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BRUTIUM

ment esclaves, comme on l'a prétendu. Après avoir forcé leurs anciens maîtres à reconnaître leur indépendance, événement qui, selon Diodore, arriva vers l'an 397 de la fondation de Rome (l), les Brutiens, belliqueux, aguerris, habitués à une vie rude et aux rigueurs d'un âpre climat, ne tardèrent pas à se rendre redoutables à leurs voisins. Ils tombèrent d'abord sur les colonies grecques, dont les habitudes de mollesse en avaient fait une proie facile pour ces sauvages montagnards. Les premières villes menacées appelèrent à leur secours Alexandre le Molosse, qui arrêta un instant le torrent , et envahit même le territoire des Brutiens, mais qui fut tué devant Paudosie (2), en sorte que les Brutiens, aidés des Lncaniens, qui avaient appris à faire cause commune avec eux, revinrent à la charge : ils fureut bientôt maîtres de toute la Péninsule entre la rivière Laus et Cralhis, à l'exception de Crotone, de Locres et de Rhégium. Mais alors ils se trouvèrent en face d'un ennemi bien autrement redoutable : Rome arrêta leurs conquêtes, et mil lin à leur indépendance.

Vaincus dans plusieurs batailles, les Lucaniens et les Brutiens furent enfin obligés de se soumettre à L. Papirius Cursor, l'an de Rome 480, c'est-à-dire deux ans après que Pyrrhus avait évacué le territoire de l'Italie (3). Les Brutiens profitèrent encore de la présence d'Anoibal pour tenter de secouer le joug romain ; ils se joignirent avec empressement à lui , et l'aidèrent à se maintenir dans ce coin de l'Italie après la chute de ses belles espérances. Cette guerre toutefois leur coûta cher. Délivrés de leur redoutable ennemi, les Romains firent peser sur les Brutiens les rigueurs d'un joug honteux : ils ne leur accordaient pas même le droit de combattre pour eux dans les armées, et les employaient seulement comme courriers (4). — Le Brutium était, nous lavons déjà dit, un pays de montagnes, aux âpres sommets, séparés par de profondes vallées, où de gras pâturages nourrissaient une belle race de troupeaux. On y pénétrait du côté de itas> cianum ( auj. Rossano), forteresse bâtie par les Romains, par deux passages appelés Petra sanguinis et Lambula (à), qui sont aujourd'hui les délilës de Morano et de Roselo (6). On peut nommer, parmi les hauteurs de celte extrême brandie de l'Apennin, le mont Elibanus ( Monte Visardo ), et le mont Physais, deux divisions de la chaîne principale; le mont LatgmniuSy célébré par Théocrile; le Mons jEsopis, où s'élevait probablement la citadelle de Locres. Elle se terminait an sud

(1) Diod.. /. c. - Strab., VI, *55. - Just.. XXIII. (t) Llv., VIII, H.

(3) Uv., Epit., XIV. — Zonar., Ann. — Polvb., I, 6. (4> Strab., V, J51 ; VI, «3.

(5) Procop.. Itcr. Coth , III.

i («) ïlolstrnius, M1not , p. 300.

567 BRU par le célèbre promontoire «le Leucopetra , que les géographes modernes retrouvent, les uns dans le Capo Pittaro (l) , les autres dans la Punla délia Saetla (2), la plupart et probablement les mieux avisés dans le Capo dell' Armi(3). h» promontoire d'Hercule (Capo Spartivento ) formait l'angle le plus méridional de l'Italie vers l'est, et le Promontarium Cocinthum (Capo di Stilo), marquait, selon Polybe (4), la séparation entre la mer Ionienne et la Mer de Sicile.

De nombreux cours d'eau descendaient de ces montagnes pour se rendre vers l'une ou l'autre mer. C'étaient : le Lusias ( aujourd'hui Lucido ), dont les eaux limpides alimentaient, par une préférence exclusive , les bains des Sybarites (5) ; — Yltylias ( Colonato ), qui séparaît le territoire de Thurium et celui de Crotone; — le Tracus (Trionto), illustré par la sanglante défaite que les Sybarites essuyèrent sur ses bords (6) ; — le Crimisa ( Fiunsenica ) ; — l'Alsarus (Esaro), dont l'embouchure formait un port sûr et très-fréquenté (7) ; — Les fleuves Targines (Tacina), Arocha ( Alaca ou Crocchio ), Semirus ( Simmari ) , Crotalus ( Corace ); — VElovus ou Elleporus (Callipari), sur les bords duquel Denys l'Ancien délit les Grecs, Tan 307 avant J. C, la même année que Rome fut prise par les Gaulois (3) ; — le Sagras, près duquel se livra la mémorable bataille dans laquelle dix mille Locriens mirent en déroute cent trente mille Crotouiates, bataille dont l'incroyable résultat , par un autre prodige , (ut connu à Olympie le jour même de l'événement (9) ; — le Locanus, appelé encore aujourd'hui Locano; — le Buthrotus (Novito); — le Caicimts ( Amendolea), qui séparait le territoire de Locres de celui de Rhégium , et qui était célèbre par un phénomène observé sur ses bords : les cigales du rivage qui appartenait aux Locriens chantaient bruyamment, celles de l'autre rive étaient muettes; — VHalex ( Alece), auquel Strabon et d'autres écrivains appliquent tout ce que nous venons de dire du précédent (10); — le liatus, qui a gardé son nom (Halo); — le Sabbatus des Itinéraires (Savuto), fleuve assez considérable, auquel on .suppose que Lycopbron fait allusion sous le nom à'Ocinarus; — le Lametes (Lamato);

(l) D'Anville, Anal, geogr. de l'Italie, p. *6l. (S) Grima Idl, Annal, del. Regn. di Nap., 1. 1, Introd. c. 38. — Romanelll, 1. 1, p. 97.

(3) Cluver., Ital. Antiq., Il , p. 9is. — Hobtea., Adnot., p. SOS. — CeUar.. Geogr. Ant., I. Il, c. 9.

(4) II, H.-<7/.PIin.,lll, 10.

(5) Athen., XII, 3.

(6) lambllc. fit. Pythag., 35.

(7) Polyb., Frag., X. l.

(8) Polyb., 1, 6. - Diod., XIV. 10*.

(B) strab., VI, toi. - Uc, De Nat. Deor., 11, s. - Justin., XX, S

(io) strab.. VI, SfiO. — Conf. ap. Phot. Biblloth., CUXXVI. - Dlod., IV, Sî. - plln., XI, 57.

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— le Métaure (Marro et quelquefois Pelrice}, connu pour l'excellente qualité du thon qui se péchait à son embouchure. Les sept fleuves dans lesquels se purifia Oresle, meurtrier de sa mère, étaient probablement les sept branches du Métaure, qui se réunissent environ huit milles au-dessus de l'endroit où il se jette dans la mer ; — enfin le Cratais ( Solano ou

Fiume de' Pesct ) Une partie du pays était

couverte par une vaste forêt de pins, qu'on appelait Sila Silva (I), qu'on vantait pour la poix qu'on en tirait, et qui se désigne encore aujourd'hui par le nom de Sitva di Pesct Les quatre principales villes du Brutium étaient Crotone, Rhégium, Locres, et Pandosie. Crotone, dans l'origine Croto, aujourd'hui Cotrone, fut une des plus célèbres et J« plus puissantes cités de la Grande-Grèce. On attribue sa fondation à une colonie achéenue, conduite en Italie par Myscellus, vers l'an 715 avant J. C. (l). Mais quelque traditions lui assignent une origine beaucoup plus ancienne, en faisant dériver son nom de celui du héros Croton (2). Le séjour de Pythagore et de ses disciples les plus distingués dan> celte ville ; la ruine de Sybaris, accomplie par elle, les exploits de Milon et d'autres athlètes vainqueurs aux grands jeux de la Grèce, lui avaient acquis une gloire brillante. La bonté de son climat et de l'air qu'on y respirait était devenue proverbiale : c'était grâce à elle, assurait-on, que ses habitants jouissaient de cette vigueur et de cette souples»

qui faisaient dire que le dernier des ahlèles crotoniates était te premier parmi les autre* Grecs (4). Crotone était célèbre aussi par son école de médecine ; elle fut d'ailleurs b patrie de Démocède , qui fut regardé pendant longtemps comme le premier médecin de la Grèce (5). Quelque brillante que soit dan?

l'histoire de Crotone l'époque de son triomphe sur Sybaris, il faut la regarder aussi comme le terme de sa grandeur et de sa prospérité : c'est de là que date cet amour du luxe et cette mollesse qui tirent oublier les leçons de Pythagore et disparaître cette vigueur si célèbre (6). La décadence fut telle que la guerre s'étant élevée entre Locres et Crotone, 130,000 Crotoniates furent défait* par 10,000 Locriens. Le nombre des nwrls fut immense, et la ville, déclinant dès lors rapidement, se trouva bientôt déchue du raiu; qu'elle occupait parmi les cités italiennes (7;

(1) Plln , III, 10 — Solin.,c.s.

(ï) Antloeh. Svrac. ap. Strab., VI, WS.

(3) OvM.. Metam., XV. 53. — Cf. Hrr.iW. Pont . Frag., p. So ; — Dtod. Sic, IV, 24 ; — E;il.or..a|> Strab., loco citatu.

(*) Strab., VI, sus.

(5) Herod., III. isi.

(6) Polyb., Frag., VII, 1 ; X , 1. - Tlm. ap. Athen., XII, A.

(7) Strab., VI . Kl.

pourtant elle put encore secouer le joug de Deoys l'Ancien, qui avait su s'en rendre maître un moment (1) ; et quand Pyrrhus envahit l'Italie» Crotone était encore une ville considérable, s'étendant sur les deux rives de l'iEsarus et enfermant dans sa muraille une circonférence de douze milles. Mais cette dernière lutte porta un tel coup à sa prospérité , qu'au temps de la bataille de Cannes Tite-Live nous la dépeint comme plus d'à moitié déserte. A cette époque presque toutes les colonies grecques abandonnèrent la cause de Rome. Crotone était alors occupée par les Brutiens , à l'exception de sa citadelle, où ses principaux habitants s'étaient réfugiés : ceux-ci, ne pouvant se défendre contre l'armée carthaginoise, se rendirent bientôt, et il leur fut permis de se retirer à Locres (2). A six milles environ de Crotone, sur le promontoire de Lacinium , se trouvait le célèbre temple de Jnnon Lacinia , bâti par Hercule, disait la tradition (3), soutenu par uue colonne d'or massif (4), et orné d'offrandes d'une incomparable richesse (5). Telle était la réputation de ce sanctuaire, que Pyrrhus et Annibal le respectèrent tous deux (6). On voit encore les ruines de ce temple sur le promontoire appelé aujourd'hui, grâce à elles, Capo délie Colonne et Capo Nao.

Rhegium tint aussi un rang distingué parmi les villes du Brutium. Fondée, vers l'an 700 avant Jésus-Christ , par diverses colonies venues deZancleen Sicile, deChaicis en Euhée et de Messène en Péloponnèse (7) , cette cité tira son nom, dit Strabon, soit du mot grec pr,Yvup.i, qui signifie déchirer, en mémoire de la grande catastrophe qui sépara l'Italie de la Sicile et créa le détroit de Messine, au bord duquel elle s'élevait, soit du mol latin regium, exprimant l'importance souveraine de la ville ainsi nommée (8). Le gouvernement de Rliegium fut dans l'origine une oligarchie, à la tête de laquelle se plaçait un chef, toujours choisi dans une famille messénienne (9). Charondas, le célèbre législateur de Catane en Sicile, donna aussi, dit-on, des lois à Rhegium (10). Cette forme de gouvernement dura près de deux cents ans, j fisqu'à ce qu'Anaxilas, le 6econd de ce nom s'empara de la tyrannie, environ 496 ans avant Jésus-Christ (ti). L'usurpateur, grâce à ses

(i) Llv., XXIV, 3.

(a) Ibld., * et s.

(3) Diod. Sic.,- IV, **.

(4) Llv. XXIV, 3. -ClC. De Div . I, S4.

(5) AristoL.Oe Mlrab.

(«) Polyb., III, 33 e».

(i) Antioch. Syrac, ap. Strab , VI, *87. - Hcracl. Pont., t'rag., M. — Paui., IV, o-l.

(8) Strab., VI, S57.

{9j Strab., loc. cit.

(toi Heracl. Pont , loc. cit. — JEUan., Var. Ilitt., III, 17. — Aristot., Polit. II. »o.

(il) AdIIocIi. ap. Strab., toc.cit. - Aristot., l'olit , V.H.

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