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qui attire les sexes pour la reproduction; le second et le troisième ne sont que des formes archaïques des noms grecs de xôpo;, et xôfii, le garçon et la fille, le principe mâle et le principe femelle. Éros était une divinité fort anciennement adorée à Thespies , en Béotie, pays où nous retrouvons également le culte des dieux cabires, et c'est ce même Éros dont Hésiode fait le point de départ de sa Théogonie. A Lemnos les Cabires présidaient aussi à la production , saus doute parce que la chaleur que développent les phénomènes volcaniques active la végétation. Voilà pourquoi ces dieux se trouvent plusieurs fois associés à Bacchus (voy. Lobeck, Aglaophamus, p. 1208 ). Un passage de Denys d'Halicar nasse ( Ant. Rom., 1, 23) nous fait voir que les Cabires présidaient aussi aux moissons et étaient , pour ce motif, associés à Apollon.
Ce rôle dus dieux frugifères fait mieu* comprendre l'identification de Déméter et de Proserpine avec les Cabires, puisque ces divinités apportaient aux Iwmmes les mêmes présents, àyXaà Swpa, comme dit le poème orphique des Argonau tiques ( vers 24 ).
Les fêtes célébrées en l'honneur des dieux de la Samothrace devaient donc offrir le caractère de celles qui avaient lieu dans le culte des divinités génératrices, productrices, de Bacchus, de Déméter et de Proserpine. Ces sortes de fêtes s'appelaient orgies , ôpyia, et les témoignages de l'antiquité s'accordent en effet pour désigner ainsi à la fois les cérémonies en l'honneur de Bacchus et celles de Samothrace. Elles avaient ce caractère désordonné, bruyant et même lascif que la pensée et l'usage du rapport des sexes faisaient nécessairement nattre. Mais la nature toute populaire des orgies de Bacchus donne un plus libre cours aux tendances obscènes, tandis que les formes et les rites solennels dont étaient entourées les fêtes des divinités de la Samothrace et d'Éleusis y faisaient observer davantage la décence et la retenue. C'est ce que confirme Slrabon, auquel nous devons tant de précieux détails sur les Cabires, lorsqu'il compare les cérémonies que les druides accomplissaient dans une Ile voisine de la Grande- Bretagne, et les rites observés à Samothrace ( IV, p. 277, ed. Oxon.). Ajoutons, en passant, que le géographe grec identifie les divinités de celte dernière Ile à Déméter et à Cora. Ce second nom surtout devait se présenter tout naturellement à son esprit, puisqu'il est presque celui d'un des Cabires que Mnaséas nous a nommés.
Les dieux de Samothrace recevaient aussi la qualification d'dvaxTeç, c'est-à-dire princes, laquelle appartenait dans l'origine à tous les dieux, mais qui finit par ne plus s'appliquer qu'aux hommes. Homère, Archilooue Simo-
CABTRES
Dtde donnent encore l'épithète d'AvaÇ aax dieux (1). Ce surnom d'âvaxreç nous confirme donc l'antiquité du culte desCabires. Mais postérieurement, lorsque ce titre eut cessé d'être générique pour les dieux, on y crut voir une qualification spéciale, et Ton rapprocha consé* quemment les divinités auxquelles il avait été conservé. Les Dioscures, anciens dieux des Doriens du Péloponnèse, durent ainsi à leur titre d'&vaxTeç d'être identifiés aux Cabires. Le surnom de grands dieux, 8eoi [teyôXot, donné à Castor et à Pollux comme aux dieux Cabires , semblaient justifier cette identification, tout aussi bien que celui de ffouijpe;, sauveurs, donné aux Tyndarides, et qui pouvait convenir aussi aux Cabires, lenmels avaient un certain caractère de divinités du salut et de la santé. Toutefois, ce que nous savons des Dioscures nous démontre que ce rapprochement était dû à une analogie plus superficielle que réelle. Mais le syncrétisr* alexandrin ne consacra pas moins cette identification ainsi que nombre d'autres qui étaient encore moins justifiées. Philon de Byblos rapproche les Dioscures des Cabires, auxquels il associe également les Corybantes ; et cette confusion n'est pas seulement son ouvrage : Cabires, Corybautes, Dactyles, Curètes, et plus tard même Lares et Pénates , finirent par ne plus former dans l'esprit du vulgaire que des synonymes. Tous ces personnages mythologiques, tombés de la condition de grands dieux à celle de génies inférieurs, d'esprits familiers, qui jouaient encore un rôle dans les contes populaires, mais n'avaient, pour ainsi dire, plus de place dans le culte, virent, à l'époque impériale, leurs attributs se mêler ou s'échanger entre eux. Comme l'on ne savait plus de ces divinités que ce que disaient les surnoms qui leur étaient donnés, il suffisait d'un surnom commun ou analogue pour qu'on en inférât l'identité de ceux qui les portaient. C'est surtout chez les grammairiens, les commentateurs érudits , les scoliastes, qu'oit trouve des preuves de celle déplorable confusion , comme on peut s'en assurer en jetant les yeux sur les nombreux passages recueillis par M. Lobeck dans son Aglaophamus ( L. III, Samothracia ).
Le culte de la Samothrace, à raison de son éclat et de sa popularité , avait naturellement rayonné dans les contrées voisines; il s'était établi en Macédoine, en Phrygie, des institutions analogues à celles de cette Ile. Plusieurs auteurs anciens nous parlent en effet d'un dieu Cabire adoré en Macédoine; et si l'on rapproche de ce fait la circonstance rapportée
(i) C'est ce qui est arrivé aussi cftez nom, pour le tare de momeignevr, qui fut d abord donné à la fols kux saints et aux princes, et finit par ne plus être applique qq'à ce» derniers,
par Plutarque que Philippe et Ohmpias s'étaient fait initier aux mystères de Samothrace, on admettra volontiers que le Cabire dont parlent Philostrate, Lactance et Firmicus, était une des divinités cabiriques dont Mnaséas nous a donné les noms. Pausanias {Attique, IV, 6) nous parle de Cabires, auxquels était consacré le sol que cultivaient les habi-' tants de Pergame. Cette circonstance nous révèle encore des divinités chlhoniennes, et la proximité de Samothrace fait légitimement supposer que ce culte était une importation de l'Ile. Il est à croire que ce fut à Pergame , ou tout au moins dans la Phrygie, que s'opéra cette alliance des doctrines primitives de la Samothrace et de* mythes phrygiens ; ce qui a donné plus tard le change sur l'oiigine asiatique des Cabires. Un curieux passage de Clément d'Alexandrie ( ProtrepL, p. 16) nous prouve que la légende orientale du meurtre de Zagreus ou d'Altis, identifié avec le Dionysos grec, avait pénétré dans les mystères cabiriques. Et c'est vraisemblablement aussi à la môme époque que les Corybantes furent assimilés aux Cabires. Clément d'Alexandrie les identifie en effet formellement; et ce meurtre de Zagreus, déchiré par ses frères appelés tour à tour les Titans, les Curètes et les Corybantes, se retrouve dans toute l'Asie, depuis la Phénicie jusqu'à la Phrygie. Les Orphiques, qui ont associé aux traditioos grecques tant de mythes orientaux, s'en sont emparés, et par leur œuvre de syncrétisme ( Orph , H, 39) ont prêté des arguments spécieux à ceux qui ont voulu retrouver en Asie la patrie primitive des Cabires. Cette doctrine s'appuie encore sur la ressemblance du nom du quatrième dieu Cabire, Cad mélos, ou Cad milos, KoS|xy)Xoç, Kaô>Uo;, dans lequel on a cru reconnaître Cadraus ; d'autres, se fondant sur la tradition qui faisait apporter chez les Tyrrhéniens les mystères cabiriques, ont identifié ce Cadmilos au Casmilus des auteurs latins. Toutefois, la ressemblance des noms de Cadmilos et de Cadmus pourrait n'être pas fortuite : la Béotie, d'où le mythe de Cadmus était originaire, révérait aussi des dieux Cabires, lesquels avaient, selon toute apparence, une assez grande affinité avec ceux de la Samothrace.
Par exemple, près de Thèbes, Pausanias nous apprend qu'il existait un bocage consacré à Déméter-Cabira et à Proserpine ( Beot. t IX , 65 ), et à sept stades de ce bois s'élevait un temple dédié aux sept Cabires. Quelle était l'origine de ces dieux? Pausanias, retenu par un respect religieux, a soin de nous avertir qu'il ne peut nous le révéler. Il garde sur les mystères de ces grandes divinités un silence respectueux. Le nombre sept, noté par le voyageur grec, serait certainement un indice d'un rapport étroit entre les Cabires phér