à un dock, par la disposition commode el la bonne installation des quais et des magasins. Une seconde forteresse, avec un vieux château gothique, protège l'autre extrémité du port. Les maisons de Bergen sont solidement construites , en madriers équarris , superposés les uns aux autres, recouverts en planches parfaitement ajustées, et dont la peinture, souvent renouvelée, donne à ces constructions, la plu part élégantes, l'apparence de maçonnerie (1852). H règne à Bergen un air d'aisance et de prospérité; le port surtout est fort animé. La grande pêche, les huiles de poisson, les salaisons, l'exportation des bois sont les principales occu palious des habitants, dont on vante l'activité et l'économie. Dans ces derniers temps, Bergen a été mis en communication régulière par bateaux à vapeur avec les villes maritimes de la Norvège et de la Suède et avec les principaux ports de la Baltique el de la mer du Nord.

F. Devay.

béribéri. ( Médecine. ) Maladie des pays chauds , qui a été particulièrement observée dans les Indes orientales ; elle doit son nom à la ressemblance que l'on a trouvée entre les mouvements de ceux qui en sont affectés et ceux de la brebis. Cette affection débute et marche lentement dans le plus grand nombre des cas; quelquefois cependant son invasion est subite et sa marche rapide : ces cas exceptionnels s'observent particulièrement chez les personnes qui passent la nuit en plein air et sont soumises à un froid vif après la chaleur do jour. Après des prodromes variés, les malades éprouvent de l'engourdissement dans les

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membres et de la difficulté dans les mouvements ; la sensibilité s'altère, s'émousse ; des mouvements involontaires , des soubresauts de tendons se manifestent. Si la maladie reste bornée aux membres, elle offre peu de gravi* té ; mais elle peut affecter le tronc et divers organes musculaires, et elle devient alors plus sérieuse. On l'a vue envahir le larynx et produire une aplionieiplus ou moins marquée ; affecter les muscles de la poitrine, et occasionner une oppression plus ou moins forte : dans ce dernier cas même, on a vu des malades mourir d'asphyxie. Les deux traits principaux de cette maladie sont, comme on le voit, l'abolition de la sensibilité et du mouvement. Ce dernier caractère a porté quelques médecins à la considérer comme de nature rhumatismale , et à la comparer au lumbago de nos climats ; ce rapprochement nous parait peu exact, car il est fort rare que le rhumatisme ait la moindre action sur la sensibilité cutanée. M. Bielt a cru pouvoir, avec plus de raison, la comparer à Yacrodynic, maladie qui a fait récemment invasion dans nos climats, et qui parmi ses caractères présente effecli veinent des troubles notables de la sensibilité et du mouvement des extrémités; mais cette affection comprend un élément de plus, que l'on ne retrouve pas daus le béribéri, c'est-àdire une éruption de plaques rouges ou érythémateuses aux pieds et aux mains, accompagnées de désquammation de l'épidémie; de sorte que cette nouvelle comparaison ne nous parait ni plus heureuse ni plus exacte que la première. Nous pensons que jusqu'à plus ample informé il y a lieu de considérer le béribéri comme une affection à part.

On oppose dans les Indes un traitement assez actif à cette affection. On prescrit un exercice actif et même violent; on pratique des frictions stimulantes, aromatiques, des onctions avec des huiles irritantes. On emploie les sudorifiques, les purgatifs drastiques. — Il y a lieu de croire que l'on cherche à éloigner les causes qui produisent le mal. On cite comme telles les alternatives de froid et de chaud , l'humidité, l'abus des boissons aqueuses, principalement du suc de palmier, dont les Indiens font un usage immodéré dans les grandes chaleurs. La maladie est fréquente dans la saison des pluies, c'est-à-dire depuis le mois de novembre jusqu'au mois de mai.

D* Racle.

BICEPHALIE. Voyez MONSTRE.

béril. (Minéralogie.) Les anciens minéralogistes donnaient ce nom à certaines variétés de pierres précieuses, caractérisées par leur cristallisation en prismes hexaèdres etleur belle couleur d'un vert bleuâtre. Uaiiy fut le premier qui prouva que ce minéral devait, par lus analogies tirées de sa structure, être rap-

Su PPL. Encycl. MOD. — T. I.

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prochéde l'émeraude. Cette conclusion fut pleinement confirmée par les analyses de Vauquelin, qui démontra que ces minéraux offraient pour caractère commun la présence d'un nouveau corps, qu'il appela la glucine. Depuis ils ont été rénnis sons un seul et même nom, et la dénomination de béril ne s'emploie plus que dans le commerce des pierres précieuses. Les lapidaires désignent ainsi une pierre bleuâtre, quelquefois aussi la pierre jaune ou jaunâtre qu'ils nomment autrement émeraude miellée; mais, quelle que soit sa teinte, le béril est peu estimé. Voyez Émeraude.

bernabd (saiht- ). ( Géographie et Histoire. ) Le grand Saint-Bernard est une montagne de la confédération snisse, canton du Valais, dans les Alpes Pennines, entre Martigny et Aoste. Son point culminant atteint 2,491 mètres d'altitude. Son sommet se divise en plusieurs pics, parmi lesquels on distingue le Velan, le Pain-de-sucre, la cime de la Chenalette, la pointe de Dronaz. Entre ces pics se trouvent des glaciers considérables, d'où sort la Drarice, un des affluents du Rhône, et d'un autre côté quelques affluents du Butlier, qui se rend dans la Doire prèsd'Aoste. La montagne est composée de couches alternatives de grès, de schiste micacé, de pierre calcaire primitive et de quartz. La flore en est curieuse, fertile en plantes très-rares, et dont plusieurs même lui sont toutà fait particulières.

Le grand Saint-Bernard est traversé par un passage qui est un des plus fréquentés de ceux qui font communiquer la Suisse et l'Italie. Cette route est escarpée et très-dangereuse à certaines époques de l'année, notamment au printemps, à cause des avalanches. Elle serait bien plus impraticable et les accidents funestes y seraient bien plus fréquents, si la piété n'avait placé sur le passage des voyageurs un asile et des secours. A peu près au point le plus élevé du passage, à 1,246 toises au-dessus de la mer suivant M. Pictet, à 1,257 suivant Saussure, s'élève le fameux hospice du Saint-Bernard : c'est incontestablement l'habitation la plos élevée de l'ancien monde.

L'hospice, fondé en 962 par Bernard de Menthon, est desservi par des religieux de l'ordre de Saint -Augustin, obligés à loger et nourrir gratuitement les voyageurs qui franchissent la montagne. En outre, ils doivent parcourir continuellement les endroits périlleux qui avoisinentla route, pour recueillir les voyageurs égarés et porter secours à ceux qui sont en danger. On sait qu'ils sont aidés dans cette pieuse recherche par une admirable race de chiens, dont l'instinct particulier, développé par une éducation spéciale, a souventaccompli ce que la charité humaine eût vainement tenté sans eux. Ou ne sautait trop admirer les hommes qui se con-

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sacrent à otite vie toute de dévouement et d'abnégation, et qui se condamnent par charité chrétienne à subir les rigueurs de cet affreux climat. Pendant les mois les plus froids le thermomètre se maintient, aux environs du couvent, à 20 et 22 degrés au-dessous de zéro. Dans Tété il y gèle presque tous les matins, et l'on n'y jouit d'un ciel serein que dix ou douze fois par an. Le petit lac qui avoisine l'hospice est gelé pendant neuf mois de l'année, et ne nourrit aucun poisson. On ne peut récolter, dans le jardin que cultivent les pères, que des choux, des salades et des racines. Ces maigres légumes composent la nourriture des religieux, nourriture qui contraste avec la confortable hospitalité offerte par eux à leurs hôtes passagers. A l'est , et à peu de distance du monastère, s'élève une chapelle où l'on place les cadavres des voyageurs qui ont péri dans la montagne : l'intensité du froid empêche les corps de se corrompre; ils se dessèchent, se changenten espèces de momies, et peuplent d'affreuses reliques ce curieux ossuaire. Dans l'église du couvent se voit un monument en l'honneur du général Desaix.

Une opinion victorieusement combattue place au grand Saint-Bernard la roule qu'Annibal suivit pour traverser les Alpes. Il parait que ce ne tut qu'au temps de César qu'on fraya sur ce mont une route praticable. Sur le sommet, à peu de distance de l'endroit où est maintenant le couvent, se trouvait un temple consacré à un dieu que les habitants des vallées voisines appelaient Pennias, nom dérivé du celtique Penn (hauteur), qui a fait donner le nom de Pennines à cette partie de la chaîne des Alpes. Les Romains appelèrent le dieu Jupiter Penninus, et de là vient le nom de Mont Joux (Mons Jovis), que la montagne porta jusqu'au dixième siècle : à cette époque, elle prit le nom du fondateur du couvent On voit encore les restes du temple à l'ouest de l'hospice, et on a trouvé sur la montagne un grand nombre de médailles de tous les empereurs romains. Depuis Auguste en effet les légions romaines franchirent souvent les Alpes en cet endroit. Une armée de Lombards passa le Saint-Bernard en 547, et d'autres armées l'imitèrent sous Charlemagne. En 1799 les Français et les Autrichiens se battirent pendant toute une journée sur le plateau où s'élève le couvent, et les derniers restèrent maîtres du champ de bataille. Enfin, en 1800, Bonaparte, voulant prendre l'Italie à revers, entreprit de tromper Métas, de franchir le Saint-Bernard à l'insu de ses ennemis, et de tomber en Piémont, sur un point où le général autrichien ne pouvait pas l'attendre.

Le 15 mai l'année française, composée de 30,000 hommes de troupes de réserve, venus à

marches forcées et d ans lé plus grand secret, stationnait àMartinach,à quelques lieues do pied de la montagne, et s'y reposait depuis trois jour!!. Les soldats sont animés du meilleur esprit.

La vue de ces immenses montagnes qu'ils vont gravir par un chemin de dix-huit pouces de large sur plusieurs lieues de long, pratiqué sur des rochers à pic bordés de précipices où le moindre faux pas peut les entraîner, ne saurait les émouvoir. Ils se préparent avec joie comme s'il s'agissait d'un jour de fête, el veulent eux-mêmes transporter l'artillerie et les munitions sur des pentes où les chevaux et les mulets ne sauraient les conduire. On démonte les affûts. Les canons et les caissons sont placés dans des troncs d'arbres creusés en forme d'auges. Cent hommes attelés à un cable les traînent à la prolonge. Les caissons vides et les essieux sont conduits 6ur des traîneaux fabriqués à Auxonne. Les mnlets sont chargés des munitions renfermées dans des caisses de sapin. Pour encourager les soldats, Bonaparte leur promet une récompense de mille francs par canon amené, avec son caisson, au delà de la montagne. Mais cette promesse était inutile; leur zèle n'avait pas besoin d'être excité. Quand, après deux jours de fatigues inouïes et de travaux pénibles, on leur apporta la somme promise, ils la refusèrent. Le reste des soldats grimpe ensuite, un à un , chacun chargé de ses armes, de munitions et de vivres pour cinq jours ; le fardeau de ceuxci est doublé par les armes, la nourriture et les munitions de leurs camarades employés au transport des bagages. Le poids dont ils étaient chargés était au moins de soixante et dix livres.

Le 17 mai Pavant-garde française quitte Saint-Pierre ; la montagne commence à devenir assez rapide pour qu'on ne puisse plus y faire usage de voitures ; elle ne présente plus de chemins battus. Le général Watrin, commandant la première division, avait été suivi de l'armée qui se trouvait réunie à Saint- Pierre. De ce lieu au sommet du Saint-Bernard, la seule voie de communication est uu sentier où peut à peine marcher un seul homme de file ; les transports se font à dos de mulet. Des rochers entassés, entre lesquels on passe à travers mille détours, sont les seuls objets qui se présentent à la vue. Le chamois et l'alouette sont les seuls habitants de ces contrées désertes. La végétation y est à peu près nulle : les derniers sapins sont à une lieue de Saint-Pierre ; plus loin se trouvent seulement quelques buissons épars, et des arbres avortés. La neige est constamment entassée sur ce terrain glacé; les pas de voyageurs n'impriment aucune trace sur sa surface durcie. C'est par ce chemin difficile que s'avance l'armée française , portant son

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