‹ Encyclopédie moderneChapitre 268 sur 308 · CHA · texte numérisé non relu

CHA

nies de châteaux forts; mais quand, par suite de l'invasion des tribus germaniques , toutes les provinces de la Gaule furent devenues successivement des provinces frontières, il fallut aussi, pour les protéger contre l'ennemi, y construire des forteresses, et les ligues* de châteaux forts, s'étendant de proche en proche, finirent par couvrir de leur réseau toute l'étendue du pays.

Au temps de la première race , les princes, possesseurs des châteaux existant dans la Gaule, s'en attribuèrent quelques-uns comme résidences royales, ou rendez-vous de chasse; mais ils ne pensèrent guère à entretenir les autres et encore moins à en accroître le nombre, la coutume n'étant pas alors d'attendre Penuemi derrière des murailles, mais de marcher à sa rencontre en rase campagne. Beaucoup de châteaux tombèrent donc en ruine; mais, dans les neuvième et dixième siècles, les fréquentes irruptions des Normands (irent naître la nécessité de les réparer et d'en construire de nouveaux. Les monastères s'entourèrent aussi de remparts. L'abbaye de Saint-Germaindes-Près à Paris fut de ce nombre , ce qui ne l'empêcha pas d'être prise, pillée et incendiée à plusieurs reprises par les hommes du Nord.

Sous le règne deCharlesle-Chauve, le nombre des châteaux augmenta considérablement en France. Chaque seigneur détenteur d'un fief, qui ne lui avait été d'abord accordé que temporairement, puis à vie , jaloux de rendre héréditaire son titre de suzerain, se cantonna dans le lieu de son commandement, soit pour se mettre en garde contre les insurrections de ses vassaux , soit contre des velléités du prince de reprendre par la force ce qu'il n'avait accordé que par faiblesse.

Dans la suite des temps, la possession d'un château étant devenue le signe du droit de suzeraineté, tous les nobles qui étaient investis de ce droit ou qui prétendaient l'être se hâtèrent d'en élever un, dont ils firent leur manoir principal et le siège de leur domination légitime ou usurpée. Le sol de la France se hérissa donc de châteaux forts ou maisons fortes, comme on les appelait aussi. C'était là que les seigneurs bravaient l'autorité royale , soutenaient des sièges contre elle et la faisaient souvent reculer. C'était de ces forteresses, munies de hauts et solides remparts, de tours menaçantes, de fossés protonds, et placés le plus souvent sur la cime des rochers, comme des nids de vautour, que des seigneurs ignorants, cupides et barbares, s'élançaient dans la plaine, pour ravager la moisson du pauvre , rançonner, piller, et quelquefois incendier les monastères; s'embusquer le long des grandes routes, y attendre les marchands qui se rendaient aux foires, et, là, en véritables coupe-jarrels, les détrousser et sou -

rEÀU 678

I vent les mettre à mort. Les grands feudataircs avaient un grand nombre de châteaux qui lorsqu'ils ne s'élevaient pas sur la crête d'une montagne, détendaient l'entrée d'une vallée ou le passage d'une rivière. Comme ils ne pouvaient pas les occuper tous de leur personne, ils en confiaient la défense à des châtelains, ou les cédaient à titre de sous-inféodalion.

Mais si les châteaux furent presque toujours des instruments de brigandage et d'oppression , il faut reconnaître aussi qu'ils servirent plus d'une fois à protéger l'impuissance et la faiblesse. C'était dans leur enceinte qu'au signal donné par le beffroi les habitants des campagnes se retiraient avec leur mobilier et leurs troupeaux à l'approche de l'ennemi.

Pour prix des secours qu'ils en recevaient, ils étaient tenus d'aider à leur entretien et de faire à tour de rôle, même en temps de paix, le guet ou la gualte sur le rempart, pour la sûreté personnelle de leur seigneur.

Les monastères fortifiés offraient le même abri et avaient droit au même service. Le roi eut aussi, pour une destination semblable, des châteaux forts, commandés par des capitaines et gardés de la même manière, jusqu'au temps où les troupes réglées furent assez nombreuses pour qu'on y pût entretenir des garnisons permanentes.

A mesure que la puissance royale prit de l'accroissement en France, les châteaux appartenant aux seigneurs diminuèrent en nom bre, parce que les rois démolissaient tous ceux dont ils pouvaient s'emparer. En effet, dès qu'ils avaient vaincu un vassal rebelle, ils lui imposaient, pour première condition de paix , la destruction de la forteresse à l'aide de laquelle il avait résisté à leur volonté.

Louis XI, en particulier, n'oublia jamais cette clause dans ses traités. François 1 er , en attirant la noblesse à la cour, fit abandonner beaucoup de châteaux, qui se dégradèrent, tombèrent en ruines, et ne furent pas relevés par leurs propriétaires devenus courtisans.

Plusieurs furent pris et démolis par les divers partis qui déchirèrent la France pendant les guerres de religion. Richelieu en fit jeter bas un grand nombre , et le reste disparut sous Louis XIV, pour faire place à des châteaux de plaisance. Quand les choses en furent venues là, le roi lui-même laissa tomber ceux qu'il possédait à l'intérieur, sauf quelques-uns qu'il transforma en citadelles ou en prisons d'État , tels que la Bastille, les châteaux de Ham, de Joux, etc. Quant à ceux qui subsistaient sur la frontière, on les fortifia à la manière moderne etonenfit des places de guerre

DitserUUio* sur let forteresses ou ckdteaux forts de la France, dans Us M cm. de tAcad. des Itucr n t, XLIII, p, 677, 70* et «ulv.

679 CHÀTEA.UROUX

ch ateauboux. ( Géographie et histoire.) Cette ville, chef-lieu du déparlement de l'Indre, est fort ancienne, et doit son nom et son origine à un château fort, construit vers le milieu du dixième siècle par Raoul deDéols, dit le Libéral. Comme cela arrivait toujours au moyen âge, des habitations commencèrent à se grouper autour du château et formèrent dans le siècle suivant une ville qui prit le nom de Castrum Radulphi, d'où est venu le nom moderne de Châteauroux. Cette ville, possédée d'abord par les princes de Déols, issus, suivant l'opinion la plus commune, de la famille des ducs d'Auvergne, tomba ensuite au pouvoir de Philippe-Auguste et fut réunie par lui au Berry. La seigneurie de Châteauroux fut érigée en comté le 16 juillet 1 497, par Charles VIII, en faveur d'André de Chauvigny, vicomte de Brosse. Elle passa plus tard dans la famille des princes deCondé, ctfutérigéeen duché-pairie par lettres du mois de mai 1616 , en faveur de Henri H de Bourbon, prince de Condé. En 1736, Louis XV en fit l'acquisition et la donna à sa maltresse, Marie Anne de Mailly-Nesle , qu'il créa duchesse.

Après la mort de celle favorite, en 1744 , ce duché retourna au domaine royal.

La ville de Châteauroux était avant la révolution le chet-lieu d'une élection. Elle possède aujourd'hui des tribunaux de première instance et de commerce , une chambre consultative des arts et manufactures et une société d'agriculture. On y compte 13,700 habitants. C'est la patrie du géuéral Bertrand. G.

châtelain. ( Histoire. ) Dans le principe, les châtelains n'étaient que de simples officiers des ducs et des comtes, à qui ils prêtaient serment de fidélité, et qui les envoyaient commander en leur nom dans les bourgades ou forteresses de leurs domaines. Les châtelains rendaient la justice, maintenaient les vassaux dans l'obéissance et jouissaient, dans tout leur ressort, de la même autorilé que les vicomtes dans les villes. Pour éviter des conflits, on n'envoyait jamais de châtelain où se trouvait déjà un vicomte; celui-ci commandait au château en même temps qu'à la ville.

Un châtelain, pour se charger de la garde d'un second château, avait besoin d'obtenir l'autorisation du seigneur à qui appartenait celui qui avait été d'abord confié à sa surveillance ; quand il avait sous lui des sous-châtelains, le seigneur pouvait exiger que ces subalternes lui prétassent aussi serment de fidélité. Vers le milieu de la seconde partie du treizième siècle, les châtelains furent dans les villes royales remplacés par des prévôts. L'autorité militaire et la garde des châteaux furent remises à des commandants de place ou capitaines , dont quelques-uns prirent le titre de capilai-

Page 1