BEX
bex. ( Géographie.) Bourg de la confédération Suisse, dans le canton de Vaud. C'est un beau village, bien bâti, en pierre, situé dans la plaine fertile du Rhône, sur PAvenson, au pied de jolies collines boisées, entouré de sites pittoresques, peuplé de 3,000 habitants. Sa principale richesse consiste dans ses sources salées. Le sel que produit l'exploitation de ces salines, presque les seules qu'il y ait en Suisse, est estimé à quinze ou vingt raille quintaux. Les sources ont été découvertes en 1554, et achetées longtemps après par le gouvernement de Berne. Les curieux vont visiter à Bex les immenses galeries et les grands réservoirs creusés dans le roc qui servent à cette exploitation. Au-dessus du village, dans la montagne, il y a plusieurs glaciers.
Dans une prairie voisine du village se trouvent neuf sources d'eau sulfureuse, qui possèdent de précieuses qualités thérapeutiques. Enfin , le sol recèle encore des carrières de marbre et du soufre natif.
bicêtre. ( Géographie et Histoire. ) En sortant de Paris par la rue Mon (fe tard, si Ton suit la route de Fontainebleau, on trouve d'abord la Maison blanche. Quand on a traversé ce village, on voit sur une éminence, à droite et à peu de distance de la route, nue construction considérable, rappelant, par l'ordre de son architecture et par ses pavillons à toits pointus, le style des demeures royales du temps de Henri IV et de Louis XIII : c'est Bicêtrc. Pour y arriver, il y a encore à peu près un kilomètre à parcourir. A droite, une large avenue conduit à cet ancien château, dont la façade principale, tournée vers le nord , se trouvait en avant de la route de Lyon, aujourd'hui supprimée. Dans le voisinage se sont élevées quelques maisons, qui forment le Petit-Bicétre, village qui dépend de la commune de Gentilly , du canton de Villejuif, de l'arrondissement de Sceaux.
Non loin de là, on a placé le fort de Bicêtre. Vincestre, Bicestre, tels furent d'abord les noms du château ou de la demeure qu'on remarquait autrefois en cet endroit. En 1423 on trouve dans un compte de la prévôté de Paris les mots suivants : Vigne qui fut à maistre Raimond Raguier, sise au terroir de G entai ly, près de Bicêtre, au lieu dit le mont Sir ceri.
Lebeuf , dans son excellente Histoire du DiO' cèse de Paris, publiée eu 1752, donne denoinbreux détails sur Bicetre. C'est à cet auteur, à Godefroi, Histoire de Charles F/,àBelleforêt, Histoire des neuf Charles, à Sauvai, Antiquités de Paris, à Claude Châtillon, dans sa Topographie Française, à Le Laboureur, à Abclly, dans la Vie de saint Vincent de Paul, que nous devons les détails suivants.
Saint Louis acheta dans les environs de
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I Gentilly, d'un nommé Pierre Le Queux, une terre pour établir les Chartreux. On appela Grange au Queux, et non pas au Gueux, comme on l'a souvent dit, les constructions qui s'élevèrent alors. Les Chartreux ne restèrent là que pendant quinze mois, et Jean, évêque de Vincestre en Angleterre, ayant acquis une par» lie de leurs terres, y fit bâtir un château ou une demeure. Cette propriété fut confisquée en 1294 par Philippe le Bel au profit d'un de ses chambellans, comme l'attestent des lettres datées de Crèvecœor. En 1301 Philippe le Bel donna main levée de cette confiscation à l'évêque de Vincestre. Ensuite la propriété passe à Amédée VIII, comte de Savoie. Sous le roi Jean, elle est prise par Kanolle, chef des Anglais. Plus tard, le Irère de Charles V y fait bâtir un château, et l'évêque de Paris obtient que ce château n'aura ni fossés ni ponts-levis. Ses appartements avaient alors une grande richesse; on y voyait des dorures à profusion, avec des portraits de Clément VII et des cardinaux du sacré collège, des images des rois de France et des empereurs d'Orient et d'Occident. En 1411, la faction de. Bourgogne, conduite par le boucher Le Gois, vint y mettre le feu ; l'embrasement fut général, et il ne resta d'entier que deux petites chambres, enrichies d'un parfaitement bel ouvrage à la mosaïque. En 1416 le duc de Berry légua Bicêtrc au chapitre de Notre-Dame de Paris. Celte donation fut confirmée par Charles VII en 1461, et par Louis XI en 1464. Claude Châtillon, dans sa Topographie Française, publiée vers l'an 1610, a représenté au (olio 10 cet ancien château tel qu'il était alors. En 1632 il fut entièrement rasé. Louis XIII le fit rebâtir à neuf, pour y loger les soldats blessés à la guerre. En 1 C34, le 24 aont, Jean de Gondi, archevêque de Paris , y célébra l'office dans une chapelle qui fut remplacée en 1670 par une église. En 1648 saint Vincent de Paul y fit placer les enfants-trouvés quand ils étaient sevrés. En 1655 et 1656 les dames de la Charité obtinrent des places à la Salpétrière et à Bicêtrc pour les indigents. On venait de rendre une ordonnance qui prohibait la mendicité dans Paris. Les mendiants pris en flagrant délit étaient internés à Bicêtre, où on les faisait travailler suivant leurs forces. Enfin, quand l'hôtel royal des Invalides à Paris fut achevé, Bicêtre devint une décharge de l'hôpital général. Les indigents, les mendiants couchaient à quatre dans un lit pendant la moitié de la nuit, quatre autres coucheurs y passaient le reste de la nuit. On vit jusqu'à six malades étendus sur le même grabat. Les galeux et les galeuses reçus à Bicêtre y étaient traités par une méthode difficile, sale et insalubre. Les syphilitiques des deux sexes, fustigés avant le traitement, étaient le plus souvent soignés
469 BICÊTRE par la salivation, et no respiraient qu'un air infeet et délétère. On donnait à l'hôtel-dieu de Paris les premiers soins aux aliénés; on les dirigeait ensuite sur»Bicêlre, où la plupart de ces malheureux étaient renfermés dans des cabanons et chargés de chaînes. Des jeunes gens y étaient renfermés, par ordre supérieur ou par la volonté de leurs parents , dans un local qu'on nommait la Petite Correction.
Bicôtre servait aussi de prison : on y voyait des prisonniers d'état , des détenus , des réclusionnaires, des suspects, des condamnés à mort et des forçats. En 1792, les septembriseurs vinrent sans artillerie attaquer Bicêtre, qui se défendit aussi sans artillerie. Pendant trois jours et trois nuits il se fit un affreux carnage. Pinel, qui eut la gloire de (aire tomber les fers des aliénés et d'Inaugurer un Iraitement médical plus moral et plus efficace , raconte, dans son Traité de la tfame,qu'au milieu de ces scènes de désolation, un insensé tua dix ou douze septembriseurs avant qu'on pût s'en rendre maître. En 1803, on commença à introduire des améliorations sérieuses; on lit des constructions et des plantations. Sous Louis-Philippe, la prison de La Roquette remplaça celle de Bicêtre, et la chaîne des forçats fut remplacée par des voitures cellulaires. De trop fréquentes rébellions, des évasions à Bicêtre et d'autres considérations morales réclamaient ce changement.
Aujourd'hui le souvenir de ces temps mauvais a tout à fait disparu. Sous l'habile et intelligente administration du directeur actuel, M. Herbet, Bicêtre ne chagrine plus la vue par son aspect. On ne voit plus dans les cours des mendiants mal tenus se jeter avidement sur les visiteurs pour leur demander quelques pièces de monnaie. Des plantations agréables, des dortoirs plus espacés, un réfectoire confortable, propre, presque élégant, où mangent à la fois cinq cents indigents valides qui sont une heure après remplacés par cinq cents autrès, telles sont les améliorations qui ont été récemment introduites. M. Herbet a obtenu de l'administration des hôpitaux la création d'un atelier de cordonnerie , où l'on fabrique par an quatre mille paires de chaussures. On monte un atelier de toilleurs, de chaussonniers ; on rend le travail obligatoire. Comme sous saint Vincent de Paul, on poursuit l'oisiveté de l'indigent valide; on soigne charitablement et avec zèle l'indigent infirme. Depuis une année on a diminué de trois cents le nombre des lits pour espacer davantage et obtenir de meilleures conditions de salubrité. Dans la même vue, depuis un an les inhumations ont lieu à Gentil ly. La population actuelle, en 1852, se répartit ainsi : première division : indigents valides, quatre cents; deuxième division : indigents valides, six cent cinquante;
• troisième division: indigents ln(irmes,cinqcent ! soixante-dix; quatrième division : infirmerie générale, deux cents ; service des aliénés :}Ikkpice de Bicêtre, six cent cinquante-quatre {annexe ferme Sainte- A nne,deux cents; employés, service de santé, ecclésiastiques, trois cent quatre-vingts; total, trois mille cinquante-quatre. La ferme Sainte- Anne, exploitée par les aliéné*, ne parait pas donner les résultats qu'on en avait attendus pour le rétablissement des convalescents aliénés. Parmi les curiosités de Bicêtre, on signale le puits, remarquable par sa largeur et sa profondeur ; il fut construit en 1733, sous la direction de l'architecte Boffraud. On peut voir au Conservatoire des arts et métiers une machine attribuée à Vaucanson et qui figure le système qu'on employait alors pour puiser de l'eau. Aujourd'hui, comme on le croirait difficilement, les eaux viennent de la pompo à feu d'Auteuil; on dépense en moyenne trente à quarante mille litres d'eau par jour. Mais il arrive assez souvent des irrégularités dans la distribution des eaux; il serait donc à souhaiter que l'administration fit placer une pompe au grand puits, car il donne encore aujourd'hui ce qui peut suffire d'eau par jour quand les eaux d'Auteuil viennent à manquer. Comme nous l'avons déjà dit, l'aspect de Bicêtre n'a plus rien de triste. A la façade nord, qui a une largeur de quatrevingts croisées assez espacées, s'ajoutent, du côté sud, des bâtiments reliés par d'autres et constituant ainsi trois cours principales. L'église est située dans le milieu de la deuxième cour. Au fond de la troisième, on voit la direction , la cuisine, la buanderie, l'entrée de la division des aliénés, qui est éloignée des quatre autres et composée d'une série de bâtiments propres,sainset bien aérés. La moyenne de dépense d'un indigent revient par jour à l'administration à 1 lr. 66 ; celle d'un aliéné, à 1,50 : ce dernier chiffre s'explique paries recouvrements que l'administration peut opérer en partie ou en totalité sur les familles pour la pension des aliénés. Enfin, dans plusieurs départements de la France, il existe aussi des établissements qui portent le nom de Bicêtre, et où Ton voyait autrefois des aliénés, des indigents et des prisonniers.
Docteur Patte.