CHAMP DR MARS
de gazon , se divisait en deux parties. Le Champ de Mars proprement dit commençait au bois sacré derrière le Mausolée d'Auguste, s'étendait à l'orient jusqu'à la colline des jardins (le Pineio), et s'enfonçait à l'occident dans le grand coude formé par le Tibre, un peu au delà de la voie Triomphale. Le Champ de Mars Inférieur ( Campus Minor), ou Champ Tibérin,qui avait été donné au peuple Romain par une certaine Cala Soffelia (t), se trouvait circonscrit entre le fleuve, les théâtres de Pompée et de Balbus, les jardins d'Agrippa et les Kquiries. Les Equiries étaieut un terrain situé au bord du Tibre, où, une fols l'année, on célébrait des courses de chevaux et de chars en l'honneur du dieu de la guerre (2).
Nous avons dit en commençant que le Champ de Mars jouait un grand rôle dans la vie romaine. En effet, c'était là, depuis que le Forum était devenu trop étroit, que se tenaient les comices pour l'élection des magistrats : là s'élevait la botte où se teuaieut les candidats pour se faire voir à ceux dont ils sollicitaient les suffrages. Puis c'était là, lorsque la neuvième heure était arrivée, lorsque ia ville, endormie depuis midi dans un repos complet, sortait de son sommeil et descendait au champ t comme on disait par abréviation (3), c'était là, disons»nous, que les jeunes Romains venaient s'exercer au maniement des armes, lancer le javelot, tirer de l'arc, lutter et se livrer à tous les exercices de la palestre, allant ensuite se rafraîchir dans l'eau du Tibre, tiédie par les rayons du soleil.
Au temps de leurs premiers rois, les Francs, conquérants de la Gaule, appelèrent Champ de Mars une assemblée de chefs et de guerriers, qui se convoquait tous les ans et qui se tenait en plein air. Flodoard, historien de l'église de Reims, et l'auteur de la Vie dé saint Remi pensent que ce nom vient de Mars, Dieu de la guerre, adoré par les barbares avant leur conversion. Du Cange préfère l'avis de ceux qui croient que ces assemblées étaient ainsi nommées parce qu'on les convoquait au mois de mars, et assurément il a raison. Dans l'origine, ces assemblées n'étaient que des réunions militaires. Ce fut dans un Champ de Mars, où il taisait la revue de ses troupes, que Clovis fendit d'un coup de hache la tête de ce soldat qui l'avait bravéa Soissons. Sans perdre de ce caractère primitif, les Champs de Mars furent moins exclusivement militaires quand la race conquérante eut commencé à s'organiser sur le territoire des vaincus. Ainsi les assemblées tenues
(1) GelL, VI. 7.- Pllo., xxxiv, «.
(t) Varr., De Ling. lat.,% 13 - OvW., Fait, II, 8S7 Mo; tll, 819-Stl.
(S) Ilor., Ep. I, vu ,59, Od. III, I, il. - Uv., XXXV, io ; XL. W. — Cle., ht Catit., I, s. -Propert.. Il, xju, 84. - Cucan., I, i«o. - Cotum., I, 8; etc.
: h Cologne et à Trêves, sous les petits-fils de Clovis , s'occupèrent de la législation du I peuple franc. Quand arriva la décadence des
(Mérovingiens, les Champs de Mars tombèrent en désuétude. Mais la victoire de Testry, eu assurant le triomphe du parti aristocratique, | remit en vigueur une institution qui donnait auxleudes une part considérable dans le gouvernement. Les guerriers qui avaient vaincu pour Pépin d'Uéristall prétendirent être consultés par lui, et il fit revivre les conciles généraux de la nation selon les anciennes coutumes. Le roi mérovingien assistait à la première séance, prononçait un discours sur des lieux communs du temps, sur la paix intérieure, sur la défense des églises, des veuves, etc., rendait quelques édits aussi insignifiants que ses paroles, et rentrait ensuite dans sa villa de Maussagne. Pépin présidait après sou départ, recevait les ambassades étrangères et réglait tous les intérêts de l'État. Telles furent sous les Mérovingiens les vicissitudes de ces assemblées', que les chroniqueurs appellent campus martii, publicum maltum, ptecitum t conventus generalis, etc. (t).
C'est peut-être par imitation des champs où les Romains se livraient aux exercices corporels, peut-être aussi en souvenir des assemblées militaires des Francs, qu'on appelle aujourd'hui Champ de Mars une plaine destinée à des usages à peu près pareils. Beaucoup de villes en France ont dans leur voisinage, à leurs portes, parfois dans leur enceinte même, un emplacement uni et découvert, réservé aux évolutions des troupes , à la tenue des foires et des marchés , à l'accomplissement de certaines cérémonies. Dans beaucoup d'endroits, cet espace est désigné par le nom de Champ de Mars. L'emplacement qui porte ce nom à Paris, bordé d'un côté par l'école militaire et s'avançant de l'autre jusqu'à la Seine, est une vaste plaine, enclose par des fossés dont la terre rejetée en dedans a formé tout autour des tertres réguliers. Ainsi disposé , ce terrain sert à divers usages , dont le principal et le plus fréquent consiste dans l'exercice journalier des troupes.
Indépendamment de cette destination, et des courses destinées à l'amélioration de la race chevaline, le Champ de Mars a servi de théâtre à d'imposantes cérémonies. Ainsi la fête de la fédération » célébrée le 14 juillet 1790, jour anniversaire de la prise de la Bastille, s'accomplit dans le Champ du Mars, préparé à cet effet par le travail volontaire des habitants de Paris. En 1793 eut lieu une nouvelle fête fixée également au 14 juillet, puis renvoyée au 10 août à cause de la mort
(l)M. Ph. Le Bas, France. — Dictionnaire en.
cyclopédiquf. , dans i* Univers Pittoresque; Paris Flrmtn Dldot, mi