CASTALIE
lion acceptée en Grèce, elle communiquait avec le Céphise , et était regardée comme une embouchure duStyx. On l'avait nommé Castalie du nom d'une jeune fille indigène, qui, poiirsuivie par Apollon, se précipita dans le bassin de ses eaux (I). Selon d'autres mylhographes, son nom lui venait de Castalius, fils d'Apollon et père de Delphis, qui était venu, avec le dieu son père, de la Crète à Crissa , et avait construit le temple d'Apollon Delphien (2).Selou d'autres encore, Castalius était fils de Delphos et père de Thyia (3). La fontaine Castalie était consacrée à Apollon et aux muses, et son eau avait le don d'inspirer les poètes : on l'employait dans le temple de Delphes pour toutes les purifications , et on en donnait à boire à la Pythie avant qu'elle montât sur le trépied. Voici ce qu'en dit Pausanias : « En «remontant du gymnase (à Delphes) vers « le temple, vous voyez à droite du chemin la « fontaine Castalie, dont les fraîches eaux sont « très-agréables à boire. Les uns disent qu'elle « a pris son nom d'une jeune fdle du pays , et « les autres d'un homme nommé Castalius :
« Panyasis, fils de Polyarchus, qui a fait un «. poème sur Hercule, prétend que Castalie « élait fille d'Achéloiis; il dit,en parlant d'Her» « cule : traversant à grands pas le Parnasse , « couvert de neige, il vint vers Peau divine •< de Castalie, fille d'Achéloiis. D'aulres pré- « tendent encore que l'eau de cette fontaine « est un don du fleuve Céphise. Alcée a parlé « aussi de cette tradition dans son exorde h « Apollon ; ce qui est fortement appuyé par « les Lilieens qui, à certains jours jettent « dans la source du Céphise des gâteaux faits « à la mode du pays et d'autres offrandes dé* « terminées par l'usage ; ils soutiennent que « tout cela reparaît dans la fontaine Casla- « lie (4). » Grâce à sa positiou sur le Parnasse et à la réputation qu'elle avait d'inspirer les poètes, Castalie joue un grand rôle dans les invocations aux muses, qui sont souvent appelées Castalides (5).
castes. (Histoire.) Ce mot, dont Fétymologie est inconnue, paraît avoir été apporté en Europe par les Portugais. Il indique la différence des races réunies en corps de nation , mais divisées entre elles par les institutions religieuses ou politiques ; il s'applique également aux classes de la population que séparent la naissance', la qualité, les privilèges et les charges, les usages et même les costumes. Ce qui dislingue surtout les castes des classes , c'est que celles-ci, fondées uniquement sur les institutions arbitraires de la so-
(1) Lut. ad Stat , Theb., 1. 697.
(S) Ilgcn. ad Hom., fiymn,, p. 841.
(8) Pana., t. V, p. «a, (*) Ibtd., p. 309.
(5) Cf. Pind., Pyth, I, 7*. - Ovid., Am., I, is, 36. — Hor„ Od„ tll, IV, 6i. - Vlrg , C«»>y^ IH, 198.
I ciété civile, se maintiennent ou se confondent les unes dans les autres, par l'effet des lois, taudis que les castes, établies par les idées religieuses et présentant des caractères originels , sont séparées par des barrières que la loi civile est impuissante à ouvrir : l'individu qui appartient à une caste ne peut en sortir que par une expulsion flétrissante ou par la mort.
C'est dans l'Inde qu'il faut aller chercher les plus anciens exemples de la division de la population par castes ; leur nombre y est considérable; mais il en est quatre principales auxquelles toutes les autres sont subordonnées et viennent se rattacher : Braboia, disent les livres sacrés de l'Hindoustao , tira la première caste , celle des brahmes , de sa tète; la seconde, dite des kchatryas, de ses bras; la troisième, réservée aux vaishyas, de son ventre, et la quatrième , celle des soudras , de ses pieds.
La première caste (brahmes ou brahmanes ) est celle des prêtres et des savants : elle constitue une catégorie dominante et privilégiée, devant laquelle toutes les autres vienuent s'iucliner. Les brahmes doivent prier, enseigner et commander.
La seconde caste ( kchatryas ou khettris) comprend les guerriers et les rajahs ou princes hindous. Les Naïrs, de la côte de Malabar, les Rajepouts, les Séiks, les Mahrattes, se rattachent à cette division. Cest à elle qu'appartiennent les individus les plus robustes, les plus beaux et les plus distingués. Les kchatryas doivent prier et combattre.
La troisième caste (vaishyas) est celle des commerçants, manufacturiers, agriculteurs, jardiniers, etc. On y trouve encore les banians, qui trafiquent principalement à l'étranger, et qui à ce titre sont les seuls à qui l'usage de la viande ne soit pas interdit.
La quatrième caste (soudras') est réservée aux classes ser viles , aux ouvriers, aux gens qui exercent de rudes et viles professions. Les zingaris ou bohémiens, qui semblent être d'origine indienne, pourraient , si celte descendance était avérée , se rattacher à ce groupe. Les soudras doivent servir les brahmes.
Les parias ne sont compris dans aucune de ces grandes divisions, et les écrivains qui eu ont lait une caste sont tombés dans uae erreur d'autant plus grave qu'il leur a fallu, pour ne pas dépasser le nombre des quatre castes fondamentales, faire disparaître arbitrairement celle des vaishyas. Les parias sont des êtres réputés impurs et maudits :
quand un individu appartenant à l'une des quatres grandes castes encourt la dégradation, soit par mésalliance, soit par l'oubli des préceptes religieux ou l'usage des aliments
prohibés, soit enfin par un contact impur, il est mis hors de caste* et tombe dans la classe réprouvée des Parias. Au-dessous de ces malheureux se trouvent des hommes placés plus bas encore dans l'échelle de cette étrange société; ce sont les poulias, êtres infortunés et abjects qui sollicitent de la pitié des passants les aliroeuts immondes réservés aux animaux domestiques, et qui pour obtenir ces dégradantes offrandes passent leur vie à hurler comme des chiens et à ramper comme des reptiles.
D'après les lois de Manou, nul ne peut épouser une femme d'une caste supérieure; mais il peut en choisir une dans une caste inférieure , à la condition de ne pas lui appliquer la première place dans es maison.
Cette division des Hindous en quatre grandes castes existe-t-elle encore de nos jours ? Rien n'est plus obscur et plus incertain. S'il fallait en croire les brahmes , les deux castes des kchatryas et des vaishyas auraient entièrement cessé d'exister : les individus qui prétondent appartenir à ces castes nient, au contraire, cette circonstance ; mais il est certain qu'on compte maintenant dans l' Hindoustan environ 150 castes, qui sont dérivées des premières, et entre lesquelles la science européenne n'a pu jusque ici reconnaître avec certitude les lignes de démarcation et les caractères distinclifs.
En Egypte, avant l'établissement d es monarchies, la nation était divisée en trois catégories , formant de véritables castes par leur condition respective, leurs privilèges et leurs charges, comme par les barrières éternelles qui les séparaient les unes des autres. Ces castes constituaient une sorte de trilogie politique : théocratie , aristocratie et démocratie :
l* La caste des prêtres avait, comme partout, le premier rang et les honneurs suprêmes, seule position digne des hommes pieux et savants pour qui les dieux n'avaient pas de secret. Les prêtres égyptiens, seuls dépositaires des traditions de l'histoire, n'admettaient qu'un petit nombre d'élus à l'initiation des mystères terribles et solennels que le reste du peuple adorait sans les connaître. 2° La caste des guerriers occupait le second rang. Admettant sans examen et sans discussion l'incompatibilité des rudes métiers de la guerre avec les travaux de la science, les guerriers égyptiens, ignorante et fière aristocratie , acceptaient la seconde place dans PÉtat, et 6'inclinaient avec respect devant les prêtres, à la condition de régner concurremment avec eux sur le reste de la nation, d'en absorber les biens et d'en partager les dépouilles. 3° Le peuple, relégué dans les étroites limites delà troisième caste, fournissait à l'État des soldats dévoués sans ambi-
tion, des artisans habiles sans génie, des laboureurs robustes et prêts à mourir de faim pour la plus graude prospérité des castes privilégiées. Là le peintre, le statuaire et l'architecte, travaillant sur les anciens modèles, et en quelque sorte sur des patrons officiels , continuaient les travaux de leurs devanciers et les transmettaient à {leurs propres successeurs sans progrès comme sans décadence.
Daus les pays soumis à la conquête, la race des conquérants , fière de son origine et de ses triomphes, a constitué de véritables castes ayant le monopole des dignités et des honneurs; quelques-unes, appuyées sur des mœurs traditionnelles et immuables, se sont maintenues dans cette position jusqu'à nos jours : tels sont les Tatares Mandchoux dans l'empire chinois; d'autres ont successivement perdu leur physionomie, leurs caractères et leurs privilèges par l'effet des mésalliances, du progrès des lumières et des révolutions politiques : les Francs, conquérants des Gaules , en offrent un mémorable exemple. On n'a cessé de répéter depuis soixante ans que l'ancienne noblesse française, qui monopolisait les places et les dignités, constituait une caste : au point de vue philosophique cette allégation n'est pas dépourvue de justesse; mais l'histoire impartiale ne saurait admettre l'exactitude de cette expression. Les castes sont entourées de barrières infranchissables; or, sous l'ancien régime l'armée et la magistrature ouvraient leurs rangs à la roture comme à la noblesse, dans de certaines conditions; le roi faisait des nobles ; l'échevinage et d'autres emplois municipaux ennoblissaient, d'où il résulte que la noblesse et la roture ne constituaient pas des castes, mais de simples classes. Cependant, il est en Europe certains pays où la noblesse, dont les rangs sont plus serrés et plus inabordables, peut être considérée comme formant une caste : de ce nombre sont les magnats dans la Hongrie et la Bohème, et les boyards en Pologne. En Russie, où les grades et les emplois confèrent la noblesse, il n'y a que des classes. Enfin , dans certains États de l'Amérique du Sud , et notamment dans les anciennes colonies fondées par les Européens , les diverses races humaines forment autant de castes : la caste des blancs, fière de sa couleur et de la supériorité de son intelligence, occupe partout le premier rang et fait sentir lourdement sa suprématie. La caste dite des hommes de couleur ne se montre pas moins orgueilleuse de sa supériorité sor la caste des noirs. Le croisement des races y produit des mulâtres et des métis, dont la dignité suit une marche descendante en raison directe de la dégradation des nuances depuis le blanc jusqu'au noir : partout la race blanche règne sur
les mitres , si on en excepte l'empire d'Haïti , formé sur les ruines de l'ancienne colonie de Saint-Domingue, où la race noire s'est, depuis quelques années , emparé du pouvoir par la force et la violence.
Il est incontestable que l'existence des castes est incompatible avec les progrès des lumières et de la civilisation. Partout où règne une semblable organisation, le génie , sans ambition et sans avenir, meurt étouffé dans le moule indestructible où la fatalité le tient enfermé. Les castes ne sauraient exister cbez les peuples chrétiens : le christianisme, qui réunit tous les hommes dans une pensée commune d'amour et de charité, repousse ces honteuses et stupides divisions de l'espèce humaine , et nulle religion ne favorise plus qu'elle ne le fait l'essor du génie et le développement de la civilisation.
Consultez : B. Solvyns, L« Hindous, description de leurs mœurs, usages, etc.; Parts, 1908, et an. sulv. ; 4 vol. in-K
Ward . jl View of the History, Littérature and Mythology of the Hindous; l.ondon.ms.a vol. In 8°.
Dubois, Mœurs, IntUtutions et Cérémonies des Peuples de l'Inde; Paris, 18», « vol. in-«».
Ch. Rlttcr, fJeogr. de l'Àsie, etc.
Th. Bcnfey, art e . Inde dans fEneyclogédie d'Ersch et Gruber.
Journal Asiatique» Passlm.
History, Àntlquities, Topography and Statistics. of the Eastern lndla., tora. VIII and IX of the British Colonial Library.