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BOLSÈNE

se montrant impunément despotes, oppresseurs, débauchés. Valère-Maxime va même jusqu'à prétendre qu'ils avaient fait une loi infâme, par laquelle il était défendu h toute fille de condition libre de prendre un époux dans la caste où elle était née sans s'être soumise d'abord aux passions effrénées d'un af« franchi : lege sanxerunt ne qua virgo ingenuo nuberet, cujus castitatem non ante ex numéro ipsorum aliquis delibasset. On a peine à croire a cette tyrannie éhontée d'une part, à celte honteuse soumission de l'autre. Quoi qu'il en soit, les opprimés , réduits au désespoir, en appelèrent enfin à Rome, leur souveraine. Il est vrai que leur démarche avait été épiée, et que les députés, de retour dans la ville, furent pris et mis à mort ; mais le consul Fabius Gurgès marchait sur Volsinies. Les affranchis entreprirent de résister en rase campagne : défaits, ils se retirèrent à l'abri de leurs murailles, où les Romains voulurent les suivre avec une telle précipitation que le consul y perdit la vie. Ce ne fut que l'année suivante (av. J.-C. 264 ) que Fulvius Flaccus, chargé de terminer l'expédition de Volsinies, força les habitants à se rendre à discrétion , fit périr tous les affranchis usur pâleurs du pouvoir, et transféra les Volsinienr dans d'autre colonies romaines. Depuis lors la ville étrusque disparaît presque complètement do l'histoire ; si Pline ne racontait pas quelques prodiges qui plus tard en effrayèrent les habitants, si nous ne savions pas qu'elle avait donné naissance à Séjan, le cruel favori de Tibère, à peine saurions-nous qu'elle a existé encore, mais sans aucun éclat, sous les empereurs.

Aujourd'hui Bolsène n'est plus qu'une toute petite ville des Étals romains. Elle n'a fias même pour elle le mérite d'indiquer d'une manière exacte le site de l'ancienne ville étrusque. Le rocher bas et étroit sur lequel est bâtie la forteresse du moyen âge n'a jamais pu servir do base à l'acropole des Volsiniens, renommée pour sa position inexpugnable. Il est probable qu'après la conquête les Romains rasèrent cette citadelle, et forcèrent les habitants à s'établir sur un point moins facile à défendre ; or c'est à la ville romaine qu'a succédé Holsène. Quant à la cité étrusque, qu'on a voulu placer tour à tour à Orvieto ou à Monte- Fiascone, il est à croire qu'elle se trouvait sur le bord du lac , au sommet d'un roc escarpé , au lieu appelé II Piazzano. On trouve là une grande quantité de poteries brisées, sans aucun mélange de marbre ou de matériaux plus précieux, dont la présence accuserait l'habitation romaine. On n'y voit guère, il faut l'avouer, d'aulres vestiges de la grandeur étrusque que ces vases fragmentes :

les puissantes murailles sont réduites en pou-

— BORTŒ

«Ire, la population de statues n'a même pas laissé de débris; les temples et les palais ont disparu. Il nVn est pas de môme à Bolsena , où des ruines romaines se font facilement reconnaître. C'est d'abord un temple, qu'on appelle Tempio di fforzia, sans fonder cette appellation sur autre chose que sur ce fait, queNortia, la Fortune de la mythologie étrusque , avait un temple à Volsinies. Mais ce temple était étrusque, et se trouvait probablement dans l'ancienne cité; celui qu'on qualifie ainsi est évidemment de construction romaine, comme le prouve Yopws incerium alternant avec les assises de briques. Des cippes,des inscriptions sépulcrales, encastrées au-dessus de la porte de Florence, sont également romains, bien que les noms étrusques de Cœcina et de Vibenna y aient été reconnus. Un amphithéâtre, qui est, tout aussi évidemment que le temple, de construction romaine, y est joint par une route pavée en basalte. Une autre voie romaine, se dirigeant vers l'est, a marqué sa trace sur les hauteurs, auprès de la nouvelle roule d'Orvieto. Des autels, des cippes, des tablettes votives ou sépulcrales sont épars ça et là dans les rues. Enfin d'autres antiquités romaines se retrouvent incrustées dans la façade de l'église de Bolsena, telles que des fragments de colonne en granit bleu ou rouge, et un sarcophage ovale en marbre, décoré de bas-reliefs qui représentent le triomphe de Racchus. Cette église, dédiée à Sainte-Christino, est devenue célèbre par le fameux miracle qu'a illustré le génie de Raphaël. Un prêtre , qui disait la messe, ayant osé douter do la présence réelle, vit le sang couler de l'hostie et tomber en larges gouttes sur l'autel et sur le pavé de marbre. On montre encore aujourd'hui, dans une chapelle humide et basse l'endroit où le sang tomba. Le coteau de Rolsènc est curieux à l'œil du géologue par des colonnes basaltiques dont les prismes noirs s'élèvent au milieu des caroubiers, des lentisques, des chênes verts, qui tapissent les anfractuosités de la colline. Le lac de Rolsène, qui en baigne le pied , est d'un aspect ravissant. Il a environ trois lieues de diamètre. On y pèche des anguilles , qui dès le moyen Age servaient à préparer de si excellentes matelotles au vin blanc, que le pape Martin IV expiait par le jeûne en purgatoire, où le Dante l'a placé, le trop grand plaisir qu'il avait eu en les mangeant :

c purga per digtuno

L'anguille di Bolsena in la vernaccla.

(Purgat.. XXIV, M )

Deux Iles, à peu près désertes , contribuent à embellir le paysage. L'une s'appelle l'Isola Bisentina, l'autre V Isola Martana. C'est dans l'Ile de Martana, la plus petite et la moins parée de végétation, que Théodat, roi des

Goths, fit conduire, pour y périr bientôt par ses ordres, sa femme Amalasonte, la fille du grand Théodoric. IN. des V.

bonite. ( Zoologie. ) Plusieurs espèces du genre scombre, dont le type est le scomber de Linné, ou le maquereau, ont reçu ce nom, qui convient particulièrement au scomber pelamys. Ce poisson , très-commun entre les tropiques, joue un certain rôle dans les narralions maritimes, grâce à son habitude de d> ger à la surface de l'eau et de s'élancer même au-dessus de son élément pour saisir le poisson volant, dont il fait sa proie habituelle. On profite de cette voracité pour le prendre facilement, en attachant à un hameçon deux plumes blanches, qu'on fait sautiller à la sur* (ace de l'eau, de manière à tromper la bonite, qui se précipite sur celle amorce et l'engloutit de manière à ne pouvoir plus se détacher.

Gros et rond depuis la tôte jusqu'aux trois quarts de sa longueur, ce poisson s'aplatit vers la queue, qui est fourchue. Il a deux nageoires au-dessous des ouïes, une empennure sur le dos, et deux autres nageoires, plus petites, sous le ventre. Sa longueur est en général de plus de 60 centimètres ; sa couleur varie du bleu noirâtre au bleu clair. Quatre larges raies brunes qui se dessinent sur les côtés du ventre ont valu au scomber palamys le nom de thon à ventre rayé , qu'on lui donne quelquefois.

Sa chair est délicate et savoureuse : on la mauge toute fraîche ou marinée dans l'huile, comme celle du thon. Ou donne aussi le nom de bonite à une aulre espèce du genre tfom* ber, au scomber sarda, que Pline décrit, et que nos pécheurs appellent quelquefois germon. Il fréquente les côtes d'Lspagoe et de France ; sa taille est moins grande que celle de la bonite des régions équatoriata.

On la conserve après l'avoir fait mariner, et elle devient ainsi l'objet d'un commerce assea important.

borée. {Mythologie.) Borée, Boreas, Borrhas, était le nom d'un des quatre vents qui se partageaient les points cardinaux. Borée était le vent du nord-est. Hésiode le compte parmi les vents bienfaisants, et le fait naître d'Astneus et d'Éos (l'Aurore) (I). Suivant d'autres, il était fils d'Astrœus et de Iléribée, ou fils du Strymon, lleuve de Thrace. C'était en Thrace, dans ce pays septentrional p« rapport à la Grèce, que les anciens poètes pto* çaient sa demeure. C'est là qu'Iris, dans l'Iliade, va le chercher à la prière d'Achille; c'est de là qu'il vient, accompagné de Zépnyre, animer de son souffle puissant la flamme du bûcher de Patrocle (2). Plus tard, malgré l'extension des connaissances géographiques,

(1) lié.*., Thëog., 378, ssq.

(l)llom , XXIII, 195, *<q. - Cf. Il-, H, 107 ; V, 534; IX, 8; (M V t., V, *>?.

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Callimaqueet le scoliaste Apollonius lui assignent encore la même demeure. Les mythographes ont donné à Borée de nombreux enfants. Métamorphosé en cheval, il rendit mères les cavales d'Érichtlionius; les fruits de ces amours furent douze jeunes cavales si légères et si rapides que leur pied , dit Homère (1), courait sur la tête des épis sans les courber et sur la surface des flots sans y mouiller sa corne. Les vierges hyperboréennes, Opis, Loxo, Hécaerge, passaient aussi pour les filles de Borée (2). Il en était de même des Brises (A5pai, ZeçvpÉuôec) (3). Orithye, fille d'Érecthée, fut enlevée, sur le bord de l'Ilissus, par le vent du nord, qui la rendit mère de Zéthès et de Calais, d'Haemus, de Cléopatre, de Chioneet deChlhonia (4). Enfin Diodore de Sicile (5) nomme encore Butés et Lycurgue comme fils de Borée. Un temple avait été consacré à Borée par les Athéniens près de l'Ilissus (6), là où il avait enlevé Orithye, fille d'Érechthée. En faveur de cette alliance, il prêta son secours aux Athéniens, ut les sauva du joug étranger, en brisant les vaisseaux des Perses contre les roches Sépiades (7). Aussi les Athéniens avaient-ils une vénération particulière pour ce vent, qu'ils regardaient d'ailleurs comme le précurseur des pluies fertilisantes, et par conséquent comme favorable aux récoltes. Borée rendit encore aux Mégalopolitains un service analogue à celui qu'il avait rendu à toute la Grèce : il empêcha leur ville d'élre prise par les Lacédémoniens , que commandait Agis, fds d'Eudamidas, en renversant les machines de guerre élevées par ce général (8). Borée a plus d'une fois exercé le ciseau ou le pinceau des artistes de l'antiquité, soit qu'on l'ail représenté seul ou en commun avec les autres vents. Dans l'élégant monument élevé à Athènes par Andionius Cyrrhestès, et qu'on appelait la Tour des Vents, on voyait Borée sous la ligure d'un enfant ailé, avec des sandales aux pieds et un manteau sur la tête.

Les sculptures qui ornaient le coffre de Cypsèle montraient Borée emportant Orithye ; il était là distingué par un attribut tout particulier : des queues de serpent lui tenaient lieu de pieds (9). Sur ce même coffre on voyait les fils de Borée délivrant Planée des Harpyes (10). Plusieurs vases italo-giecs ont pour sujet de peinture l'enlèvement de la

(i) II , XX, m. - Cl, Qnlot Smyrn , VI II, 146.

(S) CaUim., Hymn. in Del., 99% ssq.

(S) Orph., Hymn., 80. — Quint. Sm., 1 . 689.

(4) Apollon., Arg., I, sil ssq. — Apollod., III, XV, t. - Slcph. Byz., s. v. Aluo;. .«a

(o) Hcrod., VII , 18».

(7) Paip., 1. 1 , p. 127, < ;t J. clavier. - !.. IV . p. 4ib.

l'.iw., t. IV, p. *| ( ;.

i'Jj Pain., t. III, i> 139.

MO) l'aus.,1. 111, p. u

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fille d'Érechthée par Borée. Sur une amphore provenant des fouilles de Vulci , le dieu des vents est représenté vêtu d'une courte tunique et d'un léger manteau qui se replie sur le bras droit. Deux grandes ailes sont attachées à ses épaules, deux petites ailes a ses pieds (1). Un vase peint publié par Millin (2) , un autre par Tischbein (3), deux autres de la collection Durand, ont pour sujet ce même enlèvement d'Orythie par Borée, soit que le dieu tienne dans ses bras la fille d'Érechthée , soit qu'il ne fasse encore que la poursuivre. Il est en général représenté barbu , vêtu d'une tunique et d'un manteau , ayant aux pieds des bottines ailées et de grandes ailes aux épaules. M. RaoulRocheltc a cru devoir reconnaître dans ce sujet non pas Borée, mais le personnage allégorique de Thanatos, ou la Mort, enlevant une jeune femme. Tout en reconnaissant un sens funèbre à ces représentations, M. de "Witte et M. Lenormant pensent que l'euphémisme des Grecs cachait ainsi sous le voile de la fable ce qu'avait de trop triste l'image de la mort (4). N. des V.

BORiioMfeKS (lies)- Voy. Lac Majeur, bothwbll ( Bataille duPontde). (Histoire.) Adix kilomètres environ deGlascow et dans le comté du même nom, au sud-ouest de l'Écosse, on traverse la Clyde sur un pont qui donne accès au bourg de Bothwell , peuplé d'environ quatre mille habitants. C'est là que, sous le règne de Charles 11, furent défaits par le duc de Monmouth les puritains ou presbytériens d'Êcosse, qui avaient pris les armes pour s'opposer aux persécution» dont était menacée leur foi. En remontant sur le trône de ses ancêtres, Charles II s'était trouvé en présence de cet obstacle toujours dressé devant les rois d'Angleterre, la question religieuse : il lui fallait être injuste envers une partie de ses sujets pour parvenir à gouverner l'autre. Par ses incertitudes, il mécontenta tout le monde. Après avoir promis la liberté de conscience, il avait exigé le serment à l'Église constiluée, c'est-à-dire à l'Église épiscopale, et les ministres presbytériens l'avaient refusé. De là les persécutions, les haines, les vengeances. Frappés d'amendes, traînés en prison , traqués dans les bois , les partisans du Covenant s'organisèrent, et, levant l'étendard d'Israël, comme ils l'appelaient, entreprirent de défendre leurs principes par la force des armes. L'assassinat du primat de Saint-André par quelques fanatiques excita les passions au plus haut point, et sembla justifier les mesures de rigueur prises contre

(1) Voy. Btill. de rinst. Archcol., 1835, p. 181. (S) rates peints, t. II , pl. V, p. io-h.

(3) Itecucil de gravures d'après des vases antiques, t. 111, 31.

(4) Raoul Rochelle, Monuments inedits, p. 2î0, nutc a, cl J.dc Wlttc, fat. Durand, p. 66-67.

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le puritanisme par le descendant des Stuarts. L'armée presbytérienne, si l'agglomération de ces hommes passionnés mérite ce nom , avait déjà remporté quelques succès, lorsque le duc de Monmoulh la rencontra, en 1679, an pont de Bothwell, où le courage des insurgés ne put prévaloir contre la discipline des troupes royales. La délaite des presbytériens fut le signal de nouvelles persécutions, qui devaient amener plus tard un changement de dynastie.

boucherie. ( Histoire et Économie politique.) Le commerce de la boucherie avait dès les temps les plus reculés une importance considérable. A Rome il y avait deux corporations de bouchers; l'une d'elles s'occupait de la vente des porcs, l'autre de celle des bœufs. Plus tard les deux corporations furent réunies, et les maîtres bouchers eurent sous leurs ordres des gens qui tuaient les bestiaux, les préparaient et en coupaient les chairs, suivant certaines règles. Un lieu particulier était affecté à l'abattage et à la préparation des animaux , un autre au débit des viandes. D'abord disséminées dans les différents quartiers de la ville, les boutiques des bouchers furent réunies dans un même local, appelé Cœllmontanum ; plus tard le marché des denrées alimentaires fut réuni an Cœlimontanum. La grande boucherie construite sous le règne de Néron se fit remarquer par le caractère monumental et la beauté de son architecture; elle participa de la magnificence des bains, des cirques, des amphithéâtres et de toutes les autres constructions publiques. Il nous reste uue médaille antique qui fut frappée à l'occasion de cette construction ; le champ représente la façade principale du monument, avec cette exergue : CLAUDI. AUG. GER. P. M. ÏR.

P. IMP. P. P. Sur le revers on voit figurée la façade postérieure du monument. L'entrée était précédée d'un perron avec quatre degrés, au-dessus desquels on lisait : MACEL- LUM MAGNUM. L'accroissement de la population de Rome nécessita plus tard la construction de deux autres boucheries. Les coutumes de la boucherie romaine s'introduisirent dans les Gaules lorsque Jules César fit la conquête de ce pays, et l'on sait que depuis cette époque, qui remonte très-haut dans notre histoire , il exista dans Paris une corporation composée d'un certain nombre de familles chargées de faire les achats de bestiaux nécessaires à l'approvisionnement de la ville. Dans cette corporation, où les étrangers n'étaient point admis, les enfants succédaient à leur père , les collatéraux à leurs parents, et les héritiers mâles avaient seuls droit aux biens que la corporation possédait en commun. On nommait à l'élection

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un chef à vie, sous le titre de maUn des bouchers, un greffier et un procureur d office, lesquels décidaient en première instaoce des contestations particulières et réglaient toutes les affaires de la communauté. Cette institution, qui prit plus lard le nom de grande boucherie, resta pendant longtemps chargée exclusivement de l'approvisionnement de la ville. L'accroissement de Paris nécessita la formation de plusieurs autres boucheries, qui furent établies en différents quartiers.

Toutefois , la grande boucherie conserva tes privilèges.

La première boucherie de Paris était établie au parvis Notre-Dame ; démolie sous le règne de Charles VI, à l'occasion de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons, elle fut plus tard rétablie à la Porte de Paris, maintenant la place du Chàtelet, par les Armagnacs victorieux. Un manuscrit anonyme, composé vers 1393, par un bourgeois parisien, et publié pour la première fois par les soins de M. J. Pichon, en 1847, 2 vol. in-8*, donne une statistique assez curieuse sur les diverses boucheries de la capitale et sur la vente de chacune d'elles à la fin du quatorzième siècle. On y voit citée la consommation des hôtels du roi, de la reine et des princes; on y désigne les boticlieries de la Porte de Paris, où dix- neuf bouchers vendaient en moyenne par semaine dix-neuf cents moutons, quatre cents bœufs, quatre cenU pourceaux et deux cents veaux ; Sainte-Geneviève, cinq cents moutons, seize bœuf», seize porcs et six veaux ; le Parvis, quatrevingts moutons, dix bœufs, dix veaux et huit porcs; Sain t- Germain , treize bouchers, deux cents moutons, trente bœufs, trente veaux et cinquante porcs; le Temple, deux bouchers, deux cents moutons, vingtquatre bœufs, vingt-huit veaux et trentedeux porcs; Saint-Martin , deux cent cio quante moutons, trente-deux bœufs, trentedeux veaux, vingt-deux porcs; ce qui faisait en tout par année, sans la consommation d« roi et de la reine et des seigneurs, 20,624 bœufs; 162,760 moutons; 27,456 cochons el 15,912 veaux.

Les privilèges dont jouissaient les boucliers les avaient de tout temps rendus très-riche*. Ils ont joué un rôle très-important dans t*ti* loire municipale en France et en Belgique, et leur influence politique fut très-puissante au quinzième siècle. Guillaume de Salut- Yon,j« plus riche mattre boucher de la Porte de Pa» s en 1370, était propriétaire de trois étauxofl chaque semaine il faisait vendre des viau^ pour deux cents livres parisis, avec bénéfice de dix ou quinze pour cent; il touchait on* rente de six cents livres; il avait quatre maisons de campagne bien fournies de meu

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bles et d Instruments aratoires; d'une foule d'objets de luxe et de fantaisie; sa femme avait pour plus de mille francs de joyaux. Cet opulent boucher avait dans ses greniers trois cents cuirs de bœuf, valant vingt-quatre sols la pièce ; huit cents mesures de graisse, valant trois sols et demi chacune; daDS ses étables, huit cents montons de dix sols ; dans ses coffres, cinq ou six cents florins d'argent comptant ; on évaluait ses biens meubles à douze mille florins. Il avait donné deux mille florins en dot à ses nièces et dépensé trois mille florins à rebâtir sa maison de Paris.

Devenus riches , les bouchers ne s'occupaient plus eux-mêmes des menus détails de leur profession; ils avaient pour tailler et rendre leur viande des valets qui répondaient des produits de la vente. Se bornant à la surveillance de ces agents subalternes, ils faisaient en grand, par l'entremise des facteurs, le commerce des bestiaux destinés à l'approvisionnement. La location des étaux confiés à des agents augmenta successivement de prix ; il en résulta que les viandes se vendirent plus cher. La police crut remédier à cet inconvénient, en 1540, en fixant le loyer des étaux à seize livres parisis par an. Un édit de Henri II , en 1549, défendit de vendre de la viande en carême aux gens qui ne seraient pas pourvus d'un certificat de médecin. Charles IX, en 1563, défendit d'en vendre même aux huguenots. Deux ans plus tard, par un édit, il réserva aux hôtels-Dieu le privilège exclusif de la vente de la viande pendant le carême, et il ordonna de n'en délivrer seulement qu'aux malades. Deux arrêts du parlement, de 1575 et 1595, confirmèrent ce privilège. L'acheteur devait être pourvu d'une attestation du médecin et le boucher devait prendre le nom et l'adresse du malade, pour faciliter les recherches de Tautorité. A ces formalités il fallut bientôt joindre un certificat de la main du enré. Le médecin et le curé devaient spécifier dans leurs certificats la nature de la maladie et la qualité de la viande à débiter.

Cependant, dès l'année 1587, par des lettres patentes du mois de février, Henri III avait réuni en une seule communauté tous les bouchers de la ville, qui étaient constitués en une corporation unique, avec des règlements et des statuts. Comme par le passé, les rois de France, en montant sur le trône, eurent encore comme droit de joyeux avènement la faculté de nommer un maître boucher. A partie prix de location des étaux, qui était fixé à neuf cent cinquante livres en 1690, et qui varia encore en augmentant, la boucherie de Paris resta à peu près dans cet état jusqu'en 1789.

On peut voir dans le Traité de la Police de Umarre qu'au moment de la Révolution il y «WH à Paris environ trois cent sept étaux.

On se souvient qu'alors les tueries se trouvaient situées à côté des étaux. Le sang ruisselant dans les rues , l'odeur infecte qu'il répandait en été, les cris des animaux, leurs mugissements plaintifs, le spectacle hideux de leur mort, et beaucoup d'autres inconvénients avaient depuis longtemps préoccupé l'administration municipale. Sous Louis XV déjà , la prévôté des marchands voulait faire transporter hors de la ville les boucheries, qui compromettaient dans l'intérieur la santé publique; mais des réclamations nombreuses, des obstacles difficiles pour le temps et surtout la pénurie d'argent firent ajourner ce projet. Lorsque la Révolution proclama la liberté de toutes les industries, les lois, les règlements de l'autorité administrative sur la vente des viandes furent difficilement exécutés ou plutôt ne le furent pas, et il en résulta les désordres les plus graves et les effets les plus pernicieux pour la santé publique. Alors on exposait dans des chambres, des rues, des places, des carrefours et jusque dans les caves, des viandes dont la provenance était plus ou moins suspecte. La conservation des viandes était d'autant plus difficile que le plus souvent les animaux, en les supposant sains, étaient mal tués, mal apprêtés et mal débités. On vit chaque jour apparaître des charbons, des fièvres graves et d'autres accidents pernicieux. En outre, malgré la liberté du commerce, les marchés devinrent alors si déserts, la qualité des viandes si mauvaise, que le gouvernement et la Convention nationale firent acheter des boeufs en Suisse et en Franconie pour approvisionner les marchés de Sceaux et de Poissy. Cependant, pour remédier à ces inconvénients, un arrêté du préfet de police, en date du 9 germinal an vin, força les individus qui voulaient exercer la profession de boucher à se pourvoir d'une commission.

En vendémiaire an îx un décret reconstitua la boucherie parisienne en corporation; un syndicat fut nommé; tout boucher devait avoir l'autorisation du préfet de police et verser un cautionnement de 1,000, 2,000 ou 3,000 francs, suivant l'importance de son commerce.

En 1810, le 9 février, le décret suivant fut rendu.

Napoléon, etc.

Art. 1 er . Il sera fondé à Paris cinq tueries : trois sur la rive droite de la Seine, deux sur la rive gauche.

Art. 2. Les trois tueries sur la rive droite seront, deux de vingt-quatre échaudoirs, et une de douze.

Art. 3. La première pierre des quatre tueries qui sont à construire sera posée le 25 mars par notre ministre de l'intérieur, qui ordonnera les dispositions nécessaires.

Art. 4. La corporation des bouchera de

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Paris sera maîtresse de faire construire les cinq lueries à ses frais , et elle eu aura le privilège exclusif; sinon, les travaux seront faite sur les fonds de notre domaine extraordinaire, et à son profit.

Un décret du 19 juillet suivant approuve le plan de l'emplacement de quatre abattoirs.

Lu 1611 un décret réduisit a trois cents le nombre des boucliers de la capitale. L'intérêt des cautionnements, dont les sommes étaient déposées a la caisse de Poissy, servit à racheter les étaux qui dépassaient ce nombre fixé.

Les abattoirs, qui devaient, d'après les ordres de l'empereur, être achevés en 1812, ne le furent qu'en 1818. Alors on vit disparaître toutes les tueries et ces effrayants foyers d'infection, contre lesquels on élevait depuis si longtemps des plaintes unanimes. La diminution du nombre des bouchers se faisait graduellement et sans apporter de profondes rao> difleations au commerce des viandes. Mais les herbagers de la Normandie et de plusieurs autres pointe de la France crurent voir dans la limitation trop restreinte du nombre des bouchers la création d'un monopole. Il en résultait, disaient-ils, que les éleveurs étaient forcément à la merci d'un petit nombre d'individus qui pouvaient s'entendre facilement pour imposer leurs conditions aux vendeurs.

Il devait en résulter pour ce petit nombre de bouchers des bénéfices considérables, au double détriment des producteurs et des consommateurs. Leurs plaintes furent si vives et si opiniâtres, qu'elles entraînèrent la conviction du ministre de l'intérieur. Charles X, par sou ordonnance du 12 janvier 1825, supprima la limitation du nombre des bouchers. Bientôt le nombre en fut porté à cinq cent quatorze; mais, sous l'empire de ce nouvel état de choses, les améliorations que l'on avait attendues, loin de se réaliser, firent place à un malaise plus considérable encore. Les herbagers, qui avaient provoqué l'ordonnance de 1825, furent les premiers à se plaindre encore de la perturbation apportée dans le commerce de la boucherie et à réclamer le retour aux coutu- ■ mes antérieures. En 1829 le mal était arrivé à un point alarmant. Un rapport du ministre de l'intérieur contient l'exposé de la situation, et nous rapportons en les lui empruntant les passages suivants : « En 1 825 on s'était proposé tout à la fois d'encourager la reproduction des bestiaux par la concurrence des acheteurs, de favoriser l'engrais, et de faire diminuer le prix de la viande de boucherie tout en faisant augmenter le prix de la livre de bœuf sur pied.

«« Cependant,' sire, loin que la concurrence soit devenue plus grande, il s'est établi une ' sorte de monopole en faveur d'un trcs-|>elil j nombre de bouchers, qui seuls ont pu couli- l

nuer à .s'approvisionner sur les marchés;/* reste a fait faillite, ou ne se soutient que par des achats de seconde main. C'est qu'en effet le principe de la libre concurrence, généralement bon, généralement salutaire, ne saurait s'appliquer à la vente d'une deurée qu'on ne peut acheter qu'en grande quantité, qu'on ne peut revendre qu'en détail, et qui, par l'effet de la corruption, tombe au bout de quelques heures en pure perle dans les mains du marchand. Ainsi nou-seulemeut la mesure adoptée en 1825 n'a pas produit les résultais qu'on espérait en retirer dans l'intérêt des consommateurs, mais elle a produit des effet* entièrement opposés. Au lieu de favoriser l'engrais des bestiaux , elle l'a totalement détruit; au lieu de procurer à la capitale de meilleures viandes à moindre prix, elle a fait substituer la viande maigre à la viande grasse et la viande suspecte à la viande saine, sans apporter au prix d'autre changement qu'une augmentation ; au lieu de rendre, par l'abaissement du prix, la consommation de la viande de boucherie plus facile pour la classe ouvrière, elle parait avoir retardé l'accroissement, autrefois plus rapide , de celte consommation, en faisant élever le prix des viandes basses, que les bouchers ne donnent aujourd'hui qu'à huit sous t tandis qu'auparavant ils les donnaient à six. »

Le rapport signale l'augmentation du commerce de la viande à la main ; il insiste sur l'existence d'un monopole créé par l'ordonnance de 1825, monopole qui a nui aux éleveurs, aux consommateurs, et qui n'a donné d'autre résultat positif que rabaissement de la qualité de la viande et l'augmentation de son prix.

Une ordonnance en date du 1 8 octobre 1829 réduisit le nombre des étaux à quatre cents; le syndicat de la boucherie fut chargé d'opérer la réduction des bouchers à ce nombre, au moyen de rachats successifs ; tout aspirant qui voulait s'établir avaut que la réduction fût opérée était obligé d'acheter deux elaux pour n'en exploiter qu'un et supprimer l'autre. La réduction commençait à s'opérer, lorsque la révolution de 1830 éclata. Il était difficile de rétablir le privilège sous l'influence des idées nouvelles : on laissa sans vigueur l'ordonnance de 1829; on empêcha seulement la création de nouveaux étaux. Les plaintes ne furent pas étouffées. Chacun, suivant »

position, les exprima différemment: les bouchers regrettaient la faveur de l'ancienne limitation ; les propriétaires voulaient le droit de libre concurrence, et la faculté de faire abattre les animaux pour leur compte dans les abattoirs, où ils pourraient en opérer U vente. Plusieurs projets furent successivement proposés, et au moiueut de la réïolc'UOO

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de 1848 le provisoire créé par la révolution de 1830 durait encore. Depuis quelques années, cependant, on avait modifié les droits d'octroi, qui, au lieu d'être perçus par tête, étaient imposés au poids. Les droits d'octroi et de caisse de Poissy furent abolis par le gouvernement provisoire ; rétablis ensuite, ils ont été assujettis à un nouveau mode de perception. La concurrence des marchands forains a subi une augmentation considérable. Enfin, en 1850, on établit au marché des Prouvaires la Tente à la criée, qui permit aux éleveurs de vendre leurs viandes sans autres intermédiaires que les agents de l'administration municipale. La caisse de Poissy, dont il a déjà été question, est une institution qui remoute au quatorzième siècle. Dès cette époque son utilité s'était déjà manifestée, parce qu'elle offrait les garanties les plus désirables pour la sécurité et la célérité des transactions, conditions capitales quand il est question de l'approvisionnement d'un grand centre de population.

Dès le jnoyen âge, des foires dites grasses se tenaient pour assurer l'approvisionnement. On reconnut bientôt que des intermédiaires entre les acheteurs et les vendeurs étaient nécessaires, et Jean Fleury, prévôt des marchands, par une ordonnance du 22 novembre 1375, institua des commissionnaires ou facteurs, qu'il éleva à la qualité de fonctionnaires publics.

Des règlements en vertu de lettres patentes, du 31 janvier 1392, sous la prévôté de Juvénal des Ursins; du 19 septembre 1403; du 18 mars 1477, apportèrent des améliorations dans cette institution. Un édit de janvier 1690 créa soixante offices de vendeurs. Cet édit fit place à un autre , en date du 10 mars 1700 ; la plupart des dispositions qu'il renferme ont servi à constituer plus tard la caisse de Poissy sur les bases où elle repose actuellement. Cet édit instituait cent offices de trésoriers vendeurs, et leur accordait un sou pour livre. Le 10 novembre 1733 les trésoriers furent remplacés par une caisse qui avait les mêmes fonctions. En 1743, 1744 et 1755, l'existence de cette caisse fut confirmée, et c'est à cette époque que parait remonter la dénomination de caisse de Poissy. Supprimée en 1776, elle fut rétablie trois ans plus tard. La Révolution la fit de nouveau disparaître, et elle ne fut remise en vigueur que par le décret impérial de 1811.

La caisse de Poissy, on ne peut le nier, a rendu dans le passé des services importants au commerce de la boucherie, en facilitant les achats au comptant , en donnant aux producteurs les garanties et la sécurité qui devaient les indemniser des longs sacrifices que nécessite leur industrie. Mais l'ordonnance de 1825 a toujours facilité le monopole dans le privi-

Suppl. Encycl. mod. — t. I.

lége. Ainsi des boucliers riches ont pu depuis cette époque fréquenter sans concurrence sérieuse les marchés de Sceaux et de Poissy, y faire des acquisitions en gros, ce qui s'appelle acheter à la~chevïlle. Ces marchands devinrent ainsi les véritables intermédiaires des bouchers de moyenne condition ; et comme ils ont toujours eu assez de capitaux pour payer comptant leurs acquisitions, il en résulta que les opérations de la caisse de Poissy en furent notablement restreintes. On peut s'en faire une idée en se rappelant que peu de temps avant la révolution de février 1848 la caisse de Poissy payait aux bouchers pour les intérêts de leurs cautionnements une somme annuelle de 75,150 francs, et que les intérêts des avances qu'elle faisait annuellement à la boucherie s'élevaient à peine à la somme de 40,000 francs.

A cette époque aussi les cinq abattoirs destinés au commerce de la boucherie par la ville de Paris se composaient, en totalité, de 240 échaudoirs ou lieux d'abat ; savoir : 64 à l'abattoir Montmartre , 64 à l'abattoir Méuilmontant, 48 à l'abattoir Grenelle, 32 à l'abattoir Villejuif et 32 à l'abattoir du Roule. Les 501 bouchers qui formaient alors la corporation étaient ainsi classés dans les abattoirs : 140 à l'abattoir Montmartre, 137 à Ménilmontant , 96 à Grenelle, 64 à Villejuif, et 64 an Roule. Ces bouchers se divisaient en trois catégories : la première était composée de 214, dits réguliers, faisant eux-mêmes sur les marchés leurs approvisionnements de viande, les préparant <;t les débitant dans leurs étaux ; la deuxième catégorie était constituée par 74 bouchers, dits en gros ou à la cheville, lesquels achètent sur les marchés de nombreuses bandes ou des troupeaux de bestiaux , qu'ils font conduire dans les abattoirs pour les préparer et les vendre par portions à d'autres bouchers, qui, au nombre de 213, formaient, sous le nom d'acheteurs à la cheville, une troisième catégorie.

Les marchés d'approvisionnement pour la ville de Paris sont ceux de Sceaux, de Poissy, de la Chapelle et de Parts, à la halle aux veaux. A Sceaux le marché se tient le lundi de chaque semaine, le jeudi à Poissy, lo mardi et le vendredi à la Chapelle et à la halle aux veaux. 11 est défeudu de vendre ou d'acheter en aucun temps des animaux daus les auberges et autres lieux , sous peine de 100 francs d'amende, aux termes de lettres patentes du I er juin 1782. 11 est également défendu d'exposer sur les marchés des bestiaux qui se trouveraient dans dfs cas rédhibitoires. D'après l'aiTêté des consuls du 30 ventôse an xi , il ne peut être acheté ni vendu de bestiaux destinés à la boucherie que sur les marchés de Poissy et de Sceaux dans le rayou de dix myriamètres de Paris, à l'ex-

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ception des marchés aux veaux et aux vaches.

Cependant les bouchers conservent la faculté d'acheter les bestiaux en dehors du rayon fixé, sous la condition toutefois de les faire amener et de les exposer sur les marchés de Sceaux et de Poissy.

Par un privilège qui se rattache à l'intérêt général et en vue des facilités de l'approvisionnement de Paris, les bestiaux qui lui sont destinés sont insaisissables par un arrêt du 13 juillet 1769. Il y a encore beaucoup d'autres règlements relatifs à la bonne tenue des marchés et concourant presque tons, en intention du moins, à la facilité des approvisionnements envisagés sous le double rapport de la quantité et de la qualité.

Aujourd'hui les nouvelles conditions et les améliorations produites par les chemins de fer et les télégraphes électriques, le bon état des routes, les meilleures conditions de l'agriculture et surtout trente-sept années de paix ont changé singulièrement l'ancien état de choses ; les difficultés de l'approvisionnement semblent vraiment chimériques. Ce n'est point à dire, cependant, que nos devanciers n'aient pas fait preuve de prudence et de sagesse : les lois, les ordonnances, les arrêts, les règlements, si nombreux et la plupart si appropriés aux temps et aux circonstances, attestent la constante vigilance des gouvernements et des autorités administratives.

Outre les marchands bouchers qui ont le droit de vendre en étal ou boutique, la place de Paris est encore approvisionnée dans ses halles et marchés par des bouchers forains ; il en résulte une concurrence plus ou moins sérieuse, qui devrait tourner au profit des consommateurs. Les marchands bouchers de Paris , pour avoir la facilité de débiter des viandes de différents choix et de différentes qualités , ont encore la faculté d'occuper les place» sur les marchés concurremment avec les marchands forains.

De plus, la vente à la criée, instituée au marché des Prouvaires en 1850, permet aux producteurs d'exposer en vente, sous la surveillance de l'administration municipale, la viande des animaux qu'ils ont élevés. La vente à la criée offre encore des facilités aux industriels, aux fermiers ou autres possesseurs d'animaux pour la vente directe des viandes , et de plus elle suscite dans le commerce de la boucherie une concurrence qui devrait être vraiment sérieuse.

Sans doute les étaux et les marchés occupés par les marchands forains, la vente à la criée, facilitent le classement des qualités, et laissent aux consommateurs le choix des morceaux.

Lesétaux des quartiers riches ne restent plus encombrés de viandes de deuxième oti de troisième choix , dont ils trouvaient difficile-

ment le débit ; réciproquement, les forains ue sont pas exposés à vendre à vil prix des parties de viandes supérieures, pour lesquelles ils ne trouvaient point d'acheteurs. En outre, la criée réunissant à la diversité des produits la variété des acheteurs et des concurrents, on devait penser que tout était pour le mieux dans l'intérêt des consommateurs; il y a cependant dans cet état de choses des inconvénients réels. La viande de boucherie n'est pas une denrée de facile conservation, comme le coton, le sucre ou le café ; elle ne peut être mise en réserve et attendre la recherche des consommateurs. Souvent l'arrivée inopinée sur la place de Paris d'ane grande quantité de gibier, de volaille, de poisson, fait délaisser les boucheries. Si les viandes sont abattues autrement qu'au jour le jour et en raison directe des besoins de la consommation quotidienne, il en résulte toujours une perte réelle, quand, chose plus grave, des viandes insalubres et détériorées ne sont pas livrées aux consommateurs. Dans les temps ordinaires, la viande qui est conservée trop longtemps ne présente pas encore des altérations sensibles dans ses qualités physiques; l'odeur, la couleur, l'aspect général sont encore satisfaisants, et cepeudant ces viandes donnent au pot-aufeu un certain goût de lard. Le bouillon n'a pas le même arôme, il est moins nutritif; la viande apaise moins la faim, parce qa'en réalité elle nourrit moins. Dans ce cas, le bon marché est tout à fait fictif, puisqu'au lieu de 500 grammes, il en faut 750 pour produire les mêmes effets réparateurs. Cette altération des viandes se fait surtout remarquer dans les mois de mars ou d'avril, quand le vent est du nord et que l'hygromètre annonce une grande sécheresse de l'air. Chose curieuse!

dans les temps pluvieux et humides, avec une exposition et une ventilation convenables, les viandes se présentent encore dans les mêmes conditions ; mais alors les altérations presque imperceptibles qu'elles ont subies abaissent encore davantage la qualité réparatrice de la viande.

Ces inconvénients sont plus particulièrement inhérents aux viandes de la criée, mais ils ne sont pas certainement les seuls; car la vigilance, le zèle et l'attention de l'autorité peuvent se trouver en défaut de plusieurs manières. En effet, les animaux malades, les vaches amaigries, celles qui ont cessé de donner du lait, sont abattus, préparés convenablement et dépecés par quartiers. Les cuisses et les épaules sont réservées pour la vente à la criée; quelques fois la viande des cOtes est vendue ailleurs, chex des charcutiers et des gargotiers de la banlieue. D'autres fois il arrive que des fermiers, ne trouvant pas le débit de leurs animaux, se décident à tuer sur

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place : les viandes sont de très-bonne , voire même de première qualité ; mais comme ils ont fait apprêter les animaux par des bouchers maladroits ou par des gens de ferme, il en résulte que la mauvaise façon donnée à la viande, rendue chaude et emballée de même dans les voitures, déprécie la marchandise, et lui donne une apparence extérieure telle que des connaisseurs superficiels devront la trouver mauvaise. Il arrivera parfois que la viande sera réellement dépréciée par suite du mauvais tempe doux et du défaut d'évaporatiou après la façon donnée à l'animal ; alors le fermier ne retire point de sa marchandise le prix qu'elle devait lui rapporter, puisque la bonne qualité qu'elle avait a été méconnue ou abaissée en pure perte.

La criée semblait avoir été instituée pour favoriser la classe ouvrière; on croyait que le détail de la viande lui aurait permis de fréquenter ce marché pour s'approvisionner.

Loin de là : cette criée n'est le plus souvent suivie que par les petits restaurateurs, les fruitières , les marchands de bouillon et les gargotiers , qui presque tous connaissent peu les qualités de la viande. C'est là surtout que les maladies graves des animaux, souvent difficiles à constater et à reconnaître pendant la vie, échappent à l'appréciation des inspecteurs, des vétérinaires et des gens versés dans la connaissance des viandes abattues. La chair des animaux abattus trop jeunes, de ceux qui sont trop gras, celle des betes malingres, chétives, mal nourries ou fatiguées, ne contiennent pas au même degré des sucs réparateurs. Le fait se trouve démontré par des observations directes, desquelles il résulte que pour satisfaire l'appétit des travailleurs et augmenter l'énergie musculaire il faut une quantité de viande d'autant plus considérable qu'elle est moins riche en sucs nourriciers. Aujourd'hui cette vente à la criée a pris un grand développement , et l'autorité s'occupe de la reconstituer sur de nouvelles bases. Quoi qu'il en soit, il est difficile, avec les conditions mixtes du commerce de la boucherie, d'obtenir des résultats nets et précis.

Les tendances du gouvernement sont portées de préférence vers la liberté du commerce de la boucherie. Le remarquable rapport de M. Lanjuinais , fait au nom d'une commission chargée, en date des 13 et 21 janvier 1851, de l'enquête législative sur la boucherie , a été publié dans les premiers mois de l'année 1852 ; c'est un travail du plus haut intérêt, où se trouvent résumés tous les faits et toutes les opinions contradictoires sur la boucherie ; il en résulte que les errements de l'ancien commerce doivent subir d'une manière quelconque un changement fondamental. Paris est la seule ville où la

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boucherie soit organisée et limitée; à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, à Nantes, jamais la viande n'a manqué dans les temps ordinaires ou dans les moments de crise. A Berlin et à Londres, où la boucherie est illimitée, l'approvisionnement n'a jamais été mis en question ; mais, on le comprend bien, la nature des assolements, les méthodes d'élevage, laqua»

lité des races d'animaux élevés , l'âge qu'ils ont lorsqu'on lessacrilie, peuveotétablir,ence qui touche la liberté du commerce de la boucherie, des diférences considérables relative* ment aux différents pays. Depois quelque temps les tentatives de l'administration, les tendances qu'elle a manifestées semblent indiquer qu'elle a voulu étudier la possibilité de rendre libre le commerce de la boucherie.

Les nouvelles voies de fer, les télégraphes électriques , la rapidité des transports et la facilité des correspondances semblent avoir levé la plupart des obstacles qui existaient autrefois pour l'approvisionnement des grandes villes. Tuer sur place, diriger sur le centre de consommation les différents produits en viandes, suifs, abats, peaux, toisons, etc., c'est naturellement tendre à faire diminuer le prix de la viande.

Mais c'est dans sa cause première, c'est-àdire la propriété foncière, et par suite la production des animaux de boucherie, qu'il faut chercher les améliorations véritables que peut atteindre le commerce des viandes.

Les différentes régions de la France élèvent des animaux des espèces bovipe et ovine, qui présentent d'excellentes conditions pour le commerce de la boucherie. Les animaux, suivant les régions qu'ils habitent, les croisements dont ils proviennent, offrent en suif, en viande , etc., des rendements différents. Pour ne nous attacher qu'à la viande, nous ferons remarquer que la plupart de nos animaux ont une chair excellente. Toutefois, quelques-uns ont une viande trop ferme, trop sèche , trop rare; d'autres sout celluleux, ne présentent pas assez de consistance, ils sont lymphatiques ; chez d'autres encore, et ce fait se remarque dans les meilleures races, comme la charoUaise et la cotentine, les os sont trop volumineux et trop lourds. Des croisements, dits par sélections, bien opérés peuvent améliorer ces différents animaux, développer les qualités qu'ils possèdent ; mais pour que toutes ces questions soient résolues, il faut de grandes propriétés, beaucoup d'argent, et beaucoup d'herbe à bon marché.

L'âge des animaux an moment de leur abattage mérite aussi la plus grande attention. La viande des jeunes animaux n'est pas

I aussi fibreuse, elle n'est pas aussi riche en principes nutritifs que celle des bêtes d'an certain âge. Les trop vieux animaux ont

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perdu leur graisse , leurs fibres sont sèches , le grain de oette viande est gros, et la surface des coupes présente un aspect particulier qui rappelle le bleu de l'acier; ces dernières viandes sont peu alimentaires. D'une autre pari, les animaux trop gras n'ont pas une chair suffisamment nourrissante : ils flattent l'œil dans les concours , mais ils ne durcis* sent point les muscles de l'homme, ils n'enrichissent pas son sang. La race de Dui ham, si diversement appréciée depuis son introduction en France, paraît plutôt destinée à produire du lait et du suif que de la viande de boucherie. Dès l'année 1 846 l'administration, à titre d'essai, a accordé des primes à de jeunes animaux des espèces oviue et bovine, et il ne parait pas que les observations faites soient suffisantes pour que des conclusions soient dès à présent possibles.

Le projet de loi proposé par la commission de l'enquête prononce l'interdiction de la taxe des viandes ; l'intervention de la caisse de Poissy serait facultative, le cautionnement des bouchers supprimé; quant aux droits «l'octroi sur la viande, le projet de loi les supprime dans toute la France à partir du 1 er janvier 1860. Aucun droit d'octroi ne peut être établi, dans l'intervalle , dans les communes où la viande n'est pas imposée. Si la question n'est point encore résolue, c'est qu'elle présente les plus graves difficultés; l'administration , dans l'étude qu'elle fait d'une nouvelle organisation de la boucherie , apporte cette sage lenteur et cette réserve que commande la nature des intérêts si sérieux qui sout mis en balance. Quand il s'agit d'assurer la subsistance d'une nation, sa sécurité, son bien-être, son amélioration physique et morale, on ne saurait blâmer la lenteur d'une action qui ne s'arrête que pour mieux se renseigner. D r Patté.

bouffon ( Histoire.) De tout temps les difformités du corps et la dégradation intellectuelle ont été en possession d'exciter le rire, tant la nature humaine abandonnée à elle-même est loin des sentiments de charité que lui enseignent la religion et la morale. Une bosse sur le dos, un visage grotesque, une chute imprévue, un coup lestement appliqué, sont des choses, parait- il , profondément comiques, puisqu'on voit de bonnes âmes à l'aspect de semblables monstruosités ou de pareils accidents commencer par faire une concession au rire, et ne revenir que parla réflexion à la pitié que doivent inspirer la misère ou la douleur. 11 en est de même pour la difformité morale. Avant de faire horreur et pitié, un fou ou un idiot ont bien des chances pour fuit e rire. De tout temps aussi , ou à peu près, des hommes placés par le sort dans une situation qui leur permettait de croire

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que le monde avait été créé pour leur plaisir, ont imaginé d'entretenir à leurs côtés un sujet d'hilarité permanent, tandis que d'autres, se trouvant dans une situation toute contraire, se sont mis à spéculer. sur cette disposition de l'âme humaine et à tirer prolit soit de certaines infirmités qu'ils pouvaient avoir, soit d'une difformité feinte ou d'une sottise habilement simulée, pour nourrir leur corps en sacrifiant la dignité de leur esprit. Ces hommes, nains informes ou têtes éventées, servant à l'amusement des princes et des grands, comédiens de bas étage cherchant à égayer par d'ignobles moyens un public peu délicat, plaisants de profession cherchant à se rendre agréables par une affectation de gaieté intarissable et de basse complaisance, ont été dans notre langue appelés bouffons.

Cœlius Rhodiginus (l) raconte qu'un sacrificateur athénien, ayant été pris un jour d'une terreur panique au moment où il venait d'immoler un bœuf, et s'étant enfui en laissant tomber sa hache , fut pour ce fait traduit en jugement. Le9 magistrats , ne voyant pas là un cas pendable, prirent la chose gai ment :

ils condamnèrent la hache, et renvoyèrent absous l'inculpé. Le roi Ércchthée trouva plaisant d'instituer à ce sujet des (êtes, qui furent appelées Bupltonies , du nom du héros de l'aventure, qui se nommait Bupho. On a voulu voir là l étymologie des mots Bouffon et bouffonnerie t et celte opinion est aussi niaise que l'histoire elle-même. Il y eut bien en effet à Athènes des fêtes en l'honneur de Jupiter Polien qui s'appelaient d'une dénomination analogue à celle-là ; mais c'était parce que dans ces fêtes on immolait des bœufs à Jupiter : (ioû; çoveîv, tuer des bœufs. — Autre élymologie, plus vraisemblable celle fois. Il y avait dans le théâtre latin un genre de spectacle qu'on pourrait comparer à ce que sont aujourd'hui les pantomimes des Funambules, c'est-à-dire que l'esprit de l'ouvrage consistait surtout dans une large distribution de soufflets ou de coups de pied. Seulement, soit que l'art fût moins avancé qu'à présent, soit au contraire que ce fût un raffinement artistique qui faisait mépriser les coups frappés dans les mains et les soufflets reçus seulement en apparence, c'étaient leurs joues ellesmêmes que les histrions présentaient à la main ouverte, et pour augmenter l'effet, l'artiste habile avait soin d'enfler sa joue et de rendre ainsi bien plus sonore le soufflet lancé d'aplomb sur cette surface tendue. L'histrion chargé de ce rôle s'appelait en latin buffo Tous les bouffons du théâtre, le Maïus de Plaute, l'Arlequin et le Polichinelle de la comédie italienne, le Gracieux du drame espa-

(0L. vil, ch. 6.

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gool, le Clown du drame anglais , le niais du mélodrame français, proviennent de cette souche commune. Le nom ne s'est pas moins répandu que la chose, et il a reçu dans notre langue des applications beaucoup plus générales. La plus importante et celle qui a été la mère des autres , c'est la signification qu'il a prise en servant à désigner ce que nous appelons aussi fous de cour ou fous en titre d'office, c'est-à-dire des hou fions pensionnés, idiots de naissance ou badins de profession, qui remplirent longtemps à la cour, ou auprès des grands , une véritable charge et un rôle qui n'était pas sans importance.

Comme nous l'avons déjà dit en commençant, cette habitude d'avoir toujours sous la main quelque objet grotesque propre à exciter l'hilarité remonte à une haute antiquité. Les riches Romains tenaient à grand honneur d'avoir parmi leurs esclaves quelque avorton difforme, d'une taille aussi exiguë que possible, balançant sur un corps mal ébauché une tete aussi pointue, uu visage aussi hideux qu'il se pouvait. Quand à ces qualités précieuses cetavorton delà nature, qu'on appelait mono, parvenait à joindre un esprit aussi mal conformé que son corps, alors il était d'un prix inestimable, et nul ne croyait payer trop cher mi trésor si envié. Sénèque, Suétone, Martial,

Noniu^

et d'autres encore ont constaté l'exis-

tence de cette mode et le haut prix qu'on mettait à la possession de ces esclaves disgraciés. Ajoutons que les femmes voulurent suivre l'exemple des hommes, et qu'elles aussi rocher- (lièrent les monstres dans l'ordre physique et dans l'ordre moral. L'imbécilité ou la folie, qui était une des qualités recherchées chez ces pauvres créatures, est assez exprimée par le nom tefatux, que les dames romaines donnaient à leurs folles. Les bouffons avaient une place marquée chez les rois d'Asie. On sait que la bosse d'Esope et son esprit de bossu lui tirent jouer un certain rôle à la cour de Crésus. Les Césars de Constantinople ne négligèrent pas ce moyen de se distraire des tristes vicisitudesdu Bas-Empire. Au neuvième «èclc, le bouffon de l'empereur Théophile, nommé Dandery, vit l'impératrice prier devant des images, et dénonça la chose à son maître, iconoclaste acharné. L'impératrice s'en vengea en faisant durement bâtonner le délateur. Dans les siècles suivants, l'usage des fous devint général par toute l'Europe. Les rois de France et d'Angleterre, l'empereur, les souverains d'Italie, en firent un emploi de cour, et dès lors il n'y eut si petit prince lui, par imitation , ne voulût avoir le sien. Ces singuliers fonctionnaires, qui avaient pour occupation d'exciter le rire de leur mattre par des grimaces, des gestes grotesques et de brusques saillies , jouissaient de très-grandes

prérogatives. Us avaient le privilège d'être admis les premiers dans la chambre royale , de parler à leur fantaisie sans attendre qu'on les interrogeât, et de décocher impunément contre les plus nobles seigneurs les traits de leur méchanceté. Us passaient presque pour des oracles. « Par l'avis, conseil, prédiction des fous, vous savez quantes princes, rois et républiques ont été préservés, quantes batailles gagnées, quantes perplexités résolues? » dit Pantagruel à Panurge, dans le troisième livre de Rabelais : Selon le curé de Meudon : Les mathématiciens disent un même horoscope être à la nativité des rois et des sots; selon Kéguier :

Les fous sont aux écbeca le» plus proches des rois.

Il fallait cependant réunir des talents assez variés pour avoir droit de revêtir les insignes de maître ès folie , savoir : le bonnet pointu à longues oreilles et crête de papier ou de drap rouge , la marotte au poing , la vessie à la ceinture, et la livrée aux couleurs du maître, toute résonnante de grelots. On choisissait de préférence pour cela des nains, des bossus, des nègres, et les plus grotesques variétés de l'espèce humaine. Un fou bien appris sautait et gambadait ; jouait de la cornemuse, de la trompette et du rebec ; savait par cœur des chansons , des lais ou contes joyeux , etc. Enfin , on instruisait ces créatures comme on instruit des bêtes, savantes, pour les vendre ou pour s'en divertir.

On trouve déjà des foos au service des Carlovîngiens. Mais ce fut surtout après les croisades que cette mode, établie à la cour des empereurs grecs, fut goûtée dans toute l'Europe. Dès lors presque tous les rois l'adoptèrent; et chaque fois que l'un d'eux voulut s'en affranchir, les historiens en firent la remarque spéciale. Ainsi , ils observèrent que Philippe- Auguste chassa les bouffons do sa cour, et que Charles VU ne voulut point les supporter, parce qu'il avait exclusivement accordé sa confiance aux rêveries des astrologues. Charles V lui-même, bien que surnommé le Sage, fit élever des tombeaux magnifiques à deux de ses tous : à l'un, dans l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris ; à l'autre, nommé Thévenin de Saint-Lèger, dans ceHe de Saint-Maurice, à Senlis. La ville de Troyes en Champagne avait, à ce qu'il parait , la glorieuse prérogative de fournir des fous à la cour des rois ; car les archives de cette ville possédaient, dit-on, une lettre adressée par Charles V aux maires et échevins, et portant que vu la mort de son fou, ils eussent à lui en procurer un autre , suivant la coutume.

Sous ce règne , d'ailleurs , les fous étaient au nombre des officiers de toute maison priocière. Jean , duc de Berri , frère du roi , qui

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mourut eu 1 41G , (ut accompagné ù ses obsèques par ses fous , vêtus de deuil. Los évêques même recouraient à ce moyen pour se donner à rire. Dès Tannée 1212 le concile de Paris, réformant les abus des mœurs ecclésiastiques, avait eu à faire la guerre aux bouffons que les prélats entretenaient dans leur maison épiscopale.

Un compte des dépenses de Charles VI, daté de l'an 1404, nous apprend que ce prince, qui régna en démence pendant plus de trente ans, accordait une faveur toute particulière aux porte-marotte; qu'il les habillait de neuf plus souvent que lui-même; qu'il leur faisait faire des vêtements d'iraigne rouge, de la même étoffe et couleur que les meubles de son cabinet ; qu'enfin , il leur fournissait par an 47 paires de souliers , vu qu'ils piétinoient beaucoup.

Charles VII, bien qu'il perdit son royaume le plus gaiement du monde, ne donna pas à un fou le privilège de le faire rougir de son insouciance ; l'histoire dit « qu'il n'avoit cure « des fols-sages ». Son fils, Louis XI, aimait beaucoup , au contraire, les reparties fines et imprévues, la joviale liberté de la bourgeoisie. Aussi eut-il autant de fous que de familiers. Le roi, ayant fait mourir son frère, le duc de Guienne, par gentille industrie, dit Brantôme, eut l'adresse de se soustraire au soupçon; mais le remords survécut au crime, et, priant un jour devant Notre-Dame de Cléry, sa bonne patronne, il s'oublia jusqu'à se reprocher tout haut le fratricide. Son fou était seul auprès de lui ; et ce fou, duquel il ne se doutoit quHt Jût si fol, fat, sot qu'il pût rien rapporter, lui redit la litanie en présence de tout le monde, à son dîner. Le courage était grand , d'oser chagriner et embarrasser Louis XI!

Du reste, ce fou passa le pas comme les autres, à quelque temps de là, et Louis XI retint depuis cette vérité, que lui avait apprise l'expérience : « H ne fait pas bou se fier « à ces fols , qui quelquefois ont des traits « sages, et disent tout ce qu'ils savent, ou « bien le devinent par quelque instinct divin. *

Plus d'une fois en effet il s'est rencontré sous le déguisement d'un fou un cœur d'homme , un jugement sain , un esprit supérieur ; plus d'une fois ces créatures, ravalées au niveau des chiens et des singes , ont donné à leur maître d'utiles enseignements.

Ainsi, on connaît les nombreux bons mots , les ingénieuses et fines reparties de Triboulet , fol-sage ou morosophe de Louis XII et de François I er . On sait que ses avis eussent pu prévenir la captivité de Madrid , si on les eût écoutés.

L'histoire a aussi conservé les noms de deux des collègues de Triboulet : Caillette et Ponte.

Après ceux-ci vint Brusquet, qui exerça sous Henri II , François II et Charles IX. Il acquit une célébrité et une faveur dont il sut tirer uu fort bon parti , et ne vida son imagination que pour remplir sa bourse.

A la même époque vivait à la cour un fou nommé Thoni, qui appelait le connétable de Montmorency son père, sans que ce seigneur s'en formalisât. Suivant Brantôme, Charles IX ordonna à Ronsard de faire l'épilaphe de ce fou.

Sous Henri III parurent Sibilot, dont la folie fut longtemps proverbiale ; sous Henri IV, Chicot , dont le roi goûtait fort les facéties; et maître Guillaume, dont le nom , pendant sa vie et plus de cinquante ans après sa mort, servit souvent de masque à des auteurs d'écrits satiriques. Henri IV avait aussi une folle, nommée Maikurine, qui 6e trouvait auprès de lui lorsque, en 1594 , Jean Chàtel voulut l'assassiner. « D'abord, dit Mézerai , le roi, se sentant blessé à la lèvre , crut que c'était un trait de Mathurine, à laquelle il avoit donné la liberté de se jouer quelquefois avec lui, et ne dit autre chose, sinon : « Faites retirer « cette folle ; elle m'a fait mal. » Mais pendant ce temps la folle courut fermer la porte de la salle, et empêcha l'assassin de s'échapper. »

Ce n'était pas chose nouvelle , d'ailleurs, de voir à la cour les tristes fonctions de fou exercées par des femmes. On sait qu'en 1453, la duchesse de Bretagne , Isabeau , avait uae folle qui s'appelait Françoise; on connaît aussi le nom de la fameuse folle de la même cour, Madame de Toutes Couleurs.

Les reines et les princesses surtout avalent d'ailleurs habituellement des folles en titre d'office. Celle de la reine de Navarre, sœat de François I er , s'appelait mademoiselle Sevin (I). Dans une lettre au connétable de Montmorency (2 octobre 1527), cette princesse écrivait : « Madame m'a icy laissée (à « Fontainebleau ) avecques la garde de partie « de ses meubles , qui est son perroquet et « ses folles, que j'aime pource que cela Juy « donne plaisir. » Ces folles avaient des gouvernantes, comme les fous des gouverneurs.

Au commencement du dix-septième siècle on connaissait à Paris, et bien loin à la ronde, Nicolas Joubert, sieur d'Engoulevent, prince des sots et pensionné de la cour. Mais le titre de fou du roi commençait à perdre de son lustre , à mesure qu'on apprenait à connaître aux Tuileries, à Fontainebleau, à Saint- Germain , des plaisirs plus délicats.

Cet office ne fut pourtant pas supprimé de longtemps. Maret, fou de Louis XIII, excellait surtout à contrefaire les Gascons. Aussi

(i) royez Brantôme, Dames galanUs, dtoc. +.

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