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CÉRÈS — CF.RINTH1ENS

Cérès avait, comme la plupart des divinités de 1'antiqaité, un grand nombre de surnoms. Ces surnoms étaient d'autant plus multipliés que le cercle étendu de ses attributions, en sa qualité de divinité tellurique, prêtait à une foule d'épithètes.

Les simulacres de Gérés ne semblent pas avoir été, à la belle époque de l'art grec, aussi nombreux qu'ils le devinrent pendant la période romaine. La manie qu'avaient certaines princesses impériales, certaines matrones, de se faire représenter sous les traits de la déesse des moissons (1), en multiplia singulièrement les statues. Praxitèle passait pour avoir créé le type de Cérès. Elle se reconnaît à la noble et douce placidité répandue sur ses traits. C'est une femme d'un Age presque mûr, vêtue d'un cAttonoulong vêtement; des épis sont autour de sa tête et dans sa main. Quelquefois la tête de la déesse est simplement couverte d'un voile ; d'autres fois elle porte un diadème (2). Quelques >statues la représentent un flambeau à la main ; dans certains cas elle est coiffée du modius ou calathus et se confond alors avec Junon (3). Du reste on ne saurait regarder corumeaulhentiqu.es les attributs qu'on voit à cette divinité dans nos musées, un grand nombre de statues ayant été transformés par la restauration, en simulacres de cette déesse.

Souvent on voit la déesse sur un char traîné par des dragons, comme sur les monnaies d'Athènes, d'Éleusis, de Cyzique, de Magnésie, de Nicée. Sur les médailles de Parion la déesse pose les pieds sur un dauphin, et un serpent lui entoure le corps; sur celles de Sélinonte, le même reptile l'accompagne ; quelquefois des taureaux prennent la place des serpents, comme par exemple sur les mon»

naies deTarseenCilicie. Elle a pour attributs, tantôt un bouc, ainsi que le montrent les médailles d'Enna, tantôt une brebis comme sur les monnaies de Pagae en Attique. Du reste l'analogie de Démêler avec sa fille Cora est si grande, que leurs images se confondent dans une foule de cas, et que l'antiquaire éprouve à les distinguer un véritable embarras. La déesse de la terre était d'ailleurs associée dans diverses représentations à sa fille bien* aimée , notamment à Enna, où leurs statue* se voyaient à côté de celle de Triptolème (4). Praxitèle avait exécuté une statue de ce dernier personnage , qui décora plus tard les jardins de Servilius avec une statue de Déinéter due également au ciseau de ce grand artiste (5);

(1) Telle est par exemple Agripplne donti sédoas des statues en Cérès ; Clarac, Mutée de Sculpture, pl. *58, n° 75*, B.

(«) Voy. Clarac, Mutée deSeulpture, pl. M3 etsulv.

(>) Lenormant et de Wttte, Elite des :

ceramogr., l,p. ce.

(*) Clcéron, Adv. Ferr^ IV,;u.

(S) Pline, Hitt. Hat., XXXVI,

ce qui nous montre que l'association des héros d'Eleusis avec cette déesse était habituelle.

Le culte de Démêler se mêla et se confondit jusqu'à un certain point avec celui de Libéra et de la Fortune ; parfois même il est difficile de distinguer les images de la déesse grecque de celles des divinités latines. Proserpine, qui se confondait elle-même avec la Libéra italique , fut associée de la même façon à Déinéter. La tendance générale , à l'époque du syncrétisme, fut de confondre eu une seule divinité toutes celles de la production. C'est ainsi que les attributs de Cybèle, de Flore, de Cérès, de Libéra, de Pomone, lurent transportés à la Fortune, qui fut transformée en une sorte de divinité panthée. Cérès devint le type de la Matrone, de la maternité dans ce qu'elle a de plus noble et de plus respectable; ce fut alors vraiment la mère par excellence ( Ilau.u.Vrr(i>p ) , et c'est avec ce caractère, que l'art plus que la poésie avait créé, qu'elle fut adorée jusque dans les derniers temps du paganisme ; car son sanctuaire à Éleusis fut pour ainsi dire le dernier où le polythéisme hellénique resta debout, avec ses traditions gracieuses et ses rites magniliques.

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