ES DE COMMERCE
autres villes, les Bourses sont aujourd'hui ce qu'elles étaient autrefois, c'est-à-dire un lieu où s'assemblent tous les jours à une heure déterminée, ou à certains jours de la semaine seulement, les négociants, banquiers, arma* leurs, capitaines de navire, agents de change et courtiers, pour y traiter de leurs affaires.
On prétend que la dénomination généralemeut donnée à ces réunions depuis le seizième siècle vient de la ville de Bruges, où elles se tenaient près de l'hôtel des Bourses, « ainsi nommé, dit Savary, d'un seigneur de « l'ancienne et noble maison des Bourses qui « l'avait fait bâtir, et qui en avait orné le « frontispice de l'écusson de ses armes chargé « de trois bourses (1). »
Dans les places de commerce de quelque importance, l'utilité de ces assemblées est évidente. Elles facilitent les opérations commerciales, permettent de constater avec autant d'exactitude que possible les variations du cours des marchandises , en mettant les vendeurs et les acheteurs en présence. C'est là que se rencontrent le manufacturier qui a besoin de matières premières, et le négociant qni en est détenteur ou le courtier de marchandises chargé d'en opérer le placement; le capitaliste qui cherche l'emploi de ses fonds, et l'agent de change ayant des effets de commerce à négocier; dans les ports, l'armateur ou le capitaine de navire en quête d'un chargement, et l'expéditeur qui a besoin d'un navire pour y placer une cargaison ; c'est là que l'on convient des conditions du fret et de l'assurance contre les risques de mer, soit directement, soit par l'intermédiaire des courtiers institués pour s'entremettre daus ce genre d'opérations, et la présence simultanée de tant de personnes ayant réciproquement besoin l'une de l'autre permet d'expédier en quelques heures des affaires qu'on ne pourrait sans cela conclure qu'en plusieurs jours.
En France, la première Bourse de corn' merce parait avoir été établie à Lyon. Viennent ensuite, par ordre d'ancienneté, celles de Toulouse et de Rouen, la première créée par Henri H,en 1549, et la seconde par Cliarles IX, en 1556. L'existence légale de la Bourse de Paris est d'une date plus récente.
Sous Louis XIV les négociants de la capitale avaient coutume de se réunir, pour traiter des affaires de leur commerce , dans un lieu appelé la place du Change, et qui était situé dans la grande cour du Palais de Justice, au-dessous de la galerie Dauphine, du côté de la Conciergerie; mais la situation incommode de cet emplacement, son peu d'étendue, et particulièrement l'embarras continuel des carrosses qui en occupaient les en-
(i) Sovarjr, Dtcttomair* tmiverul *» Commerce .
virons, Pavaient fait abandonner vers la fin du dix-septième siècle. Ainsi , lorsque le système de Law fut adopté par le gouvernement, il n'existait pas à Paris un lieu habituel de réunion pour les affaires de commerce, et les spéculateurs de toutes les classes se portèrent en masse dans la rue Quincaropoix, habitée alors par des banquiers, des gens d'affaires et des usuriers, et qui était depuis longtemps le siège principal d'un trafic basé sur la défaveur des effets royaux.
A cette époque on eut l'idée de créer une Bourse afin de mettre, s'il était possible, un peu d'ordre dans cet immense désordre ; mais le discrédit dans lequel tombèrent bientôt les actions du Missiasipi fit renoncer à ce dessein, qui fut repris quelques années plus tard, dans l'intérêt du commerce. Enfiu, le 24 septembre 1724 parut un arrêt du conseil portant qu'il serait incessamment établi dans Ja ville de Paris une place appelée la Bourse, et pour l'exécution de ce projet on choisit une portion du palais Mazarin, dont l'entrée était située dans la rue Vivienne, et qui fait aujourd'hui partie des bâtiments où la Bibliothèque Impériale est installée.
h Ce choix eut à peine été fixé, dit Savary, « qu'on vit s'élever autour de la principale « cour de magnifiques portiques de pierre de « taille, et s'y établir des bureaux commodes: « ceux ci où les marchands et agents de ban- « que pouvaient tenir les écritures de leurs « négociations, et ceux-là où , à l'abri des in- « jures du temps, ils pouvaient convenir m de leurs traités et marchés. Celte place, « ajoute Savary, est un grand carré long, qui « par son étendue, sa magnificence et ses « commodités, ne le cède pas même à la « Bourse d'Amsterdam , qui est estimée une « des plus belles de l'Europe. » C'est dans ce local que s'est tenue la Bourse de Paris jusqu'en 1793.
Autant qu'on en peut juger par les actes du gouvernement, la fureur d'agiotage qui a précédé la création de celte Bourse ne s'est réveillée que quelques années avanl la Révolution; car voici ce qu'on lit dans le préambule de l'arrêt du conseil du 7 août 1785 :
« Le roi est informé que depuis quelque « temps il s'est introduit dans la capitale un « genre de marchés, ou de compromis aussi « dangereux pour les vendeurs que pour les « acheteurs, par lesquels l'un s'engage à four- « nir h des termes éloignés des effets qu'il n'a « pas, l'autre se soumet à les payer sans en « avoir les fonds, avec réserve de pouvoir « exiger la livraison avant l'échéance, moyen- « nant l'escompte; que ces engagements, qui, « dépourvus de cause et de réalité, n'ont, « suivant la loi, aucune valeur, occasionnent « une infinité de manœuvres insidieuses, teu-