‹ Encyclopédie moderneChapitre 253 sur 308 · CÉRÈS · texte numérisé non relu

CÉRÈS

présentait par des cérémonies allégoriques, les principales circonstances de la vie des dieux. Les mystères des grandes déesses se prêtaient mieux que d'autres à l'éclat, ii l'ordre pompeux des cérémonies. Cette longue recherche de la divinité éplorée qui, pendant neuf jours, en proie à une vive affliction et répandant malgré cola .ses dons et ses bénédictions, appela sur la terre celle que Pluton lui avait ravie; cette bienveillante communication qu'elle avait faite aux hommes des secrets de l'agriculture était figurée dans les représentations hiératiques des mystères. C'était aux personnages qui avaient obtenu la faveur de Déméter, et dont elle avait fait ses élèves que les , prêtres s'efforçaient de faire remonter les origines de l'histoire et du culte grecs. De là les mythes de Céleus, à Eleusis, ceux de Iambé et de Démophoon, enfin celui de Triptolème, plus connu qu'aucun autre.

Déméter n'était pas seulement la première nourrice du genre humain, la déesse des céréales; elle avait encore le caractère de divinité législatriceet politique. Delà le surnom de (farpiOfôpoc, sous lequel on la désignait , et qui avait fait donner le nom de Thesmophories à l'une des fêtes que Ton célébrait en son honneur. Dans ces fêtes, Aristophane (t) nous apprend que les femmes d'Athènes exécutaient des danses en l'honneur des principales divinités de leur patrie. Par ce côté, la Déméter éleusinienne rappelait l'Athéné ou Pallas athénienne. Chaque ville de la Grèce avait sa divinité éponyme , sa patronne spéciale, qui veillait à son 6alut, protégeait les habitants, et plaidait sa cause devant le souverain des dieux. Chez plusieurs celte divinité éponyme était masculine : c'était un dieu puissant, Neptune ou Bacchus par exemple ; mais, chez un plus grand nombre d'autres , et peut-être chez les plus anciennes, la divinité protectrice ou poliade était une déesse, à laquelle on faisait remonter la fondation de la ville, ses lois, ses institutions, et dont le simulacre devenait pour les habitants une sorte de talisman, de préservatif magique. Telle paraît avoir été la Déméter thesmophorienne de PAttique; néanmoins ce côté des attributions de Déméter demeura toujours subordonné à son caractère fondamental de divinité tellurique ou chthonieone.

L'Imagination populaire s'empara du mythe de Déméter et y rattacha une foule de contes, qui en dénaturèrent le sens primitif, et dont l'ensemble constitua la légende de la déesse. Hésiode est le premier qui ait fait mention de l'enlèvement de Proserpine. Jupiter, à i'insu de Cérès, avait promis à Pluton qu'il possé-

(0 Themoph., V, 8S

derait sa fille (l). Ovide et Claudicn ont brode toos les deux sur ce thème primitif. L'histoire des pérégrinations de Cérès à la recherche de sa fille, qui formait, ainsi que nous venons de le dire, lo fond des mystères d*Éleusis, embrasse plusieurs phases, qu'on voit souvent représentées sur les vases peints et les basreliefs. Aprèsavoir erré pendant neuf jours, ta déesse rencontra Hécate, qui avait entendu les cris de Proserpine, mais n'avait point va te ravisseur. Toutes deux se rendirent chez Hélios, qui cédant à leurs supplications, leur apprit ce que Jupiter avait accordé à Pluton. Cérès irritée s'enfuit de l'Olympe, et vint sur la terre se mêler aux humains. Elle revêtit U figure d'une vieille femme, et s'assit près d'une source, à l'ombre d'un olivier, ou, suivant Apollodore (2), sur le rocher Agelastos, c'est-à-dire du deuil; elle y rencontra les filles de Céléus, auxquelles elle dissimula sa divinité, se donnant comme une fugitive. Les vierges élensiniennes l'accueillireut avec bienveillance et lui indiquèrent les demeures où elle trouverait un asiie. Ces maisons étaient précisément celles des personnages auxquels Cérès révéla l'agriculture, personnages symboliques , dont les noms sont tirés des travaux agricoles : Triptolème, c'est-à-dire le premier qui broya le grain (de Tpfôco, Tpûrru); Diaulos, dont le nom fat changé plus tard en celui de Dysalès, et qui représente le double sillon fait par la charrue ( StocAoç, le double stade ) ; Dolichus, c'està-dire la fève et en général la graine des légumineuses (ooXixo;, fève); Céléus, leur père, et Kumolpe, héros auxquels on faisait remonter l'institution des mystères, furent aussi adjoints à ces créations mythologiques. Mé« tan ire, instruite par ses filles les Céléîdes de la présence de cette étrangère, la reçut chez elle, et ne tarda pas à reconnaître le caractère divin de son hôtesse. Plongée dans une tristesse profonde , Cérès ne retrouva la joie que grâce aux bouffonneries de Iambé, qui lui avait offert un siège. Cette Iambé, personnifie le sarcasme et la plaisanterie, ainsi que l'indique son nom ( tap.6oc , vers satirique) (3). Métanire offrit à Cérès do vin; sans doute d'après l'usage antique de présenter comme marque d'honneur une boisson à son hôte; mais Cérès préféra un breuvage fait d'eau, de farine et de menthe. Ce breuvage, qui portait le nom de Cicéon, xtxéwv, était udc potion mystique qui jouait un certain rôle dans les mystères. Métanire confia à la déesse son fils Démophoon, que celle-ci nourrit de son lait et d'ambroisie. D'autres légendes substituent à cet enfant soit Céléus, soit Triptolème.

(1) Theogon., ▼. 906.

(l) Diblioth., 1. S, 1.

18} Hymn.. in Cerer., v. «W sq.

Voulant donner à son nourrisson une jeunesse éternelle, Cérès le passa par les flammes; à cette vue, la mère effrayée poussa un cri qui troubla la déesse dans cet enchantement.

Celle-ci , irritée , reprocha vivement à Métanire son imprudence, et se manifesta alors sous sa forme divine , ordonnant qu'on lui élevât un temple et qu'on célébrât en son honneur des orgies, ou processions sacrées.

Suivant Apollodore, l'enfant périt victime de l'effroi de sa mère ; Triptoième reçut de Cérès un char ailé, traîné par deux dragons, des grains de blé, et apprit d'elle l'agriculture. Il nous est impossible de présenter ici toutes les variantes de cette fable , qui a joui d'une si grande popularité. Divers personnages qui y figurent, doivent cependant être mentionnés.

Telle est Baubo, cette vieille femme aussi hospitalière que Métanire, qui offrit aussi à la déesse un breuvage, se vit également refuser, ets'en vengea par un geste indécent ; mais, loin de s'en courroucer, Cérès but alors la potion. Telle est Mismé, qui accueillit Cérès en Atllque, et dont le flls Ascalabe fut changé par elle en lézard, en punition de sa raillerie ; car lorsque Cérès buvait le cicéon que lui avait offert Mismé, Ascalabe s'était moqué de l'avidité avec laquelle elle étauchait sa soif. Ovide et les mythographes postérieurs ont beaucoup développé la suite de cette légende, qui se mêle naturellement à celle de Proserpine, à laquelle nous renvoyons le lecteur ( Voy. Proserpine).

Il n'existe aucune unité, souvent même aucune affinité entre les contes populaires que l'on débitait sur la Démêler grecque. Ces in- | ▼entions grossières, recueillies çà et là ches les poètes et les mythographes, ne se rattachent pas à l'histoire primitive de la déesse, et n'y sont entrées que par le travail du syncrétisme. C'est à celte catégorie qu'appartiennent les deux fables rapportées par Servais (t) la métamorphose en lynx de Lyncus roi des Scythes , par la déesse, et la mort de Mélissa, du cadavre de laquelle Cérès fit sortir les abeilles, ainsi que l'histoire de Pandarus, mis par elle à l'abri de toutes les indigestions, histoire qui nous a été conservée par Antoninus Liberalis (2).

Cérès était aussi invoquée comme déesse du mariage. Sans doute l'origine de cette attribution venait de ce que la terre est l'emblème de la fécondité représentée par le mariage. Voilà pourquoi elle recevait un culte particulier des nouvelles mariées, auxquelles ses prêtresses faisaient connaître leurs devoirs conjugaux.

C'est de l'Attiquc et de la Corinthie que le culte de la Déraéter grecque parait avoir

(i) Ad. rirgil. y£n t I, v, 3*t, et ibld., v. m. ' W Fabula XI.

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rayonné en Grèce. Par quelles circonstances avait-il été porté en Sicile, à Syracuse, à Enna t l'un des villes qui passaient pour le théâtre de l'enlèvement de Proserpine (I), c'est ce que les auteurs anciens ne nous disent pas clairement. Peut-être l'extrême importance et la grande extension de la culture du blé en Sicile furent-elles la principale cause qni engagea ies colonies grecques de cette fie à se placer sous le patronage de la déesse. C'étaient aussi des colonies qui avaient apporté le culte de cette divinité en Asie et dans certaines lies de l'archipel. Toutefois ce culto parait remonter en Crète à une époque plus aucienne, et ses origines dans cette lie, tiennent, sans doute, aux premiers établissements pélasgiques qui y apportèrent le culte de Jupiter.

La Cérès latine fut nne transformation de la Déméter grecque, s'il est vrai que , dans le principe, le culte de celle-ci ait été introduit en Italie; ce que semble, prouver la- prêtresse grecque attachée primitivement au temple de Cérès à Rome (2). Cequiest plus certain c'est que Déméter fut assimilée de bonne heure à une divinité étrusque, dont le culte s'était conservé dans celui de la bonne déesse, Bona Dea. Denys d'Halicarnasse (3) rapporte que ce fut l'an de Rome258, sous le consulat d'Aurélius For* lunius qu'on éleva dans celte ville un temple à Cérès à l'occasion d'une famine, causée par la stérilité de la terre. Cette circonstance témoigne suffisamment du caractère telluriquo d e la déesse. C'est ce qu'éta hl issent d'autre part les fêtes qu'on célébrait en son honneur, au mois d'avril, sous le nom de Cerealia. Dans ces fêtes, on se réjouissait de l'apparition des premiers biens de la terre, par des festins solennels et en s'habillant de vêtements blancs(4).

Les Grecs avaient de même de nombreuses fêtes en l'honneur de Déméter. Sans parler desÉleusinies et des Thesmophories, dont il a été question plus haut, il y avait les Mégalar* tia, MsYoùàpria, dans lesquelles les Déliens offraient à la déesse de gros pains, sans doute pour fêter la panification ; les Proerosies, Iïpoï|. pôoiai, sacrifices solennels qui annonçaient le labourage ; les Chloia , XXoia, dans lesquels on fêtait l'apparition des herbes, ou mieux du blé en herbe; les Haloa, 'Atàa, fêles en l'honneur du battage du blé sur les aires ( àXtai ). Le porc, animal funeste aux céréale?, qu'il déterre avec avidité, était regardé comme l'offrande la plus agréable à Cérès, ce qui nous explique le rôle que jouait cet animal dans la légende de Triptoième.

(i) Cétalt aux feux de l'Etna que, sicilienne, Cérès avait alla (!). Cic, Pro Balbo, 14.

(3) Antiq. row. IV, n.

(4) Gell., XVIII, t, U{ XXJV, 1,1

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