AFFRANCHISSEMENT
se chargeait la déesse ou le dieu fut plus sûrement exercé en faveur de l'ancien esclave, il lui était donné par le même acte un prolecteur avec les meilleures garanties pour assurer la validité du contrat, avec la stipulation d'une amende, qui s'élevait jusqu'à dix fois la valeur de l'esclave. La solennité de cette transaction, la sanction qui lui était don* née, cette amende considérable faisaient rechercher de préférence ce mode d'afïranchissement ( voir les Anecdota delphica de Crusius, etBoekch, Corp. Inscript., n° 1699, etc.).
Cet affranchissement religieux, non plus que celui d'Athènes et de la plupart des villes delà Grèce, ne conférait pas la pleine liberté; et c'est en cela qu'ils diffèrent de l'affranchissement romain, dont l'effet était bien plus complot , puisqu'il faisait immédiatement des citoyens.
A Rome les modes et les formules d'affranchissement ont varié suivant les époques.
Dans les premiers siècles de la république , la liberté ne se conférait que par le cens, par la baguette et par les testaments. Par le cens, per censura , il fallait que l'esclave fût autorisé par le maître à donner son nom au censeur et qu'il se trouvât ainsi porté au rôle censorial ou de l'État. Par la baguette , per vindictam > le maître allait se présenter avec son esclave devant le préteur ou le consul, dans les provinces devant le proconsul ou le propréteur, et il lui disait : « Je veux que cet homme soit libre selon la coutume des Romains. » Si le préteur y consentait, il frappait d'une baguette la tête de l'esclave (1) en ajoutant : « Je déclare que cet homme est libre ex jure Quiritium. » Ensuite le licteur ou le maître lui faisait faire une pirouette , vertigo (2), et le frappant sur la joue (3), il lui faisait signe de la main (e manu emiltebat) (4) qu'il était libre d'aller où bon lui semblerait. Par testament, testamento : ou bien le mattre avait donné la liberté à son esclave en termes exprès, verbis directis, par exemple : que Dave, mon esclave, soit libre; alors l'affranchi était exempt de la clientèle, et comme son patron était dans l'autre monde, un tel affranchi s'appelait orriwwsou charonita; ou bien le testateur avait exprimé son désir par une demande, verbis precativis, ainsi conçue : je prie mon héritier d'affranchir Dare, mon esclave. L'héritier alors tenait l'affranchi sous son patronage.
Plus tard , dans les derniers temps de la république et sous l'empire, il s'introduisit plusieurs autres manières d'affranchir : par
(t) Horace. Sat, II, 7. 76. - a. les notes dOrelll et de Mllenburger. m Uns quiritem vertigo faclt. Perse , Soi. V, 75. - H) Alapae . Phèdre, Fab. Il, 5, M.
WD'oii Manumis$U>,
lettres; entre amis; si devant cinq témoins un mattre disait à son esclave qu'il était libre ; si un maître faisait manger son esclave avec lui (per epistolam; inter amicos; adhibita compolatione , etc.).
Anciennement, la condition des affranchis était la même : ils obtenaient , comme nous l'avons dit , une participation aux droits de citoyens ; mais le nombre des esclaves s'étant démesurément accru par la conquête du monde, le nombre des affranchis suivit la même proportion. Le titre de citoyen se trouvant ainsi envahi par une foule d'affranchis, et conséquemment décrédité, la politique romaine crut devoir opposer différentes lois à la licence des affranchissements. Un maître ne fut autorisé à affranchir qu'un nombre d'individus proportionné au nombre total de ses esclaves , et jamais plus de cent , en eût-il vingt mille. Une loi d'Auguste, la loi ;Elia Senlia, ordonna qu'aucun esclave qui, pour un crime, aurait été fouetté ou marqué, ne pourrait obtenir les droits de cité, quoique affranchi, et qu'il resterait dans la classe des dedilii, qui étaient libres, il est vrai, mais privés des prérogatives de la cité. Plus tard, sous Tibère, l'an 19 de notre ère, fut promulguée une loi plus restrictive encore. En vertu de celte loi, Lex Julia Norbana, les esclaves affranchis par lettres, entre amis ou par d'autres formes aussi peu solennelles, cessèrent d'être admis aux droits de cité romaine, >ui civitatis; ils ne furent plus admis qu'à ceux des colonies latines, jus Latinorum. Mais que signifient désormais ces droits et ces restrictions en présence des droits nouveaux et de la liberté que bientôt proclamera l'Évangile? Une religion nouvelle va peu à peu émanciper le genre humain en prêchant l'égalité des hommes devant Dieu, omnes enim unum estis in Christo (I), et en insinuant par la voix d'un de ses ministres la prohibition de l'esclavage : Tu n'achèteras pas comme esclave, ni pour le service de ta maison, ni pour les champs, l'homme qui a été fait à l'image de Dieu (2).
Deh.
affranchissement. ( Moyen âge. ) L'affranchissement des communes , qui a été aussi l'émancipation de la royauté et d'où est sorti le tiers état, fut le premier coup porté au régime féodal qui n'a été définitivement vaincu que par Louis XI et Richelieu. >
Sous la première race de nos rois, il n'y eut qu'un ordre politique , celui des conquérants ou gentilshommes, gentis hommes, hommes de la nation. Sous la seconde race, le clergé
(l) Saint Paul, anx Gala te», III, «s.
(2) Oùxnfag ôoûXov,oûxe elç olxetov xpti<xv, oute eiç deypou; , tgv xcxt* elxôvct ©eoù Yeyovôto âvOoùinov. Tlicodore Studitc.
63 AFFRANC
devint un ordre politique : il prit place dans les assemblées nationales ; et ce fut lui particulièrement qui Ut passer la couronne sur la tête de Pépin. Sous la troisième race s'établit un ordre nouveau, celui de la bourgeoisie ou tiers état, qui renfermait virtuellement en lui, suivant la belle expression de Sieyès , une nation complète.
Avant cette époque il n'y avait encore d'hommes libres, daus la France proprement dite , que les ecclésiastiques et les nobles ; le reste de la population était dans une condition servile, serfs de la glèbe, sans liberté naturelle, sans droit de propriété. Mais cette population des campagnes et des villes , celle surtout qui s'était enrichie par le travail et le né* goce, à mesure que lui vint le goût de la liberté, sut bien trouver les moyens d'acquérir ce précieux privilège. Tantôt elle l'acheta au prix de l'or, tantôt elle le réclama par les armes, tantôt elle l'obtint par des chartes spontanément octroyées. Les pre* mières chartes royales portant concession de communes sont de Louis VI dit le Gros.
Aussi est-ce à lui, est-ce à son ministre, l'abbé Suger, que l'histoire' attribue l'honneur d'avoir fondé les communes. En fondant le gouvernement municipal , ils ne tirent cependant qu'imiter ce qui existait déjà dans les grandes cités de la Provence, du Languedoc et de la Bourgogne, à Narbonne, à Bëziers, à Lyon, à Marseille, qui possédaient une juslice à elles et des magistrats de leur choix. L'exemple de ces villes qui reproduisaient jusqu'à un certain point les formes de l'antique municipalité romaine, gagnant de proche en proche, avait répandu un nouvel esprit au nord de la Loire, dans le duché de France rtdan6 les seigneuries qui en relevaient. Alors, de 1108 à 1137, le domaine royal se réduisait à ce duché de France et à une trentaine de seigneuries. Le reste du royaume appartenait à de hauts barons, qui devaient au roi foi et hommage, mais qui, à cela près, exerçaient dans leurs fiefs une entière souveraineté.
Tel était l'état politique et social , telle était aussi la fermentation des esprits , à l'avénement de Louis VI. Les premières années de son règne se passèrent à guerroyer contre Guy de Rochefort, qui , du château de Chevrcuse, faisait des courses dans le Parisis ; contre Thomas de Marie ; contre le sire deCoucy, qui exerçait toutes sortes de brigandages sur les terres des églises de Reims, de Laon et d'Amiens. Ces guerres successives et incessantes lui valurent le surnom de batailleur, et elles ne lui auraient pas procuré d'autre gloire sans l'idée politique qu'elles lui suggérèrent cl qu'il réalisa. Les seigneurs se révoltaient contre lui; mais les vassaux de ces seigneurs se révoltaient contre eux. Ses propres vas-
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saux, fatigués de guerroyer au profit unique diî leur seigneur et mattre, émirent des vœux d'indépendance pour prix de leurs services.
Il accueillit les doléances et les vœux de ses vassaux, en même temps qu'il encourageait, qu'il fomentait les révoltes dans les seigneuries, mettant ainsi ses sujets en état de défendre ses propres domaines et de se défendre eux-mêmes contre la tyrannie féodale. Ko leur accordant le droit de commune, à savoir le droit d'être gouvernés par des magistrats de leur choix , de changer de domicile, de se marier, de commercer, de disposer librement de leur fortune et de leurs propriétés, il leur créa des intérêts à défendre, et se donna des titres à leur affection. Ce uestpas un mince honneur pour ce prince d'avoir fait à temps de prudentes concessions à l'esprit nouveau qui agitait le peuple , d'avoir compris que dans la liberté il y a une force, et de s'être habilement servi de cette force si souvent périlleuse. Enfin cette graude mesure administrative fut une excellente opération de finances, le paysan, l'habitant des villes ne passant du servage à la liberté que moyennant un rachat et des redevances annuelles. Aussi les seigneurs s'empressèrentils d'imiter le roi ; appauvris ou ruinés par leurs guerres domestiques, par les croisades déjà faites ou projetées, ces seigneurs, pour rétablir leurs finances, accordèrent à leurs vassaux des chartes qu'ils payèrent. Ces transactions, qui rendirent les rois plus puissants, les peuples plus heureux, se multiplièrentsousles successeurs de Louis VI. Le filsde Philippe le Bel, Louis le Hutin, se trouva forcé par le manque d'argent non-seulement de favoriser l'abolition du servage, mais même d'ordonner aux serfs de se racheter. Son édit de 13iô mérite d'être rapporté : « Comme selon le droit de nature, chacun doit être franc et que notre royaume est appelé le royaume des Francs, nous ordonnons que la chose soit en vérité cou forme au nom. » Le servage fut dès lors partoutaboli, et le tiers état se trouva définitivement constitué. La liberté des villes féconda l'industrie, multiplia les sources du travail et de la richesse, et la population bourgoise des villes et du royaume s'accrut de règne en règne, dans une telle proportion, qu'en 1789 le tiers étal ou ia bourgeoisie formait les dix-neuf vingtièmes de la nation.
Depuis celte-ère mémorable , la bourgeoisie règne en commun avec les deux ordres dont elle a effacé le uom en se les incorporant , prodigieux développement de l'institution po* pulaire et nationale de Suger el de Louis le Gros. Deh.
M. Aur. Thierry. Dix années d'éludés historique*' p. 868; et Lettres sur l'Histoire de France, p. »*.
65 AGAMKMNON — AGORA
agamemnon. (Mythologie.) Voy. Atridks.
agonie. {Médecine.) De àyùv, certamen, dernière lutte de la vie contre la mort.
Le passage de la vie à la mort peut être brusque et rapide, ou précédé d'un certain en* semble de phénomènes qui révèlent un désordre profond dans toutes les fonctions de l'économie. Cet ensemble de phénomènes précurseurs de la destruction prochaine , qui constitue l'agonie , est ordinairement caractérisé par la perte des sens et de l'intelligence , par l'altération profonde des traits de la face, par une perte presque totale des forces mus* culaires , une sueur froide et visqueuse, le désordre et l'affaiblissement des battements du cœur et du pouls, par l'établissement du râle trachéal. La durée de ces accidents n'est pas limitée : elle peut varier de quelques minutes, à quelques heures, à un jour entier ; la mort n'en est pas la suite nécessaire : on a vu , dans des cas bien rares, il est vrai , l'agonisant revenir à la vie.
Quel est le mécanisme de l'agonie? Quel est son genre de production et quelle est la manière dont elle amène la mort quand elle se manifeste ? Les recherches les plus récentes tendent à établir que la mort a lien par asphyxie. M. le professeur Piorry a fait voir, en effet, qu'à la suite de toutes les agonies, on trouvait sur le cadavre des lésions de la nature de celles qui produisent l'asphyxie, et tous les désordres qui en sont la conséquence ; et que ces derniers étaient d'autant plus marqués que l'agonie avait eu une plus longue durée. Ainsi , l'on trouve d'une part la trachée et les bronches remplies d'une écume visqueuse , abondante , qui s'oppose à l'entrée de l'air dans les vésicules aériennes, et d'autre part on constate que le sang est noir, qu'il forme des caillots mous et sans consistance f qu'il s'accumule surtout dans le système veineux et dans les cavités droites du cœur, qui sont fortement dilatées , tandis que les cavités gauches sont entièrement vides; enfin les poumons sont très-dilatés , ils ne reviennent pas sur eux-mêmes quand on ouvre la poitrine, leurs vésicules sont extrêmement agrandies. Cet ensemble de lésions ayant avec celles de l'asphyxie une ressemblance qui n'est pas contestable, et la présence de l'écume dans les bronches en étant la seule cause matérielle appréciable, l'auteur que nous avons cité a cru pouvoir établir que V asphyxie par écume bronchique est la cause immédiate des phénomènes de l'agonie.
Cependant, s'il est impossible de nier que ces phénomènes ultimes soient dus à une gêne extrême de la respiration, il n'en est pas moins vrai qu'ils ne sont pas seuls la cause de la mort. La présence de l'écume les bronches est elle-même occasionnée
SUPPL. ElfCYCL. MOD. — T. I.
par une cause antérieure , par un trouble de la sécrétion du poumon , et cette aberration de sécrétion ne peut à son tour trouver sa raison d'être que dans un trouble de l'innervation. On est amené à remonter ainsi de proche en proche jusqu'au système nerveux, jusqu'aux centres cérébro-spinaux et à attribuer l'agonie aux troubles dont ils sont le siège. En délinitive, ce n'est ni par le "cœur, ni par le poumon , c'est par le cerveau que l'on meurt. 11 serait facile d'en donner la preuve , par l'analyse de toutes les maladies ; on démontrerait alors que l'agonie et la mort ne surviennent que quand l'action des causes morbides est remontée jusqu'à cet organe.
D r Racle.
agora et agoranomb. ( Antiquité. ) L'agora était dans les villes grecques le forum. des Romains , une place où l'on se réunissait pour le commerce et la vente des denrées comme dans nos marchés , et aussi pour parler d'affaires soit privées soit publiques, pour entendre les orateurs et prendre des décisions. Dans les .épopées homériques , nous voyons que c'était déjà sur l'agora, âYopr,v$e (IL, i, 54; Od. f u, G), que se rassemblaient pour délibérer les chefs et les soldats , convoqués par les hérauts. Là, il faut entendre par l'agora la place d'armes, la tribune du camp. Dans la cité d'Athènes , les citoyens et les orateurs délibéraient moins souvent sur l'agora qu'au Pnyx. C'était la destination plus particulière de cette place, mieux appropriée par ses larges assises de pierres disposées en gradins, par sa situation en vue du Parlhénon et de la mer, aux délibérations politiques. Dans les autres cités grecques, l'agora servait à la fois au négoce et aux assemblées du peuple > comme l'indiquent les verbes àyopàÇetv, àYopeù£iv, qui en dérivent et qui ont la double signification de délibérer et d'acheter; mais l'agora d'Athènes était presque uniquement réservée, surtout atix siècles de Périclès et d'Alexandre, au négoce et au commerce.
L'opinion de Meursius qu'il avait existé deux a^ora , une ancienne et une nouvellle , bien que partagée par M. le colonel Leake et Ott. Mûlier , est presque abandonnée ( Voy. le Journal des Savants de septembre 1851, p. 552). L'unique agora d'Athènes occupait la partie méridionale du Céramique, vaste quartier qui, de la porte Dipyle, au nord de l'Acropole, s'étendait jusqu'à la petite hauteur située entre l'Acropole et l'Aréopage, près de la montée qui conduit aux Propylées. C'était une place extrêmement spacieuse, décorée d'édifices publics et de temples dont quelques - uns, jouissaient du droit d'asile. Au centre, s'élevaient la statue de Mercure ('Epu.î)ç àYopatoç), le Pœcile, dont le portique abrita Zénon et ses disciples et