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BIGOT, BIGOTERIE, BIGOTIS.MR. U

n'existe aucune preuve qu'avant le seizième siècle le mot bigot ait servi à désigner un hypocrite en religion ou un dévot outré et superstitieux. Il ne commença 5 être employé dans ce sens qu'avec la réforme. L'épithèle de bigot fut très-vraisemblablement introduite dans notre langue, comme insulte contre les catholiques , par la noblesse protestante du Béarn. Aux yeux des gentils-hommes de la Navarre, il ne pouvait s'offrir en elfel une

de mépris plus sanglante que ce nom, qui dans certaines localités de leur pays s'appliquait concurremment avec celui de eagot aux parias des Pyrénées, à cette race maudite dont notre savant ami Francisque Michel a éclairci l'intéressante histoire, et que le préjugé populaire tenait pour hérétique, en dépit de la soumission la plus complète à toutes les pratiques du catholicisme le plus orthodoxe. L'introduction et l'adoption simultanées et contemporaines du mot cagot comme synonyme de bigot ne nous laissent aucun doute sur leur importation béarnaise.

Si le mot de bigot fut exploité comme injure par les haines de parti , il ue leur devait pas son origine, et n'était point de ces appellations au service des passions soulevées, qui naissent et s'éteignent avec elles. Les oreilles françaises, comme celles des retires, les auxiliaires allemands de la réforme, étaient familiarisées de longue date avec ce mot. Dès le sixième siècle , des communautés religieuses sous le nom de bigots et de bigottes s'étaient établies au delà du Rhin ; et ces pieuses associations, qui très-probablement avaient" en France des maisons de leur ordre, se maintinrent jusque vers la fin du quinzième siècle, puisqu'en 1482, au dire de la Chronique scandaleuse : « Le roy, estant à Sainct-Cosme près Tours, y fist venir grand nombre de bigots, bigottes et gens de dévotion, pour sans cesse prier à Dieu qu'il permist qu'il ne mourust point. » Mais ce n'est pas tout. Les Normands avaient tous le sobriquet de bigots ; et ce sobriquet, quelle qu'en soit l'origine , reparaît deux fois avec un sens de mépris dans Robert Wace. Enfin, l'ancien roman de Girard de Roussillon donne le nom de bigots à un peuple du Bas-Languedoc. Ainsi, des Pyrénées à la Manche, de l'Océan au Rhin, le mot bigot était connu comme désignation au moins railleuse de certaines populations et comme le nom d'un ordre religieux, peut-être tombé dans le mépris quand les réformés béarnais en firent une arme de guerre, une épilhète injurieuse contre les adversaires de leur nouvelle croyance. Le mot, on le conçoit, lit et dut faire fortune : la langue était préparée à le recevoir ; aussi s'y naturalisa-t-il de telle sorte qu'il survécut aux troubles religieux, et qu'a* près la défaite du protestantisme, sous l'inévitable influence des réactions de l'opinion, le catholicisme mocferll'adopta contre ses exagérés et ses hypocrites.

De bigot on a fait bigoterie et bigolisme.

Dans les dix-septième et dix-huitième siècles, le mot bigoterie s'appliquait indistinctement à une dévotion fausse , outrée ou superstitieuse ; mais il a cessé d'être employé dans le sens de dévotion simulée. Donc, si Orgon reste pour nous un bigot , M me Femelle une

bigotte, Tartuffe est pire que cela; il est loi, c'est-à-dire une expression si parfaite de l'hypocrisie en religion, que tant que la France parlera la langue de Molière le nom de Tartufe sera le synonyme de faux dévot, et le mot Tartuferie signifiera les dehors plâtrés de tous ces charlatans

« Qu'on volt d'une ardeur non commune

Par le chemin du ciel courir à leur fortune, »

De ce que les impies donnent le nom de bigots aux lidèles très-méritants, qui remplissent exactement leurs devoirs religieux, il ne faut pas en conclu re que le mol de bigoterie soit une invention philosophique, imaginée pour ridiculiser la véritable et fervente piété. Le bigot n'est pas un être chimérique : le bigot est celui qui se croirait damné s'il ne soumettait tout à la règle et au compas , qui par l'abus de l'oraison arrive au mysticisme , on s'abrutit par un complet anuihilement de sa volonté; qui accepte sans contrôle toutes les dévotions nouvelles, se fait Je courtier des prophéties de circonstance , le champion des miracles de contrebande, qui se met de toutes les confréries , croyant le paradis réservé aux petites oraisons plutôt qu'aux œuvres de foi et de charité; enfin celui auquel l'amour de Dieu sert d'excuse pour n'aimer personne, de motif pour reprendre tout le monde, qui affiche la dévotion par un extérieur affecté et comme un emploi qui dispense de tout autre.

Montesquieu a remarqué « qu'une religion chargée de beaucoup de pratiques attache plus qu'une autre qui Test moins, parce qu'on tient beaucoup aux choses dont on est continuellement occupé ». La bigoterie peut se prévaloir de l'observation de l'illustre écrivain; mais sous cette montagne de petites pratiques que devient le spiritualisme chrétien?

Les classes inférieures de la société, surtout chez les peuples de race latine, ont un penchant naturel à la bigoterie en politique comme en religion ; car il existe aussi un bigoiisme politique, qui est le fétichisme des noms propres. La bigoterie abaisse autant l'esprit que la dévotion bien entendue l'élève : que de bigots en cherchant la grâce ont renoncé à la raison ou se sont abêtis sur le che min de la perfection ! Comme dévotion outrée et intolérante, la bigoterie a le sort de toutes les exagérations : elle nuit à la cause qu'elle veut servir. Quand M me de Maintenon se mit en tête de convertir la cour de France, on s'agenouilla par crainte devant la pieuse fantaisie de la favorite, qui crut de la meilleure foi du monde au succès de son entreprise; hélas 1 elle n'avait fait que ce que peut faire eu religion le despotisme : des bigots et des incrédules. Du prosélytisme intolérant des der* nières années de Louis XIV, grand règne, sortit le scepticisme du dix-huitième siècle, au

grand ébahissement des vieux pécheurs et des vieilles pécheresses de Versailles, dont les élans d'une dévotion exagérée dataient du jour où les passions avaient cessé d'être a leur usage. Les mères bigottes ne sont généralement pas plus heureuses dans l'éducation de leurs filles que M m ° de Maintenon ne le fut dans sa tentative de conversion. La multiplicité des exercices religieux et trop de contrainte n'inspirent ni la piélé ni l'amour de la retraite. « La dévotion, a dit Rousseau, est un opium pour l'Âme : elle anime , égayé et soutient quand on en prend peu ; une trop forte dose endort, ou rend furieux, ou tue. »

Saint-Évremond s'est servi du mot bigoterie dans la phrase suivante : « 11 y a des savants qui vont jusqu'à l'idolâtrie, jusqu'à la btgo(erie pour l'antiquité ». Les bigots d'aujourd'hui n'ont pas les entraînements des savants de Saint-Érremond. Leur bigoterie pour le passé est très-réelle, mais ne va pas au delà du moyen âge, et c'est du beau milieu de celte terre de leurs regrets et de leurs espérances qu'ils proscrivent la rayonnante littérature de l'antiquité, dont leurs instincts d'oiseaux de nuit ne peuvent supporter l'éclat.

G. nE LaRKNACDIËKE.

bistortb. ( Botanique. ) Poiygonum bistorta, L. Plante vi vace, de la famille des polygenées, ocrandrie trigynie de Linné, caractérisée par une lige très-simple à un seul épi, des feuillesovales lauceolées,décurrentessurle pétiole; par un calice coloré à cinq divisions, cinq à neuf étamines, deux ou trois styles, stigmate en tète, une graine nue, triangulaire.

Cette plante , qui doit son nom à la double courbure de la racine , est très-commune en France dans les lieux humides. La racine est la seule partie usitée ; elle est grosse comme le doigt, rowgeAtre à l'ultérieur, annelée à l'extérieur; elle a un goût glyptique, qu'elle doit à une assez forte proportion de tannin, substance à laquelle elle doit d'ailleurs toutes ses propriétés. En effet, c'est une plante astringente à un assez haut degré , et dont on se sert particulièrement en tisane, en injections et extraits. Elle s'emploie comme le tannin , l'écorcede chêne, la tormcntille, etc., dans les hémorrhagies, les flux séreux ou muqueux, dans les écoulements blennorrhagiques , datis les catarrhes de l'utérus et de la vessie , etc. Mais ce n'est pas un médicament de première énergie; le ratanhia, le tannin sont de beaucoup préférables. — Elle entre dans la préparation du diascordium. D r Racle.

blanche (Tumeur). (Médecine.) Maladie des articulations , caractérisée par un gonflement des jointures, plus ou moins considérable, assez souvent indolent, et sans changement de couleur de la peau ; ce dernier caractère, qui a vain à |a maladie le nom sous lequel elle est

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connue , tient à la nature et à la marche, essentiellement chronique, .de l'affection. Le point tle départ du mal peut être dans les os ou dans les parties molles qui les environnent? de là les distinctions consacrées par Pusagc des tumeurs blanches des os et des tumeurs blanches des parties molles.

Cette dénomination tend de jour en jour à s'effacer de la science et de la pratique, et non sans raison; en effet, la maladie qu'elle représente n'est pas une affection unique ; c'est au contraire un produit de causes morbideses- 8entiellement différentes, qu'il importe de séparer les unes des autres pour l'avantage de la thérapeutique. L'étude des causes démontre l'exactitude de cette assertion.

Les tumeurs blanches sont quelquefois primitivement chroniques, et alors elles se développent presque toujours chez des enfants ou des jeunes gens, de l'un ou de l'antre sexe, et particulièrement chez ceux qui ont le teint pale ou rosé, la peau blanche, les chairs molles, en un mot chez les sujets lymphatiques; elles sont rares chez les individus maigres , à peau brune , à constitution sèche. Cette première remarque doit faire voir que ces inflammations chroniques des articulations ne sont alors qu'une expression, qu'une manifestation de la disposition scrofuleuse ou de la scrofule elle-même , et alors on voit la tumeur blanche être tantôt le premier, tantôt le dernier symptôme de cette déplorable affection. Dans ces cas la science et la pratique ne gagneraient-elles pas si l'on remplaçait le titre de tumeur. blanche par celui de tumeur scrofuleuse des articulations ?

Dans d'autres circonstances , cette même affection résulte d'une inflammation qui, primitivement aiguë, a passé à l'état chronique; c'est ce qui a lieu si fréquemment dans le rhumatisme désigné sous le nom de monoarticulaire. Cette forme du rhumatisme, l'une des plus graves, à cause de ses suites, se termine presque inévitablement par une tameur blanche lorsqu'on n'emploie pas pour la combattre un traitement suffisamment énergique. Cette tumeur, presque semblable à celle que produit la scrofule, en dilfère cependant, et par sa nature et par sa marche, et mériterait à tous égards de n'être plus confondue avec elle.

Les tumeurs blanches suites de couches, suites de blennorrhagie , celles qui succèdent à des coups, à des entorses, des contusions, etc., sont toutes aussi de la même nature que la précédente, c'est-à-dire qu'elles reconnaissent pour cause une inflammation primitivement aiguë de l'articulation. Ce n'est pas une disposition scrofuleuse qui le< engendre , c'est le traitement incomplet on mal dirigé, ou l'absence même de traitement ; on

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ne doit pas ponr les expliquer recourir à une cause qui le plus souvent n'existe pas, on doit seulement s'en prendre aux défauts d'une thérapeutique ignorante ou timide.

Enfin , on confond aussi avec les tumeurs blanches une affection déjà entrevue par un médecin anglais , Brodie, et appelée par lui ulcération des cartilages des articulations, décrite par M. Cruveilhier sous le nom d'usure des cartilages , et plus récemment par M. Deville sous celui d'arthrite chronique sèche. Cette affection, à laquelle nous conservons cette dernière dénomination , n'a de commun avec les tumeurs blanches que son siège, elle en diffère d'ailleurs sur tous les antres points.

11 était important de Taire les remarques précédentes pour montrer qu'un grand nombre d'affections, différentes par leur origine, leurs causes, leur marche, leur nature, ont été confondues ensemble, au grand détriment des malades ; qu'il est nécessaire aujourd'hui de les séparer les unes des autres et de leur appliquer des dénominations différentes, et qu'une seule espèce, enfin, en raison de sa inarche constamment chronique, de son indoleucc habituelle, mérite le nom de tumeur blanche; nous voulons parler de la tumeur scrofuleuse des articulations. C'est cette forme qui va seule fixer notre attention.

La tumeur blanche scrofuleuse a un début insidieux et ti ès-lent. Elle a son siège de prédilection dans les grandes articulations, et surtout dans celles du genou, du cou-de-pied, de la hanche, dans celles du poignet et du coude; elle affecte, mais bien plus rarement, les articulations des vertèbres du col ( tumeur blanche du col). Elle n'envahit ordinairement qu'une seule articulation ; quelquefois cependant on voit deux, trois articulations envahies, et même un plus grand nombre ; cela a lieu principalement chez les plus jeunes enfants. Quelques douleurs sourdes, la faiblesse passagère des articulations en sont les premiers symptômes ; bientôt apparaît un gonflement indolent, mou, pâteux, sans chaleur ni rougeur ; ces premiers phénomènes se dissipent et reviennent plusieurs fois, puis le gonflement s'établit définitivement; il acquiert en peu de temps d'assez fortes dimensions , la joiuture se déforme, les creux et les saillies articulaires disparaissent, la jointure prend une forme globuleuse ou ovulaire. Ses mouvements sont conservés pendant un certain temps, puis ils deviennent gênés, un peu douloureux ; l'extension est incomplète , ainsi que les mouvements de rotation. Le membre perd sa force, maigrit et s'aplatit dans un sens ou daus un autre , et l'amaigrissement .(ait paraître le gouilement d'une manière plus prononcée. Ces phénomènes durent

un temps plus ou moins long, et la partie générale souffre peu tant que les désordres locaux ne sont pas plus prononcés; mais il finit toujours par se produire de la suppuration, soit dans l'articulation, soit à son extérieur, et toute l'économie en éprouve de funestes effets. La suppuration est ordinairement annoncée par l'accroissement des bubons, la fièvre, des frissons; des abcès se forment autour de l'articulation , et s'ouvrent spontanément au bout d'un temps toujours fort long ; l'ouverture ne se cicatrise pas , et demeure fistuleuse , et si l'on y introduit un stylet, il pénètre jusqu'à la synoviale, rencontrant souvent des os dénudés, et nécrosés en partie. Quand la suppuration est intra-articulaire, des indices plus sérieux se manifestent, et la terminaison est promptement funeste. Dans tous les cas, ces suppurations déterminent une fièvre continue, avec redoublement le soir, en un mot la fièvre hectique ; l'appétit se perd, le malade maigrit, des sueurs profuses s'établissent, une diarrhée colliquative se manifeste, et le malade ne tarde pas à succomber, si l'on ne vient pas par le sacrifice du membre enlever la cause des accidents.

Cette terminaison funeste n'est pas constante ; dans quelques cas les malades sont assez heureux pour voir survenir un ankilosc des surfaces articulaires qui forment la jointure; mais ces cas sont rares : c'est d'ailleurs à peu près le seul mode de terminaison heureuse des tumeurs blanches. Le médecin est quelquefois trop heureux de pouvoir l'obtenir pour son malade, et celui-là serait trèsmal avisé qui essayerait d'en entraver le développement.

L'examen anatomiquedes tumeurs blanches après l'amputation du membre ou après la mort révèle les lésions suivantes : Trajets fistuleux sous-cutanés, abcès péri-articulaires plus ou moins nombreux, épaississement blanchâtre très-considérable du tissu cellulaire, tuméfaction, allongement des ligaments, dans les cas de tumeur blanche des parties molles ; et dans celle des os , tuméfaction des extrémités articulaires , ramollissement , friabilité des os, couleur violacée du tissu médullaire, boursouflement de la surface, élargissement du canal médullaire, usure, ramollissement des cartilages , synovie purulente, pus véritable dans la synoviale, etc. etc.,

Les désordres s'opèrent toujours dans les tissus à vitalité obscure, comme les os et les ligaments. On comprend que la maladie soit toujours très-lente dans ses développements et sa marche. Les tumeurs blanches mettent en effet des années à parcourir les périodes indiquées; mais par cela môme leurs progrès sont plus certains et moins faciles à enrayer,

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car il n'y a rien de plus difficile que de modifier le travail lent et insensible qui se passe au sein des tissus librcux et des os.

Cette affection est toujours extrêmement grave ; en effet, d'abord elle compromet nécessairement l'articulation affectée ; l'ankilose, avons-nous dit, est la terminaison la plus heureuse qu'on puisse espérer. Mais, d'an autre côté, la santé générale en souffre aussi, soit par la douleur, soit par l'épuisement dû a une suppuration plus ou moins prolongée ; et comme les malades succombent plus par l'épuisement général que par les progrès du mal local , il faut bien faire atlentiou à cette influence de l'état local sur l'état général, et ne pas oublier que l'affaiblissement , une fois produit, peut continuer de lui-même à faire des progrès, même après la destruction de la cause qui l'a amené : de là le précepte, quand on veut pratiquer l'amputation d'un membre , de ne pas trop longtemps différer et de ne pas faire de ce moyen énergique une ressource ultime. Enfin les tumeurs blanches des os sont plus sérieuses que celles des parties molles.

Au début on attaquera les tumeurs blanches par des moyens toujours énergiques, des émissions sanguines locales abondantes et répétées avec des vésicatoires ou des sétons a demeurc pendant des semaines ou des mois; on pratiquera avec avantage des raies de feu avec le cautère incandescent, on prescrira le repos absolu de l'articulation, et l'on soutiendra la constitution par des toniques puissants. Enfin on aura recours aux résolutifs, tels que les iodures, l'huile de foie de morue, etc. Si la tumeur blanche occupe les os, si la constitution commence quelque peu à s'altérer, il ne faut pas hésiter à sacrifier le membre ; la perte d'une partie importante a ce double avantage de délivrer le malade d'une cause prochaine de mort et de produire une modification heureuse dans la santé : on est étonné en effet de voir à quel point la constitution se fortifie et le tempérament s'améliore chez les individus qui ont subi une amputation des deux jambes pour une double tumeur blanche des genoux. D r Racle.

boïes, boïrns. (Histoire.) Nom d'une tribu ou peut-être mieux d'une confédération de tribus de la race des Kimris, qui donnèrent leur nom à la Bohême. On fait dériver le mot Boïes, en latin Boit ou Bogi, des mots berg et bug, signifiant terrible : d'où s'est formé le mot Jloïo-heim, Bohème, demeure des Boïes, en langue germanique. La confédération des Boïes, ou hommes terribles, prit part aux invasions des peuples d'ouIre-Rhin dans la Gaule , six siècles avant l'ère chrétienne ; une petite tribu de ces Boïes s'établit en Aquitaine , aux environs de Tou-

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louse. Mais la horde principale ne fit que traverser la Gaule; elle se dirigea versI'Helvélie, franchit les Alpes, et se fixa en Italie, où elle rendit son nom célèbre. Les Boïes, établis sur la rive droite du Pô , y occupèrent le pays situé entre ce fleuve et l'Apennin ligurien. Us y fondèrent la ville de Bononia (Bologne), sur les ruines de Felsina. Ils firent d'abord la guerre aux Étrusques , et poussèrent leurs courses jusque dans l'Italie grecque, dont ils ravagèrent les villes florissantes.

Bientôt ils eurent affaire aux Romains. D'autres tribus gauloises, les Lingons , les Anamana, les Senons, s'étaient fixées, comme eux, en Italie; les Boïes jouèrent dans la confédération des Gaulois Cisalpins le principal rôle : ils eurent une grande part à l'expédition de Brennus(ou Brenn), à la bataille d'Allia et â la prise de Rome. Les Gaulois continuèrent longtemps après leurs courses dans le Latium et la Campanie (1); ils eurent encore de fréquents engagements avec les Romains, auxquels se rattachent ces combats singuliers ( traditions populaires conservées par Ti te-Li ve) de Manl i us Torqnatus et de Valerios Corvinus contre des géants gaulois.

Les Boïes ayant voulu venger la défaite des Senons, leurs voisins, furent écrasés, l'an 234 avant l'ère chrétienne, par le consul Dolabella, et implorèrent la paix. Puis Rome alla bientôt porter, à son tour, le fer et les flammes sur le territoire des Gaulois Cisalpins, et brûler ces bourgs où l'on montrait encore les dépouilles de Rome rapportées par les compagnons de Brennus.

Un demi-siècle après, deux rois du peuple boïen, Att et Gale , tentèrent de réveiller l'esprit guerrier de la nation et de pousser à une nouvelle guerre contre Rome ; mais le parti de la paix eut le dessus, et les deux rois furent massacrés. Plus tard, se voyant menacés et serrés de plus près par les envahissements de Rome , les Boïes prirent le parti désespéré de tenter une dernière lutte. Us formèrent une ligue avec les Insubres , leurs voisins, puis avec d'autres peuples de leur race. Les Gésates, habitants des Alpes, les Insubres, les Anamans, les Lingons, les Boïes se réunirent au nombre de cinquante mille, sur les bords du Pô. Ils passèrent l'Apennin, entrèrent en Étrnric, et prirent la roule de Rome. Ils rencontrèrent l'ennemi près de Fésuies, à trois journées de Rome, et le battirent les premiers jours; mais enfermés entre deux armées, ifc furent écrasés presque ton» , après avoir longtemps résisté. Les Boïes se soumirent, et ne se révoltèrent plus.

On rencontre le nom des Boïes, ou Toloxsloboïesy qui veut dire Boïes séparés, parmi

(i) V. Owen «s.Welsh Diction.

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ces hordes galliqnes et kimriqnes qui envahirent la Grèce, et qui se mirent à la solde des rois de Macédoine et d'Épire, et dont le nom se retrouve en Asie Mineure sous celui de Galates. Ces Toloïsloboies y occupèrent PÉolide et l'Ionie; loua les rois de l'Orient tremblèrent longtemps devant eux, leur payèrent tribut ou les prirent à leur solde.

En Syrie les Séleucides, en Égypte les Ptolémées, enrôlèrent sous leurs drapeaux des Toloïsloboïesou d'autres Gaulois. Enfin ils furent battus par les rois Eumène et A t taie, et rejetés dans la haute Phrygie. Ils s'y fixèrent, près du fleuve Sangarius. Mêlés à la population indigène et grecque de ces contrées, les Toloïsloboïes et les Tectosages y formèrent la nation des Gallo-Grecs, qui joua un rôle important dans la guerre de Mithridate contre les Romains et dans tous les événements dont ce pays fut le théâtre. Am. Renée.

iiolsène ( La Volsinies de la Géograp.

anc. }. Le voyageur qui se rend de Florence à Rome par la route de Sienne traverse, après avoir franchi la frontière des deux États, la petite ville pittoresque fïAcqua pendante, et arrive bientôt sur les bords d'un lac plus pittoresque encore. C'est le lac de Bolsena, sur les bords duquel s'élevait dans l'antiquité la ville de Volsinies, l'une des plus riches lucumonies de PÉtrurie, dont les Romains firent la conquête , si nous devons en croire Pline l'ancien ( B. N., XXXIV, 16 ), pour s'emparer des deux mille statues qui ornaient ses temples et ses places publiques : elle n'a pas aujourd'hui deux mille habitants. Le rôle qu'elle a joué dans l'histoire de Rome n'est pas , du reste , en rapport avec cette magnificence de décoration que suppose le récit de Pline. Il en est fait mention pour la première fois dans Tite-Live , a l'année 362 de la fondation de Rome * les Volsiniens avaient fait une incursion sur le territoire romain ; ils furent repoussés et contraints de demander une trêve de vingt ans, accordée à des conditions humiliantes. Un demi-siècle plus tard ils prirent une part active à la ligue formée contre Rome par la confédération étrusque. La bataille de Vadimona, qui soumit PÉtrurie aux Romains, fut fatale aux Volsiniens. Le consul Decius Mus leur enleva plusieurs places fortes, qu'il rasa, et leur fit supporter les frais de la guerre. Ils obtinrent à grand'peine de conserver leurs lois et leur gouvernement sous la protection romaine.

Mais de cette époque date leur décadence, et peu désireux d'un pouvoir qui n'existait plus que de nom, ils laissèrent usurper les magistratures par des affranchi?, qui en abusèrent bientôt et, saisissant toutes les occasions d'humilier les anciennes familles , enlevaient les femmes de leurs patrons ou leurs filles,

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