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BRUI

cherché à les rapprocher, mais l'entrevue n'avait pas réussi. Le Générai n'était pas fait pour se laisser prendre au prétendu mérite du grand législateur. Peut-être ne cacha-t-il pas assez son dédain pour ces formes sèches et pédantes, indices de supériorité aux yeux du vulgaire, mais si peu faites pour tromper celui qui sait voir. Sieyès avait senti ce dédain : sa vanité s'en était offensée; il ne dissimulait pas son éloigneraient pour le Général. « Avez- • vous vu, disait-il, ce petit insolent : il n'a pas « môme daigné saluer le membre d'un gou- « verneinent qui aurait dû le faire fusiller (I)! C'était, comme on l'a vu, l'expression adoptée daos un certain inonde, depuis quinze jours.

Il semblait que rien n'eût été plus facile que de traduire le Général en jugement et de le faire fusiller; et que si on ne l'avait pas fait, c'était uniquement par indulgence. Le Général, de son côté, ne dissimulait pas ses répugnances pour le Directeur. « Quelle idée a- « t-on eue, disait-il, de mettre ce prêtre au Di- « rectoire? Il est vendu à la Prusse; et si l'on « n'y prend garde, il vous livrera à elle. »

Il est des nécessités politiques, cependant, qui dominent toutes les antipathies. Quelle que lût la valeur réelle de Syeyès, sa réputation n'en était pas moins très-grande, et son crédit en raison de l'importance qu'elle lui donnait. Il était en ce moment le premier personnage de l'ordre civil , comme le Général était le premier de l'ordre militaire : tous deux avaient besoin l'un de l'autre. On le leur fit sentir; on parvint à les réconcilier, et c'est par eux en délinitive que fut résolue et préparée la Jour* née du 18 Brumaire.

Pour Barras, il y avait entre le Général et lui une barrière que rien ne pouvait franchir : c'était celle du mépris. Il est une louange qui de tout temps a pu être adressée à l'Empereur, et peut-être est-ce la plus belle.

C'est la répulsion que lui inspirait la corrup* lion. Il avait en outre des motifs de ressenti* ment personnels et très-légitimes contre Barras. On a cru pendant longtemps, et c'est une opinion aujourd'hui encore assez répandue, que Barras était l'auteur de la fortune du général Bonaparte, par le rôle qu'il lui avait assigné dans les événements de Vendémiaire (2) Rien n'est moins exact. Le Général, il est vrai, conduisit toutes les opérations; mais ce n'était pas à liire de commandant en chef : c'est à Barras que ce titre avait été donné par la Convention : aux termes de l'arrêté, le général Bonaparts n'était que son lieutenant. On sait quelle (ut la part du chef et celle du lieutenant durant cette journée. Barras, qui avait

(0 Ce mot *cmbl<' indiquer, ainsi qu'on l'a dit plus tout, qu'nucun arrêté n'avait été rendu pour faire revenir le Général.

W Voir l'arilçlc Vendémiaire, tome XXVlf,

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