CARIE
ee mot vient du grec xôpaéo;. Il sert à désigner certains navires qui jouirent d'une grande célébrité au quinzième et au seizième siècle. C'est avec des caravelles que les Portugais accomplirent leurs grands voyages de découvertes, et gagnèrent les Indes en doublant le continent africain ; c'est monté sur une caravelle que Colomb traversa l'Atlantique et découvrit le Nouveau Monde.
La caravelle était un petit bâtiment de la famille des vaisseaux ronds , mais plus fin de forme que les nefs de la même époque. Aussi était-il plus rapide, meilleur manœuvrier, et plus propre à tontes les expéditions qui demandaient de la rapidité dans la marche et de la . célérité dans les évolutions. La caravelle, dont la ligure se trouve représentée sur beaucoup de monuments, avait une poupe carrée, un château à l'avant et un plus élevé à l'arrière, un rebord assez élevé au-dessus de l'eau ; sa mâture se composait de quatre mâts verticaux et d'un mât de beaupré. Plusieurs auteurs se sont trompés en décrivant sa voilure et en lui attribuant quatre voiles latines ou d'artimon ; elle u'en avait que trois, au grand mât, au mât d'artimon et au mât de contre-artimon ; le mât de l'avant portait une misaine carrée surmontée parfois d'un hunier. Quelquefois on changeait la voilure des caravelles , et de latines qu'elles étaient, ou plutôt de semilatines, on les faisait tout à fait vaisseaux ronds , en gréant le grand mât comme celui des nefs, c'est-à-dire en lui donnant un mât de hune et un hunier au-dessus de la grande voile carrée. On leur laissait toujours l'artimon et le contre-artimon latin. C'est cette transformation que Colomb fit subir à La Pinia , une de ses trois caravelles , lorsqu'il fut arrivé à la G ornera.
Les caravelles étaient le plus ordinairement des navires de transport et de commerce.
Pourtant elles furent aussi employées comme bâtiments de guerre. Jean II, roi de Portugal, fit placer sur de petites caravelles de grosses bombardes , dont le tir à fleur d'eau était très- redoutable aux navires ennemis. Les caravelles chez les Turcs étaient des vaisseaux de guerre assez importants.
Des bâtiments armés pour la pêche et le cabotage sont abusivement, en Picardie et en Normandie, appelés caraveltes; c'est caravelles qu'on doit dire. Ce sont des barques de médiocre grandeur, du port de vingt-cinq à trente tonneaux , gréées d'un grand mât et d'un mât de misaine , ayant un pont très-bas relativement à leur plat-bord, et résistant très-bien au mauvais temps.
carie. ( Géographie et Histoire. ) La Carie, l'une des provinces les plus méridionales de l'Asie Mineure, était bornée à l'ouest et au sud par la mer Méditerranée, au nord par la
611 Ci Lydie, à l'est par la Lycie. Elle avait pour villes principales : Milet, cette reine de toutes les villes grecques d'Asie, métropole de plus de cent colonies , célèbre déjà par son commerce avant que les Athéniens eussent une marine; Halicarnaste (Boudroun), patrie d'Hérodote et de Denys, aussi magnifiquement bâtie que bien défendue par de hauts remparts; Cnide, où l'on adorait Vénus sous les formes admirables que lui avait données Praxitèle, et où les Eudoxus, les Ctésias, les Agatharcide avaient reçu le jour; Jassus (Assem-Kalassit); Caryicnda, qui vit naître le géographe Scylax; Caunus, patrie de Protogène, où les chaleurs étaient extrêmes et les fruits d'un goût exquis; M y las a (Melawo), balie de marbre blanc, et célèbre par un beau temple dédié à Jupiter; Stratonicea ( Eski flisar ), colonie de Syriens-Macédoniens ; Alinda, remarquable par ses fortifications. Dans la mer Egée , le long des rivages de la Carie , dont elles dépendaient , les lies Sporades, c'est-à-dire dispersées, rivalisaient en industrie et en opulence avec les ports du continent. Citons comme les plus importantes: Patkmos, lieu d'exil de l'apôtre saint Jean; Cos, patrie d'Apelle et d'Hippocrate ; Rhodes , surtout puissante par sa marine, son commerce et sa politique égoïste , célèbre par sa capitale inexpugnable, par son colosse, regardé comme une des merveilles du monde , par ses temples et ses palais ornés des chefsd'œuvre de l'art (1).
Les Cariens, qui donnèrent leur nom à la partie de l'Asie Mineure dont il s'agit, étaient primitivement une colonie pélasgiqne, établie conjointement avec les Lélèges dans la Béotie, d'où ils s'étendirent probablement dans l'Attique. On adorait à Athènes Jupiter carien (2); la citadelle de Mégare s'appelait Caria (8); Épidaure se nommait dans l'origine Épicaros (4). Plus lard les Cariens passèrent dans l'Asie Mineure , chassèrent une colonie de Pélasges, qui se réfugia dans les fies de Rhodes et de Cos, et s'établirent au bord de la mer Egée , d'où ils passèrent à leur tour dans les Iles. Ils furent asservis par Minos, et adjoints par lui à ses sujets, qu'il envoyait fonder dee colonies crétoises. Leur territoire sur le continent s'étendit d'abord depuis Milet jusqu'à Éphèse (5). Chassés par les Ioniens, qui vinrent à leur tour les remplacer comme eux-mêmes avaient dépossédé les Pélasges, ils se répandirent dans les antres parties de la Carie. A cette époque ils étaient maîtres de la
(1) M Larenaudlère, Aperçu de la Géographie ancienne ; Paris, 1831.
(1) Rerodot; V, 66.
(S) Pana.» I, 47, p. 9k.-Eu»tath . «d Homer., Blod., II, 868. - Stepb, Byz., s. T. KotOia.
f» Arlatot, apud Strab., I. VIII, p, 37*.
(S) Pbérécyde apud Strab., Ut. XIV, p. «3:
plupart des contrées où s'établirent les colonies helléniques (I), et au temps de la guerre de Troie ils avaient étendu leurs colonies jusque dans l'Ile de Lesbos et dans toutes les Iles de la mer Égée (2). Après la prise de Troie , leurs forces s'accrurent encore par l'arrivée des Lélèges, qu'Achille avait chassés de leur territoire , situé dans la partie supérieure do golfe d'Adramytte. Ils occupèrent alors toute la Carie, et envoyèrent des colons dans une bonne partie de la Pisidie (3). Ils dominèrent alors sur la mer, et leurs formidables armements couvrirent l'Archipel , l'Hellespont et le Pont-Euxin (4). Ils perdirent leur puissance maritime à l'arrivée des Hellènes, et se rejetèrent dans les régions méditerranéennes du pays auquel ils avaient donné leur nom (5). Plus tard , quand les nouveaux habitants furent bien établis, les fugitifs descendirent peu a peu de leurs montagnes , et se réunirent aux Grecs. Mais, même après celte réunion, ils continuèrent à être regardés comme des barbares. Leur long éloigneraient de la Grèce, qu'ils avaient quittée de si bonne heure et avant les progrès de sa civilisation , la rude résistance qu'ils venaient d'opposer à l'envahissement de leur pays, et surtout la corruption de leur langage (6) , empêchèrent les Hellènes de les reconnaître pour frères, et, bien que la Grèce fût leur mère patrie, ils restèrent enveloppés dans la désignation méprisante qui s'appliquait à toutes les nations étrangères. Au reste , cette réputation de rudesse et de grossièreté leur resta pendant longtemps.
Leur nom fut en Grèce synonyme d'esclave, et à Rome, les esclaves cariens étaient spécialement réservés aux plus rudes travaux, à cause de leur vigueur infatigable. A la campagne, ils étaient chargés de creuser les aillons surtout dans les terres dures et pierreoses, qui demandaient de la part du laboureur un grand déploiement de force. A la ville, ils servaient comme portefaix ou étaient employés dans la boulangerie à moudre le blé ou à cuire le pain. On a supposé que les caryatides, c'est-à-dire ces statues trapues employées en guise de colonnes ou de piliers , avaient emprunté leur nom à la vigueur proverbiale des Cariens ; mais il est plus probable que ce nom doit son origine à la ville de Caryes, dans la Laconie. Les caryatides en effet représentent aussi souvent des femmes que des hommes, et elles auraient été appelées ainsi toit parce
(i) Paus., I. VII, ch. J, p. m.
(5) Scliol. nom., //., III, 836.
(3> Strab., Ceogr., llv. XII, p. 57o, et Ht. XIII, p. 611.
(K) Dlod., L V, t. fin.
(B) Pherecyd., apud Strab., I. XIV, p. 631.
(6) JBUan., VIII, a. - Strab., i. XV, p. 631. - Sjacell., Chronogr., p. l», D. - Vitruv., IV, 1. — Paw., 1. VII, c. t.
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que les jeunes filles lacédémonlennes venaient : tous les ans danser en chœur devant la statue de Diane Caryatide, soit à cause d'une victoire remportée par les Hellènes sur les habitants de Caryes , et à la suite de laquelle toutes les femmes de celte ville furent réduites en esclavage. La Carie fut longtemps prospère comme colonie grecque : tombée plus tard sous la domination romaine avec toute l'Asie Mineure» puis enfin au pouvoir des Turcs, elle forme aujourd'hui une partie du sandjak de Meutek, dans l'Anatolie.
carlisle. (Géographie et Histoire.) Ville d'Angleterre, chef-lieu du comté de Cumberland. C'est une ville fortifiée et le siège d'un évéebé. Elle est située près des frontières de l'Ecosse, au nord-ouest de Londres, sur PÉden ; sa population est de 20,000 habitants. Le château qui la domine a été, dit on, fondé au septième siècle par Egfrid , roi de Northumberland, et peut-être sur les ruines d'une construction romaine dont on croit encore distinguer quelques restes, entre autres le puits qui donne de l'eau à la garnison, et qui est d'une immense profondeur. La ville est assez bien bâtie ; son principal édifice est sa cathédrale, de construction moilié gothique moitié saxonne. 11 y a encore d'autres églises, parmi lesquelles on remarque celle de saint Cuthbert. L'Eden est traversé par un beau pont, achevé en 1817, qui facilite la communication entre l'Angleterre et l'Ecosse. Carlisle possède plusieurs établissements littéraires, un collège, une bibliothèque, une académie des beaux-arts. Ce n'en est pas moins d'ailleurs une ville industrieuse et commerçante. On y fabrique des tissus de lin et de soie , des étoffes de laine , des bas, des chapeaux, des cordages, des cuirs, de la quincaillerie, etc. Les foires aux bestiaux y sont très-considérables; son port fait un commerce de cabotage très-actif, favorisé par un canal qui va déboucher dans le golfe de Solway.
Les Romains appelaient Carlisle Lugutallum. Jls en avaient fait une station militaire, que rendait très-importante la proximité de la muraille élevée par Adrien pour garantir les Bretons des incursions des Calédoniens. De cette situation est venu le nom que lui donnaient les Bretons ( Caer-zuil , la ville près du mur ), étymologie probable de son nom j actuel. Placée comme elle l'est sur les limites des deux pays, la ville de carlisle a eu beaucoup à souffrir des guerres qui éclataient si fréquemmeut entre l'Angleterre et l'Ecosse. Elle fût brûlée plusieurs fois, et fut assiégée sous Henri VIII. En 1568, elle fut choisie pour servir de prison à Marie Stuart : on montre encore dans le château l'appartement qu'occupait l'infortunée reine d'Ecosse. En 1644, Carlisle se rendit au général Lesly, qui corn-