BUIS
comme un arbrisseau commun sur le mont Cytorus en Galatie ; aussi Virgile, le poète exact par excellence, dil-il après lui dans ses Géorgiques.
Et Juvat undaDtcm buxo spectare Cytoruro.
Georg. II, v. 437.
Sur les roches incultes et sauvages de CI* talie, de l'Espagne et de la Grèce, on rencontre aussi une grande quantité de buis. II est assez rare aujourd'hui en Angleterre, et semble avoir disparu devant les conquêtes de l'agriculture; mais divers noms de lieux dans les comtés de Kent, de Surrey et de Gloucester attestent qu'il y couvrait autrefois des espaces assez étendus. En France, le buis croit en abondance dans les montagnes du Jura , du Dauphiné, de la haute Provence et dans toute la chaîne des Pyrénées.
Son bois, le plus inaltérable et le plus pesant de tous ceux de l'Europe, est dur, jaunâtre, d'un tissu tt ès-Gn, très-compacte et susceptible d'un beau poli ; il sert à fabriquer un grand nombre d'objets d'utilité et d'agrément, comme ustensiles à vis, manches d'outils, cannelles pour tirer le vin , cuillers et fourchettes pour la salade, instruments de mathématiques, instruments de musique à vent, planches pour graver, et divers articles de bimbeloterie ; le grand centre de fabrication en France est Saint-Claude et ses environs, dans le Jut a. Chaque paysan emploie toute la saison d'hiver à tourner; chacun d'eux a son genre, dont il ne s'écarte pas, et c'est là la cause du bon marché de ces objets. Les souches du buis dont on a coupé plusieurs fois les tiges ont une grande dureté et sont agréablement marbrées. C'est avec ces souches, connues sous le nom de broussins, que l'on fait de jolies tabatières, très-remarquables par leurs veines.
Les anciens employaient le huis aux mêmes usages que nous : ils en faisaient aussi des jouets d'enfants, des peignes, des coffrets, des flûtes. Le fifre appelant aux fêtes de Cybèle était de buis.
Ce n'est pas seulement comme arbrisseau toujours vert, mais en ce qu'il croit à l'ombre et sous l'égont des grands arbres, que le buis, arbre de troisième grandeur, est d'un avantage inappréciable pour l'ornementation des jardins. Dans l'ancien système de décoration horticole, on lui faisait prendre sous le ciseau les formes les plus bizarres, les plus extravagantes ; l'usage de le tailler ainsi en boules, en pyramides, en vases, et de lui donner la figure de quelques animaux s'était perpétué depuis l'antiquité. Martial fait mention des buis taillés des jardins de la villa de Bassus, et Pline le jeune nous dit en parlant du buis : Quœ arbor, ob dense subnascentes sarculos et frondes, in animalium aliorumque effigies componi et
BUIS — BUTO
detunderi prx alia quacumque apla est. — On rencontre encore de ces buis taillés dans les jardins de Versailles, dans ceux de Boboli à Florence, et dans quelques bosquets d'hiver en Angleterre.
Il n'est pas besoin de rappeler à nos lecteurs français la bénédiction des branches de buis, au dimanche des Rameaux. — Ces branches bénites sont religieusement conservées par les personnes pieuses et placées par elles au pied de l'image de la croix et au chevet de leur lit. Le buis dans les fêtes de Noël partageait avec d'autres arbrisseaux verts l'honneur d'orner nos églises. Dans quelques pays, on suit les funérailles en tenant dans la main une branche de buis.
Toutes les parties de cet arbrisseau ont une saveur amère et nauséabonde. — On a fait usage du buis pour guérir la maladie vénérienne, les coliques, les lièvres intermittentes ; il passe pour sudorifique et légèrement purgatif. Toutefois son emploi en médecine est à peu près nul aujourd'hui. Dans une potion contre la rage ( Well's Watford drink), qui jouit d'une certaine réputation en Angleterre, le buis,au rapport du docteur Blaine, entre comme principal ingrédient. Pline affirme qu'aucun animal ne touche à sa racine, et le célèbre naturaliste Samuel Gottlieb Gmelina observé en Tartarie que ses branches sont fatales au chameau qui les broute. Enfin, les anciens supposaient que la mauvaise qualité du miel
de la Corse venait de ce que les abeilles s'y nourrissaient des fleurs du buis.
Le buis présente plusieurs variétés. La plus remarquable est celle que l'on nomme buis à bordure, buis nain, buxus suf/ruficosa :
dans les jardins modernes, comme dans ceux de l'ancienne Rome, il sert à border les platesbandes. Sa multiplication se fait par boutures. On en cultive une autre variété, à feuilles panachées, que l'on propage de la même manière. Le buis de Mahon, buxus Balearica, est un arbrisseau de dix pieds de hauteur; ses feuilles sont oblongues; ses (leurs, jaunes, petites , en paquets et à odeur agréable, se montrent en mai. Cette plante réclame Poraugerie ou une exposition chaude avec couverture dans les grands froids ; elle se multiplie de boutures sur couche tiède. On dislingue encore une dernière variété, le buxus sinensis, buis de la Chine, importé vers 1802 en Angleterre ; ses feuilles sont oblongues et opposées, ses fleurs axillaires et solitaires; elle demande l'orangerie.
Le nom latin du buis, buxus, est une allération de son nom grec ttjÇo; ; notre buis est le box tree des Anglais, le buchsbaumàu Allemands, le busso des Italiens, le box des Espagnols et le samschït des Russes.
G. DE LAREKAUtJIERE.
buto. Nom égyptien de Lalone et de la ville où elle avait son temple, selon l'orthographe grecque. Voyez Mout.
cabires. (Mythologie. ) Les Grecs onl désigné par ce nom des personnages mythologiques qui jouaient un rôle important dans le culte et les traditions de Samothrace et de quelques Iles voisines. L'origine de ces Cabires est un point fort obscur , qui a beaucoup exercé la sagacité des érndils. Ce qui a contribué à embrouiller cette question, déjà fort délicate par elle-même, c'est la confusion qui s'est opérée de bonne heure entre les Cabires de la Samothrace et d'autres divinités d'un caractère analogue. Comme la célébrité des Cabires remontait à une haute antiquité, puisque l'on faisait dater les mystères de Samothrace de l'époque pélasgique, le nom de ces personnages mythologiques devait être très-populaire chez les Hellènes, et ne tarda pas à servir d'une sorte d'appellation générique aux divinités qui offraient une conformité plus ou moins réelle avec celles qu'on révérait à Samothrace.
Lorsque l'introduction de la langue et des idées grecques dans la Phénicie eut fait appliquer des noms tirés de celte langue aux dieux du pays , on désigna sous le nom de Cabires, Koêct'poi ou Ka&fcot.des divinités adorées notamment à Béryte, et Philou de Byblos , dans la version grecque qu'il nous a donnée de la Cosmogonie phénicienne de Sanchoniaton , fit usage de ce même terme grec de Cabires pour désigner des divinités phéniciennes. Il n'est point impossible que ce qui a déterminé le choix de ce nom grec comme correspondant au nom oriental soit la forme analogue des deux noms. En effet nous savons que les peuples de ta Syrie et de la Phénicie donnèrent à certains dieux l'épi* phète de forts, de puissants, et les désignaient collectivement par cet adjectif , Gabir * TO » O'TINA ou nn^a , ou Cabirim DH23> Certaines tribus arabes donnèrent en effet à leur divinité suprême ce même nom de Kabar ou Kabir, c'est-à-dire de fort, de grand; et dans certaines inscriptions grecques retrouvées en Asie les divinités suprêmes sont qualifiées de 6tot taxupot, comme sur le
monument de la reine Comysarie. Plusieurs érudits, et notamment M. Movers (Die Phœnizier, t. I, p. 652), en ont conclu l'origine phénicienne des Cabires grecs; mais rien ne confirme cette hypothèse. Tous les témoignages de l'antiquité sont d'accord pour faire des mystères de Samothrace une institution pélasgique ou tout au moins hellénique primitive. Seulement il faut remarquer que les Cabires de Sanchoniaton avaient avec ceux de la Grèce une certaine ressemblance, qui tenait sans doute à ce que les uns et les autres étaient des divinités démiurgiques, des ouvriers du grand œuvre de la nature, dont ils personnifièrent les forces cl les agents. El cette similitude du caractère dut se joindre à la ressemblance des noms, si tant est que la supposition précédente soit fondée , pour faire identifier les dieux de la Samothrace avec ceux de Béryte. Dans la cosmogonie que nous a conservée Phylon de Byblos, les Cajrires sont huit frères, enfants de Sydyk ; le huitième d'entre eux est Esmoun, ou Âschmoun, idenliliépar les Grecs à leur Esculape, dont il pourrait même bien avoir fourni plus d'un des traits primitifs. Les sept autres Cabires représentaient les planètes, ou des esprits planétaires, qui, parleur œuvre commune, avaient donné naissance au monde, représenté lui-même par leur frère Aschmoun. C'est ce que nous dit Clément d'Alexandrie ( Protrept., ch. V, § 66), et ce que confirme Cicéron ( De Nat. Deor., I, 3), lequel ajoute un détail : c'est que les membres dispersés d'Aschmoun étaient le symbole des parties distinctes de l'univers, dont la réunion formait cependant une complète unité. C'était là un mythe d'origine orientale, qui fat ensuite transporté dans la légende de Zagreus et des Titans; mais il n'y avait rien de cela dans la tradition grecque primitive. Les enfants de Sydyk sont de véritables assesseurs du Dieu suprême dans l'œuvre de la création (Sanchon., éd. Orelli, p. 39), Dieu suprême qui parait être Sydyk lui-même, dont le nom signifie vraisemblablement juste ou saint