AIRE
ques-uns veulentrester à leur banc : les soldat* les saisissent. Les autres s'enfuient, escaladant les croisées qui donnent sur le jardin, et jetant ça et là leurs insignes de replantants. En un instant la salle est vide : tout était consommé; il était cinq heures et demie.
Cette nouvelle, apportée au Conseil des Anciens, y causa, dit-on, un grand abattement. Ou avait été plus loin qu'on ne le voulait. On avait cru, comme il arrive toujours, qu'une fois les choses commencées , on pourrait les arrêter à un certain point. Mais comme il v* rive toujours aussi , on se trouvait entrainé par les forces mêmes qu'on avait mises en mouvement. Il y a dans les événements une logique inflexible, qui se développe en dehors de toutes les combinaisons et de tous les calculs de l'intérêt privé. C'est une vérité dont l'histoire seule de ces dix dernières années fournissait assez d'exemples, si les enseignements de l'histoire pouvaient être de quelque autorité devant les illusions des partis. C'était pour les avoir méconnus encore aujourd'hui qu'on succombait. Il est vrai que nul n'avait à se plaindre du résultat, si ce n'est ceux qui en contribuant à cette révolution y avaient cherché autre chose que ce qu'elle devait produire. C'était en effet la raison universelle qui triomphait, si l'on peut s'exprimer ainsi ; c'était U nation elle-même, échappaut à la domination des partis pour entrer enfin dans une sphère d'action régulière et suivie , après dix aus de troubles et d'orages. Mais en est-il toujours ainsi ? Le Conseil des Anciens se trou vait par le faitaussi abaissé que le Conseil des Cinq Cents. Il le sentait, mais que faire ? Les circonstances étaient plus fortes; il n'y avait pas à résister. Ceux qui formaient la minorité aux Anciens avaient disparu avec les membres du Conseil des Cinq-Cents. On réunit ce qui restait des deux Conseils, et le jour même on rentra es séance , chacun dans sa salle, comme si rien n'eût été changé. Là on prit les mesures qne commandait la situation. On décréta que le général Bonaparte, les généraux Lefebvre, Murât, Gardanne, et les grenadiers du Corps législatif avaient bien mérité de la patrie. Le Directoire fut aboli. On déclara exclus de la représentation nationale tous ceux qui depuis le matin s'étaient signalés par leur opposition. 11 y en avait cinquante-deux pour le Conseil des Cinq-Cents. Il fut décidé enfin que le Corps législatif s'ajournerait â quatre mois. La direction des affaires était remise pendant ces quatre mois à une commission consulaire, composée du général Bonaparte, de Sieyès et de Roger Ducos. Us devaient prendre le nom de Consuls de la république française. Ils étaient chargés de préparer un nouveau projet de constitution. Les Conseils n'entendaient cependant pas se dissoudre ; ce n'était qu ane
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simple interruption de leurs travaux. Les membres ne cesseraient pas pendant ce temps, aux termes du décret, de recevoir leur indemnilé et de jouir de leur garantie constitutionnelle. Une commission de ving-cinq membres devait être choisie dans le sein de chaque Conseil , pour rester en permanence et le représenter auprès du gouvernement. Au 1er ventôse prochain les deux Conseils se réuniraient de plein droit à Paris, pour discuter les bases de la nouvelle constitution. On envoya dans tous les départements une proclamation destinée à faire connaître les événemeutsde cette journée. Toutes ces mesures, adoptées d'abord par le Conseil des Cinq-Cents, furent ratifiées par celui des Anciens, et l'on se sépara à quatre heures du matin.
Elle» complétaient la révolutiou qui venait de s'accomplir. On sait quel fut le résultat de cette révolution, et comment il fut accueilli par la France. On a dit que la journée du 18 brumaire avait été une journée de dupes, ce qui est vrai. La plupart de ceux qui y poussèrent, particulièrement Sieyès,y perdirent leur existence politique. Il est remarquable, ainsi que le fait observer l'un des écrivains à qui l'on doit une relation de ces événements, que dans le partage d'influence et d'honneurs fait à l'avance entre les principaux acteurs , il n'avait point été question du général Bonaparte. Tous comptaient ne faire de lui qu'un instrument. On n'ignore pas quel fut l'étonnement de Sieyès lorsqu'il vit qu'il s'était trompé , et son désespoir en l'annonçant à ses amis. — « Mes amis nous avons un maître; « il sait tout, il peut tout, il veut tout. » C'est qu'en effet la France voulait tout pour celui-là seul auquel ils n'avaient pas songé , et qui seul parmi eux avait embrassé sou parti au milieu de ces événements.
Krrhoysan.
brutium. ( Géographie et Histoire anc.) Le Brutium, une des divisions de l'ancienne Italie, situé dans la partie méridionale de la Grande -Grèce, occupait un territoire compris maintenant dans les Calabres. Il s'étendait entre la Lucanieau nord, la mer Tyrrbénienne et le détroit de Messine à l'ouest, la mer Ionienne à l'est. Les Brutiens descendaient en droite ligne des Lucaoiens, dit S Ira bon : c'était une tribu de bergers qui, révoltée contre ses maîtres , s'était retirée dans la partie la plus sauvage de celte contrée montagneuse, et devint en peu de temps redoutable, par le nombre de ceux qui la composaient et par la férocité de leurs mœurs. Les Lucaoiens euxmêmes donnèrent à ce nouveau peuple le nom de Brutii, qui signifiait dans leur langage rebelles et déserteurs (t), mais nulle-
(\) Strab., VI, p. 176. -Piod.,XVI,i5, J