A THE
circonstance la patrie pouvait compter sur lui.
Le Directoire parut se contenter de ces explications. C'était le seul moyen de sauver l'honneur du gouvernement; mais l'arrivée du Général changeait tout. Far le fait il n'y avait plus de gouvernement; il n'y en avait plus que l'ombre, les apparences extérieures. Un seul homme était tout ; c'était Bonaparte. 11 était à Paris depuis quelques heures, et déjà tout se courbait devant lui. On cédait malgré soi à cet ascendant que la force de la situation aussi bien que l'autorité du génie rendaient irrésistible. Il n'était pas jusqu'au! membres du gouvernement qui ne vinssent se réfugier en quelque sorte sous la protection du Général. Sous prétexte de lui faire honneur, on l'appelait à tous hïs conseils; oo n'osait rien décider sans son avis. Les ministres se rendaient chez lui avec leurs portefeuilles, et lui soumettaient leur travail. I! était le maître de l'administration de la guerre. C'est ainsi que tout allait à lui, et que sans titre, dans une position au contraire qu'on eût été embarrassé de définir, il se trouvait inve&li en réalité de toute la puissauce dans ce pays. Lui, cependant, ne s'expliquait que sur ks questions de détail. Mais sur ce point si grave et qui agitait les esprits, sur la question générale en un mol et les moyens d'y porter remède, nul ne pouvait le pénétrer. Il écoutait; il observait ; il examinait en silence l'état de* partis. Tous tâchaient de l'attirer à eux ; le» confidences lui arrivaient de toutes parte.
Personne, môme la plupart des républicains, ne croyait à la durée du gouvernement actuel. Ils venaient le supplier de sauver ao moius la constitution de l'an III « Faites-moi Directeur, disait-il, et nous la sauverons. » On lui répondait qu'il n'avait pas l'âge. Il n'avait alors que trente ans : la constitution exigeait quarante ans. Ceux-là même qui n'avaient pas cru que les Journées du 30 Prairial et du 18 Fructidor fussent une violation delà constitution s'arrêtaient devant cet obstacle, dont s'effrayait l'austérité de leurs principes. « Sotte constitution, répondait le Général, qui n veut qu'on ait quarante ans pour être utile « à son pays! Votre respect pour cette cousli- « tulionest une absurdité : elle n'existe plus! »
Les antres partis ne faisaient pas moins pour se l'attacher. Ils étaient représentés par Siejès et par Barras. On a vu ce que voulait Sieyès ; sa confiance ne lui permettait pas d'apercevoir autre chose que lui-même dans ces événements. II ne croyait pas que rien pût se faire sans lui, ou plutôt il croyait que tout devait se faire par lui, et que les bras qui concourraient à l'exécution ne pouvaient être que des instruments trop heureux d'obéir à son inspiration. Déjà le Général l'avait vu. Oo avait